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Le Courrier des pays de l'Est

2003/6 (n° 1036-1037)


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L’année 2002-2003 semble marquer pour l’Estonie la fin d’une époque et l’émergence de nouveaux espoirs. Sur le plan intérieur, deux échéances électorales (municipales et législatives) ont été l’occasion d’une certaine recomposition du paysage politique, avec la consécration d’un parti récemment créé, qui a fondé son succès sur la promesse d’une moralisation du pouvoir. Les réformes structurelles ultra-libérales, menées tambour battant depuis plus de dix ans, sont aujourd’hui achevées pour l’essentiel, et le gouvernement, s’appuyant sur une économie solide et dynamique, commence à chercher les moyens d’atténuer leur coût social. En politique étrangère enfin, l’Estonie a atteint ses deux grands objectifs en menant à leur terme les processus d’adhésion à l’Otan et à l’Union européenne. Son admission effective dans ces deux organisations, en 2004, scellera définitivement son retour à l’Europe et la fera entrer dans une nouvelle phase de son histoire.

Du nouveau dans le paysage politique

? La surprise des élections municipales

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Les élections municipales d’octobre 2002 ont été précédées d’une polémique relative à la loi électorale. Celle-ci, adoptée en mars, interdisait les listes non présentées par des partis. Cette disposition avait conduit de très nombreux élus locaux à adhérer à une formation politique afin d’être en mesure de se représenter (78 % des membres des conseils municipaux avaient été élus en 1999 sur des listes apolitiques [1][1] Postimees, 16 juillet 2002. ). La Cour d’Etat, saisie par le chancelier de justice [2][2] Il assure le contrôle de la constitutionnalité des..., a déclaré en juillet 2002 cette disposition anticonstitutionnelle « dans les conditions juridiques et sociales actuelles », et les listes non partisanes ont finalement été autorisées (leur interdiction a été reportée aux élections de 2005). Le scrutin, caractérisé par un taux de participation assez faible (52,5 %), a donné la victoire au Parti du centre, qui a obtenu le meilleur score au niveau national avec 25,6 % des voix. Ce parti est également arrivé en tête dans plusieurs grandes villes, notamment à Tallinn (38,5 %), où son président, Edgar Savisaar, a été réélu maire. La grande surprise de ce scrutin réside surtout dans la percée de Res Publica, un parti fondé en 2001 et dirigé par l’ancien contrôleur d’Etat (équivalent du président de la Cour des comptes en France), Juhan Parts, qui avait démissionné de ses fonctions pour s’engager en politique. Res Publica, qui avait fait de la lutte contre la corruption l’un des thèmes centraux de sa campagne, est devenu le deuxième parti estonien en termes de popularité, avec 15,1 % des voix au niveau national. Il s’est également hissé en deuxième position à Tallinn et à Pärnu et a enlevé au Parti de la réforme la mairie de Haapsalu.

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L’Union pour la patrie et les Modérés, rendus très impopulaires par les réformes accomplies de 1999 à 2001, alors qu’ils étaient au gouvernement, ont subi une défaite sévère : si l’Union pour la patrie a enregistré un résultat satisfaisant à Tartu (17,4 %), aucune des deux formations n’a obtenu de siège au conseil municipal de Tallinn. Ces échecs ont conduit à la démission de leurs présidents : Mart Laar (Union pour la patrie) a été remplacé par Tunne Kelam, tandis que Toomas Hendrik Ilves (Modérés) cédait sa place à Ivari Padar, ancien ministre de l’Economie.

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Les partis russophones ont également connu un net recul. Ainsi, à Tallinn, où les russophones représentent près de la moitié des électeurs (tous les résidents, quelle que soit leur nationalité, ont le droit de vote aux élections locales), le Parti populaire unifié d’Estonie n’a obtenu que 8,3 % des voix (contre 13,8 % lors des élections de 1999, à l’occasion desquelles il avait fait alliance avec le Parti russe en Estonie).

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Après les élections municipales, et avant de se séparer, les députés ont modifié le 25 février 2003 la Constitution pour porter à quatre ans la durée du mandat des élus locaux (à partir de 2005). Le mandat actuel de trois ans est en effet jugé insuffisant pour conduire une politique locale cohérente et se traduit par une fréquence excessive des élections, nuisible à la participation. Cette modification a fait l’objet d’un large consensus et a pu être adoptée selon la procédure d’urgence, à la majorité des deux tiers. C’est la première fois que la Constitution de 1992 est amendée. L’autre changement envisagé, l’élection du président de la République au suffrage universel, n’a en revanche pas été mis à l’ordre du jour, malgré la promesse du gouvernement de Siim Kallas.

? L’espoir d’une « nouvelle politique »

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Les évolutions politiques amorcées lors des élections municipales ont été confirmées et amplifiées par les législatives de mars 2003. La campagne électorale a été dominée par trois thèmes principaux, sur lesquels se sont établies des lignes de partage complexes. Les accords et les divergences entre les partis estoniens varient en effet selon les sujets et ne permettent pas de tracer de séparation nette entre une « droite » et une « gauche ». Ces notions, si elles commencent, depuis quelques années, à revêtir un sens en Estonie, restent encore largement inopérantes pour décrire de façon adéquate la vie politique.

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Le sujet central de la campagne a été incontestablement la réforme de l’impôt sur le revenu, au point que le Premier ministre, Siim Kallas (Parti de la réforme), a pu qualifier ces élections de « référendum fiscal ». Son parti, au programme ultra-libéral, prônait le maintien du système d’imposition proportionnel et la réduction du taux unique de 26 à 20 %. A l’opposé, le Parti du centre et les Modérés préconisaient l’instauration d’un impôt progressif. Res Publica, sans remettre en question le taux unique, souhaitait relever le seuil d’exonération.

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Des débats ont également eu lieu au sujet de la procédure de naturalisation (l’Estonie compte encore 13 % de « personnes de nationalité indéterminée », c’est-à-dire d’anciens citoyens soviétiques qui n’ont pas demandé la nationalité russe et ne sont pas non plus devenus citoyens estoniens). Le Parti du centre et Res Publica, soucieux de gagner les faveurs de l’électorat russophone, ont exprimé l’intention d’assouplir les conditions d’obtention de la nationalité estonienne, tandis que les autres grands partis n’y étaient pas favorables.

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Le troisième grand thème, la moralisation de la politique et la lutte contre la corruption, a été le cheval de bataille de Res Publica, qui a concentré ses attaques sur le Parti du centre, dont la réputation est régulièrement éclaboussée par des scandales. La presse a ainsi révélé, trois jours avant les élections, les relations financières entre E. Savisaar et un homme d’affaires russophone, Leonid Apananski, qui aurait réglé les primes d’assurance de la maison du maire de Tallinn. Cette générosité serait à mettre en relation avec la prise de contrôle, dans des circonstances troubles, du marché central de la ville, dont L. Apananski aurait été l’un des bénéficiaires occultes.

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En dépit de ces accusations, le Parti du centre a réalisé le meilleur score, avec 25,4 % des suffrages, ce qui lui a permis de conserver 28 sièges sur 101 au Parlement. Mais, de même que lors des précédentes élections législatives, ce parti n’a pu concrétiser sa victoire et s’est finalement retrouvé dans l’opposition, aucune autre formation n’ayant souhaité faire alliance avec lui. Res Publica a confirmé son étonnante ascension en faisant presque jeu égal avec le Parti du centre (24,6 % des suffrages) et en obtenant le même nombre de sièges que son principal rival. Le succès de cette formation repose sans doute très largement sur sa promesse d’une « nouvelle politique » plus proche des citoyens. Les responsables de ce parti, qui sont pour beaucoup issus de la société civile, ont en effet réussi à donner d’eux une image d’intégrité, propre à séduire une population déçue par la classe politique traditionnelle. Le Parti de la réforme, dont la popularité n’a pas été entamée par sa participation au gouvernement au cours des quatre années écoulées, a amélioré son score des précédentes élections, avec 17,7 % des voix et 19 sièges (un de plus qu’en 1999). L’Union pour la patrie et les Modérés ont perdu près des deux tiers de leurs sièges, mais sont tout de même représentés (avec respectivement 7 et 6 députés), échappant ainsi à la désintégration politique que l’on pouvait craindre après les élections municipales. Les élections législatives ont vu, en revanche, la déroute des partis russophones, qui ont réalisé des scores négligeables (2,2 % pour le Parti populaire unifié ; 0,2 % pour le Parti russe en Estonie) et n’ont aucun élu. Cet échec est imputable en partie aux rivalités entre les différentes formations, qui n’ont pas été capables de s’unir. Il semble surtout que ces partis, figés dans leurs revendications ethniques, ne répondent plus aux aspirations des électeurs russophones, dont la plupart sont désormais intégrés ou en voie d’intégration dans la société estonienne. Ceux-ci ont donné majoritairement leurs suffrages au Parti du centre, mais aussi, dans une moindre mesure, à Res Publica et au Parti de la réforme. Le déclin des partis russophones a peut-être été aggravé par la fin du soutien financier de la Russie, qui semble avoir abandonné ces formations sans avenir pour miser sur le développement de relations privilégiées avec le Parti du centre [3][3] « Vene võimupoliitikud eelistavad peapartnerina Keskerakonda »....

? Le nouveau gouvernement confronté à un choix de société

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Une nouvelle équipe dirigeante a été formée par Res Publica, le parti de la Réforme et l’Union populaire. Dirigé par Juhan Parts, ce « gouvernement des trois R » (d’après les noms des formations qui y participent) dispose d’une majorité confortable au Parlement (60 voix sur 101). Sa composition a néanmoins suscité quelques craintes, en raison de l’inexpérience des membres de Res Publica. En outre, la volonté de coopération du Parti de la réforme ne semble pas tout à fait sans réserve (Siim Kallas a ainsi refusé un portefeuille ministériel), ce qui, compte tenu de la propension de ce parti à opérer des revirements d’alliance, laisse mal augurer de la longévité de la coalition. Conformément à une tradition désormais bien établie, le gouvernement est assez jeune : la moyenne d’âge y est de 42 ans (47 ans au Parlement) et le ministre de la Justice n’a que 28 ans.

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Le programme du gouvernement prévoit une baisse graduelle du taux d’imposition sur les revenus (qui devrait passer de 26 % actuellement à 20 % au 1er janvier 2006) et le relèvement progressif du seuil de non-imposition (actuellement de 1 000 couronnes par mois, il devrait doubler d’ici au 1er janvier 2006). Ces dispositions pourraient se traduire par un manque à gagner pour l’Etat de plus de 1 milliard de couronnes en 2004, soit 63,9 millions d’euros [4][4] Eesti Päevaleht, 28 mars 2003..

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L’accent est mis par ailleurs sur la politique familiale, pour tenter de relancer la natalité (l’Estonie connaît depuis 1991 des taux d’accroissement naturel négatifs et une baisse continue de sa population). Différentes mesures sont prévues, notamment l’instauration d’un salaire parental et le remboursement par l’Etat de 50 % du montant des prêts pour études lorsque leurs bénéficiaires, une fois diplômés, fondent une famille et ont leur premier enfant.

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L’éducation et la recherche figurent également parmi les priorités affichées du gouvernement, qui souhaite augmenter les rémunérations des enseignants. Un point assez étrange de l’accord de coalition a cependant suscité des réactions très négatives : le passage prévu de tous les enseignants à un régime de contrats à durée déterminée. Cette mesure se heurte néanmoins à des obstacles juridiques et a peu de chances d’être mise en œuvre. Ce programme, qui tente de concilier baisses d’impôts et politique sociale, ne tranche pas la question essentielle du choix de société, bien formulée en février 2003 par le recteur de l’université de Tartu, Jaak Aaviksoo. Celui-ci, dans un article publié par le quotidien Eesti Päevaleht[5][5] J. Aaviksoo, « Valimiste rahvuslik ajupesu » (Le lavage..., estimait que l’Estonie devait à présent choisir entre deux modèles incompatibles : l’Etat social scandinave et la fiscalité minimale à l’américaine. Selon lui, une grande partie des problèmes sociaux actuels sont en effet engendrés ou aggravés par la mise en œuvre de politiques contradictoires résultant de l’absence de choix clair entre ces deux modèles.

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Si l’année 2001 avait été marquée par le thème de la fracture sociale, résumée par l’image des « deux Estonies » [6][6] Voir A. Chalvin et J. Déplanque, « Estonie 2001-2002...., c’est au contraire l’espoir d’un consensus qui s’est fait jour dans le débat public en 2002 et en 2003. L’Association des grands entrepreneurs estoniens a en effet lancé, début 2002, l’idée d’un « pacte national » ou « pacte social », dont l’objectif serait de rechercher un accord sur les grandes orientations sociales et économiques par un dialogue entre le gouvernement, le patronat, les syndicats, les partis politiques et la société civile. Ce projet a été accueilli favorablement et a reçu le soutien du président de la République. A son initiative, un mémorandum a été signé en février 2003 par les principaux partis et une trentaine d’organisations. Ce texte appelle à la conclusion d’un pacte social avant la fin de 2003 et énumère les quatre grands domaines qui devraient y être abordés (environnement social ; culture, éducation, recherche et développement ; environnement économique ; cohésion entre Etat de droit et société civile) [7][7] « Memorandum of Estonian National Agreement », hhttp ://.... Le président Rüütel a également été à l’origine de la création d’une fondation chargée de coordonner la rédaction du pacte.

Une économie presque sans nuage

? Une croissance soutenue, tirée par la demande intérieure

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L’économie estonienne a confirmé, en 2002, son dynamisme. Malgré la faiblesse de la demande extérieure, la croissance du PIB a dépassé les prévisions les plus optimistes et, sur l’ensemble de l’année, elle s’est établie à 5,8 %, soit quatre points de plus que dans la zone euro.

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Après un ralentissement en début d’année, en raison de la baisse des exportations et de la consommation privée, elle s’est accélérée aux deuxième et troisième trimestres, sous l’effet d’une forte hausse de la demande des ménages et des investissements. Ces derniers, favorisés par la faiblesse des taux d’intérêt, ont atteint le niveau record de 31,8 % du PIB. Leur progression est due pour l’essentiel au lancement de quelques grands projets, tels que la rénovation des centrales électriques de Narva ou le renouvellement du parc de matériel roulant des chemins de fer. Le développement du commerce de transit et des exportations de produits estoniens a également contribué à l’accélération de la croissance.

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Les secteurs les plus dynamiques ont été le bâtiment (+ 14,7 %), stimulé par la faiblesse des taux d’intérêt qui a favorisé l’accès au crédit, ainsi que l’hôtellerie et la restauration (+ 12,7 %) qui ont bénéficié du développement rapide du tourisme.

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Pour 2003, compte tenu de la dégradation de l’environnement extérieur, un léger ralentissement est attendu (taux de 4,4 % selon la Banque d’Estonie, de 4,8 % selon les ministères des Finances, et de l’Economie et des Télécommunications [8][8] Rahandusministeerium (ministère des Finances), Majandus-... ), mais une accélération devrait se produire en 2004 avec une augmentation du PIB à nouveau supérieure à 5 %.

? Des déséquilibres extérieurs préoccupants

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Le déficit de la balance commerciale, traditionnellement très important, s’est encore creusé en 2002 : il a été de 22,6 milliards de couronnes [9][9] 1 euro = 15,64664 couronnes estoniennes. Le taux de... (contre 17,2 milliards en 2001), soit environ 17,4 % du PIB. Les exportations ont diminué de 1,7 %, du fait du ralentissement des économies européennes, et notamment nordiques, dont les marchés constituent le principal débouché extérieur des entreprises estoniennes. Un rôle décisif a été joué notamment par la dépression mondiale du secteur des télécommunications, qui a entraîné une forte réduction des activités de sous-traitance : les exportations liées à celles-ci ont baissé de 22 % en prix courants. En revanche, les exportations de produits de marque estonienne ont augmenté au même rythme que l’année précédente (environ 11 %), ce qui, compte tenu de la faiblesse de la demande extérieure, témoigne du dynamisme et de la compétitivité des entreprises locales. Les importations, quant à elles, se sont accrues de 6 %, sous l’effet de la hausse importante de la consommation privée et des investissements.

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L’essentiel des échanges continue de s’effectuer avec les pays de l’Union européenne (68 % des exportations et 58 % des importations). Le premier partenaire commercial de l’Estonie reste la Finlande, devant la Suède et l’Allemagne. On note toutefois une forte diminution des ventes à la Finlande, qui ne représentent plus que 24,8 % du total, contre 33,9 % en 2001. Dans le même temps, les exportations vers l’Allemagne sont en nette augmentation (9,9 % du total, contre 6,9 % en 2001).

Les relations France-Estonie

Depuis le 7 novembre 2002, la France est représentée par un nouvel ambassadeur à Tallinn en la personne de Chantal de Ghaisne de Bourmont. L’année 2002-2003 a été ponctuée par de nombreuses visites, notamment en vue de l’adhésion de l’Estonie à l’UE. La ministre estonienne des Affaires étrangères, Kristiina Ojuland, s’est rendue deux fois en France (octobre 2002 et avril 2003) ; le président Arnold Rüütel a effectué une visite à Paris fin juin 2003 ; le ministre français du Commerce extérieur, François Loos, et la ministre des Affaires européennes, Noëlle Lenoir, ont visité l’Estonie respectivement en septembre 2002 et en avril 2003.

Selon les données estoniennes (qui divergent de celles des douanes françaises), en 2002, le montant des exportations de l’Estonie vers la France s’élevait à 49,4 millions d’euros et les importations à 133,9 millions, soit une augmentation respective de 23 % et de 14 % par rapport à 2001. La France est le treizième partenaire de l’Estonie pour les exportations et le douzième pour les importations. L’Estonie exporte majoritairement vers la France des produits du bois (32 %) et des produits industriels (14 %). Elle importe des automobiles et des biens manufacturés (18 %), des produits chimiques (14 %), des produits alimentaires et des boissons (12 %) [*][*] Ministre estonien des Affaires étrangères.. Les investissements directs (IDE) français restent faibles, ne représentant que 0,6 % des IDE réalisés en Estonie, ce qui place la France au treizième rang des investisseurs, avec un montant de 25 millions d’euros.

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Douanes françaises
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La part des pays de la CEI reste stable et relativement modeste (5,4 % des exportations et 10,4 % des importations). Parmi eux, le principal fournisseur est la Russie, d’où proviennent 7,4 % des importations totales, principalement des hydrocarbures et du gaz naturel, ainsi que du bois et des produits issus de sa transformation. Le marché russe reste en revanche pour l’Estonie un débouché extérieur négligeable, absorbant seulement 3,3 % de ses exportations. Les produits estoniens sont en effet handicapés par des droits de douane multipliés par deux que la Russie leur applique unilatéralement depuis 1995. Les activités de transit avec ce pays ont toutefois connu un fort développement. Ainsi, la société des chemins de fer Eesti Raudtee, qui réalise la majeure partie de son chiffre d’affaires en acheminant le pétrole russe jusqu’au port de Muuga, près de Tallinn, a réalisé en 2002 un bénéfice record de 210 millions de couronnes (13,4 millions d’euros). Le volume total des marchandises transportées par rail en provenance de Russie a augmenté de 17,4 % par rapport à l’année précédente.

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Les principaux postes d’exportation de l’Estonie sont les machines et équipements (24,8 % du total, dont une grande partie au titre de la sous-traitance), le bois et les produits du bois (15,1 %), ainsi que les articles textiles (12,1 %). Un signe positif est l’augmentation de la part des produits transformés dans les exportations hors sous-traitance. Ainsi, dans la filière bois, la part des meubles a augmenté de façon rapide au détriment des bois ronds.

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L’excédent de la balance des services, qui s’est réduit en 2002 à 7,6 % du PIB, n’a pas permis de compenser le creusement du déficit commercial. Le solde négatif de la balance des transactions courantes, traditionnellement très important, s’est donc encore accentué. Il a représenté 12,5 % du PIB sur l’ensemble de l’année (contre 6,1 % en 2001). La tendance s’est poursuivie au premier trimestre de 2003, période au cours de laquelle le déficit a atteint un niveau record (18,4 % du PIB). En 2002, contrairement aux années précédentes, il a été financé en majeure partie par le recours à l’endettement. Les investissements directs étrangers ? source traditionnelle de financement ? ont en effet connu une baisse importante (- 45 %). Ce n’était toutefois plus le cas au premier trimestre de 2003, le déficit ayant alors été couvert aux trois quarts par des entrées de capitaux non génératrices d’endettement. La situation reste néanmoins préoccupante et pourrait, si elle se prolongeait, alourdir au-delà du raisonnable la dette extérieure de l’Estonie. Celle-ci s’est encore accrue de 11,7 milliards de couronnes en 2002 et représente désormais près de 63 % du PIB.

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Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report 2002.

? Une inflation maîtrisée et des finances publiques saines

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L’inflation a reculé en 2002, s’établissant à 3,6 % en moyenne annuelle (contre 5,8 % en 2001). Elle est imputable en majeure partie à la hausse des prix administrés (+ 7 %), notamment ceux de l’électricité, de l’énergie thermique et des services de santé. Ralentie au second semestre grâce à la baisse des prix des denrées alimentaires importées et des carburants, elle a poursuivi sa décrue au premier trimestre de 2003 et, en mai, a même été inférieure à celle enregistrée dans la zone euro. Elle devrait rester modérée en 2003 (3,2 %, selon les prévisions de la Banque d’Estonie).

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Le Parlement a adopté en juin et en septembre 2002 deux collectifs budgétaires respectivement de 410 et de 788 millions de couronnes (soit 26,2 millions et 50,4 millions d’euros), rendus possibles par des recettes fiscales supérieures aux prévisions. Les comptes des finances publiques ont tout de même dégagé un excédent (1,2 % du PIB), pour la deuxième année consécutive.

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Bien que l’équilibre budgétaire soit inscrit dans la loi, le budget 2003 prévoit pour la première fois un léger déficit (324 millions de couronnes, soit 20,7 millions d’euros). Celui-ci est dû au succès du système de retraite par capitalisation [10][10] Voir A. Chalvin et J. Déplanque, op. cit., , p. 69...., qui entraîne des dépenses accrues pour l’Etat. Néanmoins, la croissance du PIB, plus forte que prévu en 2002, ainsi que l’amélioration de la collecte des impôts font espérer 1 milliard de couronnes (63,9 millions d’euros) de recettes supplémentaires, selon le ministère des Finances.

? Baisse du chômage, hausse des salaires

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Le chômage, qui avait atteint un sommet en 2000 (13,6 % selon la définition du Bureau international du travail), a poursuivi au cours des trois premiers trimestres de 2002 la baisse entamée l’année précédente, avant de repartir à la hausse au quatrième trimestre. Sur l’ensemble de l’année, il s’est établi à 10,3 % (contre 12,6 % en 2001). La tranche d’âge des 15-25 ans est particulièrement frappée (17,6 %). Les différences régionales, quant à elles, se sont encore creusées : alors que la situation de l’emploi s’est améliorée dans la plupart des régions, elle s’est dégradée dans le Virumaa oriental, région industrielle du Nord-Est à majorité russophone, qui est la plus touchée par le chômage (18,9 %). Plusieurs grands employeurs de cette région (notamment l’entreprise de textile Kreenholm et la société d’exploitation des schistes bitumineux Eesti Põlevkivi) ont procédé au cours de l’année à de nombreux licenciements.

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Les salaires ont continué de croître au même rythme qu’en 2001 (7 % en termes réels). Sur l’ensemble de l’année 2002, le salaire mensuel moyen a été de 6 144 couronnes (393 euros). Le niveau de rémunération le plus élevé était enregistré dans la sphère des services financiers (2,2 fois le salaire moyen), le plus faible étant, comme l’année précédente, le lot de l’hôtellerie et de la restauration (57,8 % du salaire moyen), seul secteur à avoir connu une baisse des salaires nominaux (- 5,8 %). La croissance semble se poursuivre en 2003 : au premier trimestre, le salaire mensuel moyen était de 6 333 couronnes (405 euros).

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L’accroissement de la productivité du travail (+ 4 % en 2002) est resté, comme les années précédentes, inférieur à la hausse des salaires réels, ce qui pourrait, à plus long terme, réduire la compétitivité des entreprises.

? La fin des privatisations

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Les grandes privatisations sont maintenant considérées comme achevées, le gouvernement ayant renoncé, début 2002, à la vente partielle des centrales électriques de Narva, et rompu les négociations avec la société américaine NRG Energy [11][11] Voir A. Chalvin et J. Déplanque, op. cit., pp. 71-.... L’Etat reste propriétaire ou actionnaire de 53 entreprises (dont 37 lui appartiennent en totalité), principalement dans les secteurs stratégiques de l’énergie (production d’électricité, schistes bitumineux), des transports (port de Tallinn, compagnie aérienne Estonian Air, aéroports) et des communications (postes). Leur privatisation totale ou partielle n’est pas inscrite au programme du nouveau gouvernement. Elle est souhaitée par le ministre des Finances, Tõnis Palts (Res Publica), mais se heurte, au sein de la coalition, à l’opposition de l’Union populaire [12][12] « Rahandusminister Palts tahaks suured riigifirmad....

La consécration des objectifs de politique étrangère

? Union européenne : concessions mutuelles et adhésion au 1er mai 2004

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En dépit de la permanence de dossiers sensibles, Tallinn a réussi l’examen de passage européen. Un point final a été mis à Copenhague (sommet des 12 et 13 décembre 2002) aux négociations d’adhésion entamées en mars 1998. L’Estonie apparaît comme grande gagnante en termes financiers, puisqu’elle recevra des aides d’un montant total de 1 020,5 millions d’euros pour la période 2004-2006 (prix 1999), soit 367,13 euros par habitant. L’aide communautaire se répartit de la manière suivante (en euros, prix 1999) : 254 millions pour l’agriculture, 617,7 millions pour les actions structurelles, 127,2 millions pour les politiques internes et 21,6 millions au titre de la compensation pour 2004 des versements au budget communautaire. La contribution estonienne aux ressources propres de l’Union est estimée à 229,5 millions d’euros. Pour parvenir à ce résultat positif, l’Estonie a dû accepter les propositions européennes dans le domaine agricole. Ses agriculteurs recevront des aides directes progressives équivalant, au moment de l’adhésion, à 25 % des sommes versées à leurs homologues des pays membres actuels, pour atteindre 100 % en 2013. Tallinn a également dû revoir ses prétentions à la baisse en ce qui concerne le quota laitier : 646 368 tonnes au lieu des 900 000 espérées. L’Estonie a toutefois réussi à préserver ses droits de pêche pour les harengs (de petite taille) de la Baltique, ainsi que son droit d’accise sur les cigarettes. Les questions liées à l’énergie (schistes bitumineux) ont été réglées dans une déclaration annexée au traité d’adhésion.

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Les réactions au sommet de Copenhague ont été très positives. Le Premier ministre, S. Kallas, a reconnu que son pays avait presque obtenu les meilleures conditions possibles. La ministre des Affaires étrangères, Kristiina Ojuland, a déclaré, quant à elle, que ses espérances avaient été dépassées, notamment en ce qui concerne l’agriculture et le volet financier. Le 8 avril 2003, le gouvernement a approuvé le traité d’adhésion, qui a été officiellement signé à Athènes le 16 avril. L’Estonie rejoindra l’Union européenne le 1er mai 2004.

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Si l’adhésion est saluée par la classe politique comme un gage de sécurité et de développement, beaucoup reste à faire pour préparer l’Estonie à son nouveau statut. Il s’agira avant tout de doter ce petit pays de la capacité d’absorber et de gérer les fonds communautaires, à savoir 328,6 millions d’euros (prix 1999) pour la période allant de l’adhésion à 2006 (fin des perspectives financières). Pour la même période, l’Estonie recevra également entre 218 et 333 millions d’euros au titre du Fonds de cohésion. Par ailleurs, certains ajustements seront encore nécessaires pour assurer l’adoption de l’acquis. C’est ce que devrait mettre en lumière le rapport d’évaluation de la Commission européenne qui sera publié en novembre 2003.

35

Le gouvernement a maintenant la lourde tâche de rallier l’opinion publique au projet européen. Le référendum sur l’adhésion, qui aura lieu relativement tard (le 14 septembre 2003) en raison de la tenue des élections législatives en mars 2003, représente un défi important : non seulement la population estonienne a rarement été appelée à se prononcer par ce moyen, mais elle a fait preuve ces dernières années d’un euro-scepticisme récurrent. Le taux de soutien à l’adhésion a connu des variations importantes : supérieur à 50 % depuis juillet 2001, il a culminé à 59 % fin mai 2003, sous l’effet du « oui » massif à l’Europe des Lituaniens, mais a chuté brusquement à 48 % en juin [13][13] Sondages Emor.. La consultation portera à la fois sur l’adhésion proprement dite et sur l’acte constitutionnel qui ouvrira la voie à celle-ci sur le plan juridique (une loi qui complétera la Constitution sans la modifier, en précisant explicitement que l’Estonie peut faire partie de l’Union européenne). Le commissaire européen à l’Elargissement, Günter Verheugen, devrait se rendre dans le pays les 1er et 2 septembre 2003 afin de soutenir le référendum. En préambule à la campagne officielle, le président de la République, la présidente du Parlement et le nouveau Premier ministre ont publié le 25 juin 2003 une déclaration commune vigoureuse appelant à voter en faveur de l’adhésion [14][14] Il est difficile, à la date de rédaction de cet article,.... Des changements constitutionnels seront ensuite nécessaires afin de définir les relations entre le droit communautaire et la loi estonienne, ainsi qu’en vue de l’adoption de l’euro.

36

Depuis la signature du traité d’adhésion, l’Estonie jouit du statut d’observateur au sein des instances européennes. Treize députés du Riigikogu participent aux travaux du Parlement européen et des membres du gouvernement assistent aux réunions du Conseil. Cette période d’observation prendra fin en mai 2004. Après cette date, l’Estonie aura six représentants au Parlement (après les élections européennes de juin 2004), trois voix sur 124 au Conseil (du 1er mai 2004 au 31 octobre 2004), puis, à partir de l’entrée en vigueur de la nouvelle Commission (1er ovembre 2004), quatre voix sur 321. Le commissaire estonien (sans portefeuille) sera nommé à l’automne 2003 pour la période allant du 1er mai au 31 octobre 2004. Un nouveau commissaire entrera en fonction avec la prochaine Commission (2005-2009). Le pays sera également représenté au sein des autres institutions européennes et l’estonien deviendra l’une des langues officielles de l’Union. L’Estonie s’est très tôt impliquée dans les travaux de la Convention européenne, par le biais de ses représentants : Peeter Kreitzberg (puis Rein Lang) et Tunne Kelam pour le Parlement, Lennart Meri et Henrik Hololei (suppléant) pour le gouvernement. En janvier 2003, le gouvernement a approuvé des « Positions sur l’avenir de l’Europe », axées notamment sur l’égalité de traitement entre les Etats membres, la transparence du système décisionnel et le respect de la souveraineté nationale. Le gouvernement préconise le maintien du vote à l’unanimité pour les questions liées à la fiscalité, la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC), la politique sociale et la défense. Il a aussi exprimé sa préférence pour le maintien de la présidence tournante de l’UE et pour une Commission forte, composée d’un commissaire par pays. L’Estonie est, enfin, opposée à une fédéralisation accrue de l’Union européenne, qui laisserait peu de place aux petits Etats.

? L’adhésion à l’Otan : parachever l’intégration estonienne

37

Longtemps présentée comme complémentaire de l’appartenance communautaire, l’adhésion à l’Otan parachève la stratégie estonienne d’intégration internationale. Lors du sommet de Prague, le 21 novembre 2002, l’Estonie a été officiellement invitée à rejoindre les structures transatlantiques et à entamer, pour ce faire, des négociations. Pour K. Ojuland, l’accès à celles-ci donnera à son pays l’assurance que les décisions le concernant ne seront plus prises sans sa participation ni son approbation.

38

Le 26 mars 2003, l’Estonie signait à Bruxelles un protocole d’adhésion. Cet événement a été qualifié par la ministre des Affaires étrangères de « pas historique vers une Europe libre et pacifique ». Le secrétaire général de l’Otan, Lord Robertson, s’en est également félicité, tout en rappelant les défis à surmonter pour assurer la pleine participation de l’Estonie : poursuite de l’intégration de la minorité russophone et approfondissement de la réforme de l’armée. Il a aussi salué la contribution estonienne à de nombreuses opérations de maintien de la paix, notamment dans les Balkans et en Afghanistan.

39

Le gouvernement a confirmé la mise en œuvre des réformes nécessaires à l’adhésion, y compris sur le plan budgétaire (2 % du PIB doivent être consacrés à la défense), tout en rassurant ses partenaires sur le respect de la confidentialité des informations auxquelles l’Estonie aura accès en vertu de son statut de membre. En février 2003, le Riigikogu a adopté une nouvelle loi de coopération militaire internationale qui prépare le pays à ses futures obligations. Elle précise notamment les conditions de mise en œuvre de l’article 5 de la Charte de l’Alliance atlantique [15][15] Cet article prévoit qu’en cas d’attaque armée contre.... L’Estonie s’est aussi engagée à mettre des armes à la disposition de l’Otan dès la fin de 2004. Par ailleurs, l’atlantisme estonien s’est clairement manifesté lors de la crise irakienne ; signataire, avec neuf autres pays, de la « déclaration de Vilnius », le gouvernement a pourtant été vivement critiqué par la population, dont la grande majorité (80 %) était opposée à une attaque militaire en Irak. Il a néanmoins accepté, à la demande de Washington, d’envoyer une troupe d’infanterie dans ce pays au titre du maintien de la paix, pour un coût de 1,9 million d’euros.

40

L’adhésion à l’Otan recueille en Estonie un très large assentiment. En mars 2003, elle avait le soutien de 63 % des habitants (73 % des citoyens estoniens et 39 % des non-citoyens), qui estiment qu’elle assurera la sécurité nationale (pour 46 %) et permettra des relations de bon voisinage et de coopération avec la Russie (43 %).

? Une amélioration lente et difficile des relations avec la Russie

41

Les relations russo-estoniennes ont connu, au cours de l’année écoulée, une lente et timide amélioration, notamment grâce à l’approche positive de la ministre des Affaires étrangères, qui considère que celles-ci doivent être mutuellement bénéfiques, pragmatiques et dénuées de sentimentalisme. Pour preuve de ce changement d’attitude, le comité intergouvernemental russo-estonien s’est réuni – pour la première fois depuis juin 2001 – en novembre 2002, dans une atmosphère qualifiée de constructive. Mise en place en 1997, cette instance vise à développer la coopération bilatérale en matière économique, culturelle et sociale. Plusieurs documents ont été signés au cours de la réunion de novembre 2002 : un accord en vue d’éviter la double imposition et l’évasion fiscale, un autre sur le transfèrement des personnes condamnées, ainsi qu’un amendement à l’accord de 1993 sur les garanties sociales des retraités. Ces textes doivent encore être ratifiés par les parlements respectifs. Enfin, en avril 2003, les deux pays ont conclu un accord aux termes duquel la Russie s’engage à prendre en charge les frais médicaux des anciens militaires soviétiques retraités en Estonie (4 100 personnes).

42

Le problème du patrimoine immobilier de l’Eglise orthodoxe a également trouvé une solution. En mars 2003, l’Etat estonien et l’Eglise orthodoxe du patriarcat de Moscou ont signé un accord pour légaliser l’utilisation des édifices religieux occupés par cette Eglise mais appartenant juridiquement à l’Eglise orthodoxe apostolique d’Estonie (rattachée au patriarcat de Constantinople) : l’Etat récupérera ces bâtiments et les louera à leur occupant actuel pour une couronne symbolique par mois.

43

Malgré ces avancées encourageantes, l’Accord de coopération économique et commerciale, qui mettrait un terme au doublement des droits de douane frappant les exportations estoniennes vers la Russie, n’a toujours pas été ratifié. Le gouvernement estonien espère un règlement de la question avant l’adhésion à l’UE. Toutefois, ce texte perdra tout intérêt après le 1er mai 2004, puisque les relations commerciales de l’Estonie avec la Russie seront alors régies par l’Accord de partenariat et de coopération (APC) Russie-UE. Aucun progrès non plus n’a été enregistré en ce qui concerne le traité frontalier : la Russie continue à faire dépendre sa signature du sort de la population russophone. Cela n’a pourtant ni empêché la coopération quotidienne sur le terrain ni réduit la sécurité de la frontière.

44

L’Estonie, à l’instar de ses voisins baltes, devra assumer la délicate responsabilité de la frontière extérieure de l’Union européenne et adhérer en temps voulu à l’espace Schengen. Elle recevra pour cela une aide communautaire de 68,7 millions d’euros.


Annexe

Annexe Chronologie

45

2002

46

8 janvier

• Le gouvernement décide d’interrompre les négociations avec la société américaine NRG Energy en vue de la privatisation partielle (49 %) des centrales électriques de Narva.

• Le Premier ministre Mart Laar remet sa démission au président Arnold Rüütel.

47

18 janvier Le Parti du centre et le Parti de la réforme concluent un accord de coalition. Le président Arnold Rüütel propose la candidature de Siim Kallas (Parti de la réforme) au poste de Premier ministre. Ce dernier est investi par le Parlement (par 62 voix contre 31), le 22 janvier.

48

16 avril Le ministère de l’Intérieur enregistre les statuts de l’Eglise orthodoxe du patriarcat de Moscou.

49

5 juin Le Parlement adopte un collectif budgétaire de 410 millions de couronnes (26,2 millions d’euros), destiné à financer les engagements pris par la nouvelle coalition gouvernementale.

50

15 juillet La Cour d’Etat déclare inconstitutionnelle la loi électorale de mars 2002 interdisant de présenter des « alliances électorales de citoyens » (listes indépendantes des partis) aux élections municipales.

51

30 juillet Le Parlement amende la loi électorale pour autoriser les listes indépendantes aux élections municipales d’octobre (mais réaffirme leur interdiction à partir de 2005).

52

8 août Le contrôleur d’Etat, Juhan Parts, démissionne de ses fonctions pour entrer en politique, dans le rangs du parti Res Publica, fondé en 2001.

53

15 août La ministre de la Culture, Signe Kivi, présente sa démission, en raison d’un scandale financier impliquant le directeur de la Fondation pour la culture, qui est accusé d’avoir détourné plus de 8 millions de couronnes (511 000 euros). Le 30 août, elle est remplacée par Margus Allikmaa (Parti de la réforme).

54

25 septembre Le Parlement adopte un second collectif budgétaire de 788 millions de couronnes (50,4 millions d’euros).

55

20 octobre Lors des élections municipales, le Parti du centre confirme sa popularité, arrivant notamment en tête dans la capitale, tandis que Res Publica crée la surprise en obtenant d’excellents résultats (2e à Tallinn et à Pärnu). L’Union pour la patrie et les Modérés sont en net recul (aucun siège au conseil municipal de Tallinn).

56

23 octobre Le président des Modérés, Toomas Hendrik Ilves, présente sa démission.

57

26 octobre Le président de l’Union pour la patrie, Mart Laar, annonce à son tour sa démission.

58

1er novembre Edgar Savisaar est réélu maire de Tallinn.

59

4-6 novembre Réunion du comité intergouvernemental russoestonien.

60

5 novembre Signature d’un accord évitant la double imposition et l’évasion fiscale entre la Russie et l’Estonie.

61

7 novembre Chantal de Ghaisne de Bourmont est nommée ambassadeur de France à Tallinn.

62

21 novembre Au sommet de Prague, l’Estonie est invitée officiellement à entamer les négociations en vue de son adhésion à l’Otan.

63

12 et 13 décembre Au sommet de Copenhague, clôture des négociations d’adhésion à l’Union européenne.

64

2003

65

3 février Démission du ministre de l’Intérieur, Ain Seppik (Parti du centre), après des révélations sur son activité de juge à la Cour suprême au milieu des années 1980 (on lui reproche notamment d’avoir confirmé en appel les peines de prison de trois lycéens auteurs d’actes antisoviétiques).

66

5 février L’Estonie et neuf autres pays d’Europe centrale et orientale publient une lettre de soutien à la politique américaine préconisant le recours à la force à l’égard de l’Irak.

67

25 février Le Parlement modifie la Constitution pour porter le mandat des élus locaux à quatre ans au lieu de trois.

68

2 mars Les élections législatives voient la victoire du Parti du centre et de Res Publica.

69

26 mars Signature à Bruxelles du protocole d’adhésion à l’Otan.

70

27 mars Res Publica, le Parti de la réforme et l’Union populaire concluent un accord de coalition.

71

31 mars L’astrophysicienne Ene Ergma (Res Publica) est élue présidente du Parlement.

72

1er et 2 avril Visite en Estonie de la ministre française des Affaires européennes, Noëlle Lenoir.

73

2 avril Le président Arnold Rüütel charge Juhan Parts (Res Publica) de former un gouvernement. Il est investi par le Parlement le 7 avril.

74

8 avril Le gouvernement estonien approuve le traité d’adhésion à l’Union européenne.

75

16 avril Signature à Athènes du traité d’adhésion à l’Union européenne.

76

1er mai Entrée en vigueur de l’accord russo-estonien sur les frais médicaux des anciens militaires soviétiques retraités en Estonie.

77

15 mai Le ministre de la Justice, Ken-Marti Vaher, présente sa démission en raison des remous provoqués par ses nombreuses infractions à la limitation de vitesse. Cette démission sera refusée quelques jours plus tard par le Premier ministre.

78

25 juin Dans une déclaration commune, le président Arnold Rüütel, le Premier ministre Juhan Parts, et la présidente du Parlement Ene Ergma appellent à voter « oui » lors du référendum du 14 septembre sur l’adhésion à l’Union européenne.

79

26-29 juin Visite en France d’Arnold Rüütel, qui s’entretient le 27 avec Jean-Pierre Raffarin et Jacques Chirac.

Principales formations politiques

80

Partis de la coalition gouvernementale :

  • Rassemblement pour la République - Res Publica (Ühendus Vabariigi Eest - Res Publica)

  • Parti de la réforme (Eesti Reformierakond)

  • Union populaire d’Estonie (Eestimaa Rahvaliit)

81

Autres partis représentés au Parlement :

82
  • Parti du centre (Eesti Keskerakond)

  • Union pour la patrie (Isamaaliit)

  • Parti populaire des modérés (Rahvaerakond Mõõdukad)

83

Partis non représentés au Parlement :

  • Parti populaire unifié d’Estonie (Eestimaa hendatud Rahvapartei)

  • Parti populaire chrétien (Eesti Kristlik Rahvapartei)

  • Parti de l’indépendance (Eesti Iseseisvuspartei)

  • Parti social-démocrate du travail (Eesti Sotsiaaldemokraatlik Tööpartei)

  • Parti russe en Estonie (Vene Erakond Eestis)

  • Parti de l’Estonie nouvelle (Erakond Uus Eesti)

  • Parti démocrate (Eesti Demokraatlik Partei)

  • Parti unitaire russe (Vene Ühtsuspartei)

  • Parti national conservateur (Rahvuslik Konservatiivne Partei)

Résultats des dernières élections

? Elections législatives du 2 mars 2003

84

(Taux de participation : 58,24 %).

 -
85

Prochaines échéances législatives : mars 2007

Election présidentielle des 27-28 août et 21 septembre 2001

86

Lors des trois tours de scrutin au Parlement, aucun candidat n’a réuni la majorité requise des deux tiers. Le soin d’élire le Président a donc été confié à un collège électoral composé des 101 députés et de 266 représentants des conseils municipaux. Arnold Rüütel (Union populaire) est élu au second tour de scrutin, par 186 voix contre 155 à Toomas Savi (Parti de la réforme).

87

Prochaine échéance présidentielle : 2006

Composition du gouvernement (fin juin 2003)

88
  • Premier ministre : Juhan Parts (Res Publica)

  • Affaires étrangères : Kristiina Ojuland (Parti de la réforme)

  • Défense : Margus Hanson (Parti de la réforme)

  • Finances : Tõnis Palts (Res Publica)

  • Intérieur : Margus Leivo (Union populaire)

  • Economie et Télécommunications : Meelis Atonen (Parti de la réforme)

  • Agriculture : Tiit Tammsaar (Union populaire)

  • Affaires sociales : Marko Pomerants (Res Publica)

  • Justice : Ken-Marti Vaher (Res Publica)

  • Education et Recherche scientifique : Toivo Maimets (Res Publica)

  • Culture : Urmas Paet (Parti de la réforme)

  • Environnement : Villu Reiljan (Union populaire)

  • Population : Paul-Eerik Rummo (Parti de la réforme)

  • Affaires régionales : Jaan Õunapuu (Union populaire)


Sélection bibliographique

  • Ouvrages
  • Statistical Office of Estonia, Statistical Yearbook of Estonia 2002, Tallinn, 2002, 463 p. (en estonien et en anglais).
  • Statistical Office of Estonia, 2000 Population and Housing Census, I Population de facto and Usual Resident Population, Location of the Population, 2001,275 p. II Population Sex and Age Structure, 2001, 347 p. III Place of Birth and Migration, 2002,306 p. IV Education. Religion, 2002, 351 p., Tallinn (en estonien et en anglais).
  • Revues
  • Olivier Basdevant and Ulo Kaasik, « Analysing the Prospects of Estonia Using a Macroeconomic Model », Eastern European Economics, vol. 41, n° 4, juilletaoût 2003, pp. 38-71.
  • Ralph M. Wrobel, « Local Administration Reform in Estonia : Alternatives from an Economic Point of View », Post-Communist Economies, vol. 15, n° 2, juin 2003, pp. 277-295
  • Susanne Nies, « Quelle sécurité pour la région baltique ?», Le courrier des pays de l’Est, n° 1035, mai 2003, pp. 58-70.
  • Antoine Chalvin, « L’autonomie culturelle des minorités nationales en Estonie », Etudes finno-ougriennes, tome 34,2002, pp. 123-140.
  • International Monetary Fund, « Republic of Estonia : Staff Report for the 2002 Article IV Consultation », IMF Country Report, n° 02/134,2002,47 p.
  • International Monetary Fund, « Republic of Estonia : Report on Observance of Standards and Codes-Banking Supervision-Update », IMF Country Report, n° 02/132, juillet 2002,14 p.
  • International Monetary Fund, « Republic of Estonia : Statistical Appendix », IMF Country Report, n° 02/133, juillet 2002, 34 p.
  • Antoine Chalvin, Juliette Déplanque, « Estonie. Turbulences politiques à la veille des grands rendez-vous internationaux » in « Europe centrale et orientale 2001-2002. Une croissance pérenne, un jeu politique rodé, des sociétés désenchantées », Le courrier des pays de l’Est, n° 1026, juin-juillet 2003, pp. 66-79.
  • Anton Steen and Juri Ruus, « Change of Regime-Continuity of Elites ? The Case of Estonia », East European Politics and Societies, vol. 16, n° 1, hiver 2002, pp. 223-248.
  • Economist Intelligence Unit, Country Report trimestriel), Country Profile (annuel), « Estonia ».

Notes

[(1)]

Postimees, 16 juillet 2002.

[(2)]

Il assure le contrôle de la constitutionnalité des lois et des actes administratifs et remplit les missions d’un ombudsman.

[(3)]

« Vene võimupoliitikud eelistavad peapartnerina Keskerakonda » (Les dirigeants politiques russes ont choisi comme partenaire principal le Parti du centre), Postimees, 11 février 2003.

[(4)]

Eesti Päevaleht, 28 mars 2003.

[(5)]

J. Aaviksoo, « Valimiste rahvuslik ajupesu » (Le lavage de cerveau national des élections), Eesti Päevaleht, 5 février 2003.

[(6)]

Voir A. Chalvin et J. Déplanque, « Estonie 2001-2002. Turbulences politiques à la veille des grands rendez-vous internationaux », Le courrier des pays de l’Est, n° 1026, juin-juillet 2002, p. 68.

[(7)]

« Memorandum of Estonian National Agreement », hhttp :// www. president. ee/ eng/ avaldused/ avaldus.html ?gid=33718, consulté le 19 juin 2003.

[(8)]

Rahandusministeerium (ministère des Finances), Majandus- ja Kommunikatsiooniministeerium (ministère de l’Économie et des Télécommunications), « Eesti majanduse 2002. aasta ülevaade », Majandusülevaated, n° 9, avril 2003.

[(9)]

1 euro = 15,64664 couronnes estoniennes. Le taux de change est fixe, la couronne étant ancrée à l’euro par un système de caisse d’émission.

[*]

Ministre estonien des Affaires étrangères.

[(10)]

Voir A. Chalvin et J. Déplanque, op. cit., , p. 69. Les cotisations des particuliers à un compte de retraite sont complétées par des versements proportionnels de l’Etat.

[(11)]

Voir A. Chalvin et J. Déplanque, op. cit., pp. 71-72.

[(12)]

« Rahandusminister Palts tahaks suured riigifirmad erastada » (Le ministre des Finances voudrait privatiser les grandes entreprises publiques), Postimees, 15 avril 2003.

[(13)]

Sondages Emor.

[(14)]

Il est difficile, à la date de rédaction de cet article, de donner une évaluation du résultat du référendum.

[(15)]

Cet article prévoit qu’en cas d’attaque armée contre un membre de l’Otan, tous les autres doivent lui porter assistance.

Résumé

Français

Les élections municipales d’octobre 2002 ont préparé le terrain du scrutin législatif qui devait se tenir six mois plus tard, le 2 mars 2003. La grande surprise de la première consultation, confirmée lors de la seconde, fut la percée d’un nouveau parti, Res Publica, fondé en 2001 et qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Si, en mars 2003, le Parti du centre, l’une des deux composantes de la coalition alors au pouvoir, a réalisé le meilleur score, il s’est néanmoins retrouvé dans l’opposition, aucune formation n’ayant accepté de faire alliance avec lui. C’est donc autour de Res Publica, arrivé en deuxième position, que s’est constituée, avec les forces du Parti de la réforme et de l’Union populaire, une nouvelle coalition gouvernemen- tale. Si son programme tente de concilier baisses d’impôts et politique sociale, il se garde cependant d’opérer un choix entre un Etat social à la scandinave et le modèle américain, ce qui peut parfois être source de problèmes. L’option en faveur d’une orientation sociale de l’économie n’a d’ailleurs rien d’irréaliste, la crois- sance demeurant soutenue (plus de 5 %) en dépit de l’atonie de la demande extérieure. Par ailleurs, la sage conduite de la politique écono- mique a porté ses fruits : inflation sous contrôle, finances publiques en équilibre, baisse continue du chômage, achèvement des privatisations. Seule ombre au tableau, un déficit courant de plus en plus important (12,5 % en 2002), financé, en outre, par le recours à l’emprunt. C’est donc dans de bonnes conditions que l’Estonie aborde la dernière ligne droite avant son entrée dans l’UE, qui sera consacrée à la dotation du pays en structures aptes à gérer les fonds communautaires. L’opinion semble ne pas avoir d’états d’âme en ce qui concerne l’intégra- tion à l’Otan (avec laquelle les négo- ciations ont été closes en mars 2003), celle-ci paraissant à même de conforter la sécurité nationale et de permettre une amélioration des relations avec la Russie, processus qui, certes, progresse, mais avec lenteur.

English

Estonia At the Threshold of a New Era ? The October 2002 municipal elections paved the way for the legislatives which took place six months later on 2 March 2003. The big surprise of the first was confirmed by the second : the breakthrough of a new party, the Res Publica, founded in 2001, which made the struggle against corruption its battlecry. While the Center Party, one of two members of the then ruling coalition, had the highest score in March 2003, it nevertheless found itself in the opposition as no other group accepted to form an alliance with it. A new government coalition was formed around the second-ranking Res Publica along with the Reform Party and the Popular Union. While its program endeavors to reconcile reduced taxes and social policy, it has still not decided between a Scandinavian-type welfare state or the American model, which has sometimes caused problems. Opting for a social orientation in the economy is not unrealistic as growth conti- nues (over 5 %), despite sluggish foreign demand. A prudent political economy has borne fruit : public finances are balanced, unemployment conti- nues to drop, and privatizations are coming to term. The only shadow is the continuously increasing current deficit (12.5 % in 2002), financed predominantly by loans. It is thus under favorable conditions that Estonia is taking the final step towards EU entry by providing the country with structures capable of managing community funds. Public opi- nion does not seem troubled by the NATO integration (negotia- tions ended in March 2003), as this seems to have strengthe- ned national security and allowed for improved relations with Russia, a process which has undoubtedly made progress albeit slowly.

Plan de l'article

  1. Du nouveau dans le paysage politique
    1. ? La surprise des élections municipales
    2. ? L’espoir d’une « nouvelle politique »
    3. ? Le nouveau gouvernement confronté à un choix de société
  2. Une économie presque sans nuage
    1. ? Une croissance soutenue, tirée par la demande intérieure
    2. ? Des déséquilibres extérieurs préoccupants
    3. ? Une inflation maîtrisée et des finances publiques saines
    4. ? Baisse du chômage, hausse des salaires
    5. ? La fin des privatisations
  3. La consécration des objectifs de politique étrangère
    1. ? Union européenne : concessions mutuelles et adhésion au 1er mai 2004
    2. ? L’adhésion à l’Otan : parachever l’intégration estonienne
    3. ? Une amélioration lente et difficile des relations avec la Russie

Pour citer cet article

Chalvin Antoine, Déplanque Juliette, « Estonie 2002-2003. Au seuil d'une nouvelle ère ? », Le Courrier des pays de l'Est, 6/2003 (n° 1036-1037), p. 61-74.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2003-6-page-61.htm


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