2004
Le Courrier des Pays de l’Est
Repères
L’Est et l’Union européenne
Avril-Mai 2004
Laurent Rucker
La Documentation française
● Le 1er mai, la Hongrie, la
Pologne, la Slovénie, l’Estonie,
la Lettonie, la Lituanie, La
République tchèque et la
Slovaquie sont devenues officiellement membres de l’UE. De
multiples gestes symboliques ont
été accomplis pour célébrer
l’événement. Le Chancelier allemand et les Premiers ministres
tchèque et polonais se sont
retrouvés à la frontière des trois
pays devant plusieurs milliers de
leurs ressortissants respectifs. En
Hongrie, le Premier ministre et
son homologue autrichien ont
coupé les vestiges du Rideau de
fer. En Estonie, plusieurs
milliers de personnes ont planté
un million d’arbres. A Dublin,
les 25 chefs d’Etat et de gouvernement se sont réunis pour un
premier sommet de bienvenue.
Romano Prodi a salué ce « jour
historique » qui met fin une fois
pour toutes aux fractures de la
Guerre froide. Mais il a appelé
les dirigeants européens à ne
« pas se reposer sur leurs lauriers », énumérant les nombreux
défis qu’il reste à relever :
« l’adoption de la Constitution, la
lutte contre le terrorisme, créer
de l’emploi et de la croissance ».
Le président de la Commission a
également rappelé que la grande
UE n’était pas encore au
complet. « Il y a d’autres candidats qui méritent notre considération », citant notamment la
Croatie, la Bulgarie et la
Roumanie. Tous les dirigeants
des nouveaux Etats membres ont
exprimé leur joie, à l’exception
du Président tchèque, Vaclav
Klaus, qui a averti ses concitoyens qu’ils risquaient de
connaître des désillusions avec
cette entrée dans l’UE : « Cela
va réduire notre souveraineté, et
quiconque réfléchit un peu le
constatera ».
● Le 28 avril, la Commission a
adopté le premier avant-projet de
budget de l’Europe élargie. Avec
des crédits de paiement d’un
montant de 109,5 milliards
d’euros, soit 1,03 % du PIB de
l’UE, le projet de budget 2005
est en augmentation de 9,7 milliards d’euros afin notamment de
financer l’intégration des nouveaux Etats membres (3,9 milliards d’euros), la réforme de la
PAC et l’amélioration de l’usage
des fonds structurels (2,7 milliards). Mais, signe de rigueur, il
reste inférieur aux 114,2 milliards d’euros autorisés par les
perspectives financières 2000-2006. Sur les 50,7 milliards
d’euros affectés à la PAC, 3,6
milliards, dont 1,9 milliard pour
le développement rural, iront
aux nouveaux Etats membres,
qui, en 2005, recevront les
premières aides directes aux
agriculteurs. Le volume des
crédits d’engagement pour les
fonds structurels augmente de
3,3 % : sur les 42,4 milliards
d’euros qui sont alloués, 7,7 milliards sont destinés aux nouveaux entrants, tandis que
l’enveloppe des crédits de paiement s’élève à 35,4 milliards
d’euros, soit une hausse de
14,8 % par rapport au budget
2004. Les aides de pré-adhésion
accordées à la Bulgarie et à la
Roumanie (1,55 million d’euros)
seront également augmentées.
● Le 19 avril, la commissaire à
l’Environnement a présenté un
bilan de la situation environnementale chez les nouveaux adhérents. Selon Margot Wallström,
pratiquement 100 % de l’acquis
communautaire en matière d’environnement a été transposé dans
les législations nationales, mais
des progrès doivent encore être
accomplis dans leur mise en
œuvre, notamment dans les
domaines du traitement des eaux
et des déchets, et de la protection
de la nature. Si les nouveaux
adhérents ont obtenu des périodes
de transition de dix ans pour se
mettre en conformité avec les
exigences de l’UE concernant
l’eau, les déchets et la pollution
industrielle, la commissaire a
prévenu que des procédures pour
infraction pourront être lancées
en cas de non-respect des règles
dans les autres secteurs non
couverts par les dérogations.
Elle a également rappelé que les
aides pour la protection de
l’environnement vont pratiquement tripler après l’adhésion.
Jusqu’en 2006, les nouveaux
membres recevront 8 milliards
d’euros. Le coût total pour la
mise en œuvre de l’acquis communautaire en matière d’environnement est estimé entre 50 et
80 milliards d’euros pour les dix
entrants, dont 15 milliards pour
l’application de la directive sur
le traitement des eaux usées en
milieu urbain.
Croatie
● Le 20 avril, la Commission
européenne a adopté un avis sur
la demande d’adhésion de la
Croatie, recommandant au
Conseil d’ouvrir des négociations d’adhésion. Selon Romano
Prodi, « la Croatie a déployé un
effort vigoureux sur la voie de
l’adhésion à l’UE ». La Commission estime qu’elle satisfait aux
critères de Copenhague et aux
conditions définies dans le
Processus de stabilisation et
d’adhésion. Sur le plan politique, les autorités de Bruxelles
considèrent que la Croatie est
« une démocratie performante
dotée d’institutions stables
garantes de la primauté du droit »
et que désormais elle coopère
pleinement avec le Tribunal
pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Sur le plan économique, Zagreb peut être
considérée comme « dotée d’une
économie de marché performante, capable de faire face, à
moyen terme, à la pression de la
concurrence et des forces du
marché de l’UE ». Enfin, selon la
Commission, la Croatie est en
mesure d’assumer les obligations de l’adhésion. Mais elle
n’a pas proposé de date pour
l’ouverture des négociations
d’adhésion.
Kosovo
● Un document officieux, tirant
les conséquences des violences
du mois de mars et jetant les
bases d’une révision de la politique de l’UE au Kosovo, a
circulé lors de la réunion informelle du Conseil des ministres
des Affaires étrangères, le
16 avril, à Tullamore en Irlande.
Ce texte réaffirme le soutien de
l’UE au principe « les normes
avant le statut ». Cela signifie
que des progrès concrets doivent
être accomplis pour le respect
des normes dans une série de
domaines (fonctionnement des
institutions, Etat de droit, économie) avant que ne soit abordée la
question du statut du Kosovo.
Prenant acte des risques d’un
retour de la violence, le document suggère de redynamiser ce
principe par une nouvelle initiative afin de ramener les Serbes
du Kosovo dans le processus
politique et de renforcer la position des Albanais kosovars
modérés. Il préconise également
des mesures de rétorsion plus
sévères contre ceux qui prônent
ou tolèrent la violence. Selon ce
texte, il est essentiel de protéger
plus efficacement les minorités,
donc les Serbes, et de réparer
rapidement les dégâts causés par
les auteurs de violences en les
remettant à la justice et en
reconstruisant les logements et
les lieux de culte. Enfin, le document souligne la nécessité de
convaincre le gouvernement de
Belgrade d’adopter une démarche constructive et de renforcer
le rôle de l’UE au Kosovo.
Russie
● L’adhésion de la Russie à
l’OMC a été au centre des discussions du sommet Russie-UE
qui s’est tenu le 21 mai. Moscou
a obtenu le soutien de Bruxelles
à sa candidature après avoir
conclu un accord sur les prix du
gaz vendu sur le marché intérieur russe. Ce problème constituait, aux yeux de l’UE, le
principal obstacle à l’entrée de la
Russie dans l’OMC. Suivant
l’accord signé par le commissaire européen au Commerce,
Pascal Lamy, et par le ministre
russe du Développement économique, Guerman Gref, la Russie
s’est engagée à augmenter
progressivement les prix du gaz
vendu aux industriels : ils passeront de 27-28 dollars les 1 000
m3 actuellement à 37-42 dollars
en 2006 et à 49-57 dollars en
2010. L’accord couvre également les biens et les services.
Fort de ce résultat, V. Poutine a
annoncé que Moscou allait
« accélérer le mouvement » en
vue de la ratification du
Protocole de Kyoto, à laquelle
l’UE est très attachée. L’autre
source de tension entre la Russie
et l’UE −la question de l’extension de l’Accord de partenariat
et de coopération (APC) aux
nouveaux Etats membres −avait
été résolue quelques jours avant
l’élargissement. Le 27 avril, lors
du Conseil de coopération permanent, l’UE et la Russie ont
adopté un Protocole provisoire
qui étend l’APC aux nouveaux
entrants. L’UE s’est engagée à
augmenter le quota d’exportations russes d’acier et à appliquer des dispositions transitoires
aux mesures antidumping sur les
exportations vers ses marchés de
certains produits chimiques
russes. Moscou et Bruxelles ont
également précisé dans une
déclaration que la circulation des
marchandises entre l’enclave de
Kaliningrad et la Russie sera
libre et qu’elles seront exemptes
de droits de douane ou de transit.
En revanche, Moscou n’a pas
obtenu gain de cause sur le
problème des minorités russophones en Estonie et en
Lettonie. Il souhaitait en effet
que la déclaration commune
fasse référence au soutien de
l’UE « à leur intégration sociale »,
mais le texte adopté se contente
de rappeler que « l’appartenance
à l’UE est une garantie ferme de
la protection des droits de
l’homme et des personnes appartenant à des minorités ».
Sources :
Uniting Europe ; Europe élargissement ; AFP; Dossiers du Centre de documentation internationale (CDI) de La Documentation française ; http ://europa.eu.int/comm/dgs/enlargement/ ;
http ://europa.eu.int/comm/external_relations/