2004
Le Courrier des Pays de l’Est
La Géorgie et ses voisins caucasiens
Un mariage de raison
Silvia Serrano
Docteur en civilisations. Manuscrit clos en mai 2004
Depuis l’indépendance, la
Géorgie a privilégié les liens
avec l’Occident, reléguant au
second plan ses relations avec
l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Fait
caractéristique, il n’existe pas de
département Caucase au sein du
ministère géorgien des Affaires
étrangères. L’espace caucasien,
très ouvert du temps de l’URSS,
est à présent extrêmement cloisonné, les échanges étant particulièrement réduits entre Nord-et Sud-Caucase et la coopération
à l’intérieur de celui-ci considérablement entravée par les
conflits. En effet, la Géorgie,
confrontée au problème de ses
deux régions séparatistes,
l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud,
ne peut que soutenir la position
de l’Azerbaïdjan sur l’intangibilité des frontières dans le conflit
qui l’oppose à l’Arménie au
sujet du Haut-Karabakh. Un
autre problème est constitué par
la présence d’importantes minorités azérie et arménienne
géographiquement concentrées
qui a éveillé chez les Géorgiens
des craintes de velléités séparatistes et fourni des moyens de
pression aux deux pays concernés.
Les relations de la Géorgie avec
la Russie sont, pour leur part,
empoisonnées depuis de nombreuses années par deux conflits,
celui d’Abkhazie, les autorités
géorgiennes accusant les Russes
de soutenir les séparatistes
abkhazes et celui de Tchétchénie,
les autorités russes soupçonnant
les Géorgiens de laxisme vis-à-vis des combattants tchétchènes.
La Géorgie est confrontée à une
situation paradoxale. Alors
qu’elle espérait échapper à ses
contraintes géographiques en se
rapprochant de l’Occident, c’est
la communauté internationale
qui la presse à présent de développer ses liens avec ses voisins,
le Sud-Caucase étant désormais
considéré, en particulier par
l’Union européenne, comme une
entité régionale. Cependant, ce
sont les relations entre la
Géorgie et l’Azerbaïdjan qui
prévalent, qu’il s’agisse de
l’évacuation du pétrole de la
Caspienne ou de la participation
à l’organisation de sécurité
régionale que constitue le
GUAM, l’Arménie se retrouvant
à l’écart.
Since its independence, Georgia
has favoured its links with the
Western world and allowed its
relations with Armenia and
Azerbaijan to fall into the background. Characteristically, there
is no Caucasus department in the
Georgian Ministry of Foreign
Affairs. The Caucasian region,
which was very open during the
period of USSR rule, is now
extremely isolated. In particular
there is very little communication between the Northern and
the Southern regions of the
Caucasus and cooperation is
considerably hindered by
conflict. Georgia is confronted
with the problem of its two separatist regions, Abkhazia and
South Ossetia, and can only
support the position of Azerbaijan with regard to the inviolability of the borders in its
conflict with Armenia concerning Upper Karabakh. Another
problem stems from the presence
of large geographically concentrated Azerian and Armenian
minority groups, which have
given rise to Georgian fears of a
revival of separatist feeling and
have provided the means of
exerting pressure on the two
countries concerned. For many
years the relations between
Georgia and Russia have been
poisoned by two conflicts, the
problem of Abkhazia, in which
the Georgian authorities accuse
the Russians of supporting the
Abkhazian separatists, and the
conflict with Chechnya, where
the Russian authorities suspect
the Georgians of laxity towards
the Chechen rebels. Georgia is
faced with a paradoxical situation. While it hoped to escape
from its geographical difficulties
by increasing its ties with the
Western world, it is the international community that is currently encouraging it to develop
its links with its neighbours,
given that the South Caucasus is
now considered, particularly by
the European Union, as a regional entity. However, it is the
relations between Georgia and
Azerbaijan that prevail, be it in
terms of extracting petrol from
the Caspian Sea or the participation in the organisation of regional security represented by the
GUAM alliance, while Armenia
finds itself excluded.
La politique étrangère géorgienne est
peu étudiée, et quand elle l’est, c’est
par le prisme des relations avec la
Russie ou des recompositions internationales. Le pays est, par exemple,
souvent présenté comme la dernière
scène de théâtre où se joue la compétition russo-américaine. Pour Tbilissi,
depuis l’indépendance, en 1991, la
priorité est au développement des liens
avec l’Occident afin de s’affranchir de
la tutelle russe. Tant dans les perceptions géorgiennes qu’extérieures, les
relations avec les autres Etats du
Caucase sont donc reléguées au second
plan, alors que c’est pourtant là que
s’expriment le mieux les tensions géopolitiques et la problématique identitaire. Elles sont en effet largement
déterminées par les conflits qui sévissent dans la région, ainsi que par la
présence de minorités issues des Etats
voisins, et reflètent enfin les évolutions
géopolitiques en cours. Un double
déséquilibre les affecte, dû à la position
géographique centrale de la Géorgie
par rapport aux deux autres Etats du
Sud-Caucase, selon une configuration
qui dessert l’Arménie.
Des relations jugées
non prioritaires
Les anciennes républiques soviétiques
d’Arménie et d’Azerbaïdjan ont été les
premiers Etats à reconnaître l’indépendance de la Géorgie, dans les frontières
soviétiques, mettant un terme aux
différends datant de 1918-1921
[1], et des
accords sont signés dès l’été 1991
[2].
Les relations renouvelées s’annonçaient ainsi sous les meilleurs auspices.
Le désir largement partagé d’une autonomie plus grande par rapport à
Moscou, la proximité culturelle, la
multitude des contacts quotidiens, alimentant la mémoire collective,
semblaient devoir créer le sentiment
d’un même destin, si ce n’est d’une
identité commune. Pourtant au-delà
des déclarations de bon voisinage et
d’amitié entre les peuples, les relations
avec les deux autres Etats caucasiens
ont toujours été perçues à Tbilissi
comme secondaires, et elles ont buté
sur un certain nombre d’obstacles.
● Un espace régional
cloisonné depuis les
indépendances
Il faut plusieurs années avant que les
voisins caucasiens ne s’imposent dans
l’agenda politique de la Géorgie. Après
le retour au pouvoir de Edouard
Chevardnadzé, malgré les déclarations
d’intention des responsables de la
diplomatie géorgienne, qui affirmaient
donner priorité à l’établissement de
relations avec les Etats issus de
l’Union soviétique, il n’y a, pendant un
an, aucun contact officiel au niveau
gouvernemental avec l’Azerbaïdjan,
même si des rencontres ont lieu en
marge de forums internationaux. Ce
n’est qu’en février 1993, à l’occasion
d’une visite officielle de Edouard
Chevardnadzé à Bakou (la première
d’un chef d’Etat géorgien depuis les
indépendances), qu’est signé un
accord-cadre. En février 1993, le
chargé d’affaires arménien, de son
côté, faisait remarquer que le seul
accord entre les deux pays demeurait le
Traité de coopération signé du temps
du premier Président géorgien,
Z. Gamsakhourdia
[3]. Il faudra attendre
la fin de 1995 pour qu’un ambassadeur
géorgien soit nommé en Arménie.
Les structures des institutions en
charge de la politique extérieure reflètent
ce piètre intérêt. Aujourd’hui encore, il
n’y a pas de département consacré au
Caucase au sein du ministère des
Affaires étrangères. Il a bien été question
d’en créer un, mais ce projet est resté
lettre morte. Seule existe, depuis 2000,
une commission parlementaire ad hoc.
On pensait que la disparition de
l’URSS entraînerait une croissance des
relations « horizontales », au niveau
intra-étatique, mais bien au contraire
les contacts sont devenus de moins en
moins fréquents entre les trois Etats ;
les logiques étatiques ont conduit au
renfermement et au cloisonnement
d’un espace autrefois ouvert. L’instauration des frontières, parfois leur
fermeture, et les conflits ont entravé les
relations intra-caucasiennes. Les autorités n’y ont pas trouvé que des
inconvénients, y voyant parfois un
moyen de préserver leur pays de la
contagion possible des problèmes des
voisins.
La coupure est particulièrement nette
avec le Caucase du Nord. Dès 1991,
plusieurs gazoducs acheminant le gaz
du Caucase du Nord ou d’Asie centrale
sont mis hors service. La voie ferrée
Sotchi-Tbilissi, qui dessert également
l’Arménie, ne fonctionne plus depuis
le déclenchement du conflit abkhaze.
La question de la construction du
tronçon ferroviaire entre Soukhoumi et
Tbilissi est en discussion depuis
septembre 1995. La Géorgie insiste
pour que la liaison entre Sotchi et
Tbilissi (
via Soukhoumi) ne soit rétablie qu’après le règlement du conflit
abkhaze, mais les Arméniens, qui souffrent d’être coupés de la Russie,
souhaiteraient une réouverture le plus
tôt possible. Au sommet de Sotchi, en
mars 2003, un accord entre les
Présidents russe et géorgien prévoyait
la restauration conditionnelle de la
ligne, mais il est resté sans suite. Les
déplacements sur la Route militaire en
direction de l’Ossétie du Nord sont
également compliqués. L’anthropologue V. Tichkov avance que la région
économique Nord-Caucase a vu
s’interrompre 70 % de ses relations
avec le Caucase du Sud depuis l’effondrement de l’Union Soviétique
[4].
L’instauration d’un régime de visa
pour les ressortissants géorgiens a
constitué un obstacle supplémentaire
aux échanges.
Les tendances au morcellement
touchent également le Caucase du Sud.
C’est au trafic routier, certes relativement sous-développé du temps de
l’URSS, de supporter l’effondrement
des autres moyens de transport en
commun, les seuls véhicules encore en
service étant de vieux autocars et des
taxis collectifs. Or, les routes, y compris sur les axes transcaucasiens stratégiques, sont dans un état déplorable
(chaussées non entretenues, non ou
mal asphaltées). La route Tbilissi-Erévan doit, en raison du conflit du
Haut-Karabakh, contourner l’Azerbaïdjan (qu’elle traversait auparavant
pour rejoindre ensuite Dilidjan), et
emprunter des voies prévues pour la
desserte locale. Sur l’un des trois itinéraires possibles, il faut rouler sur un
tronçon de plusieurs kilomètres en
plein champ
[5].
Les liaisons aériennes ont pratiquement disparu entre les Etats du Sud-Caucase. Aucun avion n’a plus relié les
capitales caucasiennes durant plusieurs
années et, désormais, les prix des
billets sur les lignes rétablies sont
inabordables. Alors que s’ouvraient
des lignes vers l’Europe ou le Proche-Orient, d’aucuns pouvaient faire
remarquer qu’il était plus facile de se
rendre d’Erévan à Los Angeles qu’à
Tbilissi. La fréquence des liaisons
ferroviaires a également diminué en
raison des coupures d’électricité. La
ligne Tbilissi-Erévan a été rétablie,
mais elle n’est en service qu’un jour
sur deux ; celle entre Tbilissi et Bakou
continue de fonctionner, mais le trajet
est onéreux et lent (plus de 12 heures).
Le principal obstacle aux déplacements
tient aujourd’hui à leur coût, sans
commune mesure avec celui des
transports intérieurs pourtant déjà
rédhibitoire pour une grande part de la
population. L’ensemble sud-caucasien
est peu à peu découpé, quadrillé par
des frontières, certes peu étanches,
mais qui constituent un obstacle inédit
aux échanges
[6]. La construction d’Etats
indépendants s’est rapidement accompagnée de l’établissement de postes
frontières et douaniers, avec pour
conséquence inévitable dans le
contexte actuel, le développement
d’une corruption importante, au grand
dam des populations locales, et qui se
traduit par des incidents fréquents
[7].
● Une identité européenne
primant sur l’identité
caucasienne
Le peu d’importance accordé aux relations avec le Caucase s’explique également par l’image négative de
celui-ci, et par la faible résonance du
discours identitaire géorgien. Alors que
les objectifs stratégiques renvoient à la
perception qu’ont les Géorgiens d’eux-mêmes comme « occidentaux », la
Géorgie indépendante cherche à
s’extraire d’une géographie la rattachant
au Caucase, ce qui serait contraire à
son identité profonde. « Je suis
Géorgien, donc je suis Européen »,
proclamait devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en
janvier 1999 Zourab Jvania, alors
président du Parlement, dans l’une de
ses formules les plus célèbres.
L’ancrage européen et la construction
d’une « géopolitique rêvée » ont pour
avantage, du moins jusqu’à présent, de
resserrer effectivement les liens avec
l’Europe, mais elle confine le Caucase
dans une place subalterne, dans la
mesure où la Géorgie est « étrangère à
sa région ». Les sentiments à l’égard
des autres peuples voisins et d’une
improbable « caucasitude » sont teintés
de défiance.
Le Caucase est un des éléments d’une
« identité culturelle », qui ne peut trouver
de traduction politique. Malgré les
poncifs sur les valeurs caucasiennes et
le vague sentiment d’une communauté
de destin, tout projet réunissant les
trois pays vient buter sur des visions
nationalistes, même si « l’identité
caucasienne » reste, à l’occasion, une
base possible de mobilisation. Le
Caucase est rarement un thème du
discours politique. Les stéréotypes, ces
représentations caricaturales, collectivement partagées, si ce n’est unanimement, contribuent à déterminer les
attitudes et parfois le prisme en fonction duquel se définissent les politiques. Or, concernant les autres
Caucasiens, ils sont généralement
négatifs.
La vision que les Géorgiens ont de
leurs voisins est fortement marquée par
les diasporas internes, dont les représentants sont souvent les seuls avec
lesquels ils ont eu des contacts.
Certains groupes, en particulier parce
qu’ils ont des attaches avec un Etat
proche de la Géorgie, sont fréquemment perçus comme une véritable
cinquième colonne qui menacerait
l’identité géorgienne elle-même. C’est
notamment le cas pour les Arméniens.
Cette perception est la conséquence
d’un antagonisme historique, de la
différenciation sociale entre les ethnies
au XIXe siècle, et des revendications
arméniennes relatives au passé et au
territoire ; elle provient de l’angoisse
suscitée par une Arménie (et des
Arméniens) qui voudraient disputer
aux Géorgiens ce qui « leur » appartient.
L’écrivain nationaliste du XIX
e siècle,
Ilia Tchatchavadzé, considérait que les
Arméniens menaçaient la Géorgie de
l’intérieur et il écrivait à leur propos
qu’ « il valait mieux affronter un lion à
l’extérieur plutôt qu’un ennemi à
l’intérieur »
[8]. Le moindre soupçon
d’une ascendance arménienne peut
contribuer à disqualifier une personnalité sur la scène publique. Ainsi, les
origines arméniennes de Zourab Jvania
sont régulièrement mises en avant par
ses adversaires politiques. Et certains
partisans déçus de E. Chevardnadzé,
tels V. Rtchéoulichvili ou I. Sarichvili,
ont été jusqu’à expliquer la « révolution
des roses » de l’automne 2003 par un
complot arménien !
Le stéréotype des Azéris est moins
chargé symboliquement. Le nationalisme azerbaïdjanais est tardif, les
revendications faibles et bridées par les
autorités. Les
tatrebi, pluriel du terme
générique servant à désigner en
Géorgie les populations musulmanes,
sont souvent des paysans sans ambition politique ou sociale et ne constituent donc pas des concurrents pour les
Géorgiens
[9]. Parmi eux les taux de
diplômés du secondaire et du supérieur
sont relativement bas, ils s’adonnent
principalement au commerce sur les
marchés sans trop se plaindre de leur
sort, et sont donc perçus comme socialement peu dangereux. La seule inquiétude qu’ils suscitent est liée à des taux
de natalité supérieurs, jusqu’à ces
dernières années, à la moyenne nationale.
L’image des Géorgiens auprès de leurs
voisins n’est pas non plus très flatteuse.
La Géorgie a tenu une place importante comme « gendarme du Caucase »,
et comme supplétif de la Russie dans la
conquête du Caucase du Nord. Les
relations avec certains peuples de cette
dernière région sont ainsi durablement
marquées par le rôle des officiers
géorgiens dans les guerres du Caucase,
puis par celui des dirigeants soviétiques dans les purges et les déportations. La place privilégiée qui était
celle de la Géorgie dans l’empire russe,
et les fonctions de premier ordre exercées par des Géorgiens à la tête de
l’URSS alimentent la crainte d’un
hégémonisme géorgien, qui explique la
survivance, par exemple auprès des
Abkhazes, de l’expression inventée par
Andreï Sakharov qui qualifiait la
Géorgie de « mini-empire »
[10].
Le discours géorgien sur la centralité
de la Géorgie au Caucase, qui peut
amener certains à revendiquer un
« droit d’aînesse »
[11], est contesté sur le
terrain scientifique : les débats sur le
passé, qui remontent au XIX
e siècle
avec l’Arménie, mais sont plus récents
dans les autres cas, ont trait au discours
sur le rayonnement de la Géorgie et de
sa culture au Caucase et sur son rôle
historique. Les scientifiques abkhazes,
ossètes ou tchétchènes mettent en
cause la mission que la tradition
géorgienne attribue à ce pays dans le
Caucase et lui opposent des historiographies concurrentes. Ils vilipendent
le « syndrome de Marr », du nom de ce
linguiste d’origine géorgienne qui
voyait dans la langue proto~géorgiennne l’origine de toutes les langues,
et récusent, sur la base de leurs recherches archéologiques, « le mythe d’une
influence forte sur l’ensemble des
peuples du Caucase du Nord et de leur
statut de vassaux à l’époque féodale »
[12].
Les conflits, obstacles
à la coopération
Les conflits « ethniques » qui ravagent
le Caucase, les positions que les Etats
sont conduits à prendre à leur sujet, et
les tutelles recherchées ont également
constitué un frein aux relations entre la
Géorgie et ses voisins caucasiens et à
la coopération pan-caucasienne.
Comment, en effet, envisager sérieusement de développer celle-ci alors
qu’aucun des conflits affectant la
Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan
n’est encore réglé ? Certes, la Géorgie
disposait d’un avantage sur ses
voisins : elle n’a jamais été en lutte
ouverte avec l’un d’entre eux, situation
dont elle a pu un temps espérer profiter.
Elle a toujours cherché à rester neutre
dans le conflit arméno-azerbaïdjanais,
et a même rêvé à un certain moment de
se poser en médiateur
[13]. Pourtant sa
propre gestion des conflits et son interprétation des grands principes l’ont
amenée inévitablement à se rapprocher
des positions azerbaïdjanaises.
● Des positions de principe
opposées
Le principal différend porte sur une
contradiction du droit international :
faut-il mettre en avant le droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes ou le
caractère intangible des frontières ?
Les Arméniens, qui revendiquent l’autodétermination pour la population du
Haut-Karabakh, officiellement territoire de l’Azerbaïdjan, ne peuvent se
prononcer pour le respect absolu de
l’intégrité territoriale des Etats, d’une
manière générale, et de la Géorgie, en
particulier, dans son conflit avec
l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Par
analogie, ils ont tendance à soutenir
des positions voisines de celles des
Abkhazes, voire un temps des
Tchétchènes à l’égard de la Russie.
Parallèlement, le discours dominant
parmi les hommes politiques géorgiens
proches de E. Chevardnadzé a longtemps établi un parallèle entre
l’Abkhazie et la Tchétchénie.
Les conflits peuvent avoir des conséquences en cascade, aboutissant à ce
que les relations avec les voisins soient
déterminées par des positionnements
sur des conflits qui ne les concernent
pas toujours directement. Selon la
conjoncture, et de manière très opportuniste, les dirigeants cherchent à élaborer une approche globale de
l’ensemble des conflits ou, au contraire,
privilégient les spécificités de chacun.
Mais les jeux à composantes multiples
peuvent être complexes : la Géorgie et
l’Azerbaïdjan ont fini par se rapprocher de la Tchétchénie malgré le principe d’inviolabilité des frontières, en
raison de leur position commune vis-à-vis de la Russie. Les différends de
l’Ingouchie avec l’Ossétie du Nord,
par exemple, ont amené par ricochet
les autorités géorgiennes à soutenir la
première de ces républiques du Nord-Caucase russe. La Géorgie a ainsi
accueilli quelques réfugiés ingouches,
venus s’installer dans les villages
kistes
[14] de la région d’Akhméta après
les affrontements à propos du district
de Prigorodny
[15]. Enfin, l’éventualité
d’un conflit entre l’Adjarie et le
pouvoir central géorgien a eu une incidence majeure sur l’Arménie dont il
aurait aggravé l’enclavement.
● Chacun pour soi dans la
recherche de soutiens
Parallèlement, les conflits faisaient
peser la menace d’une « spirale de la
violence ». Si les craintes de leur généralisation étaient exagérées, ils ont
incontestablement conduit à placer la
sécurité au centre des préoccupations,
et à réactiver les recherches de tutelles
et de soutiens. Un problème récurrent
pour la Géorgie tient à ce que chaque
Etat du Sud-Caucase a opté pour des
orientations de politique étrangère
opposées à celles des autres. La perception des menaces et des garanties
de sécurité est différente pour chacun,
et certains antagonismes déjà présents
en 1918 sont réapparus dans les années
1990. La politique étrangère est
chargée symboliquement et liée intrinsèquement aux questions identitaires,
notamment dans le cas de l’Azerbaïdjan, en raison d’une construction
identitaire plus incertaine et plus
récente, et dans celui de l’identité
arménienne en raison du traumatisme
historique causé par le génocide de
1915 et qui en est un élément structurant. Ainsi, quand la Géorgie se cherche
un tuteur en Occident, les Arméniens
voient dans la Russie leur meilleur
garant de sécurité, et l’Azerbaïdjan
tente, avec plus ou moins de détermination selon la conjoncture, à se
rapprocher de la Turquie.
Les orientations ne sont pas perçues
comme des différends secondaires
inhérents à des logiques étatiques
diverses, mais comme des antagonismes
structurels difficiles à dépasser. Dans
la mesure où il en va de la sécurité des
Etats, voire de la survie d’une nation
[16],
les conflits, en diminuant la marge de
manœuvre de chaque Etat, imposent la
recherche de soutiens extérieurs, réactivent les alliances traditionnelles, et
les orientations antagoniques se
crispent comme autant de différences
ontologiques. La politique arménienne,
qui pose plus explicitement problème à
Tbilissi que celle de l’Azerbaïdjan,
avec lequel la Géorgie partage des
vues globales, est ainsi considérée
comme pro-russe par définition, ce qui
renforce la méfiance à l’égard de ce
pays
.
● La crainte de la contagion
Les relations de la Géorgie avec ses
voisins ont été marquées par son refus
de se laisser entraîner dans la crise
entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et
par le souci d’empêcher que les
conflits sur son territoire n’hypothèquent ses relations avec les deux autres
pays caucasiens. Or, le conflit abkhaze
a une incidence négative sur ses
rapports avec l’Arménie, malgré les
dénégations des officiels qui, désireux
de les préserver autant que faire se
peut, soulignent généralement que
l’attitude des Arméniens d’Abkhazie
n’a eu aucune conséquence. Mais
l’importante minorité arménienne en
Abkhazie
[17] s’est trouvée impliquée
dans la guerre, et nombre de ses
membres ont été victimes des exactions commises par la Garde nationale
géorgienne. Lors de l’incursion menée
en Abkhazie par des Géorgiens et des
Tchétchènes sous le commandement
du chef de guerre R. Guélaev, en
octobre 2001, ce sont des Arméniens
qui ont été tués. Une partie importante
de cette population a fui. Dès les
premiers jours de l’avancée géorgienne, les Arméniens d’Abkhazie ont
combattu aux côtés des Abkhazes, dans
un bataillon Bagramian, jugé particulièrement dur, puis après la victoire
abkhaze, ont constitué le 13
e bataillon
[18].
La situation des autorités arméniennes
était donc complexe : elles se trouvaient
prises entre deux feux, devant protéger
leurs nationaux tout en cherchant à
préserver les relations avec Tbilissi.
Durant et après le conflit, Edouard
Chevardnadzé leur a demandé de faire
pression sur les Arméniens d’Abkhazie.
La tâche était d’autant plus ardue que
l’organisation arménienne locale, le
Krunk, était proche du parti dachnak,
alors dans l’opposition. Si globalement, la position de Erévan était légitimiste, les dirigeants arméniens ont
également entretenu des liens directs
avec les autorités abkhazes sans en
référer à Tbilissi, au grand dam des
Géorgiens. Chaque visite d’officiels
arméniens non négociée avec Tbilissi y
est perçue comme une reconnaissance
de l’autonomie de l’Abkhazie
[19].
Depuis 1999, la présence de combattants tchétchènes dans la vallée de
Pankissi a servi de prétexte, à plusieurs
reprises, au bombardement de la vallée
par l’aviation russe, avivant la crainte
d’une extension des conflits voisins au
territoire géorgien. Par ailleurs, on a pu
redouter que ceux affectant les deux
autres Etats ne provoquent une détérioration des relations inter-ethniques en
Géorgie même, voire des affrontements, dans la mesure où les populations vivent en contact très étroit,
finissant par entraîner la Géorgie dans
un camp ou dans un autre. Peu de
ressortissants géorgiens d’origine
arménienne ou azérie ont pris part à
des conflits dans lesquels ils pouvaient
se sentir impliqués par solidarité. Mais
la situation a été quelque temps
critique dans les districts de Kvémo
Kartlie à forte population azérie. Les
Arméniens y constituent parfois le
deuxième groupe ethnique, des villages
arméniens se trouvant à proximité de
bourgades azéries, et des heurts ont
éclaté entre 1992 et 1994, alors que le
gazoduc qui approvisionnait l’Arménie
subissait périodiquement des opérations de sabotage. Pourtant, il n’y eut
que des incidents isolés, grâce à l’efficacité des mécanismes de régulation
des conflits sur place, ainsi qu’à la
volonté de l’ensemble des acteurs
d’éviter l’embrasement.
Les minorités
comme force d’équilibre
La présence de minorités numériquement importantes, qui constituaient un
tiers de la population géorgienne en
1989, avec plus d’une dizaine de
groupes recensés
[20], est donc un déterminant majeur des relations entre la
Géorgie et ses voisins. D’ailleurs, une
illustration en est donnée par le fait que
les deux ambassadeurs arméniens successifs en poste en Géorgie sont originaires de Tbilissi, tandis que l’ambassadeur d’Azerbaïdjan est né dans un
bourg du district de Sagarédjo (en
Kakhétie), et que le représentant du
gouvernement séparatiste de Tchétchénie est un ressortissant géorgien
kiste.
● La menace irrédentiste
Les minorités ont été perçues, en
Géorgie, comme une menace pour la
cohésion de l’Etat, pour différentes
raisons, et notamment parce qu’il
existe plusieurs régions périphériques
dans lesquelles les minorités nationales
constituent la majorité de la population. Tel est le cas en Djavakhétie, une
région frontalière de l’Arménie et de la
Turquie, peuplée à plus de 90 %
d’Arméniens, et dans certains districts
de Kvémo Kartlie, aux frontières avec
l’Arménie et l’Azerbaïdjan, où la
population est formée à plus de 50 %
par des Azéris. Les conflits abkhaze et
ossète ont réactivé la peur d’une autonomisation de ces régions, contre
laquelle Tbilissi a tout tenté pour
empêcher qu’elle ne débouche sur la
reconnaissance d’une autonomie administrative, de peur que celle-ci
n’encourage l’irrédentisme.
Le passif historique constitue le second
prisme par lequel sont perçues les évolutions dans ces régions. En effet, après
le départ des troupes allemandes et
turques présentes en Transcaucasie
jusqu’en automne 1918, les différends
frontaliers entre l’Arménie et la
Géorgie, nouvellement indépendantes,
dégénèrent en conflit armé en décembre 1918
[21]. Ce précédent constitue un
lourd traumatisme, et les autorités des
deux pays sont, depuis 1991, habitées
par la volonté d’éviter qu’il ne se
reproduise. La politique menée envers
l’Arménie - et dans une moindre
mesure l’Azerbaïdjan - est déterminée
par la nécessité de « tirer les leçons » de
l’histoire. La menace et la conscience
d’un danger ont conduit à une politique
« pro-active » à ce sujet.
A la fin de la période soviétique, dans
un contexte de déstabilisation générale,
plusieurs éléments se combinent pour
déboucher sur des revendications
nationalistes. En Kvémo Kartlie, une
association du nom de Shah Abbas est
créée et exige le rattachement des
districts de Kvémo Kartlie à majorité
azérie à l’Azerbaïdjan
[22]. En Djavakhétie, l’agitation est orchestrée par
l’organisation Djavakhk, du nom
arménien de la province. En 1991-1992, le processus d’autonomisation à
l’œuvre depuis la fin des années 1980
y conduit à une « décentralisation spontanée ». Les trois préfets nommés successivement par Z. Gamsakhourdia
n’ont jamais pu rejoindre leur bureau
et c’est finalement l’un des
leaders de
Djavakhk, qui sera nommé préfet
[23]. A
l’automne 1991, le ministre géorgien
des Affaires étrangères, M. Omanidzé,
avait d’ailleurs jugé bon de se rendre à
Akhalkalaki, chef-lieu de la région.
● Les Etats contre
le séparatisme
Bakou et Erévan ont fourni des efforts
importants pour freiner les ardeurs
nationalistes de leurs diasporas et faire
taire les revendications territoriales.
Dans les faits, les gouvernements
arménien et azerbaïdjanais n’ont pas
hésité à collaborer avec Tbilissi et à
utiliser tous les moyens dont ils disposaient pour calmer le jeu. Héritage
soviétique, la gestion commune des
problèmes des minorités fait l’objet
d’un consensus, même si elle n’est pas
formalisée dans des accords bilatéraux.
La volonté des Etats de se conformer
au droit international et de lutter contre
l’irrédentisme a été un facteur déterminant pour endiguer le séparatisme. Tant
à Bakou qu’à Erévan, il était fondamental d’éviter l’apparition d’un
nouveau foyer de violences qui aurait
été susceptible d’entraver les bonnes
relations avec Tbilissi et d’ouvrir un
second front.
La reconnaissance par l’Azerbaïdjan et
l’Arménie de l’intégrité territoriale de
la Géorgie ont constitué une étape
importante
[24]. Dans le cas de l’Azerbaïdjan, des clauses spécifiques portant
sur la protection des minorités figurent
dans les traités inter-étatiques et
pointent comme ennemi commun le
séparatisme
[25]. En 1997, une commission conjointe, formée d’officiels, mais
aussi d’intellectuels et de représentants
de la société civile, a vu le jour et a été
chargée de résoudre les problèmes des
communautés géorgiennes et azéries
[26].
Une des premières mesures adoptées
par M. Saakachvili après son accession
au pouvoir fut de revenir aux anciens
toponymes azerbaïdjanais, satisfaisant
ainsi une revendication de longue date.
La présence d’une minorité géorgienne
en Azerbaïdjan, dans le district de
Zakatala
[27], joue évidemment un rôle,
et convie à une relative réciprocité des
démarches. Le sort des Géorgiens qui y
vivent inquiète, mais Tbilissi n’a
jamais eu de visées explicites sur la
région : son rattachement à l’Azerbaïdjan est imputé à la politique
bolchévique et non à une quelconque
tentation expansionniste de ce pays. En
outre, la coopération dans le domaine
de la gestion des problèmes des minorités reflète l’état des relations bilatérales. Le partenariat stratégique avec
l’Azerbaïdjan impose des concessions
réciproques. Alors que ses priorités
vont au recouvrement des territoires
occupés par les forces arméniennes,
Bakou a cherché en même temps à
calmer les ardeurs nationalistes des
Azéris de l’étranger, quitte à s’ériger
en protecteur. C’est très certainement
une intervention des autorités azerbaïdjanaises qui a mis fin aux activités
des partisans d’une « région autonome
de Bortchalo », au sud-est de la
Géorgie, et des nationalistes de l’association Shah Abbas en 1989.
L’intervention de l’Azerbaïdjan est
multiforme, et concerne tous les
domaines de la vie publique : ouverture ou fermeture d’écoles, protestations en cas de législation discriminatoire, examen de différends fonciers,
etc. Généralement, les éventuels
problèmes auxquels sont confrontés
des Azéris ne sont pas soulevés en
Géorgie même, mais les plaintes sont
adressées aux autorités géorgiennes
depuis Bakou, souvent à l’initiative de
citoyens azerbaïdjanais originaires de
Géorgie, mandatés par des organisations non gouvernementales azerbaïdjanaises en Géorgie, qui, pour faire
aboutir les dossiers dont elles ont la
charge, se livrent au
lobbying auprès
des deux capitales. L’Azerbaïdjan
intervient toujours, y compris quand il
s’agit de régler des contentieux
mineurs, comme la construction d’une
fontaine dans un village de Kvémo
Kartlie
[28] !
Ce schéma a moins de succès en
Djavakhétie, en raison des spécificités
locales, du contexte plus tendu des
relations bilatérales, mais aussi des
moindres capacités de contrôle des
organisations locales dont dispose
Erévan. Ainsi, Djavakh et l’organisation qui a pris le relais, Virk, du nom
arménien de la Géorgie médiévale,
sont proches des Dachnaks. En outre,
l’une des deux bases militaires russes
encore en activité sur le territoire
géorgien se trouve dans cette région,
où elle constitue le principal acteur
économique. La Djavakhétie est régulièrement agitée par des revendications
autonomistes, qui ont été rappelées
dans un courrier à M. Saakachvili le
16 janvier 2004, et qui risquent d’être à
l’origine d’incidents et de provocations.
Bien que quelques hommes politiques
arméniens aient pu être tentés de jouer
la carte de la Djavakhétie, la priorité
d’Erévan a été d’œuvrer à la stabilité
de la Géorgie. Chaque visite d’officiels
arméniens fournit l’occasion de souligner les efforts déployés par la Géorgie
envers les minorités, coupant court aux
rumeurs de discrimination
[29], et pour
calmer le jeu en Djavakhétie. En 1996,
alors que L. Ter Pétrossian et Edouard
Chevardnadzé s’étaient rendus ensemble
en Djavakhétie, les communiqués
conjoints affirmaient, par exemple, que
l’autonomie culturelle des Arméniens y
était garantie. A l’occasion de la visite
de R. Kotcharian en Géorgie en
novembre 1998, celui-ci aurait inclus
les communautés de Djavakhétie dans
la diaspora, renonçant ainsi symboliquement à toute visée sur les « terres
historiques », qui auraient été un lieu
d’immigration. Pour préserver « l’amitié
arméno-géorgienne », le gouvernement
Ter Pétrossian n’avait pas hésité à
appliquer dans toute sa rigueur une loi
contre l’encouragement à la haine
interethnique et à interdire en 1996 la
diffusion d’un journal qui avait publié
une carte de l’Arménie comprenant la
Djavakhétie
[30].
Dans le domaine économique, les autorités arméniennes tentent de contribuer
au développement de la Djavakhétie,
par exemple en finançant la construction d’une ligne à haute tension de
50 km
[31], bien que Tbilissi insiste pour
que l’électricité arménienne transite
par le réseau central géorgien et n’alimente pas directement la région.
Paradoxalement, les minorités ont
donc plutôt joué un rôle positif, dans la
mesure où elles ont entretenu la
conviction qu’il fallait préserver de
bonnes relations entre les Etats. Elles
ont encouragé le bilatéralisme, et
permis de maintenir un équilibre relatif
dans une configuration régionale par
ailleurs déséquilibrée. Tbilissi est, en
quelque sorte, contrainte à la « neutralité active » qui est présentée comme la
pierre angulaire de sa politique extérieure. Il est impossible de négliger
Erévan ou de privilégier un pays par
rapport à l’autre. Toute rupture de ce
fragile équilibre mettrait à mal la stabilité intérieure de la Géorgie où la
présence des minorités a contribué au
rejet de toute politique revendicative
ou unilatérale.
Des relations marquées
par la donne
internationale
Le paradoxe de la position géorgienne
tient à ce que, pour se rapprocher politiquement de l’Europe, Tbilissi doit
adhérer à des projets qui remettent en
question ses visions géopolitiques
traditionnelles. Alors que la mise sous
tutelle occidentale était considérée
comme le moyen de s’arracher à la
géographie, les projets occidentaux
l’incitent à réinvestir l’espace régional.
L’existence de relations entre la
Géorgie et le reste du Caucase est en
effet rendue indispensable par les
reconfigurations de la scène internationale : la région est présentée et perçue
comme un ensemble homogène par les
acteurs internationaux, et aucun des
projets de développement ne peut être
mené à bien sans un minimum de
coopération.
Cette évolution se dessine à partir du
milieu des années 1990. La relative
stabilisation de la région, avec le gel
des conflits du Caucase du Sud, et la
consolidation de E. Chevardnadzé et
de H. Aliev au pouvoir, a permis aux
projets de transit, notamment des
hydrocarbures, de prendre corps. En
1994 est signé le « contrat du siècle »
entre des sociétés pétrolières internationales et la compagnie pétrolière
azerbaïdjanaise, en 1995, la décision
est prise de faire transiter une partie du
pétrole azerbaïdjanais par l’oléoduc
Bakou-Soupsa, un port géorgien sur la
mer Noire. Enfin l’armée russe ayant
fait en Tchétchénie la démonstration de
sa faiblesse, le nouveau contexte international marqué par un engagement
occidental plus déterminé en faveur de
la région, par la volonté d’y endiguer
l’influence de la Russie et par la donne
énergétique peut être interprété comme
un encouragement au partenariat
stratégique entre l’Azerbaïdjan et la
Géorgie, au détriment de l’Arménie.
● Les projets de transit
A partir du milieu des années 1990, la
configuration des relations intracaucasiennes est influencée par la nouvelle
donne dans le domaine du développement des hydrocarbures et de leur
transport et par la réactivation de la
« route de la soie », à l’initiative des
Américains
[32] et des Européens, qui ont
pour ce faire mis en œuvre les
programmes Inogate et Traceca, pendant
que se dessinent des projets d’alliance
entre les Etats caucasiens qui misent
sur la donne pétrolière pour s’affranchir de la Russie.
La Géorgie et l’Azerbaïdjan voient
leurs destins liés par les projets de
transit Est-Ouest, sur lesquels se
concentrent les relations économiques
bilatérales. Les deux pays bénéficient
de financements européens pour améliorer leurs infrastructures de transport.
En octobre 1998 a lieu, en présence de
E. Chevardnadzé, de H. Aliev et d’une
délégation de l’Union européenne, la
cérémonie d’inauguration d’un nouveau
pont sur la rivière Khrami entre la
Géorgie et l’Azerbaïdjan. Par ailleurs,
les premières tonnes de pétrole
parviennent en mars 1999 au terminal
de Soupsa. Mais surtout un autre grand
projet énergétique, beaucoup plus
ambitieux, qui associe la Géorgie et
l’Azerbaïdjan, et est destiné à acheminer le brut azerbaïdjanais par la
Géorgie jusqu’au port turc de Ceyhan,
sur la Méditerranée (le BTC, long de
1 730 km, devant transporter 1 million
de barils de brut par jour, et d’un coût
de 2,9 milliards de dollars
[33] ), longtemps considéré comme utopique, se
concrétise. Le chantier est entamé le
18 septembre 2002 ; dès lors, tous les
différends entre Bakou et Tbilissi sont
oubliés au nom du partenariat stratégique.
Le développement des relations bilatérales s’est accompagné, pendant
quelque temps, d’initiatives multilatérales ainsi que de la réactivation de
projets pan-caucasiens défendus par
certains hommes politiques au début
des années 1990. E. Chevardnadzé a
ainsi lancé, au lendemain de la défaite
russe en Tchétchénie, l’idée de créer un
espace caucasien en promouvant l’initiative « Pour un Caucase pacifique »,
qui fait explicitement référence au
thème de la « Maison caucasienne » de
Zviad Gamsakhourdia
[34].
Le 8 mars 1996, lors d’une visite de
H. Aliev à Tbilissi est signée la
« Déclaration de Tbilissi sur la paix, la
sécurité et la coopération dans la
région du Caucase ». Ce document rend
compte des priorités de politique extérieure de Tbilissi et de Bakou : l’attachement à la souveraineté des Etats
dans les frontières internationalement
reconnues, la sécurité publique et le
retour des réfugiés, le respect des
minorités, la coopération pour le développement de réseaux de transports et
de communications totalement sécurisés, le soutien aux projets de développement et à l’investissement étranger
[35].
Les structures en charge de la politique
étrangère géorgienne reflètent ces
nouvelles priorités. Le 31 janvier
1997, E. Chevardnadzé nomme un de
ses plus proches conseillers, Guela
Tcharkviani, à la tête d’une commission « Pour un Caucase pacifique ».
● Une nouvelle architecture
de sécurité
Les projets énergétiques et de transit
s’accompagnent d’un engagement
occidental accru en matière de sécurité,
qui tend également à encourager la
coopération géorgiano-azerbaïdjanaise.
Les initiatives prises dans le cadre du
Partenariat pour la paix (Otan) vont
bon train. Par ailleurs, dans la foulée
du sommet de l’OSCE à Istanbul, en
novembre 1999, différentes propositions relatives à la sécurité collective
pour le Caucase du Sud ont été rendues
publiques
[36].
Le GUAM
[37], dont la Géorgie et
l’Azerbaïdjan sont membres fondateurs, symbolise au milieu des années
1990 une nouvelle configuration de la
coopération entre Etats issus de
l’URSS. Promue par les Etats-Unis,
cette organisation constitue une tentative de former un « axe » anti-russe, une
alternative à la CEI qui regroupe des
pays ayant manifesté leur souhait
d’être intégrés à l’alliance euroatlantique. Si, au début, il s’agit d’une structure informelle, peu à peu le GUAM
prend l’aspect d’un système de sécurité
collective, d’autant que son développement est parallèle à la contestation du
traité de Tachkent de 1992 relatif à la
sécurité au sein de la CEI. Les
Géorgiens proposent de créer avec les
autres membres du GUAM une force
de maintien de la paix dans la région,
avec notamment pour objectif de protéger les oléoducs, et des manœuvres ont
lieu dans ce but précis en avril 1999.
La route de la soie et l’oléoduc, avant
même de rapporter des dividendes à la
Géorgie, accréditent l’idée que celle-ci
est l’acteur majeur dans la région.
Alors qu’elle avait accepté de fixer le
prix du transit du pétrole par la
conduite Bakou-Soupsa à un niveau
très bas, les négociations ont été plus
rudes à propos de l’utilisation du BTC,
ce qui s’explique par le fait que la
Géorgie a le sentiment d’avoir gagné
en importance et de disposer d’une
marge de manœuvre plus grande
[38].
L’arrivée de 200 instructeurs américains et le lancement du programme de
coopération militaire Equip and train,
au printemps 2002, sont considérés à
Tbilissi comme la confirmation du rôle
croissant joué par la Géorgie à
l’échelle régionale.
● Un contexte défavorable
aux relations avec l’Arménie
Les développements en matière de
transport et de sécurité ont été à l’origine de la détérioration des relations
avec l’Arménie. Erévan perçoit en
effet la coopération pan-caucasienne
dans ces domaines comme une
menace, d’autant que la création de
nouveaux axes de transport et infrastructures contribuent généralement à
l’isoler davantage. Si l’accent est mis
par les autorités arméniennes sur la
nécessité de coopérer dans le domaine
économique, elles se sont toujours
montrées prudentes quant aux actions
menées sur le plan régional. Le président R. Kotcharian qualifiait, en juin
1998, l’initiative de E. Chevardnadzé
« Pour un Caucase Pacifique » d’« attirante comme slogan et comme objectif », tout en ne cachant pas son
scepticisme quant à sa réalisation
[39].
Les relations entre Tbilissi et Erévan
souffrent d’autant plus du partenariat
géorgien avec l’Azerbaïdjan que ce
dernier cherche parfois à exercer des
pressions sur la Géorgie pour l’amener
à restreindre ses liens avec l’Arménie.
Ainsi, les autorités azerbaïdjanaises se
sont plaintes que Tbilissi autorise le
passage par son territoire d’armes
russes destinées à l’Arménie
[40]. Les
autorités arméniennes ont clairement
exprimé leur franche inquiétude face à
la politique géorgienne en matière de
sécurité, et notamment face au rapprochement de la Géorgie avec la Turquie
dans le domaine militaire. L’envoi
d’instructeurs militaires turcs en
Géorgie a soulevé un tollé, le ministre
arménien des Affaires étrangères,
V.Oskanian, répétant « que la coopération militaire turco-géorgienne provoquait une grave anxiété en Arménie, et
pouvait bouleverser l’équilibre régional »
[41].
Les autorités géorgiennes, tout en
privilégiant les relations avec Bakou,
sont malgré tout soucieuses d’empêcher
une trop forte détérioration de celles
entretenues avec l’Arménie. Certes, les
relations sont asymétriques : les axes
passant par la Géorgie sont d’autant
plus vitaux pour l’Arménie que celle-ci
est soumise à un embargo. Pourtant,
les échanges commerciaux entre les
deux pays se situent à un niveau honorable grâce à l’achat par la Géorgie
d’électricité arménienne, mais cela
pourrait changer quand la Géorgie
recevra, comme elle l’escompte, du
gaz d’Azerbaïdjan. En outre, la
Géorgie peut également avoir intérêt à
la réactivation des axes Nord-Sud,
souhaitée par l’Arménie, vers l’Iran, la
Russie ou la Turquie, qui supposent
tous un transit par la Géorgie. Le
problème ne réside donc pas dans
l’absence d’incitation à une amélioration des relations bilatérales, mais dans
le fait que les projets occidentaux
constituent un obstacle supplémentaire
sur cette voie.
Lors de la visite de E. Chevardnadzé
en Arménie en octobre 2001, le traité
bilatéral signé en 1996 a été amendé et
chacune des parties s’est engagée à ne
pas conclure une alliance hostile à
l’autre
[42]. A cette occasion, Edouard
Chevardnadzé s’est prononcé contre
une coalition qui érigerait un « mur de
Berlin » au Caucase. Ces déclarations
reflètent le souci de maintenir les relations entre les deux pays à un niveau
acceptable. D’ailleurs, durant cette
visite, le Président géorgien s’est rendu
au mémorial du génocide
[43]. Le
Parlement géorgien a entrepris, au
printemps 2003, de reconnaître le
génocide arménien, ce qui ne manque
pas de provoquer des escarmouches
avec les députés azerbaïdjanais
[44].
Il est possible que ce timide rééquilibrage au profit de l’Arménie se
confirme, et prélude à une configuration nouvelle. Tout d’abord, l’état des
choses va évoluer sous l’effet du
changement de personnel à la tête de la
Géorgie et de l’Azerbaïdjan. Le partenariat stratégique entre les deux pays
devait beaucoup à l’engagement
personnel des présidents Aliev et
Chevardnadzé, qui associaient l’un et
l’autre leur avenir politique aux projets
de transit. L’ensemble des questions
relatives aux relations bilatérales était
donc traité au plus haut niveau, généralement dans une certaine opacité, et
reposait sur les relations personnelles
d’hommes au pouvoir depuis les
années 1970. L’accueil réservé fait à
M. Saakachvili lors de sa visite à
Bakou début mars 2004, où il était
pourtant venu promouvoir les échanges
et proposer d’abaisser les taxes
douanières, semble montrer que les
relations entre les nouveaux Présidents
risquent d’être désormais plus
froides.
Enfin, depuis 2001, et l’amorce du
rapprochement entre l’Azerbaïdjan et
la Russie
[45], les jeux d’alliance sont
moins aisément lisibles, et des tendances
contradictoires se sont fait jour. D’une
part, la Russie est plus active que
jamais par le biais de l’énergie,
Gazprom devenant par exemple le
premier fournisseur de gaz de l’Azerbaïdjan. D’autre part, le principe d’une
présence militaire américaine dans ce
dernier pays semble acquis. En
Arménie, les réticences grandissent
dans l’opinion publique face à la
dépendance du pays envers la Russie et
aux positions pro-russes du gouvernement. Enfin, si l’embellie des relations
entre Tbilissi et Moscou venait à se
confirmer, elle pourrait avoir un effet
bénéfique sur celles instaurées avec
Erévan, comme semblait l’appeler de
ses vœux le Président géorgien lors
d’une visite en Arménie en mars 2004.
Ces réalignements auront, à n’en pas
doute, un impact sur les relations
mutuelles entre les trois Etats du Sud-Caucase.
[(1)]
Plusieurs territoires étaient alors revendiqués par les trois pays et un conflit armé avait
éclaté à l’automne 1918 entre la Géorgie et l’Arménie.
[(2)]
En juillet, Ayaz Moutalibov, suivi de son homologue arménien, L. Ter Petrossian, se rend
en Géorgie pour signer des accords,
Vestnik Grouzii, 13 juillet 1991 et 30 juillet 1991.
[(3)]
Svobodnaïa Grouzia, 8 février 1993.
[(4)]
V. Tichkov,
Pouti mira na Severnom Kavkaze (Les voies de la paix au Nord-Caucase), RAI,
Institut d’ethnologie et d’anthropologie, Moscou 1999.
[(5)]
Entre Ninotsminda et Goumri.
[(6)]
Il faut théoriquement un passeport international pour se rendre dans les Etats voisins.
[(7)]
Ainsi, le 12 juin 2000, des incidents ont eu lieu à la frontière, lors du contrôle musclé d’une
famille revenant d’Arménie. Le 5 mars 2001 un Azéri est tué par les gardes frontière géorgiens
au Pont rouge, de toute évidence parce qu’il refusait de s’acquitter des pots-de-vin exigés.
[(8)]
Ilia Tchavtchavadzé, K
vata yayadi.
[(9)]
Si on leur demande de caractériser l’« Azerbaïdjanais moyen » (
prostoï Azerbajdanets) et
l’« Arménien moyen », les personnes interrogées dans le cadre d’une étude sociologique effectuée
en 1999 trouvent des qualités intellectuelles aux Arméniens : 70 % les jugent « intelligents »,
contre 32 % pour les Azerbaïdjanais, auxquels elles attribuent en revanche plus de qualités
morales, 40 % trouvent les Arméniens « arrogants », contre 15 % pour les Azerbaïdjanais.
Gueorgui Khoutsichvili, Rousoudan Mtchidobadzé, Gueorgui Nizaradzé,
Integratsia i razrechenie konfliktov na iujnom Kavkaze : realnost ili illiouzia ? (Intégration et résolution des
conflits au Sud-Caucase : réalité ou illusion ?), Tbilissi, sans date de publication.
[(10)]
Discours de A. Sakharov au premier congrès des députés du peuple de l’URSS, dans
A. Sakharov,
Mir, Progress,
prava tcheloveka (Paix, progrès, droits de l’homme), Leningrad,
Sovetski pisatel’, 1990, p 115.
[(11)]
Selon l’expression de Mérab Kostava, ce dissident, initiateur, avec Zviad
Gamsakhourdia, du groupe de surveillance des accords d’Helsinski en Géorgie, qui légitimait
ce droit par la supériorité de la culture géorgienne, et la conviction partagée avec
Z. Gamsakhourdia d’une « mission » de la nation géorgienne.
[(12)]
V. A. Kouznetsov, I. M. Tsetchenov,
Istoria i samosoznanie (
Histoire et identité)
, 2
e edition,
Vladikavkaz, 2000, p. 20.
[(13)]
Tbilissi affichait une neutralité bienveillante à l’égard d’Erévan, avant que les premiers
projets pétroliers ne l’amènent à se rapprocher de Bakou.
[(14)]
Les Kistes, proches des Tchétchènes, sont les descendants de groupes vaïnakhs installés
en Géorgie au XIX
e siècle.
[(15)]
Entretiens avec les habitants de la vallée de Pankissi, septembre 1999, juillet 2000, juillet
2001. Des heurts ont éclaté dans le district de Prigorodny à l’automne 1992 entre Ossètes et
Ingouches, ces derniers revendiquant ce territoire.
[(16)]
Dans le cas du Haut-Karabakh, c’est bien le destin collectif de l’Arménie qui semblait en
jeu, du moins au début du conflit, ce qui n’a jamais été le cas dans la vision géorgienne du
conflit abkhaze.
[(17)]
Elle représentait 15,3 % de la population totale de l’Abkhazie en 1989 et, selon certaines
évaluations, se chiffrerait à 25 % à l’heure actuelle.
[(18)]
RFE/RL Caucasus Report, vol. 5, n° 36,7 novembre 2002.
[(19)]
Un des vice-Premiers ministres arméniens serait même allé à Zougdidi, bastion de
Z. Gamsakhourdia dans l’ouest de la Géorgie, rencontrer celui-ci et y serait resté deux semaines,
RFE/RL Caucasus Report, vol. 5, n° 36,7 novembre 2002. Voir également
Axali taoba,
11 octobre 2000.
[(20)]
Selon le recensement de 1989, les Géorgiens représentaient 70,1 % de la population, les
Arméniens 8,1 %, les Russes 6,3 %, les Azerbaïdjanais 5,7 %, les Ossètes 3,2 %, les Grecs
1,9 %, les Abkhazes 1,7 %, les Ukrainiens 0,9 %, les Kurdes 0,6 %, les Juifs 0,5%, etc.
[(21)]
Voir S. Afanasyan,
L’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie de l’indépendance à l’instauration du pouvoir soviétique 1917-1923, L’Harmattan, 1981 ; Stephen Jones,
Georgian-Armenian Relations in 1918 to 1920 and 1991 to 1994 : a Comparison; Suny Ronald Grigor,
The Revenge of the Past : Nationalism, Revolution and the Collapse of the Soviet Union,
Standford University Press, 1993 ; R. Hovanessian,
The Republic of Armenia, volume 1, the
first year, 1918-1919, Berkeley-Los Angeles, 1971.
[(22)]
Entretiens en Kvémo Kartlie en avril 1999. Voir aussi Aleksandre Kukhianidzé,
« Natsionalnye menchistva vostochnoï i iouynoï Grouzii » (« Les minorités ethniques de
Géorgie orientale et méridionale »),
Pravo narodov na samoopredelenie, ideia i voplochtchenie (Le droit des peuples à l’autodétermination, idée et application), Memorial, Moscou, 1997.
[(23)]
Entretiens avec des habitants de Djavakhétie, juillet 2000, janvier 2004.
[(24)]
Voir par exemple les traités entre la Géorgie et l’Arménie du 19 mai 1993, et entre la
Géorgie et l’Azerbaïdjan du 8 mars 1996.
[(25)]
Svobodnaïa Grouzia, 20 mai 1994.
[(26)]
Aucune commission analogue n’existe avec l’Arménie.
[(27)]
Le district de Zakatala, tardivement rattaché à l’Azerbaïdjan, comprend une forte population géorgienne.
[(28)]
Entretiens en Kvémo Kartlie, avril 1999.
[(29)]
Voir par exemple le discours de R. Kotcharian devant le Parlement géorgien le 29 mars 2000.
[(30)]
Le journal
Aragyri a publié une carte de la « Grande Arménie » en mars 1996.
[(31)]
Emil Danielyan,
RFE/RL, Caucasus Report, vol. 3, n° 45,16 novembre 2000.
[(32)]
En 1997, le Congrès examine une loi sur la « Stratégie de la route de la soie », un
programme visant, entre autres, à garantir l’exportation des hydrocarbures de la Caspienne
vers la Méditerranée.
[(33)]
AP, 29 octobre 1998.
The Negociation of «
the Contract of the Century»
and Political
Background to the Revival of Azerbaidjan’s Oil Industry, The Armenian Center for National
and International Studies, Ara Sandjian, Erevan, septembre 1997.
[(34)]
Conférence de presse du 28 mai 1997,
Georgian Chronicle, mai 1997.
[(35)]
Z. Gamsakhourdia s’était rapproché du Président indépendantiste tchétchène, D. Doudaev,
et tous deux prônaient une union des peuples du Caucase,
Kavkaz, n° 2, octobre 1997.
[(36)]
Le président turc S. Démirel est le premier à proposer un « pacte de stabilité ». Le
Président arménien, R. Kotcharian, a repris cette proposition devant le Parlement géorgien en
mars 2000, et il a été suivi par le Président d’Ossétie du Nord, A. Dzassokhov, puis, en mai
2000, par un
think tank européen, le Centre for European Policy Studies.
[(37)]
Géorgie-Ukraine-Azerbaïdjan-Moldavie, ou GUUAM quand l’Ouzbékistan intègre cette
organisation en avril 1999, qu’il quittera le 13 juin 2002. Voir Irina Perepelitsa, « GUUAM in a
New Geopolitical and Geo-Economic Context »,
Central Asia and the Caucasus, n° 5 (11), 2001.
[(38)]
Nezavisimaïa Gazeta, 25 mars 2000.
[(39)]
RFE/RL Caucasus Report, vol. 1, n° 17,23 juin 1998.
[(40)]
Georgian Chronicle, avril 1997.
[(41)]
ITAR-TASS News Agency, 27 avril 2001.
[(42)]
Haroutiun Khachatrian, « Armenia and Georgia Succeed in Reducing Bilateral Tension »,
Eurasia insight, 30 décembre 2001.
[(43)]
Zerkalo, 25 octobre 2001.
[(44)]
Télévision géorgienne Roustavi 2.
[(45)]
Lors de la visite de V. Poutine à Bakou en janvier 2001, une déclaration sur les principes
de sécurité et de coopération au Caucase a été signée. Voir
RFE/RL Caucasus Report, 11 janvier
2001,
RFE/RL, vol. 7, n° 7,16 février 2004.
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