2003
Le Courrier des Pays de l’Est
Albanie 2002-2003
Toujours aussi fragile
Edith Lhomel
La Documentation française. Manuscrit clos en septembre 2003.
Même si l’ouverture de négociations
en vue de la conclusion d’un Accord
de Stabilisation et d’Association entre
l’Albanie et l’Union européenne en
janvier 2003 constitue un progrès
important vers un ancrage plus ferme
de ce pays à l’Europe, la situation
intérieure n’incite toujours pas à
l’optimisme. Après une trêve qui
n’aura duré que six mois, les deux
frères ennemis de la scène politique
(Fatos Nano, Premier ministre et
leader du Parti socialiste albanais
d’une part, Sali Berisha dirigeant du
principal parti d’opposition le Parti
démocratique d’autre part) fourbissent
de nouveau leurs armes dans la pers-
pective des élections locales de
l’automne 2003 face à un électorat
totalement désabusé. La corruption
qui sévit jusque dans les hautes
sphères de l’appareil d’Etat, l’ampleur
des réseaux de prostitution et de
drogue qui gangrènent une économie
portée, à hauteur de plus d’un tiers
de son PIB, par les transferts des
travailleurs à l’étranger, sont parmi les
symptômes les plus criants de la
fragilité de ce pays. Au regard de la
situation régionale troublée des
années précédentes, Tirana peut
cependant se féliciter d’une nette
amélioration de ses relations avec
plusieurs de ses voisins : normalisa-
tion avec la Serbie-Monténégro,
relatif apaisement avec la Grèce,
approfondissement des échanges avec
la Croatie et la Macédoine dans le
cadre de la Charte adriatique, placée
sous le parrainage des Etats-Unis
auxquels l’Albanie a apporté lors de
la guerre en Irak, un soutien sans
faille.
While negotiations aimed at
concluding a Stabilization and
Association Accord between
Albania and the European
Union in January 2003 represent
significant progress towards
anchoring the country more
firmly in Europe, the domestic
situation does not encourage
optimism. After a truce which
only lasted six months, the two
opponents in the political arena
(Fatos Nano, Prime minister and
leader of the Albanian Socialist
Party and Sali Berisha, leader
of the main opposition party,
the Democratic Party) rattled sa-
bres once more during the
autumn 2003 local elections in
an attempt to come to terms
with a completely discouraged
population. Some of the most
flagrant symptoms of the
country’s fragility lie in the cor-
ruption which reaches to the
higher government echelons,
wide-ranging prostitution and
drug networks which are rotting
an economy in which over a
third of the country’s GDP
comes from transfers from its
emigrant workers. Considering
the troubled regional situation
of previous years, Tirana can,
however, be proud of clearly
improved relations with several
of its neighbours : normaliza-
tion with Serbia-Montenegro, a
relative appeasement with
Greece, more trade with Croatia
and Macedonia within the
context of the Adriatic Charter,
under the auspices of the United
States, to which Albania lent
unwavering support during the
Iraq War.
Même si la situation de l’Albanie
en 2002-2003 renvoie une image
contrastée − avancées réalisées
sur le plan extérieur, mais tableau
toujours aussi sombre sur le plan
intérieur − l’impression dominante demeure, en définitive,
celle d’une grande fragilité.
Fragilité sur le plan politique,
d’abord, avec une bipolarisation
excessive de la scène partisane
qui nuit à la recherche de consensus indispensables pour s’attaquer à des chantiers aussi
gigantesques que la lutte contre la criminalité
organisée ou le fléau de la corruption. La préparation des élections locales d’octobre 2003, sous
la surveillance de l’OSCE, aura déclenché de
nouvelles hostilités entre les deux frères ennemis
que sont le Parti socialiste albanais (PSSH) et le
Parti démocratique albanais (PDSH), après que
les bailleurs de fonds extérieurs les eurent
pourtant convaincus de la nécessité d’une trêve
malheureusement de courte durée. Fragilité sur
le plan économique, ensuite, illustrée par un ralentissement de la croissance et une nette aggravation
du déficit de la balance des transactions courantes,
tandis que les principales réformes structurelles,
à commencer par les privatisations, s’embourbent.
Fragilité, enfin, sur le plan social qui se traduit
par des indicateurs de démographie et de santé
inquiétants, comme par l’insécurité générale qui
règne dans le pays, symptôme parmi d’autres de
la faiblesse de l’état de droit.
Ce triste bilan contraste, il est vrai, avec l’image
d’une Albanie présentée par ses dirigeants comme
un « facteur de stabilité dans les Balkans », ce que
reconnaît, avec retenue certes, le dernier rapport
de la Commission européenne : « Si des progrès
ont été enregistrés pour ce qui est du
développement d’une bonne coopération régionale,
la mise en œuvre de l’état de droit est toujours
déficiente, notamment en raison de la faiblesse des
institutions chargées de faire respecter la loi, d’une
capacité administrative limitée, de la corruption et
de la criminalité organisée »
[1].
Partie prenante au Pacte de stabilité, au Processus de coopération en Europe du Sud-Est, à l’Initiative de l’Europe centrale, et à la Charte
américano-adriatique, toutes structures qui
s’efforcent de faciliter et de renforcer la collaboration régionale dans le domaine des infrastructures, de l’énergie, des forces armées et de la lutte
contre la criminalité et le trafic des êtres humains,
l’Albanie a multiplié en 2002-2003 les accords
de libre-échange (Macédoine, Croatie, Serbie-et-Monténégro et Bosnie-Herzégovine en cours),
soigné ses rapports de bon voisinage avec la
Serbie-Monténégro et, surtout, ouvert avec
l’Union européenne (UE) des négociations en vue
de la conclusion d’un Accord de stabilisation et
d’association. Mais que cet approfondissement
de la coopération régionale et cette perspective
d’un meilleur arrimage à l’UE concourent de
façon décisive à l’assainissement impératif de la
situation intérieure relèvent encore du pari.
Une évolution intérieure
au point mort
Même s’il devient de plus en plus difficile d’identifier avec précision les causes d’une situation
économique toujours préoccupante au terme de
treize ans d’une transition, chaotique sur le plan
intérieur et compliquée, sur le plan régional, par
l’implosion violente de l’ex-Yougoslavie,
chacun
[2] s’accorde à considérer que le manque
de cohésion et de détermination de la classe politique explique très largement les « dysfonctionnements » actuels, qu’ils soient institutionnels,
économiques ou sociaux.
● « Une jeune démocratie
assez instable »
[3]
L’accord passé entre les deux ténors de la vie
politique albanaise aura duré six mois. Conclu
en juin 2003, largement sous la pression extérieure, il avait permis de trouver un consensus
autour d’un candidat unique à la présidence de la
République. Cette entente que, Ilir Meta, numéro
deux du PSSH, rival au sein de ce dernier de
F. Nano, Premier ministre, avait ironiquement
qualifié d’« union sacrée », allant jusqu’à suggérer
que la scène politique pourrait redevenir « unipolaire » a été de courte durée. Durant quelques mois,
on a pu voir un gouvernement prêter attention
aux propositions de l’opposition. Une « atmosphère plus constructive » a permis de mettre en
place un certain nombre de commissions parlementaires mixtes (PSSH/PDSH) compétentes
notamment pour les élections, les problèmes
relatifs à la propriété foncière et sur le dossier
décisif de l’intégration euro-atlantique. Un débat
ouvert et assez positif a également pu se tenir sur
le vote du budget 2003, tandis que le PDSH
mettait fin, en septembre 2002, à un boycott de
deux années des conseils municipaux (notamment
à Tirana et à Dürres, les deux principales villes).
En janvier 2003, S. Berisha prenait pour motif la
lenteur du gouvernement à révoquer certains
hauts fonctionnaires soupçonnés de corruption
pour dénoncer une entente que la base du PDSH
n’avait jamais vraiment acceptée. La nécessité de
mobiliser son électorat dans la perspective des
élections locales de l’automne 2003 apparaît
cependant une explication plus crédible. La
polarisation entre ces deux forces politiques, qui
ont largement dominé la scène depuis 1990, risque
donc de s’accentuer à nouveau, aucune des autres
formations n’ayant l’envergure nécessaire pour
constituer un troisième pôle.
S’il est prématuré d’affirmer que ce scrutin puisse
donner la mesure du futur rapport de forces au
niveau national, plus d’un an avant les élections
législatives prévues pour 2005, son déroulement,
surveillé par l’Organisation pour la sécurité et la
coopération en Europe (OSCE) et le Bureau des
institutions démocratiques et des droits de
l’homme (BIDDH) − lesquels exercent un suivi
régulier du processus électoral albanais par le
biais de la Commission pour les réformes électorales − sera pour l’UE un nouveau test de la
stabilité politique en Albanie.
Par ailleurs, le congrès du PSSH prévu pour le
mois de décembre 2003, verra probablement
s’engager un nouvel épisode de l’affrontement
des partisans de F. Nano et de ceux de I. Meta
[4]
pour emporter la direction du Parti. La cohabitation, entre le Premier ministre et son prédécesseur (il dirigea le gouvernement de novembre
1999 à janvier 2002), devenu vice-Premier
ministre en charge des Affaires étrangères, aura
donc été, elle aussi, de courte durée. Le 18 juillet
2003, Ilir Meta était démis de ses fonctions,
entraînant le départ, le lendemain, d’un de ses
proches, le ministre d’Etat pour l’Intégration,
Sokol Nako. L’adversaire de F. Nano a donc
désormais les mains libres pour critiquer l’action
d’un Premier ministre auquel il reproche ses
méthodes peu consensuelles et le peu de cas qu’il
fait des reproches adressés par des organisations
internationales comme l’OSCE.
Edi Rama, maire de la capitale, élu avec le soutien
du PSSH en tant qu’indépendant aux précédentes
élections de 2000, devrait être reconduit à la tête
de la mairie. Accusé par l’opposition de détournements de fonds, mis en cause par l’ensemble
de la classe politique lors de l’inondation accidentelle survenue à Tirana en septembre 2002 (à
la suite de la rupture de la digue du lac artificiel
situé au nord de la capitale), il doit aussi compter
avec l’hostilité de F. Nano que l’on dit agacé par
sa popularité. Le rapport rédigé par une
Commission d’investigation sur la gestion des
fonds publics par la municipalité de Tirana durant
les années 1992-2002, examiné et voté par le
Parlement le 17 juin (vote boycotté par les députés
de l’opposition), ne semble pas de nature à le
mettre en difficulté.
Jusqu’à présent peu visible depuis sa désignation
en juin 2002, le Président Alfred Moisiu a fait, le
28 janvier 2003, un discours devant le Parlement
qui a surpris par sa fermeté. Il constatait, dans
une critique à peine voilée de l’action du Premier
ministre, que « si des progrès significatifs avaient
été obtenus, surtout en politique étrangère, les
résultats avaient été moins convaincants en qui
concerne les affaires interieures ». Six mois après
son arrivée à la tête du pays, le chef de l’Etat
semble refuser de devoir son poste à l’accord
(temporaire) Nano-Berisha, reprenant à son
compte les priorités énoncées par l’UE (lutte
contre le crime organisé et la corruption, refonte
du système judiciaire, clarification du régime
juridique de la propriété privée et des restitutions,
réforme du code électoral, renforcement de
l’économie de marché et des institutions). Faisant
allusion à l’attitude réputée autoritaire de F. Nano,
il n’hésitait pas à condamner « les tendances à
exercer un certain contrôle sur la politique, l’économie et les médias ».
Approuvée en janvier 2003, la loi sur l’organisation des travaux du Conseil des ministres vise à
instaurer des procédures de sélection équitables,
reposant sur des critères de professionnalisme et
de compétence, afin de limiter les nominations à
caractère politique auxquelles F. Nano recourt
fréquemment. L’exemple le plus souvent cité
concerne les responsables des Douanes dont le
directeur a changé cinq fois en un an...
Les échos de la presse sur les auditions intervenues
dans le cadre de la Commission d’enquête sur les
pyramides financières
[5] sont particulièrement
édifiants sur le niveau d’irresponsabilité de
l’ensemble de la classe politique à l’égard d’un
phénomène où chaque camp aurait normalement à
répondre de ses actes, à tout le moins de son inaction.
Tandis que Sali Berisha, alors chef de l’Etat, se
retranche derrière le fait qu’aucune loi n’existait
à l’époque pour interdire cette pratique, Ilir Meta
plaide la bonne foi, ayant vu là un moyen de faire
fructifier rapidement le capital de ses concitoyens
et Fatos Nano, dont le parti est soupçonné d’avoir
fait main basse sur les fonds confisqués, ne daigne
pas venir témoigner devant la dite Commission à
laquelle les députés socialistes ont refusé un délai
supplémentaire pour mener à bien ses investigations
[6]...
● Une situation économique
précaire
Selon les statistiques de la Commission économique pour l’Europe, la croissance en 2002,
prévue pour être quasiment identique à celle de
l’année précédente (6 % contre 6,5 %), a connu
en définitive un ralentissement d’environ deux
points. Cette baisse est imputable à l’impact de
la crise énergétique sur la production industrielle
(12,5 % du PIB), à une faible demande intérieure
(en dépit d’une légère hausse de l’investissement
privé) et aux médiocres résultats de l’agriculture,
dont la production n’a augmenté que de 2 %, alors
que sa contribution au PIB est décisive (33,2 %
en 2002).
Le déficit budgétaire demeure très important (soit
l’équivalent de 8 % du PIB), alors que les autorités,
en accord avec le FMI, escomptaient une nette
amélioration grâce aux recettes de la privatisation de la compagnie téléphonique Albtelekom
qui a dû être reportée, pour la deuxième fois, faute
d’acquéreurs, à 2003. Le même désintérêt des
investisseurs vaut pour la Caisse d’épargne,
dernière banque du secteur public à être proposée
à la vente alors que quatre-vingt grandes entreprises restent à privatiser. L’instauration d’un
« guichet-unique » pour les investisseurs étrangers,
et l’adoption d’une loi sur les faillites en 2002
sont de bien modestes avancées, une fois rapportées
au contexte général du milieu des affaires. De
graves inondations en septembre 2002 dans la
moitié sud du pays ont occasionné d’importants
dégâts : routes, ponts, centrales électriques ont
été sévèrement endommagés et les terres agricoles
noyées durant des semaines.
Une telle infortune est venue accentuer la crise
énergétique qui entrave le développement économique et exaspère les entreprises étrangères,
désespérées de voir leurs investissements partir
en fumée en raison d’interruptions de courant
répétées et arbitraires ; elle a encore aggravé la
vétusté des infrastructures demeurées, comme les
qualifie la Commission européenne, « à l’état
primitif ». D’aucuns s’étonnent d’ailleurs de
l’accent mis, dans la coopération régionale, sur
le futur rattachement du réseau albanais au
huitième corridor européen, alors que les routes
entre les principales villes du pays sont à peine
praticables, exception faite de l’axe Tirana-Dürres.
La balance des transactions courantes a connu
une nouvelle et forte dégradation en 2002, passant
de 5,3 % du PIB à 9,2 % en raison d’une accentuation du déficit commercial (la facture énergétique est passée de 100 millions d’euros en 2002
contre 10 millions en 1999), d’une balance des
services moins favorable et d’une baisse des
transferts en devises des travailleurs albanais à
l’étranger − exceptionnellement élevés l’année
précédente – estimés à 500 millions d’euros.
Comme l’analyse l’universitaire albanais Artan
Fuga, ces transferts, décisifs pour la vie de
centaines de milliers de familles, contribuent à
une hausse de la demande et donc des prix
internes, dispense l’administration d’un certain
nombre de réformes, et enferme la population
dans une passivité dramatique pour le futur du
pays
[7].
Principaux indicateurs économiques de l’Albanie(1) en 1995-2002
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
PIB (variation en %) 13,3 9,1 - 7,0 8,0 7,3 7,8 6,52(2) 6,0(2)
Production industrielle
(variation en %) - 7,2 13,6 2,8 21,8 16,0 12,0 - 20,0(2) 12,0(2)
Production agricole
(variation en %) 13,2 3,0 1,0 5,0 3,7 4,5 1,4(2) nd
Ventes au détail
(variation en %) nd nd nd nd nd nd nd - 2,2(3)
Taux de chômage
officiel (en % des actifs,
en décembre) 12,9 12,3 14,9 17,6 18,2 16,9 15,0 nd
Indice des prix
à la consommation
(moyenne annuelle, %) 8,0 12,7 33,1 20,3 - 0,1 0,0 3,1 5,3
Solde budgétaire
(en % du PIB) nd - 6,5 - 12,5 - 10,6 - 11,1 - 9,8 - 9,1 - 8,0(2)
Exportations
de marchandises
(en millions de dollars) 205 229 167 205 275 256 305(2) 342(2)
Importations
de marchandises
(en millions de dollars) 680 921 685 826 1 121 1 070 1 332(2) 1 414(2)
Balance commerciale
(en millions de dollars) - 475 - 692 - 518 - 621 - 846 - 814 - 1 027(2) - 1 072(2)
Balance des transactions
courantes (en % du PIB) - 0,6 - 4,0 - 11,9 - 1,5 - 4,2 - 4,1 - 5,3 - 9,2(3)
Dette extérieure brute
(en % du PIB) 27 27 33 29 26 30 27 23(4)
Investissements directs
étrangers (en millions
de dollars) 89 97 42 45 51 141 204(2) 153(2)
(1) Aucune donnée sur la formation de capital fixe (2) Estimation (3) Janvier-septembre (4) Fin septembre.
Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report 2002.
Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report 2002.
Les recettes douanières (370 millions d’euros en
2002) ont également diminué en raison notamment
de difficultés liées à l’adoption, en temps utile,
d’une loi pour la fermeture des boutiques hors
taxes (considérées comme facilitant la contre-bande) aux frontières terrestres qui avaient poussé
le FMI à reporter l’examen du programme économique albanais à février 2003.
Les conditions de vie dans les campagnes n’ont
guère de possibilité de s’améliorer tant qu’une
politique de micro-crédits ne sera pas soutenue
sur le plan national pour permettre de sortir d’une
agriculture de subsistance à laquelle sont voués
la quasi-totalité des propriétaires paysans ; les
seules initiatives de cette nature, initiées par des
ONG étrangères, restent des expériences-pilotes.
Les échanges avec l’UE sont déterminants : ils
représentent 75 % des importations albanaises
(dont 30 % avec l’Italie) et 90 % de ses exportations (dont 70 % vers l’Italie). Nettement déficitaires (900 millions d’euros en 2002), ils sont
surtout constitués par des produits industriels.
France-Albanie
Le renversement de tendance intervenu en 2001 dans les échanges commerciaux
franco-albanais dont le montant global est resté quasiment inchangé, s’est nettement
confirmé en 2002 avec, pour l’Albanie, un solde positif de 7 millions d’euros (contre
4,8 millions l’année précédente). La structure des exportations et des importations
françaises a connu quelques changements : d’une part, une hausse sensible des
ventes de combustibles/ carburants et métaux/produits métalliques parallèlement à une
baisse importante de celles des produits agricoles, sylvicoles et piscicoles, d’autre part,
un triplement des achats de produits agroalimentaires et une légère augmentation des
produits minéraux et des équipements mécaniques, ces derniers représentant les deux
tiers des exportations albanaises. Classée12e fournisseur et 7e client de l’Albanie, la
France n’est pas un partenaire commercial stratégique pour ce pays qui, néanmoins,
s’emploie à tirer le meilleur parti de son appartenance à l’espace francophone. Les
relations franco-albanaises dans les autres domaines portent essentiellement sur la
coopération médicale, la sauvegarde du patrimoine albanais en partenariat avec
l’association Patrimoines sans frontières, les fouilles archéologiques, l’aide à l’édition
d’ouvrages français en albanais, la délivrance de bourses à des étudiants albanais,
la collaboration entre le Conservatoire de Paris et l’Académie des arts de Tirana, une
grande majorité de ces actions étant soutenue par les autorités françaises qui
consacrent à cette coopération environ 600 000 euros par an. Parmi les initiatives
les plus récentes, on note, dans le cadre de la constitution d’un « Fonds pour le
développement des Balkans » (dont le budget pourrait aller jusqu’à 38 millions d’euros)
financé par le ministère français des Affaires étrangères et la Caisse des dépôts, la
création d’un « Fonds albanais pour le développement » destiné à la mise en oeuvre de
projets en milieu rural.
Avec une cinquantaine d’expatriés, la présence française, qui découle pour l’essentiel
de l’implantation d’une dizaine d’entreprises (parmi elles, Coparex, Ducros, Ada, Albavia,
KLP et Safege), demeure très modeste.
Les échanges France – Albanie,
2000-2002 (millions d’euros)
2000 2001 2002
Exportations (fob) 25,0 15,0 14,9
Importations (cif) 13,7 19,8 21,9
Solde + 11,3 - 4,8 - 7,0
Source : Douanes françaises.
Douanes françaises.
● Déstructuration sociale
et fragilité institutionnelle
Tandis que 5 % des Albanais vivent avec moins
de 1 dollar par jour et 25 % avec moins de deux
dollars, le rapport de la Commission fait état d’une
légère amélioration du PIB par habitant en 2002,
toujours l’un des plus faibles d’Europe, qui
atteindrait 1 400-1500 euros. Si on ne meurt peut-être pas de faim en Albanie avec une moyenne
de 2 800 calories journalières par habitant (contre
3 500 dans les pays occidentaux et moins de 2 400
dans les pays en voie de développement), on peut
y mourir de froid ou faute de soins : les dépenses de
santé (60 dollars par an et par habitant, contre une
moyenne de 2 700 dans les pays riches et une
fourchette variant entre 10 et 230 dollars dans les
pays pauvres) représentent 2,9 % du PIB contre une
moyenne de 10 % dans les pays développés.
Les indicateurs démographiques (le dernier recensement date d’avril 2001) révèlent des déséquilibres inquiétants comme la surpopulation dans
les villes, ou le départ à l’étranger en dix ans, de
près de 50 % de la population masculine de 25 à
35 ans. On constate également une baisse de 1 %
de l’accroissement démographique durant la
dernière décennie, la population de l’Albanie,
avec une moyenne d’âge de 26,5 ans, demeurant
cependant la plus jeune d’Europe.
La pauvreté a engendré des maux qui concourent
à une inquiétante déstructuration des liens
sociaux, qu’il s’agisse d’une recrudescence de la
vendetta, des violences exercées sur les femmes,
notamment dans le cadre des réseaux de prostitution
[8], du travail des enfants ou encore de la
discrimination endurée par les minorités, notamment
rom. Pour la première fois, les autorités ont tenté
un recensement de ces communautés (grecque,
slavomacédonienne et monténégrine) et la minorité rom (la seconde minorité culturelle avec les
Valaques) devrait bénéficier, comme celles des
autres pays de la région, d’une stratégie nationale
d’appui, encore à l’état d’intention.
L’Albanie doit encore gérer les conséquences
dramatiques de l’effondrement des pyramides
financières de mars 1997, qui avait mis le pays
au bord de la guerre civile. A l’époque, les émeutes
avaient conduit au pillage de centaines de dépôts
d’armes de l’armée, entraînant la dispersion dans
toute l’Albanie de plus d’un demi-million de fusils
de guerre, de 839 000 jeux de munitions et de
16 millions d’engins explosifs. Le banditisme
s’était alors répandu comme une traînée de poudre
et plus de 2 000 personnes auraient été tuées.
Les Nations unies se sont efforcées de convaincre
le gouvernement albanais de légiférer sur ce
problème des armes en circulation ou, à défaut,
de prolonger les délais de remise des armes,
l’amnistie prononcée à cet effet devant en principe
être levée le 4 août 2002. Le Pnud a mis en place
un programme de développement moyennant la
remise des armes
[9], vaste projet de 3,2 millions
de dollars, d’abord mis en pratique dans le district
méridional de Gramsh, puis étendu à d’autres
districts avec le concours notamment financier
des gouvernements danois, américain, japonais,
norvégien, britannique et suédois. Dans le cas de
Gramsh, le district a bénéficié d’infrastructures
neuves pour un montant de 1,1 million de dollars
qui, selon des d’émigrés revenus au pays, ont
changé totalement la physionomie de la région.
Cette opération de démilitarisation aurait connu
un tel succès selon ses initiateurs que le PNUD a
décidé de lancer une nouvelle initiative, en avril
2002, intitulé Small Arms and Light Weapons
Control (SALWC) avec, également, l’appui de
l’UE, toujours basée sur le même principe :
récompenser avec des projets de développement
les communautés qui collectent le plus d’armes.
Le programme vise également à créer une base
de données sur le repérage des armes et à établir
un système centralisé de suivi et de localisation
permettant d’identifier les propriétaires des armes
et des stocks de munition enregistrés.
Le retour à un minimum de confiance dans les
institutions passe aussi par l’assainissement du
système judiciaire, dont le rapport de la Commission
fait une évaluation très sévère, constatant « un
manque fondamental de confiance de la population à l’égard de l’exercice de la justice et des
institutions judiciaires minées par la corruption
et les fautes professionnelles ». Si, en 2002, les
autorités albanaises se sont félicitées que douze
procureurs aient été démis de leurs fonctions et
que vingt-trois autres fassent l’objet de mesures
disciplinaires, la Commission s’est étonnée, pour
sa part, que ces derniers n’aient pas été également
poursuivis en justice. Elle pointe l’absence de
volonté des tribunaux de juger les affaires
concernant des trafiquants (en 2002, sur 213
affaires, 37 ont été jugées et dans 176 cas, les
poursuites abandonnées) ou encore de rendre les
décisions de justice exécutoires : environ 4 000
sur les 15 400 rendues en 2002 n’ont pas été
suivies d’effet.
Un rapport, en 2003, du Département d’Etat américain sur la situation des droits de l’homme, se
fait l’écho des critiques de la Commission,
dénonce le comportement violent de la police et
les conditions de vie déplorables dans les prisons.
La corruption en haut lieu et l’essor du crime
organisé en Albanie et dans les Balkans, vivement
dénoncés par le commissaire européen aux Relations extérieures, Chris Patten, ont donné lieu,
comme dans les pays voisins, à l’adoption d’un
plan national de lutte contre ces fléaux et à la
création de structures idoines en septembre 2002.
Un meilleur ancrage
régional et européen
Officiellement, deux principes guident la politique
extérieure albanaise : l’intégration aux structures
euro-atlantiques et la prise en compte de la
présence, dans des Etats limitrophes, de communautés albanaises importantes avec lesquelles
l’Albanie voudrait développer une politique de
coopération active. Les deux principes peuvent
parfois s’opposer, dès lors que les instances internationales et européennes plaident par exemple
pour un statu quo sur la question du Kosovo et
que Tirana défend la nécessité de consolider le
statut de celui-ci.
Passée d’une approche défensive (que les minorités soient respectées par chacun des Etats
voisins) à une approche plus dynamique (se faire
le porte-parole de l’ensemble de la communauté
albanaise), Tirana se poserait en promoteur d’un
consensus « pan-albanais », seul capable, selon
elle, de marginaliser les activités des groupes
radicaux. Elle chercherait ainsi à renforcer sa
position de négociateur à l’égard de ses voisins
comme de la communauté internationale »
[10].
● Renforcer les relations
de «bon voisinage»
Le 22 novembre 2002, une délégation officielle
conduite par le ministre des Affaires étrangères,
Ilir Meta, était reçue à Belgrade par le Premier
ministre serbe d’alors, Zoran Djindjic, et le
Président Vojislav Kostunica. L’Albanie et la
Serbie-et-Monténégro signaient trois accords et
convenaient de quatorze autres dans divers
domaines (économie, enseignement, culture,
santé, commerce, etc.). Cette visite marque la
reprise des relations diplomatiques entre les deux
pays depuis la fin du conflit au Kosovo avec, à
l’appui, la négociation d’un accord de libre-échange en cours de finalisation. Un de ces
accords supprime les visas d’entrée pour les
possesseurs de passeports diplomatiques et
commerciaux, un autre prévoit la protection des
investissements bilatéraux, un troisième une
collaboration dans le domaine médical, tandis que
les Chambres de commerce des deux pays ont
convenu d’accroître leur coopération, que les vols
Belgrade-Tirana ont été rétablis en septembre 2002
et que l’Albanie est à nouveau reliée au Monténégro par chemin de fer. Du point de vue albanais,
ces rapports qualifiés de cordiaux visent à
renforcer la paix et la sécurité et à permettre
« l’arrimage des Balkans à l’Europe conformément à l’objectif de tous les pays de la région ».
Concernant le statut du Kosovo, I. Meta plaide
pour un règlement pacifique et une définition
claire du statut du Kosovo… sans plus de précision
[11]. Un accord de libre-échange est aussi en
projet avec le Kosovo, tandis que plusieurs
protocoles ont été signés entre la Mission des
Nations-Unies au Kosovo (Minuk) et Tirana.
Les relations se sont également améliorées avec
la Macédoine, depuis l’arrivée d’un nouveau
gouvernement en novembre 2002 après que
l’accord de libre-échange entre les deux pays soit
entré en vigueur en été 2002. En avril 2003, des
exercices d’entraînement militaire, préludant à la
signature de la Charte adriatique, se déroulaient
en Macédoine avec un troisième partenaire, la
Croatie, avec laquelle un accord de libre-échange
a également été signé en 2002, tout comme avec
la Bosnie-Herzégovine et la Roumanie.
Deuxième partenaire commercial, la Grèce peut
se révéler un voisin difficile même si, comme avec
l’Italie, Tirana a tout intérêt à entretenir avec ces
deux pays membres de l’UE les meilleures
relations possibles. Lors d’une visite à Athènes
en avril 2003, F. Nano a demandé à son homologue
grec que son pays abroge une loi de 1940 instaurant l’état de guerre entre les deux pays au
moment de l’exode de la minorité cham qui se
réfugia en Albanie, à une époque où celle-ci était
occupée par les troupes de Mussolini
[12]. En dépit
de l’existence d’un traité d’amitié entre les deux
pays signé en 1992, cette loi, toujours en vigueur,
empêche aujourd’hui les membres de la minorité
cham de revendiquer leurs biens restés en Grèce.
La main-d’oeuvre albanaise est devenue une
quasi-nécessité pour Athènes, même si les vexations à la frontière albano-grecque à l’égard de
ces travailleurs, souvent clandestins, sont monnaie
courante. L’afflux d’immigrants ne tarit pas et
leur force de travail est devenue aussi utile à l’économie grecque que les revenus qui en découlent
sont nécessaires à l’économie albanaise. Le recensement de cette main-d’œuvre n’est guère aisée,
même si le gouvernement grec s’est résolu à la
régulariser, d’abord ponctuellement, en délivrant
des cartes de séjour provisoires « blanches », puis
des cartes « vertes » qui permettent de sortir de
Grèce et d’y revenir dans un délai donné. Sur la
base des chiffres recueillis à l’occasion de deux
vagues de régularisation intervenues en 1997
(dont auraient profité 353 000 Albanais), puis en
mai 2001 (112 000 Albanais auraient alors acquis
la « carte verte »), la dernière estimation s’élève à
450 000 personnes au moins, soit 15 % de la
population de l’Albanie (et 4,5 % de celle de la
Grèce).
Les relations économiques et commerciales se
sont multipliées de part et d’autre de la frontière
et comme l’écrit P.Y. Péchoux : « Il est vraisemblable que ces esquisses de réseaux commerciaux
se trouveront confortées et étendues du fait que
les immigrés albanais en Grèce, rétribués en euros
à partir de 2002, répandront la devise européenne
en Albanie au moment où elle aura remplacé,
officiellement ou non, le mark au Kosovo et dans
d’autres parties de l’ex-Yougoslavie »
[13].
● L’UE entrouvre sa porte
Les négociations en vue de la conclusion d’un
Accord de stabilisation et d’association (ASA)
ont été officiellement lancées à la fin de janvier
2003. Ces négociations qui risquent « d’être
longues et laborieuses », accordent une attention
particulière à la justice et aux affaires intérieures,
se posant en véritable baromètre des progrès
accomplis par les autorités albanaises dans le
domaine de la consolidation des institutions.
Si, du côté de Bruxelles, on s’appuie sur le
principe qu’aucune intégration européenne n’est
possible sans stabilité de chacun des Etats des
Balkans occidentaux, pour les autorités albanaises,
une stabilité durable n’est envisageable que si on
permet à leur pays de s’engager très concrètement
dans ce processus d’intégration. Certains analystes albanais vont même plus loin imputant à
l’UE la responsabilité du développement des
réseaux mafieux sur le territoire albanais, dès lors
que celle-ci ne recherche pas à approfondir
suffisamment la coordination des actions de lutte
de concert avec Tirana
[14]. La signature d’un ASA
se veut donc une solution médiane qui permet à
chacune des deux parties d’effectuer une partie
du chemin. Si la perspective de l’ASA doit jouer
un rôle moteur dans la poursuite des réformes,
Bruxelles entend − face à un pays, selon certains
analystes, « gangrené » politiquement et économiquement par le racket, les trafics en tous genres
et le népotisme − ne pas brusquer le processus et
n’a fixé, au sommet de Thessalonique de juin 2003,
aucune échéance précise.
D’ici trois ans, certains observateurs albanais
avancent par contre l’hypothèse que l’Albanie
pourrait être officiellement invitée à se joindre à
l’Otan ; dans cette perspective, il faudrait porter
le budget de la défense à près de 2,1 % du PIB
soit 150 millions d’euros, effort pour le moins
important quand on connaît le déficit actuel.
Pour Tirana, la décision d’adhérer à l’Otan est plus
politique que militaire ; si le syndrome du danger
russe n’a pas lieu d’être dans son cas, elle sait que
sa situation géographique intéresse les Etats-Unis
dont elle a toujours loué l’attitude dans la crise du
Kosovo. Le parrainage, par ces derniers, d’une
Charte adriatique réunissant l’Albanie, la Macédoine et la Croatie afin que ces trois pays se
préparent, ensemble, à négocier leur entrée dans
l’Otan en est une illustration. Les mêmes signaient
d’ailleurs, le 12 février 2003, une déclaration
soulignant « la nécessité de désarmer l’Irak par
n’importe quel moyen ». Et c’est « en signe de solidarité concrète » que le Parlement albanais votait,
le 9 mars, à l’unanimité, un soutien sans réserves
à Washington. Approuvé par l’opinion publique
et la majorité des médias, cet alignement sur les
Etats-Unis bénéficiait aussi de l’appui de la
diaspora albanaise d’outre-atlantique.
2002
24 janvier
En présence des principaux responsables des
partis politiques albanais, le Parlement européen
présente un rapport très sévère sur la situation
politique albanaise et l’ampleur de la corruption,
considérant que l’ouverture des négociations
concernant l’Accord de stabilisation et d’association (ASA) ne pourront intervenir qu’une fois
l’élection présidentielle albanaise menée à bien,
donc au plus tôt au second semestre 2002. Le
rapport sera approuvé le 16 mai en séance plénière
à Strasbourg.
28 janvier
Le Premier ministre Ilir Meta présente sa démission qui est immédiatement acceptée par le
Président Mejdani.
31 janvier
Les députés du PDSH (parti démocratique)
reviennent siéger à l’Assemblée.
6 février
Quelques jours après le gel d’un prêt de 30 millions de dollars par le FMI, le comité directeur
du PSSH (Parti socialiste) désigne Pandeli Majko
comme candidat officiel au poste de Premier
ministre.
15 février
La candidature de P. Majko est acceptée par le
Président albanais ; un nouveau gouvernement
peut enfin être constitué.
19 février
• Visite de la Fédération des Chambres de
commerce d’Israël qui invite la Chambre de
commerce et d’industrie de Tirana à collaborer
davantage avec les entrepreneurs israëliens. Les
échanges n’en demeurent pas moins insignifiants.
• La Compagnie turque Kurum investit 25 millions de dollars dans le rachat de l’usine de
traitement de cuivre de Rubik sur la base d’un
contrat de concession d’une durée de trente ans.
6 mars
Accord entre l’Albanie et l’UE ; Bruxelles
accordera une aide pour un montant total de
145 millions d’euros sur 4 ans.
19 mars
Le Parlement vote à une large majorité la destitution du Procureur général de la République,
Arben Rakipi, les députés de l’opposition ayant
pour une fois décidé de joindre leurs voix à celles
d’une partie de la majorité, en l’occurrence les
partisans de I. Meta. Cette destitution intervient
à la demande du Premier ministre qui reproche à
F. Nano d’avoir fait pression sur le Procureur afin
que celui-ci enquête sur la corruption d’un
ministre appartenant au gouvernement démissionnaire de janvier.
25-26 mars
La direction générale du tourisme albanais organise la première foire régionale du tourisme à
Tirana. Les participants viennent du Monténégro,
du Kosovo, de Bulgarie, Roumanie, Grèce,
Turquie, Chypre et Italie.
28 mars
Reconduction du programme CAS (Country
Assistance Strategy) par la Banque mondiale, qui
a pour but de réduire la pauvreté. L’accord entrera
en vigueur le 1er août 2002.
29 mars
• Réunion à Tirana des chefs d’Etat participant
au processus de coopération entre les pays de
l’Europe du Sud-Est.
• Signature de l’accord de libre-échange entre la
Macédoine et l’Albanie qui vise une diminution,
puis une élimination progressive des droits de
douane sur une série de marchandises.
2 mai
Approuvée en 1996, l’ouverture de la Bourse
de Tirana devient effective. Le gouvernement
devrait apporter une contribution de 104 000
euros à la mise de fonds initiale permettant son
démarrage.
20 juin
Sixième réunion annuelle des ministres des
Affaires étrangères des pays du Processus de
coopération en Europe du Sud-Est (SEECP), à
Belgrade où ils discutent des efforts de démocratisation et de prévention des conflits dans la
région.
24 juin
Après des mois de tractations entre l’opposition
et la majorité comme au sein de cette dernière, le
Parlement élit Alfred Moisiu, seul candidat en
lice, à la présidence de la République avec 97 voix
pour, 14 abstentions et 20 contre.
28 juin
• Leka Zogu, fils du roi Zogu 1er d’Albanie est
autorisé à rentrer en Albanie après 63 ans d’exil.
Condamné par la justice albanaise par contumace
pour « l’organisation de manifestations illégales
ayant pour but le renversement de l’ordre constitutionnel après les élections du 26 juin 1997 »,
l’héritier du roi albanais profite d’une amnistie
générale prononcée en 2002.
• Signature d’un mémorandum sur les politiques
économiques et financières pour les années 2002-2004 entre le Premier ministre, le ministre des
Finances et le gouverneur de la Banque centrale,
Shkelqim Cani, en présence du représentant du
FMI à Tirana.
1er juillet 2002
Instauration d’une taxe foncière qui devrait
concerner les 400 000 agriculteurs recensés dans
le pays sous réserve que la totalité des terres soit
enregistrée au cadastre ; seuls, 40 % des 579 250
hectares redistribués à l’issue de la réforme
agraire de 1991 (soit 98,4 % des terres agricoles)
l’étaient en juillet 2001. Une taxe sur l’environnement devrait également entrer en vigueur à la
même date.
5-6 juillet
Réunion à Riga des dix pays d’Europe centrale
et orientale du « Groupe de Vilnius » candidats à
l’Otan auquel l’Albanie est partie prenante. Les
pays plaident une dernière fois avant le sommet
de l’Otan de novembre 2002 leur dossier
d’adhésion.
29 juillet
Après la démission de P. Majko présentée le
25 juillet suite à la décision du Comité directeur
du PSSH d’accorder au titulaire de la présidence
du Parti, le poste de Premier ministre (75 voix
pour, 5 contre et 15 abstentions), la candidature
de Fatos Nano au poste de Premier ministre est
approuvée par A. Moisiu. La composition du
nouveau gouvernement sera approuvée le
31 juillet à 81 voix contre 48 et trois abstentions.
9 septembre
Les ministres des Transports d’Albanie, de
Bulgarie, de Grèce, d’Italie, de Macédoine et de
Turquie signent un mémorandum à Bari (Italie)
définissant le tracé du corridor paneuropéen n° 8
qui doit relier le Caucase et l’Asie centrale à
l’Europe.
Mi-septembre
Tirana subit des inondations importantes en raison
d’une rupture du réseau d’approvisionnement en
eau, incident d’origine volontaire selon certaines
sources ayant pour but de mettre le maire de la
capitale en difficulté.
26-27 novembre
Ilir Meta, vice-Premier ministre et ministre des
Affaires étrangères effectue une visite que l’on
peut qualifier d’« historique » à Belgrade.
5 décembre
C. Patten, commissaire européen pour les
Relations extérieures se rend en Albanie pour y
discuter des modalités de l’ouverture des négociations concernant l’ASA.
10-11 décembre
Rencontre des ministres de la Défense des pays
d’Europe du Sud-Est à Rome.
2003
13 janvier
La Troïka européenne, présidée par l’actuel
président du Conseil des ministres de l’UE,
Georges Papandreou, se rend en Albanie. Le
ministre grec annonce l’ouverture imminente des
négociations sur l’ASA.
15 janvier
L’Albanie assume durant le premier trimestre
2003 la présidence du forum européen de la
coopération pour la sécurité dans le cadre de
l’OSCE. C’est la première fois que l’Albanie
préside cette instance depuis son adhésion à
l’OSCE en 1991.
23 janvier
Réunion tripartite à Skopje des ministres des
Affaires étrangères albanais, macédonien et
croate pour coordonner les activités des trois pays
en vue de leur adhésion à l’Otan.
29 janvier
L’Albanie et la Croatie signent un accord de
coopération en matière de lutte contre la criminalité organisée et autres activités illicites.
31 janvier
Le président de la Commission européenne,
Romano Prodi, se rend en visite officielle en
Albanie où il y annonce l’ouverture des négociations en vue de la conclusion d’un ASA entre
Tirana et l’UE dont la première réunion aura lieu
le 13 février 2003.
10 février
L’Albanie se joint aux pays signataires de la
déclaration de Vilnius dont l’objectif est de
soutenir la position américaine sur la question de
l’Irak.
12 février
Tenue du sommet « Adriatique 3 » qui réunit la
Croatie, la Macédoine et l’Albanie avec à l’ordre
du jour, la rédaction et l’approbation d’une Charte
de partenariat pour la coopération régionale (qui
sera signée à Dubrovnik le 7 mars 2003) et
l’intégration à l’Otan.
21 février
Visite officielle du Premier ministre roumain,
Adrian Nastase.
26 février
Dans le cadre de l’octroi d’un crédit sur trois ans
décidé en juin 2002, le FMI dresse un bilan mitigé
de l’évolution économique albanaise.
5 mars
L’Albanie participe à la réunion des ministres de
l’Intérieur des pays de l’Europe du Sud-Est à
Belgrade avec au centre des discussions, la lutte
contre la criminalité organisée et l’amélioration
de la libre circulation des citoyens de la région.
13 mars
Vote du Parlement albanais décidant de l’ouverture de l’espace aérien et maritime du pays aux
troupes américaines.
15 mars
Le Premier ministre, F. Nano, se rend à Belgrade
à la cérémonie des obsèques du Premier ministre
serbe assassiné à Belgrade.
24-25 mars
Réunion de la Task force Albanie-UE sur la
question de la réforme de la justice albanaise.
1er avril
• Le Président de la République, A. Moisiu, se
rend en visite officielle en Italie.
• Le Premier ministre, F. Nano, se rend en visite
de travail en Grèce avec pour objectif d’améliorer les relations toujours problématiques entre
les deux pays.
9 avril
Sixième sommet du processus de coopération en
Europe du Sud-Est (SEECP) à Belgrade. Les
chefs d’Etat et de gouvernement d’Albanie,
Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Grèce,
Macédoine, Roumanie, Serbie-Monténégro et
Turquie expriment la détermination des Balkans
à faire partie dans un avenir proche de l’UE et de
l’Otan. Ils expriment également leurs « souhaits
sincères de fin rapide du conflit en Irak » et
soulignent le rôle prééminent des Nations unies
dans le règlement des conflits.
2 mai
Le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell,
signe à Tirana une « Charte adriatique » avec
l’Albanie, la Macédoine et la Croatie destinée à
faciliter l’intégration de ces trois pays aux institutions euro-atlantiques.
19-20 juin
Le Conseil européen de Thessalonique réitère son
soutien de principe à une future admission des
pays de l’Europe du Sud-Est, dont l’Albanie, dans
l’Union européenne, sans qu’aucune échéance ne
soit cependant envisagée.
12 juillet
Rencontre trilatérale entre les présidents
d’Albanie, de Bulgarie et de Macédoine à Ohrid
pour évoquer les perspectives de construction du
corridor paneuropéen n° 8.
18 juillet
La sourde et ancienne opposition entre le Premier
ministre et le ministre des Affaires étrangères,
Ilir Meta, aboutit à la démission de ce dernier,
suivi de celle du ministre responsable de l’Intégration.
Principales formations
politiques
PSSH arti socialiste d’Albanie, ex-parti
communiste (intitulé Parti du Travail avant 1990).
Président : Fatos Nano
PDSH Parti démocratique d’Albanie. Président :
Sali Berisha
PRSH Parti républicain d’Albanie. Président :
Fatmir Mediu
PBDNJ nion pour les droits de l’homme,
ex-Omonia. Président : Jorgo Labovitjadhi
PSDSH arti social-démocrate d’Albanie.
Président : Gramoz Pashko
PAD Parti de l’alliance démocratique. Président :
Neritan Çeka
AD Alternative démocratique, rebaptisée Parti
démocrate rénové. Président : Genc Pollo
PL Parti royaliste de la légalité
PA Parti agraire
PLD Parti libéral-démocrate
PBK Parti du front national
Résultat des dernières
élections
● Election présidentielle
Elu par l’Assemblée (populaire) le 24 juin 2002,
Alfred Moisiu a succédé à Rexhep Mejdani.
Prochaine échéance présidentielle : 2007
● Elections législatives du 24 juin et du 8 juillet
2001
Formations % des voix Nombre
de sièges
Parti socialiste (PSSH)(2) 41,54 73
Parti démocratique
(PDSH)-Union
pour la victoire(3) 36,81 46
Parti démocrate rénové
(AD)(4) 5,08 6
Parti social-démocrate
(PSDSH)(2) 3,64 4
Union pour les droits
de l’homme (PBDNJ) 2,61 3
Parti agraire (PA) 2,56 3
Parti de l’alliance
démocratique (PAD) 2,54 3
Indépendants - 2
Autres(5) 7,78 -
Total(6) 100 140
(1) Cinq tours ont été nécessaires dans certains districts, ces résultats
donnés par la Commission électorale centrale n’ayant été délivrés
qu’à la fin du mois d’août 2001.
(2) Ces formations participent d’une «Alliance pour l’Etat»
constituée pour les législatives de 1997 que le PSSH n’a que
partiellement réactivée.
(3) Coalition qui regroupe le PL, le PBK, le PRSH et le PLD mais
seuls les candidats du PDSH auraient obtenu des sièges.
(4) Encore intitulé dans d’autres sources : «Parti des réformateurs».
(5) Le total devant être de 100, ce pourcentage a pu être obtenu par
de petites formations, chacune n’ayant pu passer le seuil des 2,5 %.
(6) L’Assemblée populaire est normalement composée de 155 députés.
«Parti des réformateurs».
Prochaines échéances législatives : 2005
Composition
du gouvernement * (août 2003)
- Premier ministre : Fatos Nano
- Vice-Premier ministre, en charge des Affaires
étrangères : vacant
- Ministre d’Etat chargé de la lutte contre la
corruption : Blendi Klosi
- Ministre d’Etat chargé de l’Intégration : vacant
- Finances : Kastriot Islami
- Défense : Pandeli Majko
- Intérieur : Luan Rama
- Economie : Arben Malaj
- Justice : Spiro Peci
- Agriculture et Alimentation : Agron Duka
- indépendant)
- Transports et Télécommunications : Spartak Poci
- Santé : Mustafa Xhani
- Travail et Affaires sociales : Valentina Leskaj
- Education et Sciences : Luan Memushi
- Culture, Jeunesse et Sports : Arta Dade
- Collectivités locales et Décentralisation : Ben
Blushi
- Industrie et Energie : Viktor Doda
- Environnement : Lufter Xhuveli
- Aménagement du territoire et Tourisme :
Besnik Dervishi
·
Ouvrages
·
International Crisis Group, Albania : State
of the Nation, Bruxelles, 2003,25 p.
·
Stéphanie Schwander-Sievers, Bernd
J. Fischer (Ed.), Albanian Identities : Myth
and History, Hurst, London, 2002,238 p.
·
Revues
·
Corrado Campobasso, « Albania », in
Economic Situation in 2002 and Perspectives
for 2003 in Central and South-Eastern
Europe, Est-Ovest, n° 3,2003, pp. 146-158.
·
Yves Péchoux, « La frontière albanaise de
la Grèce : Ségrégation nationalitaire ou
complémentarité balkanique ?», Bulletin de
l’Association des géographes français -
Géographies, n° 2, juin 2003, pp. 160-174.
·
IMF, « Albania : « Selected Issues and
Statistical Appendix », IMF Country Report,
n° 03/64, mars 2003,75 p.
·
IMF, « Albania : Staff Report for the 2002
Article IV Consultation, First Review Under
the Three Year Arrangement For the
Poverty Reduction and Growth Facility and
Requests for Modification and Waiver of
Performance Criterion », IMF Country
Report n° 03/63, mars 2003,63 p.
·
Afrim Krasniqi, « Démilitarisation des
communautés en Albanie », Choix magazine, vol. 11, n° 4, décembre 2002, pp. 14-15.
·
Nathalie Clayer, « Existe-t-il un islam politique albanais ?», Après-demain, n° 447-449, décembre 2002, pp. 19-23.
·
Beryl Nicholson, « The Wrong End of the
Telescope : Economic Migrants, Immigration Policy and How it Looks from
Albania », The Political Quaterly, vol. 73,
n° 4, novembre-décembre 2002, pp. 436-444.
·
Artan Fuga, Edith Lhomel, « Albanie. Des
résultats équivoques », in Europe centrale et
orientale 2001-2002. Une croissance
pérenne, un jeu politique rodé, des sociétés
désenchantées, Le courrier des pays de
l’Est, n° 1026, juin-juillet 2002, pp. 4-18.
·
World Bank, « Poverty in Albania, A
Qualitative Assessment », World Bank
Technical Paper, n° 520,2002,131 p.
·
Economist Intelligence Unit, Country
Report trimestriel), Country Profile
(annuel) « Albania ».
·
Le courrier des Balkans, http.//
wwww. balkans. eu. org
·
Le journal de l’Ambassade d’Albanie,
publication mensuelle, www. amb-albanie-paris. com
[(1)]
Document de travail des services de la Commission,
Albanie. Stabilisation et association - Rapport 2003, Bruxelles,
26 mars 2003, SEC (2003) 339.
[(2)]
Koha Jöne, « Le pays progresse, mais pas sa classe politique : où va l’Albanie ?», 1
er avril 2003 http ://
w
www. balkans. eu. org/ article2938. html,mise en ligne, 15 avril 2003.
[(3)]
Ainsi que la qualifie le rapport de mars 2003 de la Commission, p. 3.
[(4)]
Cf. à ce sujet, la tortueuse évolution politique 2001-2002, A. Fuga, E. Lhomel « Albanie 2001-2002. Des résultats
équivoques »,
Le courrier des pays de l’Est, n° 1026, juin-juillet 2002, pp. 4-18.
[(5)]
Sociétés d’usure où des centaines de milliers d’Albanais engouffrèrent toutes leurs économies, l’effondrement
des pyramides financières mirent le pays au bord de la guerre civile en 1997.
Cf. E. Lhomel, « Faillites et crise de
confiance »,
Le courrier des pays de l’Est, n° 419, mai-juin 1997 et « Un fragile retour à la normale »,
Le courrier des
pays de l’Est, n° 428-429, mars-avril-mai 1998.
[(6)]
« Albanie : commission d’enquête sur les pyramides financières »,
in Reportazh, 8 juillet 2003, http ://
www. balkans. eu. org/ article3313. html.
[(7)]
Cf. Artan Fuga
, « L’émigration est-elle vraiment une chance pour l’Albanie ?»,
Koha Jone, 8 septembre 2003.
h
http :// www. balkans. eu. org/ article3574. html. Ainsi que l’article de Beryk Nicholson, « The Wrong End of The
Telescope : Economic Migrants, Immigration Policy and How it Looks from Albania »,
Political Quarterly, vol. 73,
n° 4, October-December 2002, pp. 436-444.
[(8)]
« Femmes en Albanie, un long chemin reste à parcourir »,
Karavan, 24 novembre 2002. http ://
w
www. balkans. eu. org2027. htmlet « Albanie : la ville de Vlora en guerre contre la drogue et la prostitution »,
Korrieri,
18 novembre 2002.
http :// www. balkans. eu. org/ article1856. html.
[(9)]
Cf. l’article de Afrim Krasniqi dans une des revues du PNUD, « Démilitarisation des communautés en Albanie »,
Choix magazine, décembre 2002.
[(10)]
Cf. Eno Trimcev, « La politique régionale de l’Albanie : entre intégration euro-atlantique et question albanaise »,
Karavan, juillet 2003 h
http :// wwww. balkans. eu. org/ article3448.html.
[(11)]
« Serbie-Albanie : l’embellie »,
Korrieri, 27 novembre 2002.
http :// www. balkans. eu. org/ article2036. html.
[(12)]
Cf. Agim I. Tartari, « Quelques commentaires sur les relations albano-grecques »
Koha Jone, 11 janvier 2003.
http :// www. balkans. eu. org/ article2161. html.
[(13)]
Cf. Pierre-Yves Péchoux, « La Frontière albanaise de la Grèce : ségrégation nationalitaire ou complémentarité
balkanique »,
Bulletin de l’association de géographes français, juin 2003 – 2, pp. 162-174.
[(14)]
Veton Surroi, « L’intégration européenne et la question albanaise », in
Koha Ditore, 17 septembre 2002, http ://
w
www. balkans. eu. org/ article1255.html, 2 octobre 2002.
[*]
La quasi-totalité des membres appartient au PSSH.