2003
Le Courrier des Pays de l’Est
Estonie 2002-2003
Au seuil d’une nouvelle ère ?
Antoine Chalvin
Maître de conférences à l’Inalco, Paris.
Juliette Déplanque
Docteur en histoire.
Les élections municipales d’octobre
2002 ont préparé le terrain du scrutin
législatif qui devait se tenir six mois
plus tard, le 2 mars 2003. La grande
surprise de la première consultation,
confirmée lors de la seconde, fut la
percée d’un nouveau parti, Res
Publica, fondé en 2001 et qui a fait
de la lutte contre la corruption son
cheval de bataille. Si, en mars 2003,
le Parti du centre, l’une des deux
composantes de la coalition alors au
pouvoir, a réalisé le meilleur score, il
s’est néanmoins retrouvé dans
l’opposition, aucune formation
n’ayant accepté de faire alliance avec
lui. C’est donc autour de Res Publica,
arrivé en deuxième position, que s’est
constituée, avec les forces du Parti de
la réforme et de l’Union populaire,
une nouvelle coalition gouvernemen-
tale. Si son programme tente de
concilier baisses d’impôts et politique
sociale, il se garde cependant d’opérer
un choix entre un Etat social à la
scandinave et le modèle américain, ce
qui peut parfois être source de
problèmes. L’option en faveur d’une
orientation sociale de l’économie n’a
d’ailleurs rien d’irréaliste, la crois-
sance demeurant soutenue (plus de
5 %) en dépit de l’atonie de la
demande extérieure. Par ailleurs, la
sage conduite de la politique écono-
mique a porté ses fruits : inflation
sous contrôle, finances publiques en
équilibre, baisse continue du chômage,
achèvement des privatisations. Seule
ombre au tableau, un déficit courant
de plus en plus important (12,5 % en
2002), financé, en outre, par le recours
à l’emprunt. C’est donc dans de bonnes
conditions que l’Estonie aborde la
dernière ligne droite avant son entrée
dans l’UE, qui sera consacrée à la
dotation du pays en structures aptes à
gérer les fonds communautaires.
L’opinion semble ne pas avoir d’états
d’âme en ce qui concerne l’intégra-
tion à l’Otan (avec laquelle les négo-
ciations ont été closes en mars 2003),
celle-ci paraissant à même de conforter
la sécurité nationale et de permettre
une amélioration des relations avec
la Russie, processus qui, certes,
progresse, mais avec lenteur.
The October 2002 municipal
elections paved the way for the
legislatives which took place
six months later on 2 March
2003. The big surprise of the
first was confirmed by the
second : the breakthrough of a
new party, the Res Publica,
founded in 2001, which made
the struggle against corruption
its battlecry. While the Center
Party, one of two members of
the then ruling coalition, had the
highest score in March 2003, it
nevertheless found itself in the
opposition as no other group
accepted to form an alliance
with it. A new government
coalition was formed around
the second-ranking Res Publica
along with the Reform Party and
the Popular Union. While its
program endeavors to reconcile
reduced taxes and social policy,
it has still not decided between
a Scandinavian-type welfare
state or the American model,
which has sometimes caused
problems. Opting for a social
orientation in the economy is
not unrealistic as growth conti-
nues (over 5 %), despite sluggish
foreign demand. A prudent
political economy has borne
fruit : public finances are
balanced, unemployment conti-
nues to drop, and privatizations
are coming to term. The only
shadow is the continuously
increasing current deficit
(12.5 % in 2002), financed
predominantly by loans. It is
thus under favorable conditions
that Estonia is taking the final
step towards EU entry by
providing the country with
structures capable of managing
community funds. Public opi-
nion does not seem troubled by
the NATO integration (negotia-
tions ended in March 2003), as
this seems to have strengthe-
ned national security and
allowed for improved relations
with Russia, a process which
has undoubtedly made progress
albeit slowly.
L’année 2002-2003 semble
marquer pour l’Estonie la fin
d’une époque et l’émergence de
nouveaux espoirs. Sur le plan
intérieur, deux échéances électorales (municipales et législatives) ont été l’occasion d’une
certaine recomposition du
paysage politique, avec la
consécration d’un parti récemment créé, qui a fondé son succès
sur la promesse d’une moralisation du pouvoir.
Les réformes structurelles ultra-libérales, menées
tambour battant depuis plus de dix ans, sont
aujourd’hui achevées pour l’essentiel, et le
gouvernement, s’appuyant sur une économie
solide et dynamique, commence à chercher les
moyens d’atténuer leur coût social. En politique
étrangère enfin, l’Estonie a atteint ses deux grands
objectifs en menant à leur terme les processus
d’adhésion à l’Otan et à l’Union européenne. Son
admission effective dans ces deux organisations,
en 2004, scellera définitivement son retour à
l’Europe et la fera entrer dans une nouvelle phase
de son histoire.
Du nouveau
dans le paysage politique
● La surprise des élections
municipales
Les élections municipales d’octobre 2002 ont été
précédées d’une polémique relative à la loi électorale. Celle-ci, adoptée en mars, interdisait les
listes non présentées par des partis. Cette disposition avait conduit de très nombreux élus locaux
à adhérer à une formation politique afin d’être en
mesure de se représenter (78 % des membres des
conseils municipaux avaient été élus en 1999 sur
des listes apolitiques
[1] ). La Cour d’Etat, saisie
par le chancelier de justice
[2], a déclaré en juillet
2002 cette disposition anticonstitutionnelle « dans
les conditions juridiques et sociales actuelles »,
et les listes non partisanes ont finalement été autorisées (leur interdiction a été reportée aux élections de 2005). Le scrutin, caractérisé par un taux
de participation assez faible (52,5 %), a donné la
victoire au Parti du centre, qui a obtenu le meilleur
score au niveau national avec 25,6 % des voix.
Ce parti est également arrivé en tête dans plusieurs
grandes villes, notamment à Tallinn (38,5 %), où
son président, Edgar Savisaar, a été réélu maire.
La grande surprise de ce scrutin réside surtout
dans la percée de Res Publica, un parti fondé en
2001 et dirigé par l’ancien contrôleur d’Etat (équivalent du président de la Cour des comptes en
France), Juhan Parts, qui avait démissionné de
ses fonctions pour s’engager en politique. Res
Publica, qui avait fait de la lutte contre la corruption l’un des thèmes centraux de sa campagne,
est devenu le deuxième parti estonien en termes
de popularité, avec 15,1 % des voix au niveau
national. Il s’est également hissé en deuxième
position à Tallinn et à Pärnu et a enlevé au Parti
de la réforme la mairie de Haapsalu.
L’Union pour la patrie et les Modérés, rendus très
impopulaires par les réformes accomplies de 1999
à 2001, alors qu’ils étaient au gouvernement, ont
subi une défaite sévère : si l’Union pour la patrie
a enregistré un résultat satisfaisant à Tartu
(17,4 %), aucune des deux formations n’a obtenu
de siège au conseil municipal de Tallinn. Ces
échecs ont conduit à la démission de leurs
présidents : Mart Laar (Union pour la patrie) a
été remplacé par Tunne Kelam, tandis que
Toomas Hendrik Ilves (Modérés) cédait sa place
à Ivari Padar, ancien ministre de l’Economie.
Les partis russophones ont également connu un
net recul. Ainsi, à Tallinn, où les russophones
représentent près de la moitié des électeurs (tous
les résidents, quelle que soit leur nationalité, ont
le droit de vote aux élections locales), le Parti
populaire unifié d’Estonie n’a obtenu que 8,3 %
des voix (contre 13,8 % lors des élections de
1999, à l’occasion desquelles il avait fait alliance
avec le Parti russe en Estonie).
Après les élections municipales, et avant de se
séparer, les députés ont modifié le 25 février 2003
la Constitution pour porter à quatre ans la durée
du mandat des élus locaux (à partir de 2005). Le
mandat actuel de trois ans est en effet jugé insuffisant pour conduire une politique locale cohérente et se traduit par une fréquence excessive
des élections, nuisible à la participation. Cette modification a fait l’objet d’un large consensus et a
pu être adoptée selon la procédure d’urgence, à
la majorité des deux tiers. C’est la première fois
que la Constitution de 1992 est amendée. L’autre
changement envisagé, l’élection du président de
la République au suffrage universel, n’a en
revanche pas été mis à l’ordre du jour, malgré la
promesse du gouvernement de Siim Kallas.
● L’espoir d’une « nouvelle
politique »
Les évolutions politiques amorcées lors des élections municipales ont été confirmées et amplifiées
par les législatives de mars 2003. La campagne
électorale a été dominée par trois thèmes principaux, sur lesquels se sont établies des lignes de
partage complexes. Les accords et les divergences
entre les partis estoniens varient en effet selon
les sujets et ne permettent pas de tracer de séparation nette entre une « droite » et une « gauche ».
Ces notions, si elles commencent, depuis
quelques années, à revêtir un sens en Estonie,
restent encore largement inopérantes pour décrire
de façon adéquate la vie politique.
Le sujet central de la campagne a été incontestablement la réforme de l’impôt sur le revenu, au
point que le Premier ministre, Siim Kallas (Parti
de la réforme), a pu qualifier ces élections de
« référendum fiscal ». Son parti, au programme
ultra-libéral, prônait le maintien du système
d’imposition proportionnel et la réduction du taux
unique de 26 à 20 %. A l’opposé, le Parti du centre
et les Modérés préconisaient l’instauration d’un
impôt progressif. Res Publica, sans remettre en
question le taux unique, souhaitait relever le seuil
d’exonération.
Des débats ont également eu lieu au sujet de la
procédure de naturalisation (l’Estonie compte
encore 13 % de « personnes de nationalité indéterminée », c’est-à-dire d’anciens citoyens soviétiques qui n’ont pas demandé la nationalité russe
et ne sont pas non plus devenus citoyens estoniens). Le Parti du centre et Res Publica, soucieux
de gagner les faveurs de l’électorat russophone,
ont exprimé l’intention d’assouplir les conditions
d’obtention de la nationalité estonienne, tandis
que les autres grands partis n’y étaient pas favorables.
Le troisième grand thème, la moralisation de la
politique et la lutte contre la corruption, a été le
cheval de bataille de Res Publica, qui a concentré
ses attaques sur le Parti du centre, dont la réputation est régulièrement éclaboussée par des
scandales. La presse a ainsi révélé, trois jours
avant les élections, les relations financières entre
E. Savisaar et un homme d’affaires russophone,
Leonid Apananski, qui aurait réglé les primes
d’assurance de la maison du maire de Tallinn.
Cette générosité serait à mettre en relation avec
la prise de contrôle, dans des circonstances
troubles, du marché central de la ville, dont
L. Apananski aurait été l’un des bénéficiaires
occultes.
En dépit de ces accusations, le Parti du centre a
réalisé le meilleur score, avec 25,4 % des suffrages,
ce qui lui a permis de conserver 28 sièges sur
101 au Parlement. Mais, de même que lors des
précédentes élections législatives, ce parti n’a pu
concrétiser sa victoire et s’est finalement retrouvé
dans l’opposition, aucune autre formation n’ayant
souhaité faire alliance avec lui. Res Publica a
confirmé son étonnante ascension en faisant
presque jeu égal avec le Parti du centre (24,6 %
des suffrages) et en obtenant le même nombre de
sièges que son principal rival. Le succès de cette
formation repose sans doute très largement sur
sa promesse d’une « nouvelle politique » plus
proche des citoyens. Les responsables de ce parti,
qui sont pour beaucoup issus de la société civile,
ont en effet réussi à donner d’eux une image
d’intégrité, propre à séduire une population déçue
par la classe politique traditionnelle. Le Parti de
la réforme, dont la popularité n’a pas été entamée
par sa participation au gouvernement au cours
des quatre années écoulées, a amélioré son score
des précédentes élections, avec 17,7 % des voix
et 19 sièges (un de plus qu’en 1999). L’Union
pour la patrie et les Modérés ont perdu près des
deux tiers de leurs sièges, mais sont tout de même
représentés (avec respectivement 7 et 6 députés),
échappant ainsi à la désintégration politique que
l’on pouvait craindre après les élections municipales. Les élections législatives ont vu, en
revanche, la déroute des partis russophones, qui
ont réalisé des scores négligeables (2,2 % pour
le Parti populaire unifié ; 0,2 % pour le Parti russe
en Estonie) et n’ont aucun élu. Cet échec est
imputable en partie aux rivalités entre les différentes formations, qui n’ont pas été capables de
s’unir. Il semble surtout que ces partis, figés dans
leurs revendications ethniques, ne répondent plus
aux aspirations des électeurs russophones, dont
la plupart sont désormais intégrés ou en voie
d’intégration dans la société estonienne. Ceux-ci
ont donné majoritairement leurs suffrages au Parti
du centre, mais aussi, dans une moindre mesure,
à Res Publica et au Parti de la réforme. Le déclin
des partis russophones a peut-être été aggravé par
la fin du soutien financier de la Russie, qui semble
avoir abandonné ces formations sans avenir pour
miser sur le développement de relations privilégiées avec le Parti du centre
[3].
● Le nouveau gouvernement
confronté à un choix
de société
Une nouvelle équipe dirigeante a été formée par
Res Publica, le parti de la Réforme et l’Union
populaire. Dirigé par Juhan Parts, ce « gouvernement des trois R » (d’après les noms des
formations qui y participent) dispose d’une
majorité confortable au Parlement (60 voix sur
101). Sa composition a néanmoins suscité
quelques craintes, en raison de l’inexpérience des
membres de Res Publica. En outre, la volonté de
coopération du Parti de la réforme ne semble pas
tout à fait sans réserve (Siim Kallas a ainsi refusé
un portefeuille ministériel), ce qui, compte tenu
de la propension de ce parti à opérer des revirements d’alliance, laisse mal augurer de la
longévité de la coalition. Conformément à une
tradition désormais bien établie, le gouvernement
est assez jeune : la moyenne d’âge y est de 42 ans
(47 ans au Parlement) et le ministre de la Justice
n’a que 28 ans.
Le programme du gouvernement prévoit une
baisse graduelle du taux d’imposition sur les
revenus (qui devrait passer de 26 % actuellement
à 20 % au 1
er janvier 2006) et le relèvement
progressif du seuil de non-imposition (actuellement
de 1 000 couronnes par mois, il devrait doubler
d’ici au 1
er janvier 2006). Ces dispositions pourraient
se traduire par un manque à gagner pour l’Etat
de plus de 1 milliard de couronnes en 2004, soit
63,9 millions d’euros
[4].
L’accent est mis par ailleurs sur la politique
familiale, pour tenter de relancer la natalité
(l’Estonie connaît depuis 1991 des taux d’accroissement naturel négatifs et une baisse continue de
sa population). Différentes mesures sont prévues,
notamment l’instauration d’un salaire parental et
le remboursement par l’Etat de 50 % du montant
des prêts pour études lorsque leurs bénéficiaires,
une fois diplômés, fondent une famille et ont leur
premier enfant.
L’éducation et la recherche figurent également
parmi les priorités affichées du gouvernement,
qui souhaite augmenter les rémunérations des
enseignants. Un point assez étrange de l’accord
de coalition a cependant suscité des réactions très
négatives : le passage prévu de tous les enseignants
à un régime de contrats à durée déterminée. Cette
mesure se heurte néanmoins à des obstacles juridiques et a peu de chances d’être mise en œuvre.
Ce programme, qui tente de concilier baisses
d’impôts et politique sociale, ne tranche pas la
question essentielle du choix de société, bien
formulée en février 2003 par le recteur de l’université de Tartu, Jaak Aaviksoo. Celui-ci, dans
un article publié par le quotidien
Eesti
Päevaleht
[5], estimait que l’Estonie devait à
présent choisir entre deux modèles incompatibles : l’Etat social scandinave et la fiscalité
minimale à l’américaine. Selon lui, une grande
partie des problèmes sociaux actuels sont en effet
engendrés ou aggravés par la mise en œuvre de
politiques contradictoires résultant de l’absence
de choix clair entre ces deux modèles.
Si l’année 2001 avait été marquée par le thème
de la fracture sociale, résumée par l’image des
« deux Estonies »
[6], c’est au contraire l’espoir d’un
consensus qui s’est fait jour dans le débat public
en 2002 et en 2003. L’Association des grands
entrepreneurs estoniens a en effet lancé, début
2002, l’idée d’un « pacte national » ou « pacte
social », dont l’objectif serait de rechercher un
accord sur les grandes orientations sociales et économiques par un dialogue entre le gouvernement,
le patronat, les syndicats, les partis politiques et
la société civile. Ce projet a été accueilli favorablement et a reçu le soutien du président de la
République. A son initiative, un mémorandum a
été signé en février 2003 par les principaux partis
et une trentaine d’organisations. Ce texte appelle
à la conclusion d’un pacte social avant la fin de
2003 et énumère les quatre grands domaines qui
devraient y être abordés (environnement social ;
culture, éducation, recherche et développement ;
environnement économique ; cohésion entre Etat
de droit et société civile)
[7]. Le président Rüütel a
également été à l’origine de la création d’une
fondation chargée de coordonner la rédaction du
pacte.
Une économie presque
sans nuage
● Une croissance soutenue,
tirée par la demande intérieure
L’économie estonienne a confirmé, en 2002, son
dynamisme. Malgré la faiblesse de la demande
extérieure, la croissance du PIB a dépassé les
prévisions les plus optimistes et, sur l’ensemble
de l’année, elle s’est établie à 5,8 %, soit quatre
points de plus que dans la zone euro.
Après un ralentissement en début d’année, en
raison de la baisse des exportations et de la
consommation privée, elle s’est accélérée aux
deuxième et troisième trimestres, sous l’effet
d’une forte hausse de la demande des ménages et
des investissements. Ces derniers, favorisés par
la faiblesse des taux d’intérêt, ont atteint le niveau
record de 31,8 % du PIB. Leur progression est
due pour l’essentiel au lancement de quelques
grands projets, tels que la rénovation des centrales
électriques de Narva ou le renouvellement du parc
de matériel roulant des chemins de fer. Le développement du commerce de transit et des exportations de produits estoniens a également
contribué à l’accélération de la croissance.
Les secteurs les plus dynamiques ont été le
bâtiment (+ 14,7 %), stimulé par la faiblesse des
taux d’intérêt qui a favorisé l’accès au crédit, ainsi
que l’hôtellerie et la restauration (+ 12,7 %) qui
ont bénéficié du développement rapide du
tourisme.
Pour 2003, compte tenu de la dégradation de
l’environnement extérieur, un léger ralentissement
est attendu (taux de 4,4 % selon la Banque
d’Estonie, de 4,8 % selon les ministères des
Finances, et de l’Economie et des Télécommunications
[8] ), mais une accélération devrait se
produire en 2004 avec une augmentation du PIB
à nouveau supérieure à 5 %.
● Des déséquilibres extérieurs
préoccupants
Le déficit de la balance commerciale, traditionnellement très important, s’est encore creusé en
2002 : il a été de 22,6 milliards de couronnes
[9]
(contre 17,2 milliards en 2001), soit environ
17,4 % du PIB. Les exportations ont diminué de
1,7 %, du fait du ralentissement des économies
européennes, et notamment nordiques, dont les
marchés constituent le principal débouché extérieur des entreprises estoniennes. Un rôle décisif
a été joué notamment par la dépression mondiale
du secteur des télécommunications, qui a entraîné
une forte réduction des activités de sous-traitance : les exportations liées à celles-ci ont
baissé de 22 % en prix courants. En revanche,
les exportations de produits de marque estonienne
ont augmenté au même rythme que l’année
précédente (environ 11 %), ce qui, compte tenu
de la faiblesse de la demande extérieure, témoigne
du dynamisme et de la compétitivité des entreprises locales. Les importations, quant à elles, se
sont accrues de 6 %, sous l’effet de la hausse
importante de la consommation privée et des
investissements.
L’essentiel des échanges continue de s’effectuer
avec les pays de l’Union européenne (68 % des
exportations et 58 % des importations). Le
premier partenaire commercial de l’Estonie reste
la Finlande, devant la Suède et l’Allemagne. On
note toutefois une forte diminution des ventes à
la Finlande, qui ne représentent plus que 24,8 %
du total, contre 33,9 % en 2001. Dans le même
temps, les exportations vers l’Allemagne sont en
nette augmentation (9,9 % du total, contre 6,9 %
en 2001).
Les relations France-Estonie
Depuis le 7 novembre 2002, la France est représentée par un nouvel ambassadeur
à Tallinn en la personne de Chantal de Ghaisne de Bourmont. L’année 2002-2003 a été
ponctuée par de nombreuses visites, notamment en vue de l’adhésion de l’Estonie
à l’UE. La ministre estonienne des Affaires étrangères, Kristiina Ojuland, s’est rendue
deux fois en France (octobre 2002 et avril 2003) ; le président Arnold Rüütel a effectué
une visite à Paris fin juin 2003 ; le ministre français du Commerce extérieur, François
Loos, et la ministre des Affaires européennes, Noëlle Lenoir, ont visité l’Estonie
respectivement en septembre 2002 et en avril 2003.
Selon les données estoniennes (qui divergent de celles des douanes françaises),
en 2002, le montant des exportations de l’Estonie vers la France s’élevait à 49,4 millions
d’euros et les importations à 133,9 millions, soit une augmentation respective de 23 %
et de 14 % par rapport à 2001. La France est le treizième partenaire de l’Estonie pour
les exportations et le douzième pour les importations. L’Estonie exporte majoritairement
vers la France des produits du bois (32 %) et des produits industriels (14 %). Elle importe
des automobiles et des biens manufacturés (18 %), des produits chimiques (14 %), des
produits alimentaires et des boissons (12 %)
[*]. Les investissements directs (IDE) français
restent faibles, ne représentant que 0,6 % des IDE réalisés en Estonie, ce qui place la
France au treizième rang des investisseurs, avec un montant de 25 millions d’euros.
Les échanges France – Estonie,
2000-2002 (millions d’euros)
2000 2001 2002
Exportations (fob) 91,4 124,8 163,6
Importations (cif) 81,6 105,7 77,3
Solde + 9,8 + 19,1 + 86,3
Source : Douanes françaises
Douanes françaises
La part des pays de la CEI reste stable et relativement modeste (5,4 % des exportations et
10,4 % des importations). Parmi eux, le principal
fournisseur est la Russie, d’où proviennent 7,4 %
des importations totales, principalement des
hydrocarbures et du gaz naturel, ainsi que du bois
et des produits issus de sa transformation. Le
marché russe reste en revanche pour l’Estonie un
débouché extérieur négligeable, absorbant
seulement 3,3 % de ses exportations. Les produits
estoniens sont en effet handicapés par des droits
de douane multipliés par deux que la Russie leur
applique unilatéralement depuis 1995. Les activités de transit avec ce pays ont toutefois connu
un fort développement. Ainsi, la société des chemins de fer Eesti Raudtee, qui réalise la majeure
partie de son chiffre d’affaires en acheminant le
pétrole russe jusqu’au port de Muuga, près de
Tallinn, a réalisé en 2002 un bénéfice record de
210 millions de couronnes (13,4 millions
d’euros). Le volume total des marchandises transportées par rail en provenance de Russie a
augmenté de 17,4 % par rapport à l’année précédente.
Les principaux postes d’exportation de l’Estonie
sont les machines et équipements (24,8 % du total,
dont une grande partie au titre de la sous-traitance), le bois et les produits du bois (15,1 %),
ainsi que les articles textiles (12,1 %). Un signe
positif est l’augmentation de la part des produits
transformés dans les exportations hors sous-traitance. Ainsi, dans la filière bois, la part des
meubles a augmenté de façon rapide au détriment
des bois ronds.
L’excédent de la balance des services, qui s’est
réduit en 2002 à 7,6 % du PIB, n’a pas permis de
compenser le creusement du déficit commercial.
Le solde négatif de la balance des transactions
courantes, traditionnellement très important, s’est
donc encore accentué. Il a représenté 12,5 % du
PIB sur l’ensemble de l’année (contre 6,1 % en
2001). La tendance s’est poursuivie au premier
trimestre de 2003, période au cours de laquelle le
déficit a atteint un niveau record (18,4 % du PIB).
En 2002, contrairement aux années précédentes,
il a été financé en majeure partie par le recours à
l’endettement. Les investissements directs étrangers − source traditionnelle de financement − ont
en effet connu une baisse importante (- 45 %).
Ce n’était toutefois plus le cas au premier
trimestre de 2003, le déficit ayant alors été couvert
aux trois quarts par des entrées de capitaux non
génératrices d’endettement. La situation reste
néanmoins préoccupante et pourrait, si elle se
prolongeait, alourdir au-delà du raisonnable la
dette extérieure de l’Estonie. Celle-ci s’est encore
accrue de 11,7 milliards de couronnes en 2002 et
représente désormais près de 63 % du PIB.
Principaux indicateurs économiques de l’Estonie en 1995-2002
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
PIB (variation en %) 4,3 3,9 9,8 4,6 - 0,6 7,1 5,0(1) 4,0(1)
Production industrielle
(variation en %) 1,9 2,9 14,6 4,1 - 3,4 14,6 7,8 4,5(1)
Production agricole
(variation en %) 2,6 - 1,2 5,8 1,1 - 2,6 0,9 - 6,7(1) nd
Ventes au détail
(variation en %) 10,5 6,0 12,0 - 5,0 4,4 16,0 13,0 14,3(2)
Formation brute
de capital fixe
(variation en %) 4,0 11,4 17,5 8,1 - 14,6 13,3 9,1 17,8(3)
Taux de chômage
officiel (en % des actifs,
en décembre) 5,0 5,6 4,6 5,1 6,7 7,7 7,7 6,8
Indice des prix
à la consommation
(moyenne annuelle, %) 28,9 23,1 11,1 10,6 3,5 3,9 5,8 3,5
Solde budgétaire
(en % du PIB) - 2,0 - 3,0 + 1,0 - 1,6 - 5,0 - 1,3 - 0,5 + 2,2(1)
Exportations
de marchandises
(en millions de dollars) 1 697 1 813 2 294 2 690 2 515 3 309 3 358(1) 3 626(1)
Importations
de marchandises
(en millions de dollars) 2 363 2 832 3 419 3 806 3 337 4 076 4 148(1) 4 583(1)
Balance commerciale
(en millions de dollars) - 666 - 1 019 - 1 125 - 1 116 - 822 - 767 - 790(1) - 957(1)
Balance des transactions
courantes (en % du PIB) - 5,2 - 9,1 - 12,2 - 9,2 - 5,7 - 5,7 - 6,2 - 11,5(3)
Dette extérieure brute
(en % du PIB) nd nd 55 56 56 59 62 66(4)
Investissements directs
étrangers (en millions
de dollars) 199 111 130 574 222 324 343(1) 300(1)
(1) Estimation (2) Janvier-novembre (3) Janvier-septembre (4) Fin septembre.
Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
● Une inflation maîtrisée
et des finances publiques saines
L’inflation a reculé en 2002, s’établissant à 3,6 %
en moyenne annuelle (contre 5,8 % en 2001). Elle
est imputable en majeure partie à la hausse des
prix administrés (+ 7 %), notamment ceux de
l’électricité, de l’énergie thermique et des services
de santé. Ralentie au second semestre grâce à la
baisse des prix des denrées alimentaires importées
et des carburants, elle a poursuivi sa décrue au
premier trimestre de 2003 et, en mai, a même été
inférieure à celle enregistrée dans la zone euro.
Elle devrait rester modérée en 2003 (3,2 %, selon
les prévisions de la Banque d’Estonie).
Le Parlement a adopté en juin et en septembre
2002 deux collectifs budgétaires respectivement
de 410 et de 788 millions de couronnes (soit
26,2 millions et 50,4 millions d’euros), rendus
possibles par des recettes fiscales supérieures aux
prévisions. Les comptes des finances publiques
ont tout de même dégagé un excédent (1,2 % du
PIB), pour la deuxième année consécutive.
Bien que l’équilibre budgétaire soit inscrit dans
la loi, le budget 2003 prévoit pour la première
fois un léger déficit (324 millions de couronnes,
soit 20,7 millions d’euros). Celui-ci est dû au
succès du système de retraite par capitalisation
[10],
qui entraîne des dépenses accrues pour l’Etat.
Néanmoins, la croissance du PIB, plus forte que
prévu en 2002, ainsi que l’amélioration de la
collecte des impôts font espérer 1 milliard de
couronnes (63,9 millions d’euros) de recettes
supplémentaires, selon le ministère des Finances.
● Baisse du chômage,
hausse des salaires
Le chômage, qui avait atteint un sommet en 2000
(13,6 % selon la définition du Bureau international du travail), a poursuivi au cours des trois
premiers trimestres de 2002 la baisse entamée
l’année précédente, avant de repartir à la hausse
au quatrième trimestre. Sur l’ensemble de l’année,
il s’est établi à 10,3 % (contre 12,6 % en 2001).
La tranche d’âge des 15-25 ans est particulièrement frappée (17,6 %). Les différences régionales, quant à elles, se sont encore creusées : alors
que la situation de l’emploi s’est améliorée dans
la plupart des régions, elle s’est dégradée dans le
Virumaa oriental, région industrielle du Nord-Est
à majorité russophone, qui est la plus touchée par
le chômage (18,9 %). Plusieurs grands
employeurs de cette région (notamment l’entreprise de textile Kreenholm et la société d’exploitation des schistes bitumineux Eesti Põlevkivi)
ont procédé au cours de l’année à de nombreux
licenciements.
Les salaires ont continué de croître au même
rythme qu’en 2001 (7 % en termes réels). Sur
l’ensemble de l’année 2002, le salaire mensuel
moyen a été de 6 144 couronnes (393 euros). Le
niveau de rémunération le plus élevé était enregistré dans la sphère des services financiers
(2,2 fois le salaire moyen), le plus faible étant,
comme l’année précédente, le lot de l’hôtellerie
et de la restauration (57,8 % du salaire moyen),
seul secteur à avoir connu une baisse des salaires
nominaux (- 5,8 %). La croissance semble se
poursuivre en 2003 : au premier trimestre, le salaire mensuel moyen était de 6 333 couronnes
(405 euros).
L’accroissement de la productivité du travail
(+ 4 % en 2002) est resté, comme les années
précédentes, inférieur à la hausse des salaires
réels, ce qui pourrait, à plus long terme, réduire
la compétitivité des entreprises.
● La fin des privatisations
Les grandes privatisations sont maintenant
considérées comme achevées, le gouvernement
ayant renoncé, début 2002, à la vente partielle
des centrales électriques de Narva, et rompu les
négociations avec la société américaine NRG
Energy
[11]. L’Etat reste propriétaire ou actionnaire
de 53 entreprises (dont 37 lui appartiennent en
totalité), principalement dans les secteurs stratégiques de l’énergie (production d’électricité,
schistes bitumineux), des transports (port de
Tallinn, compagnie aérienne Estonian Air,
aéroports) et des communications (postes). Leur
privatisation totale ou partielle n’est pas inscrite
au programme du nouveau gouvernement. Elle
est souhaitée par le ministre des Finances, Tõnis
Palts (Res Publica), mais se heurte, au sein de la
coalition, à l’opposition de l’Union populaire
[12].
La consécration
des objectifs
de politique étrangère
● Union européenne :
concessions mutuelles
et adhésion au 1er mai 2004
En dépit de la permanence de dossiers sensibles,
Tallinn a réussi l’examen de passage européen.
Un point final a été mis à Copenhague (sommet
des 12 et 13 décembre 2002) aux négociations
d’adhésion entamées en mars 1998. L’Estonie
apparaît comme grande gagnante en termes
financiers, puisqu’elle recevra des aides d’un
montant total de 1 020,5 millions d’euros pour la
période 2004-2006 (prix 1999), soit 367,13 euros
par habitant. L’aide communautaire se répartit de
la manière suivante (en euros, prix 1999) :
254 millions pour l’agriculture, 617,7 millions
pour les actions structurelles, 127,2 millions pour
les politiques internes et 21,6 millions au titre de
la compensation pour 2004 des versements au
budget communautaire. La contribution estonienne aux ressources propres de l’Union est
estimée à 229,5 millions d’euros. Pour parvenir
à ce résultat positif, l’Estonie a dû accepter les
propositions européennes dans le domaine agricole. Ses agriculteurs recevront des aides directes
progressives équivalant, au moment de l’adhésion,
à 25 % des sommes versées à leurs homologues
des pays membres actuels, pour atteindre 100 %
en 2013. Tallinn a également dû revoir ses
prétentions à la baisse en ce qui concerne le quota
laitier : 646 368 tonnes au lieu des 900 000
espérées. L’Estonie a toutefois réussi à préserver
ses droits de pêche pour les harengs (de petite
taille) de la Baltique, ainsi que son droit d’accise
sur les cigarettes. Les questions liées à l’énergie
(schistes bitumineux) ont été réglées dans une
déclaration annexée au traité d’adhésion.
Les réactions au sommet de Copenhague ont été
très positives. Le Premier ministre, S. Kallas, a
reconnu que son pays avait presque obtenu les
meilleures conditions possibles. La ministre des
Affaires étrangères, Kristiina Ojuland, a déclaré,
quant à elle, que ses espérances avaient été
dépassées, notamment en ce qui concerne l’agriculture et le volet financier. Le 8 avril 2003, le
gouvernement a approuvé le traité d’adhésion, qui
a été officiellement signé à Athènes le 16 avril.
L’Estonie rejoindra l’Union européenne le 1er mai
2004.
Si l’adhésion est saluée par la classe politique
comme un gage de sécurité et de développement,
beaucoup reste à faire pour préparer l’Estonie à
son nouveau statut. Il s’agira avant tout de doter
ce petit pays de la capacité d’absorber et de gérer
les fonds communautaires, à savoir 328,6 millions d’euros (prix 1999) pour la période allant
de l’adhésion à 2006 (fin des perspectives financières). Pour la même période, l’Estonie recevra
également entre 218 et 333 millions d’euros au
titre du Fonds de cohésion. Par ailleurs, certains
ajustements seront encore nécessaires pour
assurer l’adoption de l’acquis. C’est ce que devrait
mettre en lumière le rapport d’évaluation de la
Commission européenne qui sera publié en
novembre 2003.
Le gouvernement a maintenant la lourde tâche
de rallier l’opinion publique au projet européen.
Le référendum sur l’adhésion, qui aura lieu relativement tard (le 14 septembre 2003) en raison
de la tenue des élections législatives en mars 2003,
représente un défi important : non seulement la
population estonienne a rarement été appelée à
se prononcer par ce moyen, mais elle a fait preuve
ces dernières années d’un euro-scepticisme
récurrent. Le taux de soutien à l’adhésion a connu
des variations importantes : supérieur à 50 %
depuis juillet 2001, il a culminé à 59 % fin mai
2003, sous l’effet du « oui » massif à l’Europe des
Lituaniens, mais a chuté brusquement à 48 % en
juin
[13]. La consultation portera à la fois sur
l’adhésion proprement dite et sur l’acte constitutionnel qui ouvrira la voie à celle-ci sur le plan
juridique (une loi qui complétera la Constitution
sans la modifier, en précisant explicitement que
l’Estonie peut faire partie de l’Union européenne).
Le commissaire européen à l’Elargissement,
Günter Verheugen, devrait se rendre dans le pays
les 1
er et 2 septembre 2003 afin de soutenir le
référendum. En préambule à la campagne officielle, le président de la République, la présidente
du Parlement et le nouveau Premier ministre ont
publié le 25 juin 2003 une déclaration commune
vigoureuse appelant à voter en faveur de l’adhésion
[14]. Des changements constitutionnels seront
ensuite nécessaires afin de définir les relations
entre le droit communautaire et la loi estonienne,
ainsi qu’en vue de l’adoption de l’euro.
Depuis la signature du traité d’adhésion, l’Estonie
jouit du statut d’observateur au sein des instances
européennes. Treize députés du Riigikogu participent aux travaux du Parlement européen et des
membres du gouvernement assistent aux réunions
du Conseil. Cette période d’observation prendra
fin en mai 2004. Après cette date, l’Estonie aura
six représentants au Parlement (après les élections européennes de juin 2004), trois voix sur
124 au Conseil (du 1er mai 2004 au 31 octobre
2004), puis, à partir de l’entrée en vigueur de la
nouvelle Commission (1er ovembre 2004),
quatre voix sur 321. Le commissaire estonien
(sans portefeuille) sera nommé à l’automne 2003
pour la période allant du 1er mai au 31 octobre
2004. Un nouveau commissaire entrera en
fonction avec la prochaine Commission (2005-2009). Le pays sera également représenté au sein
des autres institutions européennes et l’estonien
deviendra l’une des langues officielles de l’Union.
L’Estonie s’est très tôt impliquée dans les travaux
de la Convention européenne, par le biais de ses
représentants : Peeter Kreitzberg (puis Rein Lang)
et Tunne Kelam pour le Parlement, Lennart Meri
et Henrik Hololei (suppléant) pour le gouvernement. En janvier 2003, le gouvernement a
approuvé des « Positions sur l’avenir de
l’Europe », axées notamment sur l’égalité de
traitement entre les Etats membres, la transparence du système décisionnel et le respect de la
souveraineté nationale. Le gouvernement préconise le maintien du vote à l’unanimité pour les
questions liées à la fiscalité, la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), la politique
sociale et la défense. Il a aussi exprimé sa préférence pour le maintien de la présidence tournante
de l’UE et pour une Commission forte, composée
d’un commissaire par pays. L’Estonie est, enfin,
opposée à une fédéralisation accrue de l’Union
européenne, qui laisserait peu de place aux petits
Etats.
● L’adhésion à l’Otan :
parachever l’intégration
estonienne
Longtemps présentée comme complémentaire de
l’appartenance communautaire, l’adhésion à
l’Otan parachève la stratégie estonienne d’intégration internationale. Lors du sommet de Prague,
le 21 novembre 2002, l’Estonie a été officiellement invitée à rejoindre les structures transatlantiques et à entamer, pour ce faire, des négociations. Pour K. Ojuland, l’accès à celles-ci donnera
à son pays l’assurance que les décisions le
concernant ne seront plus prises sans sa participation ni son approbation.
Le 26 mars 2003, l’Estonie signait à Bruxelles
un protocole d’adhésion. Cet événement a été
qualifié par la ministre des Affaires étrangères
de « pas historique vers une Europe libre et pacifique ». Le secrétaire général de l’Otan, Lord
Robertson, s’en est également félicité, tout en
rappelant les défis à surmonter pour assurer la
pleine participation de l’Estonie : poursuite de
l’intégration de la minorité russophone et approfondissement de la réforme de l’armée. Il a aussi
salué la contribution estonienne à de nombreuses
opérations de maintien de la paix, notamment
dans les Balkans et en Afghanistan.
Le gouvernement a confirmé la mise en œuvre
des réformes nécessaires à l’adhésion, y compris
sur le plan budgétaire (2 % du PIB doivent être
consacrés à la défense), tout en rassurant ses
partenaires sur le respect de la confidentialité des
informations auxquelles l’Estonie aura accès en
vertu de son statut de membre. En février 2003,
le Riigikogu a adopté une nouvelle loi de coopération militaire internationale qui prépare le pays
à ses futures obligations. Elle précise notamment
les conditions de mise en œuvre de l’article 5 de
la Charte de l’Alliance atlantique
[15]. L’Estonie
s’est aussi engagée à mettre des armes à la disposition de l’Otan dès la fin de 2004. Par ailleurs,
l’atlantisme estonien s’est clairement manifesté
lors de la crise irakienne ; signataire, avec neuf
autres pays, de la « déclaration de Vilnius », le
gouvernement a pourtant été vivement critiqué
par la population, dont la grande majorité (80 %)
était opposée à une attaque militaire en Irak. Il a
néanmoins accepté, à la demande de Washington,
d’envoyer une troupe d’infanterie dans ce pays
au titre du maintien de la paix, pour un coût de
1,9 million d’euros.
L’adhésion à l’Otan recueille en Estonie un très
large assentiment. En mars 2003, elle avait le
soutien de 63 % des habitants (73 % des citoyens
estoniens et 39 % des non-citoyens), qui estiment
qu’elle assurera la sécurité nationale (pour 46 %)
et permettra des relations de bon voisinage et de
coopération avec la Russie (43 %).
● Une amélioration lente
et difficile des relations
avec la Russie
Les relations russo-estoniennes ont connu, au
cours de l’année écoulée, une lente et timide
amélioration, notamment grâce à l’approche positive de la ministre des Affaires étrangères, qui
considère que celles-ci doivent être mutuellement
bénéfiques, pragmatiques et dénuées de sentimentalisme. Pour preuve de ce changement d’attitude,
le comité intergouvernemental russo-estonien
s’est réuni – pour la première fois depuis juin 2001
– en novembre 2002, dans une atmosphère
qualifiée de constructive. Mise en place en 1997,
cette instance vise à développer la coopération
bilatérale en matière économique, culturelle et
sociale. Plusieurs documents ont été signés au
cours de la réunion de novembre 2002 : un accord
en vue d’éviter la double imposition et l’évasion
fiscale, un autre sur le transfèrement des
personnes condamnées, ainsi qu’un amendement
à l’accord de 1993 sur les garanties sociales des
retraités. Ces textes doivent encore être ratifiés
par les parlements respectifs. Enfin, en avril 2003,
les deux pays ont conclu un accord aux termes
duquel la Russie s’engage à prendre en charge
les frais médicaux des anciens militaires soviétiques retraités en Estonie (4 100 personnes).
Le problème du patrimoine immobilier de l’Eglise
orthodoxe a également trouvé une solution. En
mars 2003, l’Etat estonien et l’Eglise orthodoxe
du patriarcat de Moscou ont signé un accord pour
légaliser l’utilisation des édifices religieux
occupés par cette Eglise mais appartenant juridiquement à l’Eglise orthodoxe apostolique
d’Estonie (rattachée au patriarcat de Constantinople) : l’Etat récupérera ces bâtiments et les
louera à leur occupant actuel pour une couronne
symbolique par mois.
Malgré ces avancées encourageantes, l’Accord
de coopération économique et commerciale, qui
mettrait un terme au doublement des droits de
douane frappant les exportations estoniennes vers
la Russie, n’a toujours pas été ratifié. Le gouvernement estonien espère un règlement de la
question avant l’adhésion à l’UE. Toutefois, ce
texte perdra tout intérêt après le 1er mai 2004,
puisque les relations commerciales de l’Estonie
avec la Russie seront alors régies par l’Accord
de partenariat et de coopération (APC) Russie-UE. Aucun progrès non plus n’a été enregistré
en ce qui concerne le traité frontalier : la Russie
continue à faire dépendre sa signature du sort de
la population russophone. Cela n’a pourtant ni
empêché la coopération quotidienne sur le terrain
ni réduit la sécurité de la frontière.
L’Estonie, à l’instar de ses voisins baltes, devra
assumer la délicate responsabilité de la frontière
extérieure de l’Union européenne et adhérer en
temps voulu à l’espace Schengen. Elle recevra
pour cela une aide communautaire de 68,7 millions d’euros.
2002
8 janvier
• Le gouvernement décide d’interrompre les
négociations avec la société américaine NRG
Energy en vue de la privatisation partielle (49 %)
des centrales électriques de Narva.
• Le Premier ministre Mart Laar remet sa démission au président Arnold Rüütel.
18 janvier
Le Parti du centre et le Parti de la réforme
concluent un accord de coalition. Le président
Arnold Rüütel propose la candidature de Siim
Kallas (Parti de la réforme) au poste de Premier
ministre. Ce dernier est investi par le Parlement
(par 62 voix contre 31), le 22 janvier.
16 avril
Le ministère de l’Intérieur enregistre les statuts
de l’Eglise orthodoxe du patriarcat de Moscou.
5 juin
Le Parlement adopte un collectif budgétaire de
410 millions de couronnes (26,2 millions
d’euros), destiné à financer les engagements pris
par la nouvelle coalition gouvernementale.
15 juillet
La Cour d’Etat déclare inconstitutionnelle la loi
électorale de mars 2002 interdisant de présenter
des « alliances électorales de citoyens » (listes
indépendantes des partis) aux élections municipales.
30 juillet
Le Parlement amende la loi électorale pour autoriser les listes indépendantes aux élections municipales d’octobre (mais réaffirme leur interdiction à partir de 2005).
8 août
Le contrôleur d’Etat, Juhan Parts, démissionne
de ses fonctions pour entrer en politique, dans le
rangs du parti Res Publica, fondé en 2001.
15 août
La ministre de la Culture, Signe Kivi, présente sa
démission, en raison d’un scandale financier
impliquant le directeur de la Fondation pour la
culture, qui est accusé d’avoir détourné plus de
8 millions de couronnes (511 000 euros). Le
30 août, elle est remplacée par Margus Allikmaa
(Parti de la réforme).
25 septembre
Le Parlement adopte un second collectif budgétaire de 788 millions de couronnes (50,4 millions
d’euros).
20 octobre
Lors des élections municipales, le Parti du centre
confirme sa popularité, arrivant notamment en
tête dans la capitale, tandis que Res Publica crée
la surprise en obtenant d’excellents résultats (2e à
Tallinn et à Pärnu). L’Union pour la patrie et les
Modérés sont en net recul (aucun siège au conseil
municipal de Tallinn).
23 octobre
Le président des Modérés, Toomas Hendrik Ilves,
présente sa démission.
26 octobre
Le président de l’Union pour la patrie, Mart Laar,
annonce à son tour sa démission.
1er novembre
Edgar Savisaar est réélu maire de Tallinn.
4-6 novembre
Réunion du comité intergouvernemental russoestonien.
5 novembre
Signature d’un accord évitant la double imposition et l’évasion fiscale entre la Russie et
l’Estonie.
7 novembre
Chantal de Ghaisne de Bourmont est nommée
ambassadeur de France à Tallinn.
21 novembre
Au sommet de Prague, l’Estonie est invitée officiellement à entamer les négociations en vue de
son adhésion à l’Otan.
12 et 13 décembre
Au sommet de Copenhague, clôture des négociations d’adhésion à l’Union européenne.
2003
3 février
Démission du ministre de l’Intérieur, Ain Seppik
(Parti du centre), après des révélations sur son
activité de juge à la Cour suprême au milieu des
années 1980 (on lui reproche notamment d’avoir
confirmé en appel les peines de prison de trois
lycéens auteurs d’actes antisoviétiques).
5 février
L’Estonie et neuf autres pays d’Europe centrale
et orientale publient une lettre de soutien à la
politique américaine préconisant le recours à la
force à l’égard de l’Irak.
25 février
Le Parlement modifie la Constitution pour porter
le mandat des élus locaux à quatre ans au lieu de
trois.
2 mars
Les élections législatives voient la victoire du
Parti du centre et de Res Publica.
26 mars
Signature à Bruxelles du protocole d’adhésion à
l’Otan.
27 mars
Res Publica, le Parti de la réforme et l’Union
populaire concluent un accord de coalition.
31 mars
L’astrophysicienne Ene Ergma (Res Publica) est
élue présidente du Parlement.
1er et 2 avril
Visite en Estonie de la ministre française des
Affaires européennes, Noëlle Lenoir.
2 avril
Le président Arnold Rüütel charge Juhan Parts
(Res Publica) de former un gouvernement. Il est
investi par le Parlement le 7 avril.
8 avril
Le gouvernement estonien approuve le traité
d’adhésion à l’Union européenne.
16 avril
Signature à Athènes du traité d’adhésion à
l’Union européenne.
1er mai
Entrée en vigueur de l’accord russo-estonien sur
les frais médicaux des anciens militaires soviétiques retraités en Estonie.
15 mai
Le ministre de la Justice, Ken-Marti Vaher,
présente sa démission en raison des remous
provoqués par ses nombreuses infractions à la
limitation de vitesse. Cette démission sera refusée
quelques jours plus tard par le Premier ministre.
25 juin
Dans une déclaration commune, le président
Arnold Rüütel, le Premier ministre Juhan Parts,
et la présidente du Parlement Ene Ergma appellent
à voter « oui » lors du référendum du 14 septembre
sur l’adhésion à l’Union européenne.
26-29 juin
Visite en France d’Arnold Rüütel, qui s’entretient le 27 avec Jean-Pierre Raffarin et Jacques
Chirac.
Principales formations
politiques
Partis de la coalition gouvernementale :
- Rassemblement pour la République - Res
Publica (Ühendus Vabariigi Eest - Res Publica)
- Parti de la réforme (Eesti Reformierakond)
- Union populaire d’Estonie (Eestimaa Rahvaliit)
Autres partis représentés au Parlement :
- Parti du centre (Eesti Keskerakond)
- Union pour la patrie (Isamaaliit)
- Parti populaire des modérés (Rahvaerakond
Mõõdukad)
Partis non représentés au Parlement :
- Parti populaire unifié d’Estonie (Eestimaa
hendatud Rahvapartei)
- Parti populaire chrétien (Eesti Kristlik
Rahvapartei)
- Parti de l’indépendance (Eesti Iseseisvuspartei)
- Parti social-démocrate du travail (Eesti
Sotsiaaldemokraatlik Tööpartei)
- Parti russe en Estonie (Vene Erakond Eestis)
- Parti de l’Estonie nouvelle (Erakond Uus Eesti)
- Parti démocrate (Eesti Demokraatlik Partei)
- Parti unitaire russe (Vene Ühtsuspartei)
- Parti national conservateur (Rahvuslik
Konservatiivne Partei)
Résultats des dernières
élections
● Elections législatives du 2 mars 2003
(Taux de participation : 58,24 %).
Listes % de voix Nombre de sièges
Parti du centre 25,4 28
Res Publica 24,6 28
Parti de la réforme 17,7 19
Union populaire 13,0 13
Union pour la patrie 7,3 7
Modérés 7,0 6
Total 101
Prochaines échéances législatives : mars 2007
Election présidentielle des 27-28 août et
21 septembre 2001
Lors des trois tours de scrutin au Parlement, aucun
candidat n’a réuni la majorité requise des deux
tiers. Le soin d’élire le Président a donc été confié
à un collège électoral composé des 101 députés
et de 266 représentants des conseils municipaux.
Arnold Rüütel (Union populaire) est élu au second
tour de scrutin, par 186 voix contre 155 à Toomas
Savi (Parti de la réforme).
Prochaine échéance présidentielle : 2006
Composition
du gouvernement (fin juin 2003)
- Premier ministre : Juhan Parts (Res Publica)
- Affaires étrangères : Kristiina Ojuland (Parti de
la réforme)
- Défense : Margus Hanson (Parti de la réforme)
- Finances : Tõnis Palts (Res Publica)
- Intérieur : Margus Leivo (Union populaire)
- Economie et Télécommunications : Meelis
Atonen (Parti de la réforme)
- Agriculture : Tiit Tammsaar (Union populaire)
- Affaires sociales : Marko Pomerants (Res
Publica)
- Justice : Ken-Marti Vaher (Res Publica)
- Education et Recherche scientifique : Toivo
Maimets (Res Publica)
- Culture : Urmas Paet (Parti de la réforme)
- Environnement : Villu Reiljan (Union populaire)
- Population : Paul-Eerik Rummo (Parti de la réforme)
- Affaires régionales : Jaan Õunapuu (Union
populaire)
·
Ouvrages
·
Statistical Office of Estonia, Statistical
Yearbook of Estonia 2002, Tallinn, 2002,
463 p. (en estonien et en anglais).
·
Statistical Office of Estonia, 2000 Population and Housing Census, I Population de
facto and Usual Resident Population, Location of the Population, 2001,275 p. II
Population Sex and Age Structure, 2001,
347 p. III Place of Birth and Migration,
2002,306 p. IV Education. Religion, 2002,
351 p., Tallinn (en estonien et en anglais).
·
Revues
·
Olivier Basdevant and Ulo Kaasik,
« Analysing the Prospects of Estonia Using
a Macroeconomic Model », Eastern
European Economics, vol. 41, n° 4, juilletaoût 2003, pp. 38-71.
·
Ralph M. Wrobel, « Local Administration
Reform in Estonia : Alternatives from an
Economic Point of View », Post-Communist
Economies, vol. 15, n° 2, juin 2003, pp. 277-295
·
Susanne Nies, « Quelle sécurité pour la
région baltique ?», Le courrier des pays de
l’Est, n° 1035, mai 2003, pp. 58-70.
·
Antoine Chalvin, « L’autonomie culturelle
des minorités nationales en Estonie », Etudes
finno-ougriennes, tome 34,2002, pp. 123-140.
·
International Monetary Fund, « Republic of
Estonia : Staff Report for the 2002 Article
IV Consultation », IMF Country Report,
n° 02/134,2002,47 p.
·
International Monetary Fund, « Republic of
Estonia : Report on Observance of
Standards and Codes-Banking Supervision-Update », IMF Country Report, n° 02/132,
juillet 2002,14 p.
·
International Monetary Fund, « Republic of
Estonia : Statistical Appendix », IMF
Country Report, n° 02/133, juillet 2002,
34 p.
·
Antoine Chalvin, Juliette Déplanque, « Estonie. Turbulences politiques à la veille des
grands rendez-vous internationaux »
in « Europe centrale et orientale 2001-2002.
Une croissance pérenne, un jeu politique
rodé, des sociétés désenchantées », Le courrier des pays de l’Est, n° 1026, juin-juillet
2003, pp. 66-79.
·
Anton Steen and Juri Ruus, « Change of
Regime-Continuity of Elites ? The Case of
Estonia », East European Politics and
Societies, vol. 16, n° 1, hiver 2002, pp. 223-248.
·
Economist Intelligence Unit, Country
Report trimestriel), Country Profile
(annuel), « Estonia ».
[(1)]
Postimees, 16 juillet 2002.
[(2)]
Il assure le contrôle de la constitutionnalité des lois et des actes administratifs et remplit les missions d’un
ombudsman.
[(3)]
« Vene võimupoliitikud eelistavad peapartnerina Keskerakonda » (Les dirigeants politiques russes ont choisi
comme partenaire principal le Parti du centre),
Postimees, 11 février 2003.
[(4)]
Eesti Päevaleht, 28 mars 2003.
[(5)]
J. Aaviksoo, « Valimiste rahvuslik ajupesu » (Le lavage de cerveau national des élections),
Eesti Päevaleht,
5 février 2003.
[(6)]
Voir A. Chalvin et J. Déplanque, « Estonie 2001-2002. Turbulences politiques à la veille des grands rendez-vous
internationaux »,
Le courrier des pays de l’Est, n° 1026, juin-juillet 2002, p. 68.
[(7)]
« Memorandum of Estonian National Agreement », h
http :// www. president. ee/ eng/ avaldused/
avaldus.html ?gid=33718, consulté le 19 juin 2003.
[(8)]
Rahandusministeerium (ministère des Finances), Majandus- ja Kommunikatsiooniministeerium (ministère de
l’Économie et des Télécommunications), « Eesti majanduse 2002. aasta ülevaade »,
Majandusülevaated, n° 9, avril
2003.
[(9)]
1 euro = 15,64664 couronnes estoniennes. Le taux de change est fixe, la couronne étant ancrée à l’euro par un
système de caisse d’émission.
[*]
Ministre estonien des Affaires étrangères.
[(10)]
Voir A. Chalvin et J. Déplanque,
op. cit., , p. 69. Les cotisations des particuliers à un compte de retraite sont
complétées par des versements proportionnels de l’Etat.
[(11)]
Voir A. Chalvin et J. Déplanque,
op. cit., pp. 71-72.
[(12)]
« Rahandusminister Palts tahaks suured riigifirmad erastada » (Le ministre des Finances voudrait privatiser les
grandes entreprises publiques),
Postimees, 15 avril 2003.
[(14)]
Il est difficile, à la date de rédaction de cet article, de donner une évaluation du résultat du référendum.
[(15)]
Cet article prévoit qu’en cas d’attaque armée contre un membre de l’Otan, tous les autres doivent lui porter
assistance.