2004
Le Courrier des Pays de l’Est
Recomposition régionale et nouvelles alliances
Avant-propos
L'élargissement du 1er mai 2004 a en
quelque sorte rendu plus proches de
l'Union européenne les trois pays qui
composent le Sud-Caucase. Désormais
incluse dans la politique de Nouveau
voisinage, cette région n'en demeure
pas moins une zone de conflits non
résolus, qu'ils dressent deux Etats l'un
contre l'autre (l'Arménie et l'Azerbaïdjan
à propos du Haut-Karabakh) ou
menacent l'intégrité d'un territoire
(Abkhazie et Ossétie du Sud contre
le pouvoir central géorgien), avec pour
conséquence d'entraver le
développement économique et de
favoriser les trafics en tous genres.
Depuis l'éclatement de l'URSS, de
nombreux acteurs extérieurs, aux
motivations diverses, interviennent
au Sud-Caucase : des organisations
internationales œuvrant pour la
résolution des conflits (Onu et OSCE),
pour l'assistance militaire (Otan) ou pour
l'instauration de la bonne gouvernance
et l'amélioration de la situation des
droits de l'homme, comme le Conseil
de l'Europe, dont les trois pays sont
d'ailleurs membres, des institutions
financières (FMI, Banque mondiale,
Berd), des ONG ou encore des Etats.
L'ancienne puissance tutélaire, la
Russie, détient ainsi un véritable
monopole énergétique en Arménie et en
Géorgie. Elle est par ailleurs le principal
allié de l'Arménie sur le plan militaire.
Mais, en dépit de son désir de maintenir
son influence dans la région, Moscou ne
s'est guère soucié des minorités russes
installées, pour certaines de très longue
date, au Sud-Caucase et dont le nombre
se réduit comme peau de chagrin. Les
intérêts des Etats-Unis, centrés dans
un premier temps sur les hydrocarbures,
les sociétés pétrolières américaines
jouant un rôle majeur dans l'exploitation
du pétrole et du gaz azerbaïdjanais,
se sont en partie déplacés après le
11 Septembre 2001 vers la lutte antiterroriste. Ils coïncident en cela avec
ceux de la Russie, inquiète de la situation
sur sa frontière avec la Géorgie qu'elle
soupçonne de laxisme à l'égard des
combattants tchétchènes. Par contre,
les positions des deux pays sur l'évacuation des hydrocarbures de la
Caspienne sont divergentes : Moscou
défend un projet d'oléoduc qui aboutirait
au port russe de Novorossiïsk, alors que
Washington penche pour le tracé du
BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan). Il ne faut
pas non plus négliger l'influence des
deux grandes puissances régionales
que sont la Turquie et l'Iran, la première
étant alliée de l'Azerbaïdjan et principal
partenaire commercial de la Géorgie et
le second développant ses relations
avec l'Arménie, au grand dam des
Etats-Unis.
Pont entre l'Europe et l'Asie pendant
des siècles, à la fois culturel et
économique (la route de la soie,
ressuscitée par le projet Traceca de
l'UE), le Sud-Caucase sera-t-il à même
de se réapproprier ce rôle aujourd'hui ?
La réponse à cette question réside
avant tout dans sa capacité à surmonter
ses vieux démons, qui ont nom division,
mais aussi corruption…