Le Courrier des pays de l'Est 2004/4
Le Courrier des pays de l'Est
2004/4 (n° 1044)
268 pages
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Retour précaire vers la normalité ?

AuteursNadège Ragaru du même auteur

Chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS, Paris) nragaru@yahoo.fr

Assen Slim du même auteur

Maître de conférences à l’Inalco (assen.slim@inalco.fr), Roses (Paris I) et Cemi (EHESS). Manuscrit clos en juillet 2004

Incertaine, la Macédoine tente de poursuivre sur la voie des réformes, ouverte le 13 août 2001 par la signature des Accords d’Ohrid, qui mettaient un terme à six mois d’affrontements entre les forces de l’ordre macédoniennes et la guérilla albanaise. Le 22 mars 2004, les autorités ont déposé la candidature de leur pays à l’Union européenne dans l’espoir de conforter, par cet objectif, les transformations politiques et économiques en cours. Lors du sommet de l’Otan à Istanbul, les 28 et 29 juin, elles pensaient obtenir un signe d’encouragement à la réforme de l’armée, entamée par la majorité élue en septembre 2002. Ce signe (mention spéciale, calendrier) n’est pas venu.

2 Pourtant, en dépit du choc provoqué par le décès accidentel, le 26 février 2004[1] [1] Le Président a été victime d’un accident d’avion...
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, du Président, Boris Trajkovski (remplacé le 28 avril par Boris Crvenkovski) et d’un climat politique et social très dégradé, l’Alliance social-démocrate (SDSM, post-com-muniste) et son alliée, l’Union démocratique pour l’intégration (BDI, parti issu de l’ancienne guérilla albanaise et dirigé par Ali Ahmeti) cherchent inlassablement à atteler le pays au train euro-atlantique. Dans le domaine économique, l’accélération du processus de privatisation et la fermeture des anciennes entreprises d’Etat les plus endettées ont limité les bénéfices de la légère reprise économique enregistrée en 2003. Par ailleurs, sa transformation en croissance forte et durable n’est guère assurée, à court terme du moins, étant donné l’austérité budgétaire et monétaire en vigueur et le déficit récurrent de la balance des transactions courantes.

L’application des Accords d’Ohrid : le moment de vérité

3 Depuis l’été 2001, l’agenda politique est rythmé par l’adoption de mesures constitutionnelles, législatives et institutionnelles visant à renforcer la protection des droits de la minorité albanaise (25,17 % des 2,02 millions d’habitants)[2] [2] Chiffres du recensement de novembre 2002 (réalisé sous...
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et à préserver la coexistence intercommunautaire. Chacune des réformes d’Ohrid a été négociée pied à pied, qu’il s’agisse de la représentation équitable des Albanais dans la fonction publique, de la loi sur la citoyenneté ou de la réglementation de l’enseignement supérieur en langue albanaise. A chaque nouvelle étape, la crainte que les dissensions entre majorité macédonienne-slave et minorité albanaise ne l’emportent sur le désir de coopération a ressurgi. La Macédoine aborde désormais la partie la plus délicate des accords d’Ohrid, à savoir la négociation sur la décentralisation et le découpage territorial. Une quarantaine de lois doivent être adoptées par le Parlement avant la fin de l’été 2004, si les autorités souhaitent organiser des élections municipales le 17 octobre, comme le prévoit le calendrier électoral. Le 15 juillet 2004, au terme de longues tractations, le SDSM et le BDI ont scellé un compromis sur la délimitation territoriale des futures municipalités. Mais le plan a été très mal accueilli par la majorité macédonienneslave, qui craint qu’il ne soit le prélude à une remise en question du caractère unitaire de l’Etat. Des manifestations ont été orchestrées par l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO-DPMNE, opposition nationaliste) à Struga et à Skopje, devant le Parlement. Au sein même du SDSM, les avis sur le nouveau maillage communal sont partagés.

4 Pour la majorité macédonienne-slave, les concessions imposées par les Accords d’Ohrid apparaissent d’autant plus difficiles à accepter qu’aucune amélioration sensible n’a été observée dans les domaines politique et économique depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition SDSM-BDI. La gestion administrative et politique est perçue comme peu transparente et l’on soupçonne volontiers, dans l’opinion, le SDSM et le BDI de s’unir davantage sur la distribution des prébendes que sur la défense de l’intérêt général. La conjonction entre un paysage social dévasté, le sentiment d’évoluer dans un système politique bloqué et la peur des effets induits par le rééquilibrage entre majorité et minorité annoncent une rentrée politique tendue en septembre 2004.

L’intégration euro-atlantique, bouée de sauvetage ?

5 Afin de crédibiliser le processus de réformes enclenché dans le cadre d’Ohrid, le gouvernement a fait le choix d’intégrer le pays à l’Union européenne et à l’Otan. Mais les autorités se savent engagées dans une double course contre la montre : il leur faut convaincre leurs partenaires occidentaux et la population macédonienne qu’elles ont la volonté et les moyens d’engager les restructurations indispensables.

6 Dans ses échanges avec des responsables de l’Ouest, le pouvoir n’a de cesse d’inviter à une poursuite des efforts de stabilisation des Balkans occidentaux.

7 L’Union européenne et l’Otan ont connu en 2004 deux grandes vagues d’élargissement : au 1er mai, dix nouveaux membres ont rejoint l’UE. La Bulgarie et la Roumanie (plus éventuellement, la Croatie) devraient les suivre à l’horizon 2007. L’Otan a, elle, accueilli sept Etats est-européens le 2 avril 2004. De part et d’autre, un temps d’ajustement sera nécessaire pour « digérer » ces adhésions. Dans un contexte stratégique bouleversé par la lutte contre le terrorisme, la tentation semble grande d’alléger l’engagement atlantique dans les Balkans. Après avoir laissé l’Union européenne prendre la relève de l’opération militaire Allied Harmony, le 31 mars 2003, et déployer, au mois de décembre 2003, une mission européenne de police, Proxima, forte d’environ deux cents hommes, l’Otan a encore réduit son dispositif : le 30 juin 2004, l’ambassadeur de l’Alliance en Macédoine, Nicolas Biegman, a annoncé son départ. Il ne sera pas remplacé, l’Organisation atlantique n’entendant plus désormais disposer, dans ce pays, d’un représentant civil.

8 Membre de la Charte adriatique −structure trilatérale (Albanie, Croatie, Macédoine) mise en place sous l’égide des Etats-Unis en mai 2003 pour favoriser les synergies entre aspirants à l’Otan −, la Macédoine a multiplié les signes de bonne volonté en direction des responsables américains et de l’Alliance. En juillet 2003, elle a ainsi signé un accord bilatéral avec les Etats-Unis exemptant leurs ressortissants, civils et militaires, engagés dans des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix à l’étranger de poursuites judiciaires devant la Cour pénale internationale de La Haye. En Irak, la Macédoine a dépêché un contingent symbolique de quelque 37 hommes. Sollicitée pour fournir des troupes supplémentaires en Afghanistan, elle a annoncé en juillet l’envoi de 19 soldats qui viendront remplacer les dix militaires déjà présents sur le terrain. Pourtant, à Istanbul, les 28 et 29 juin 2004, les responsables de l’Alliance se sont contentés de saluer les efforts de réforme en Macédoine et de réaffirmer leur adhésion à la politique de la « porte ouverte »[3] [3] Voir NATO After Istanbul. Expanding Operations, Improving...
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.

9 L’Union européenne est, pour sa part, en voie d’endosser un nombre accru de responsabilités dans les Balkans occidentaux (elle devrait prendre la relève des forces de l’Otan en Bosnie-Herzégovine à partir du 1er janvier 2005). En Macédoine, en dehors de la mission Proxima d’assistance aux restructurations dans la police, son action est relayée par trois entités, l’Agence européenne pour la reconstruction qui administre les budgets Cards, la Délégation de la Commission européenne et l’Office du Représentant spécial de l’UE en charge du suivi des Accords d’Ohrid. Mais l’aspiration à un redéploiement des dispositifs existants n’en est pas moins vive : la mission du Représentant spécial, par exemple, devait s’achever avec la transposition institutionnelle et légale des accords d’août 2001, à l’horizon 2005-2006. Le mandat, très bref, de Soren Jessen-Petersen − arrivé en Macédoine le 1er février 2004 et nommé Haut représentant des Nations unies au Kosovo au mois de juillet de la même année − n’a sans doute pas facilité l’accompagnement des processus décisionnels macédoniens par l’Office. Début août 2004, le diplomate suédois, Michael Sahlin, fin connaisseur des Balkans, puisqu’il fut ambassadeur à Belgrade et à Skopje, a pris la relève. Il devra veiller à la finalisation des réformes d’Ohrid et à la confirmation des efforts de stabilisation, tâche qui s’annonce délicate.

10 L’Accord de stabilisation et d’association (ASA), signé entre la Macédoine et l’UE en avril 2001, a été enfin ratifié en février 2004. Conformément aux conclusions du sommet UE-Balkans occidentaux de Thessalonique du 21 juin 2003, la Macédoine devrait bientôt bénéficier, en tant que membre du Processus de stabilisation et d’association (PSA), de nouveaux programmes communautaires et de mécanismes de coopération renforcés (Partenariats européens, monitoring sous forme de rapports annuels, jumelages, etc.). De ce point de vue, la réponse positive donnée par la Commission européenne, le 20 avril 2004, à la demande d’ouverture de pourparlers d’adhésion, déposée par la Croatie un an plus tôt, représente une marque d’encouragement essentielle pour les responsables macédoniens. Mais il leur reste à convaincre une opinion publique sceptique quant à la réelle volonté du SDSM et du BDI de changer leur mode de gouvernement pour mener le pays sur la voie de l’UE. Le défi est ici avant tout interne : après le dépôt de la candidature de la Macédoine, le 22 mars 2004, nombreuses ont été les voix ayant dénoncé le caractère formel et factice de la démarche européenne du SDSM. Pour parer à ces reproches, le Conseil des ministres a adopté, en juin 2004, un projet de Stratégie nationale pour l’adhésion.

11 Mais il lui faudra faire bien davantage pour crédibiliser la perspective européenne et atténuer le pessimisme d’une majorité inquiète devant les évolutions politiques et économiques.

Amertume après Ohrid

12 Les Accords d’Ohrid avaient suscité un élan d’espoir au sein de la communauté albanaise de Macédoine ; parmi les Slaves, ils avaient été perçus comme un compromis imposé par la communauté internationale, mais aussi comme un moindre mal alors que l’intégrité territoriale du pays paraissait menacée. Dans une communauté comme dans l’autre, cependant, les implications d’Ohrid n’ont sans doute pas été pleinement mesurées.

13 Côté albanais, les attentes ont été magnifiées. On a voulu croire que les accords apporteraient non seulement une reconnaissance de la contribution des Albanais à la société macédonienne, mais aussi, plus généralement, une vie meilleure grâce, notamment, à la création de postes dans l’administration, la police et l’armée. Les efforts de recrutement d’Albanais dans la fonction publique, déployés depuis 2001, ont certes commencé à porter leurs fruits. Au ministère de l’Intérieur, on comptait ainsi 810 Albanais sur 10 000 employés environ en octobre 2003 et 500 autres, ayant achevé en juillet 2003 leur formation sous la responsabilité de l’OSCE, devaient être embauchés. Le budget pour 2004 prévoit en outre 600 recrutements de représentants des communautés minoritaires dans la fonction publique[4] [4] Voir «2004 Budget Passed », Macedonian Information Agency,...
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. Toutefois, ces mesures n’ont pas suffi − et ne pouvaient suffire −à résoudre la crise de l’emploi qui sévit dans la communauté albanaise (comme d’ailleurs dans la majorité slave). Le faible niveau des salaires offerts dans l’administration, les lourdeurs bureaucratiques des processus de recrutement et la nécessité de pouvoir se prévaloir de soutiens politiques quand on pose sa candidature à un poste ont également contribué à limiter la portée des mesures de rééquilibrage adoptées.

14 Pourtant, au cours de la période 2003-2004, d’autres avancées ont été enregistrées : en décembre 2003, le Parlement macédonien a voté des amendements à la loi sur la citoyenneté réduisant de quinze à huit le nombre des années de résidence préalables à toute demande de naturalisation. Il s’agissait de régulariser la situation d’Albanais originaires du Kosovo dont le statut était demeuré incertain après l’éclatement de l’ancienne Yougoslavie en 1991[5] [5] La loi a également introduit un amendement aux termes duquel...
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. Surtout, le statut de l’université privée de Tetovo a été régularisé en février 2004. Fondée en 1994 pour permettre aux Albanais de Macédoine de recevoir un enseignement supérieur en langue albanaise, cette université n’avait jamais été officiellement reconnue par les autorités macédoniennes, qui y voyaient un foyer de sédition potentiel. Une première ébauche de solution avait été trouvée à l’automne 2001 avec l’inauguration d’une université de l’Europe du Sud-Est financée par l’Union européenne et dispensant des cours en anglais, en albanais et en macédonien. Mais les droits d’inscription demeuraient trop élevés pour les Albanais issus des milieux défavorisés.

15 Dorénavant, l’université de Tetovo pourra bénéficier de subventions publiques, au même titre que celles de Skopje et de Bitola. Quatre facultés ont été accréditées − sciences humaines, sciences naturelles, droit, économie − sur les onze que comptait l’établissement auparavant. Il s’agit, du point de vue albanais, d’une importante victoire symbolique.

16 Pour autant, toutes les frustrations albanaises n’ont pas disparu. La crise sociale alimente les mécontentements, au même titre que la situation sécuritaire souvent fragile dans les villages albanais du nord du pays et la coexistence parfois malaisée entre élèves slaves et albanais à l’école. La confiance n’est pas encore pleinement revenue, ainsi qu’est venu le rappeler le bilan décevant de l’opération de collecte des armes illégales menée entre le 1er novembre et le 15 décembre 2003 : quelque 7 500 ont été remises sur un arsenal estimé en 2003 par l’UNHCR à 600 000[6] [6] En parallèle, une loi a été adoptée qui prévoit une...
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. Si Ali Ahmeti jouit encore d’une importante cote de popularité dans l’opinion, le crédit accordé à sa formation, le BDI, a décru à mesure qu’Ohrid révélait ses limites et que les pratiques clientélistes de la nouvelle formation soulignaient la fragilité des efforts d’assainissement de la vie publique promis par les anciens guérilleros.

17 Dans la majorité slave, à l’inverse, les incidences des Accords d’Ohrid ont probablement été sous-estimées, et tout particulièrement pour ce qui concerne l’exercice du pouvoir local. Le compromis d’Ohrid prévoyait en effet le transfert de compétences aux municipalités, notamment dans les domaines de l’enseignement, de la santé et de l’urbanisme, ainsi qu’une extension de l’autonomie financière des communes.

18 Il envisageait également que des municipalités puissent, sous certaines conditions, fusionner. Enfin, dans les zones où la langue albanaise était parlée par au moins 20 % de la population, elle devenait seconde langue officielle et devait pouvoir être utilisée dans les rapports avec l’administration et la justice[7] [7] On notera que la règle des 20 % ne concerne pas seulement...
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. C’est au moment de la discussion du nouveau découpage territorial que les enjeux du processus de décentralisation sont véritablement apparus.

19 En 1992, une réforme du maillage communal avait vu le nombre de municipalités passer de 34 à 123 ; cette organisation, peu rationnelle, avait été interprétée par la communauté albanaise comme étant destinée à empêcher la création de « fronts albanais » susceptibles, un jour, de faire sécession. Au printemps 2003, une commission ad hoc sur le découpage territorial, bénéficiant de conseils de représentants de la communauté internationale, avait suggéré de ramener ce nombre à une cinquantaine. Mais des désaccords étaient très vite apparus entre le SDSM et le BDI sur l’avenir de Struga, de Kicevo et de Skopje. Pour la capitale, les Albanais demandaient la création d’au moins une municipalité à majorité albanaise (Kale) et/ou le rattachement à Skopje des communes de Saraj, Studenicani et Kondovo, à dominante albanaise. Une telle mesure aurait, en effet, permis aux Albanais de franchir la barre fatidique des 20 %, au-delà de laquelle l’albanais devient seconde langue officielle. AKicevo, le rattachement de villages majoritairement albanais devait également permettre de dépasser ce seuil. Et à Struga, les Albanais se seraient retrouvés en situation majoritaire. Le compromis finalement obtenu le 15 juillet 2004 envisage de ramener le nombre de municipalités de 123 à 80, puis éventuellement à 76 en 2008. Les demandes albanaises ont été satisfaites à Struga et partiellement à Skopje (où l’albanais devrait devenir seconde langue officielle). A Kicevo, en revanche, le BDI a accepté que le découpage territorial reste inchangé jusqu’en 2008, date à laquelle un regroupement des communes périphériques pourrait intervenir.

20 La réaction de la majorité macédo-nienne-slave à l’annonce du projet a été extrêmement vive. Dès le 16 juillet, la presse macédonienne (notamment Utrinski Vestnik, Nova Makedonija et, à un moindre degré, Dnevnik) interprétait cette mesure comme une première étape vers une remise en question du caractère unitaire de la Macédoine et comme une atteinte au principe de la multiethnicité. Peu après, la VMRO-DPMNE annonçait la création d’un Front, comprenant le Parti libéral (LP) et la coalition « Troisième voie », et rassemblant les partisans d’une révision du projet de découpage. AStruga, les structures locales du SDSM déclaraient leur hostilité à l’égard de celui-ci. La VMRO-DPMNE, parti du maire, Romeo Dereban, décidait pour sa part d’organiser une manifestation quotidienne jusqu’à l’examen du projet par le Parlement, qui devait commencer le 26 juillet. Le 22, l’un de ces rassemblements a dégénéré, faisant une trentaine de blessés, dont huit parmi les forces de l’ordre. Pendant ce temps, la VMRO-DPMNE se déchirait sur la stratégie à suivre pour empêcher l’adoption de la loi. L’actuel président du parti, Nikola Gruevski, ancien ministre des Finances, penchait pour les manifestations de rue. Le leader historique, Ljubco Georgievski, au nationalisme plus affirmé, se déclarait en faveur d’un référendum. Il était finalement convenu qu’un meeting pacifique se déroulerait devant le Parlement au soir du 26 juillet.

21 Le caractère délétère de la situation est renforcé par deux facteurs. Le premier concerne la perspective des élections municipales prévues pour octobre 2004. Ce scrutin, dont l’enjeu gagne en importance avec les nouvelles prérogatives qui seront attribuées aux municipalités au terme de la réforme, devrait constituer un test majeur pour l’actuelle majorité. Or, le SDSM et le BDI sont confrontés à une opposition tentée de jouer la carte de la radicalisation. Au sein de la communauté albanaise, le Parti démocratique albanais (PDSH/PDA) d’Arben Xhaferi ne manque aucune opportunité de critiquer les lenteurs du processus d’Ohrid et l’arrogance du BDI; à plusieurs reprises, A. Xhaferi a appelé à une fédéralisation, voire à une partition de la Macédoine. Côté slave, la VMRO-DPMNE a beau jeu de dénoncer la trahison des intérêts nationaux par le SDSM, ses pratiques corrompues et son incapacité à améliorer la situation de la population.

22 Le second facteur de fragilisation tient aux évolutions observées au sein de la VMRO. Depuis sa défaite électorale de septembre 2002, le parti traverse une crise aiguë. Le conflit, qui oppose le leader de l’aile radicale, L. Georgievski, au pragmatique N. Gruevski, s’est durci au printemps 2004, après que la VMRO-DPMNE eut choisi comme candidat à l’élection présidentielle anticipée d’avril un homme peu connu, Sasko Kedev. La préférence de L. Georgievski allait à Ljube Boskovski, ancien ministre de l’Intérieur qui s’était distingué pendant le conflit de 2001 par un nationalisme particulièrement dur[8] [8] Le 25 mars 2004, la Commission électorale centrale avait...
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. Le 4 juillet, L. Georgieski annonçait la formation d’une nouvelle structure, la VMRO-Parti populaire (VMRO-NP). Cette situation de concurrence interne est doublement problématique. Premièrement, elle impose à N. Gruevski d’adopter une ligne politique intransigeante s’il ne veut pas être accusé de faiblesse par l’ancien leader. Deuxièmement, et ce point est sans doute le plus important, elle crée une situation dans laquelle le SDSM se trouve privé d’interlocuteur crédible. Quel aiguillon trouver, dans ces circonstances, pour inciter la majorité à gouverner de façon plus transparente ?

23 Depuis septembre 2002, le SDSM détient en effet la majorité au Parlement. Le gouvernement a d’abord été dirigé par Branko Crvenkovski, chef de l’Alliance, avant que ce dernier ne soit remplacé par Hari Kostov, jusqu’alors ministre de l’Intérieur, le 2 juin 2004. Entre temps, Branko Crvenkosvki s’était présenté à l’élection présidentielle des 14 et 28 avril 2004 et avait été élu au second tour avec 62,7 % des voix, grâce au soutien des électeurs du BDI. Parlement, gouvernement, présidence, le SDSM contrôle désormais les principaux leviers du pouvoir. Une telle situation n’est jamais favorable à une gestion ouverte et négociée des réformes. Or, aujourd’hui plus que jamais, le pays a besoin de dialogue et de consensus.

24 Plus fondamentalement, la Macédoine se heurte à deux problèmes politiques structurels auxquels les accords d’Ohrid n’avaient pas vocation à apporter une réponse. Dans un contexte marqué par la fragilité étatique, l’absence d’une opposition modérée et une opinion publique désabusée, un usage discrétionnaire du pouvoir semble parfois constituer le seul moyen de faire avancer les réformes. Mais, de ce fait, les questions relatives à une totale démocratisation sont reportées à plus tard. La communauté internationale hésite, elle aussi, à faire pression sur les autorités, par peur de fragiliser le processus d’Ohrid. Tout au plus l’OSCE a-t-elle souligné l’existence d’importantes irrégularités lors du second tour de l’élection présidentielle d’avril 2004[9] [9] Voir OSCE/ ODIHR Election Observation Mission, Former Yugoslav...
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25 Le second dilemme a trait à la gestion des relations politiques entre majorité macédonienne-slave et minorité albanaise. Depuis la création d’un Etat de Macédoine indépendant, en septembre 1991, le système décisionnel repose sur les compromis tissés entre un parti de gouvernement slave et un parti de coalition albanais. Lors des scrutins présidentiels et parlementaires, le soutien de la communauté albanaise est susceptible de faire la différence.

26 Celui-ci est généralement fourni par le parti dominant au sein de la communauté en échange d’un partage des positions d’influence dans l’appareil d’Etat et/ou dans l’économie. Toute-fois, le sentiment qui prédomine au sein de l’opinion, slave comme albanaise, est que ces alliances autorisent une monopolisation du jeu politique par les deux forces alliées du moment au détriment des citoyens ordinaires.

27 D’une élection à l’autre, les partenaires changent, mais ce système de duopole sans réel dialogue au sein de chaque communauté tend à renforcer le sentiment d’aliénation des électeurs par rapport aux partis politiques. Si le pays connaissait un niveau de prospérité assez élevé, les Macédoniens contempleraient sans doute avec une pointe d’ennui et de cynisme ce modus operandi. Mais quand la loyauté politique constitue souvent une condition sine qua non d’accès à l’emploi, aux aides sociales ou à d’autres prestations accordées comme autant de faveurs, ce système est à l’origine de ressentiments extrêmement profonds.

Une reprise économique fragile

28 La reprise économique amorcée en 2002 (+ 0,7 %) s’est confirmée en 2003 (+ 2,8 % à + 3,5 % selon les estimations)[10] [10] Les prévisions initiales du gouvernement pour 2003 tablaient...
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. Elle prend appui sur le dynamisme des services (qui représentent désormais 56,9 % du PIB), mais également sur les autres secteurs.

29 L’agriculture a connu, pour la première fois depuis 2001, une croissance positive (+ 1,5 %) mais, hormis la production de tabac[11] [11] Le gouvernement avait débloqué, en mai 2003, une somme...
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, elle demeure globalement sinistrée. Il en va de même pour l’industrie, qui a vu sa production augmenter en 2003 (+ 4,7 %) après deux années de régression prononcée, ce secteur ayant bénéficié d’investissements soutenus et du maintien d’une demande forte[12] [12] Les « cadeaux fiscaux » et salariaux accordés par le...
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. Selon l’Office statistique national de Macédoine, la production industrielle a enregistré un véritable boom au milieu de 2003 (+ 55 % d’août à octobre) entraînant avec elle le PIB à la hausse (+ 5,2 % pour le seul troisième trimestre de 2003). Le regain de l’activité industrielle s’explique par un effet mécanique de rattrapage après la chute de 2001 et de 2002, mais également par la reprise de la production dans les entreprises détenues désormais par des investisseurs étrangers (textile, chimie, filière plastique).

30 Toutefois, ce retour de la croissance reste fragile en raison de l’austérité budgétaire et monétaire en vigueur depuis la fin de 2002, du déficit récurrent de la balance des transactions courantes et du climat social délétère qui règne dans le pays.

 - Principaux indicateurs économiques de la Macédoine en 1996-2003

Principaux indicateurs économiques de la Macédoine en 1996-2003 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 PIB (variation en %) 1,2 1,4 3,4 4,3 4,5 - 4,5 0,7 2,8(1) Production industrielle (variation en %) 3,2 1,6 4,5 - 2,6 3,5 - 3,1 - 5,3 6,5(1) Production agricole (variation en %) - 2,9 0,0 3,2 0,8 1,0 - 11,1 nd nd Ventes au détail (variation en %) - 10,2 8,6 3,2 17,6 11,1 - 10,7 5,6 13,0 Formation brute de capital fixe (variation en %) 6,5 - 4,3 1,5 - 1,4 - 3,2 - 8,6 nd nd Taux de chômage (en % des actifs, en décembre) 31,9 36,0 34,5 32,4 32,2 28,9 31,9 nd Indice des prix à la consommation (moyenne annuelle, %) 2,5 0,9 - 1,4 - 1,3 6,6 5,2 2,3 1,1 Solde budgétaire (en % du PIB) - 1,0 - 0,4 - 1,9 - 1,5 + 1,8 - 7,2 - 5,8 - 2,5(1) Exportations de marchandises (en millions de dollars) 1 147 1 237 1 292 1 190 1 321 1 155 1 113 1 354(1) Importations de marchandises (en millions de dollars) 1 464 1 623 1 807 1 686 2 011 1 677 1 877 2 123(1) Balance commerciale (en millions de dollars) - 317 - 386 - 515 - 496 - 690 - 522 - 764 - 769(1) Balance des transactions courantes (en % du PIB) - 6,5 - 7,5 - 8,8 - 3,9 - 2,1 - 7,1 - 8,8 - 6,0(2) Dette extérieure brute (en % du PIB) 30 35 41 44 41 44 41 37(3) Investissements directs étrangers nets (en millions de dollars) 12 18 118 32 176 442 78 44(1) (1) Estimation (2) Janvier-septembre (3) Fin septembre. Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2004, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report Update, avril 2004.

Dans l’attente d’un nouvel accord avec le FMI

31 Depuis la signature d’un accord avec le FMI, en avril 2003, la Macédoine a fait le choix d’une politique budgétaire particulièrement austère (coupes drastiques dans les dépenses publiques, relèvement des différents taux d’imposition), ce qui lui a valu le déblocage par le Fonds monétaire, en juin 2004, des 28,4 millions de dollars de crédit stand-by promis. Le déficit budgétaire a été ramené à 1 % du PIB en 2003[13] [13] 1 % du PIB selon le gouvernement, mais 2,5 % selon...
suite
, à comparer aux 5,8 % de 2002. Le résultat a surpris le gouvernement lui-même qui s’attendait, au mieux, à un solde de 1,4 % pour 2003. Seules 83 % des dépenses prévues par la Loi de finances de 2003 ont été engagées, dont un cinquième en décembre. Ce véritable choc sur les dépenses publiques en fin d’année n’a pas manqué de se traduire par un sursaut de la demande et par une réapparition des pressions inflationnistes.

32 La Banque Nationale de la République de Macédoine (NBRM), qui avait procédé à une diminution progressive de son taux d’escompte (de 10,7 % en décembre 2002 à 6,5 % en décembre 2003) afin de soutenir le crédit bancaire, a dû revoir dans l’urgence sa politique en décembre 2003. Pour faire face aux tensions inflationnistes, la NBRM a décidé de geler ses taux directeurs[14] [14] Le taux d’escompte était toujours à 6,5 % en juin...
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en attendant d’y voir plus clair dans la politique budgétaire du gouvernement. Il est peu probable, toutefois, que ce dernier s’éloigne de la voie de l’austérité s’il veut garder une chance de conclure rapidement un nouvel arrangement avec le FMI. La visite d’une délégation du Fonds monétaire à Skopje, à la mi-février 2004, n’a pour le moment pas débouché sur l’approbation par celui-ci d’une nouvelle ligne de crédit.

33 L’inflation a été ramenée à 1,1 % en 2003 (contre 6,6 % encore en 2000), ce qui classe désormais la Macédoine parmi les pays en transition les plus performants en la matière. Toutefois, la hausse des cours mondiaux de l’énergie a de fortes chances de se répercuter sur les prix intérieurs (2,5 % d’inflation prévue pour 2004).

La compétitivité mise à mal par un denar fort

34 Chaque année depuis l’indépendance, le déficit commercial de la Macédoine bat un nouveau record. L’année 2003 n’a pas dérogé à la règle avec un chiffre (fob/cif) qui s’est élevé à 936,67 millions de dollars[15] [15] Le déficit fob/ fob s’établissait à 533,3 millions...
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. Du coup, la balance des transactions courantes affichait un déficit de 6,25 % du PIB en 2003, malgré un solde des transferts courants très largement positif (+ 607,9 millions de dollars) et de faibles déficits des balances des services (- 2,6 millions) et des revenus (- 32 millions)[16] [16] Au premier trimestre de 2004, la balance des transactions...
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.

35 Ces contre-performances commerciales apparaissent comme structurelles et révèlent la mauvaise spécialisation internationale du pays. L’habillement (30 % des exportations totales en 2003), le fer et l’acier (18,4 %), ainsi que le tabac (6 %) constituaient les premiers postes d’exportations de la Macédoine. Or, la demande mondiale pour ces produits est faible et fluctuante. Côté importations, c’est le pétrole et ses dérivés qui occupaient le premier rang en 2003 (11,2 % des importations totales), suivis des véhicules routiers (4,4 %), des appareils et équipements de télécommunication (3,9 %), et des machines et équipements électriques (3,3 %). Mais ce profil d’importation s’avère très sensible à la conjoncture internationale. La hausse du prix du baril depuis l’intervention américaine en Irak[17] [17] 28,8 dollars le baril en 2003 contre 25 dollars en moyenne...
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, par exemple, a eu pour effet de majorer de 25 % la facture pétrolière de la Macédoine en 2003 (par rapport à 2002).

36 Par ailleurs, l’Union européenne (UE), qui est le principal partenaire commercial[18] [18] En 2003, l’UE a été à l’origine de 43,7 % des...
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de la Macédoine depuis 1996, traverse actuellement une période de croissance faible (+ 0,7 % en 2003) et connaît un ralentissement de sa demande intérieure (en particulier en Allemagne, en Grèce et en Italie).

37 Cette évolution de la conjoncture européenne devrait entraîner une limitation des exportations macédoniennes vers l’UE en 2004.

38 Si l’on ajoute à cela que le denar s’est maintenu dans une parité stable par rapport à l’euro (autour de 61,3 denars pour 1 euro, comme cela avait été prévu dans l’accord signé avec le FMI en avril 2003) et que la monnaie européenne s’est considérablement appréciée par rapport au dollar, on comprend que la compétitivité-prix des exportations macédoniennes se soit nettement dégradée ces derniers mois du fait d’un denar fort. La NBRM pourrait être tentée de laisser se déprécier sa monnaie, mais c’est au FMI que reviendra certainement la décision finale. Cette dernière dépendra de l’arbitrage que fera le Fonds entre les deux objectifs clés de ses politiques de stabilisation, à savoir l’amélioration de la compétitivité des exportations (et donc la maîtrise de la balance commerciale) et le contrôle des prix intérieurs.

39 La dette extérieure brute du pays est restée stable (1,74 milliard de dollars au 31 mars 2004 contre 1,55 milliard au 31 décembre 2002), pour représenter environ 40 % du PIB. La dette était (au 1er mars 2004) publique à hauteur de 68,1 % (dont 930,65 millions de dollars provenant d’institutions multilatérales et 252,8 millions de créanciers publics bilatéraux). Les créanciers privés détenaient, pour leur part, 31,9 % de la dette macédonienne (dont 238 millions de dollars pour le Club de Londres).

Les relations France - Macédoine
En 2003, la France a absorbé 0,4 % des exportations macédoniennes (16e place) et était à l’origine de 2,2 % des importations de ce pays (10e place). De son côté, la Macédoine ne représentait, pour la même année, que 0,01 % des exportations françaises (65e place) et 0,002 % des importations françaises (90e place).
Ses échanges avec ce pays étant traditionnellement excédentaires, la France a vu son solde commercial se réduire en 2003 par rapport à 2002 (41,4 millions d’euros). Les exportations françaises ont en effet accusé une baisse pour la première fois depuis l’indépendance de ce pays (- 19,5 % en 2003) : toutes les catégories ont été touchées, excepté les produits pharmaceutiques, chimiques et métalliques.
L’automobile constituait en 2003 le principal poste français d’exportation (21,1 % du total), et il était suivi de près par les produits chimiques (20,5 %) et les produits des industries agricoles et alimentaires (18,7 %). Les importations françaises en provenance de Macédoine ont poursuivi, quant à elles, leur contraction (- 56 % en 2002, - 48 % en 2003). L’habillement (23,3 % des achats français à la Macédoine) et les métaux et produits métalliques (23,1 %) ont représenté la majeure partie des achats par la France en 2003.

 - Les échanges France – Macédoine, 2001-2003 (millions d’euros)

Les échanges France – Macédoine, 2001-2003 (millions d’euros) 2001 2002 2003 Exportations (fob) 59,9 62,3 52,2 Importations (cif) 20,4 16,0 10,8 Solde + 39,5 + 46,3 + 41,4 Sources : Douanes françaises

Un climat des affaires favorable

40 Le climat des affaires s’était fortement dégradé, en Macédoine, avec les événements de 2001 et l’instabilité politique qui s’en était suivie en 2002.

41 Depuis, le gouvernement a multiplié les projets afin d’attirer les investissements directs étrangers (IDE) : projet de création d’une zone franche, exonérations fiscales et douanières pour les entreprises, procédure de visa simplifiée pour leur personnel expatrié, etc.

42 Stratégie payante puisque le flux d’IDE a atteint 81,94 millions de dollars en 2003 (contre 77,4 millions en 2002)[19] [19] Les flux d’IDE atteignaient déjà 42,2 millions de dollars...
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. Parmi les principaux investisseurs figuraient, en 2003, les Pays-Bas (38,3 % du total), la Bulgarie (10,5%), la Berd (10,4 %) et la Slovénie (7,4 %). La France, quant à elle, avec 0,2 million de dollars d’investissements, se situait au 18e rang. C’est le secteur des services qui a attiré le plus d’IDE (82,5 % du total) : les télécommunications ont bénéficié à elles seules de 38,1 % de ces capitaux en 2003 et déjà de 62,1 % au premier trimestre de 2004[20] [20] De son côté, la Macédoine avait investi à l’étranger...
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.

43 Avec son projet de zone franche à Bunardjik (à la sortie de Skopje dans la direction de Kumanovo), qui devrait voir le jour à la fin de 2004, le gouvernement macédonien espère doubler le montant des investissements étrangers qui y seront presque totalement exonérés d’impôts. L’entreprise étrangère qui sera sélectionnée pour mettre en valeur et gérer la zone franche devrait signer un contrat de 50 ans (renouvelable pour 25 ans)[21] [21] Le gouvernement cherche actuellement à annuler le contrat...
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. Par ailleurs, Gazprom (Russie), la Berd et la Banque mondiale s’apprêtent à financer la construction d’une centrale thermoélectrique à gaz à Skopje, d’une puissance de 180 MW, pour un coût estimé à 150 millions de dollars.

44 De leur côté, les firmes nationales ne sont pas en reste. Début 2004, Elektrostopanstvo na Makedonija (ESM), toujours en attente de privatisation, a annoncé qu’elle envisageait d’augmenter la production d’électricité dans la centrale de Negatino, ce qui nécessitera l’importation de 280 000 tonnes de pétrole. Cette électricité sera proposée à des prix très inférieurs à ceux de l’électricité importée. Makedonski Telekomunikacii (MT), qui détient le monopole des lignes téléphoniques fixes, a dégagé un profit de 100 millions d’euros en 2003, dont près de 40 millions devraient être versés aux actionnaires sous forme de dividendes (18,5 millions pour le gouvernement macédonien et 20 millions pour le consortium hongrois Matav).

Une situation sociale des plus tendues

45 Pauvreté, exclusion et chômage nourrissent un climat social particulièrement lourd. Le gouvernement avait fait de la lutte contre ces phénomènes une priorité : or, les salaires réels ont baissé en 2003 (malgré le faible niveau de l’inflation)[22] [22] Les salaires nominaux moyens ont augmenté, quant à eux,...
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et les dépenses sociales ont été réduites. De même la résorption du chômage avait été annoncée, et pourtant le nombre de chômeurs a augmenté (36,7 % de la population active en 2003, contre 31,9 % en 2002)[23] [23] <http :/ / www. stat. gov. mk/ english/ glavana_ eng. asp>(consultation...
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.

46 Symbole de la déroute sociale du gouvernement, la loi « Branko » (du nom de Branko Crvenkovski, alors Premier ministre), entrée en vigueur en mars 2003 et qui devait conduire à la création de 20 000 emplois cette année-là, a été annulée le 31 décembre 2003. Les employeurs s’étaient en effet montrés réticents à recruter de nouveaux salariés malgré les avantages accordés (exonération des contributions sociales durant deux ans pour tout employé embauché pour une période minimale de quatre ans). Au final, 14 840 emplois ont été créés, dont 5 000 au cours des deux dernières semaines de décembre 2003[24] [24] Le coût total des exonérations de cotisations est évalué...
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.

47 Ce contexte social délétère a incité le gouvernement à repousser la mise en œuvre de mesures particulièrement impopulaires : réforme du système des retraites, introduction de la flexibilité sur le marché du travail, restructuration, privatisation ou liquidation des entreprises publiques les plus déficitaires. En revanche, un grand « plan d’action national pour l’emploi » a été lancé début 2004, dont le contenu précis n’avait toujours pas été défini vers le milieu de l’année.

Annexe

Annexe

48 Chronologie

49 2003

50 1erjuillet
La Macédoine est le 43e Etat à signer un accord bilatéral avec les Etats-Unis, exemptant les ressortissants américains, civils et militaires, de poursuites devant la Cour pénale internationale de La Haye. L’UE, tout en se déclarant déçue par le non-respect de la position communautaire, indique que ce choix ne pèsera pas sur l’avenir de ses relations avec la Macédoine.

51 12 juillet
● Sommet des Présidents d’Albanie, de Bulgarie et de Macédoine à Ohrid.

52 ● Arbën Xhaferi et Menduh Thaçi, qui avaient proposé leur démission, sont réélus aux postes de président et de vice-président du Parti démocratique albanais (PDSH), lors du Congrès annuel de ce dernier.

53 28 juillet
350 policiers, originaires pour la plupart des communautés minoritaires, achèvent leur formation à l’académie de police d’Idrizovo.

54 Au total, l’OSCE a formé 1 065 policiers issus des minorités, conformément à l’annexe C des accords d’Ohrid.

55 2 août
Célébration des «100 ans d’existence étatique » de la Macédoine à l’occasion du centenaire du soulèvement de la Saint-Elie et de la création d’une République de Krusevo qui survécut dix jours aux assauts de l’armée ottomane.

56 17 août
L’armée de libération nationale revendique une attaque contre un checkpoint de police serbe à la frontière entre le Kosovo et la Serbie.

57 28 octobre
Des affrontements entre élèves albanais et macédoniens au collège Arsenij Jokvov de Skopje incitent des parents d’élèves macédoniens à demander que les enfants des deux communautés étudient dans des bâtiments séparés. A Bitola, des parents d’élèves macédoniens protestent contre l’intention du ministre de l’Education, Aziz Pollozhani, d’introduire la multiethnicité. La décision, qui aurait dû être prise après la rentrée scolaire de septembre 2003, a finalement été suspendue.

58 5 novembre
Remaniement gouvernemental : quatre ministres sont remplacés, à la Justice, aux Finances, à l’Economie et aux Transports. Hysni Shaqiri devient vice-président de l’Assemblée nationale à la place d’Agron Buxhaku, nommé ministre des Transports.

59 1erdécembre
Publication des résultats du recensement de novembre 2002, conduit sous l’égide de l’Union européenne. 64,18 % des citoyens s’identifient comme ethniquement Macédoniens (66,60 % en 1994), 25,17 % comme Albanais sur une population de 2,022 millions d’habitants (22,67 % en 1994). Parmi les autres minorités, figurent les Turcs (3,85 % en 2002), les Roms (2,66 %) et les Serbes (1,78 %).

60 2 décembre
Plusieurs anciens responsables de l’Armée de libération nationale sont condamnés à des peines de prison de quatre à sept ans à la suite de l’explosion d’une mine sur la voie ferrée reliant Skopje à Belgrade en 2003 et d’une bombe à Kumanovo. Seul l’un des accusés était présent ; les autres ont été jugés par contumace.

61 5 décembre
Le Parlement adopte une loi sur la citoyenneté qui ramène de quinze à huit ans la période de résidence nécessaire avant de pouvoir demander la naturalisation. La loi supprime la clause permettant aux Macédoniens « ethniques » ayant la citoyenneté d’autres Etats d’obtenir automatiquement la citoyenneté macédonienne.

62 9 décembre
Première réunion des ministres des Affaires étrangères du Forum « Balkans occidentaux » institué à l’issue du sommet de Thessalonique de juin 2003. Elle fait suite à celle des ministres de la Justice, qui s’est tenue dans le même cadre le 28 novembre.

63 15 décembre
L’Union européenne lance une opération de police, Proxima, avec 200 hommes, pour assister les autorités macédoniennes dans la mise en œuvre d’une réforme de la police. L’opération vient remplacer la mission militaire européenne, Concordia.

64 18 décembre
L’Otan, considérant que les risques d’insécurité en Macédoine, ont fortement diminué, décide de réduire sa présence militaire à 129 personnes.

65 2004

66 26 janvier
Soren Jessen-Petersen est nommé Représentant spécial de l’Union européenne en remplacement d’Alexis Brouhns. Il quittera ce poste au mois de juillet suivant et sera remplacé par le diplomate suédois, Michael Sahlin.

67 Février
Le Département américain au Trésor dresse une liste noire de treize personnes accusées de faire obstruction à la mise en œuvre des Accords d’Ohrid en Macédoine et de Dayton en Bosnie-Herzégovine. Leurs biens sont confisqués et toute transaction financière avec eux interdite.

68 11 février
Le Parlement entame l’examen de la loi sur le nouveau découpage territorial et sur le financement des municipalités.

69 20 février
Le Président, Boris Trajkovski, signe la loi sur la légalisation de l’université de Tetovo, adoptée par l’Assemblée nationale un mois plus tôt. L’université pourra bénéficier de subventions publiques.

70 23 février
● L’Accord de stabilisation et d’association (ASA) conclu entre l’Union européenne et la Macédoine le 9 avril 2001 entre en vigueur après ratification par tous les Etats membres.
● Petersen & Tamhein (consortium germano-norvégien), International Recycle Trust (Liechtenstein) et Glencore Estate Ltd (Irlande) se portent candidats pour la mise en valeur et la gestion de la zone franche de Bunardjik, qui devrait voir le jour fin 2004.

71 26 février
Le président Boris Trajkovski est tué dans un accident d’avion, alors qu’il se rendait à une conférence internationale sur les investissements étrangers à Mostar (Bosnie).

72 17 mars
La Macédoine annonce la fermeture de sa frontière avec le Kosovo, afin d’éviter que les affrontements intercommunautaires dans la province voisine ne se répercutent sur le pays.

73 22 mars
La Macédoine dépose officiellement sa candidature à l’Union européenne. La cérémonie, originellement prévue pour le 26 février, avait dû être reportée en raison du décès du président Trajkovski. L’ouverture des négociations n’est pas espérée avant 2010.

74 28 avril
Le Premier ministre, Branko Crvenkovski (SDSM), remporte par 62,7 % des voix le second tour de l’élection présidentielle anticipée, face à Sachko Kedev, candidat de la VMRO (37,3 %). Le taux de participation est de 53,8 %.

75 6 mai
Petar Goshev remplace Ljube Trepski au poste de gouverneur de la NBRM pour un mandat renouvelable de 7 ans.

76 26 mai
Adoption de la nouvelle loi sur les élections locales dans la perspective des municipales prévues pour l’automne. La durée de la campagne électorale est ramenée de 30 à 20 jours, 30 % des candidats devront être des femmes et 33 % des voix au moins seront nécessaires pour qu’un maire puisse être élu au premier tour.

77 2 juin
Le nouveau gouvernement formé sous la direction de Hari Kostov, jusqu’alors ministre de l’Intérieur, est approuvé par le Parlement par 68 voix « pour » et 12 « contre ». En dehors du remplacement de H. Kostov par S. Avramovski au ministère de l’Intérieur, l’équipe gouvernementale reste inchangée.

78 28-29 juin
A Istanbul, l’Otan salue les efforts des trois Etats membres de la Charte adriatique (Albanie, Croatie et Macédoine) pour se rapprocher de l’Alliance, mais sans fixer de date à leur future adhésion.

79 4 juillet
Ljubco Georgievski, ancien leader de la VMRO, qui conteste la ligne politique suivie par son successeur, Nikola Gruevski, fonde un nouveau parti, la VMRO-Parti populaire.

80 15 juillet
Le gouvernement Kostov annonce un accord sur le nouveau découpage territorial. Le compromis est dénoncé par l’opposition VMRO et elle organise un large front interpartisan pour imposer une révision du texte qui sera débattu au Parlement à partir du 26 juillet.

81 Principales formations politiques

82 DA Alternative démocratique

83 SDSM Alliance sociale-démocrate de Macédoine

84 DLB Ligue démocratique des Bosniaques

85 PDSH/PDA* Parti démocratique albanais

86 DPS Parti démocratique des Serbes

87 DPT Parti démocratique des Turcs

88 PPD/PDP* Parti de la prospérité démocratique

89 LDP Parti libéral démocratique

90 LP Parti libéral

91 PDK/NDP* Parti national démocratique

92 OPRM Parti uni des Roms de Macédoine

93 SPM Parti socialiste macédonien

94 VMRO-DPMNE Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne – Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne (nationaliste)

95 VMRO-VMRO Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne – Option réelle macédonienne réformiste

96 VMRO-NP Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne – Parti populaire (formé par L. Georgievski le 10 juillet 2004)

97 SRM Alliance des Roms de Macédoine

98 BDI/DUI* Union démocratique pour l’intégration

99 * Sigles albanais et macédoniens

Résultats des dernières élections

100 Election présidentielle des 14 et 28 avril 2004*
Taux de participation au premier tour :
55,1 %, au second tour : 53,8 %

 - 

Candidats % des voix % des voix au premier tour au second tour Boris Crvenkovski (SDSM) 42,5 62,7 Sasko Kedev (VMRO-DPMNE) 34,1 37,3 Gëzim Ostreni (BDI) 14,8 Zidi Xhelili (PDSH) 8,6 * Election anticipée, à la suite de la mort accidentelle de Boris Trajkovski, le 26 février. Le scrutin s’est déroulé en

 - 

présence de plus de 3 000 observateurs, mais les résultats ont été contestés par la VMRO-DPMNE.

101 Elections législatives du 15 septembre 2002
Taux de participation : 73,5 %

 - 

Partis % Nombre des voix de sièges Coalition «Pour la Macédoine 40,5 59 ensemble»* (SDSM-LDP) (LDP 13) Coalition VMRO- 24,4 34 DMPNE-LPM** (LPM 5) Union démocratique pour l’intégration (BDI, albanais) 11,9 16 Parti démocratique albanais (PDSH) 5,2 7 Parti pour la prospérité démocratique (PPD, albanais) 2,3 2 Parti national démocratique (PDK, albanais) 2,1 1 Parti socialiste de Macédoine (SPM) 2,1 1 Alternative démocratique (DA) 1,4 0 Union démocratique (DS) 1,2 0 Source : Agence d’information macédonienne (MIA) * La coalition «Pour la Macédoine ensemble» comprenait les partis suivants : la Ligue social-démocrate de Macédoine (SDSM), le Parti libéral démocratique (LDP), la Ligue démocratique des Bosniaques (DLB), le Parti uni des Roms de Macédoine (OPRM), le Parti démocratique des Serbes (DPS), le Parti démocratique des Turcs (DPT), l’Union démocratique des Valaques (DSV), le Parti agraire des travailleurs (RZP), le Parti socialiste-chrétien de Macédoine (SCPM), le Parti vert de Macédoine (ZPM). ** La coalition VMRO-DPMNE-LPM comprenait l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne et le Parti libéral de Macédoine (LPM).

Composition du gouvernement (au 21 juillet 2004)

102

  • Premier ministre : Hari Kostov (SDSM)
  • Vice-Premiers ministres : Radmila Chekerinska (SDSM), Jovan Manasijevski (LDP), Musa Xhaferi (BDI/DUI)
  • Défense : Vlado Buckovski (SDSM)
  • Intérieur : Siljan Avramovski
  • Justice : Ixhet Memeti (BDI/DUI)
  • Affaires étrangères : Ilinka Mitreva (SDSM)
  • Travail et Politique sociale : Jovan Manisijevski (LDP)
  • Finances : Nikola Popovski
  • Enseignement et Sciences : Aziz Pollozhani (BDI/DUI)
  • Economie : Stevce Jakimovski
  • Agriculture et Forêts : Slavko Petrov (LDP)
  • Transport et Communications : Agron Buxhaku (BDI/DUI)
  • Santé : Rexhep Selmani (BDI/DUI)
  • Culture : Blagoja Stefanovski (SDSM)
  • Administration locale : Aleksandar Gestakovski (SDSM)
  • Environnement et Urbanisme : Ljubomir Janev

Bibliographie

Sélection bibliographique

Ouvrages

Krebs (Serge), Exporter en Macédoine, Mission économique de Skopje, Ubifrance, Paris, août 2003.

Oberg (Jan), Macedonia 2002-2003. War, Peace or Something Else ?, The Transnational Foundation for Peace and Future Research, 2003,67 p.

Starova (Luan), Le rivage de l’exil (traduit par Clément d’Içartéguy), préface d’Edgar Morin, Editions de l’Aube, 2003, 283 p.

Revues

Chiclet (Christophe), « République de Macédoine : la lente émergence d’une société civile fragile », Transitions, vol. XLII, 2001, n° 2 (parution en 2003), Université libre de Bruxelles, pp. 133-138.

Courbage (Youssef), « Autour des recensements et des élections : réflexion sur la population en Macédoine », Population, n° 4-5, octobre 2003, pp. 489-510.

Economist Intelligence Unit (The), Country Report, Country Profile, « Macedonia ».

Fonds monétaire international, « Former Yougoslav Republic of Macedonia : Financial System Stability Assessment », IMF Country Report, 2003.

Goruppi (Walter) « Macedonia », in The Political Situation in Central Eastern and South Eastern Europe at the Beginning of 2004, Est-Ovest, n° 1,2004, pp. 57-61.

International Crisis Group (ICG), « Macedonia : No Room for Complacency », Europe Report, n° 149, octobre 2003, Skopje/Bruxelles, 52 p.

Lory (Bernard), « L’Eglise de Macédoine engluée dans le nationalisme », La nouvelle Alternative, n° 59, vol. 18, automne 2003.

Ragaru (Nadège), Slim (Assen), « Macédoine. Entre semi-protectorat et espoirs d’intégration », in Europe centrale et orientale 2002-2003. Ancrage dans l’Union européenne sur fond de tropisme américain, Le courrier des pays de l’Est (numéro spécial), n° 1036-1037, juinjuilletaoût 2003, pp. 121-138.

Risser (Hans), Paes (Wolf-Christain), « Macedonia Two Years after Ohrid : A Successful Example of International Conflict Resolution ?», Südosteuropa, n° 4-6,2003, pp. 184-197.

 

Notes

[ (1)] Le Président a été victime d’un accident d’avion alors qu’il se rendait à une conférence internationale organisée à Mostar, en Bosnie-Herzégovine. Au moment de la crise de 2001, il avait apporté une contribution majeure à l’apaisement du conflit intercommunautaire et s’était distingué, au sein de son parti, l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO-DPMNE), par des prises de position modérées.Retour

[ (2)] Chiffres du recensement de novembre 2002 (réalisé sous l’égide de l’Union européenne). La part des citoyens s’identifiant comme ethniquement macédoniens est passée de 66,60 % en 1994 à 64,18 % en 2002. Les Albanais ont vu leur poids démographique croître de 2,5 %, (22,67 % en 1994). Parmi les autres minorités, figurent les Turcs (3,85 % en 2002), les Roms (2,66 %) et les Serbes (1,78 %).Retour

[ (3)] Voir NATO After Istanbul. Expanding Operations, Improving Capabilities, Enhancing Cooperation, sur Internet à l’adresse h http ://www.nato.int/docu/nato_after_istanbul(consulté le 15 juillet 2004).Retour

[ (4)] Voir «2004 Budget Passed », Macedonian Information Agency, 29 décembre 2003.Retour

[ (5)] La loi a également introduit un amendement aux termes duquel les personnes de conscience ethniquement macédonienne qui détiennent la citoyenneté d’un autre Etat ne peuvent plus obtenir la nationalité macédonienne automatiquement. Cette mesure devrait notamment rassurer les voisins balkaniques de la Macédoine qui avaient longtemps redouté que celle-ci ne revendique un droit de regard sur le sort des minorités macédoniennes à l’étranger.Retour

[ (6)] En parallèle, une loi a été adoptée qui prévoit une peine de dix ans maximum pour la détention d’armes illégales ou une amende de 500 000 denars (environ 8 500 dollars).Retour

[ (7)] On notera que la règle des 20 % ne concerne pas seulement la communauté albanaise, mais aussi les Serbes (dans la région de Kumanovo, par exemple) ou les Roms (dans certaines municipalités où ils sont majoritaires, comme à Sutka ou dans l’agglomération de Skopje). Retour

[ (8)] Le 25 mars 2004, la Commission électorale centrale avait de toute façon refusé d’enregistrer la candidature de L. Boskovski au motif que l’homme politique, détenteur d’un passeport croate, ne remplissait pas les conditions de résidence en Macédoine posées par la loi électorale macédonienne.Retour

[ (9)] Voir OSCE/ODIHR Election Observation Mission, Former Yugoslav Republic of Macedonia. Presidential Elections. Second Round. 28 April 2004 Statements of Preliminary Findings and Conclusions, à l’adresse : h http ://www.osce.org/documents/odihr/2004/04/2843 en pdf [consulté le 19 juillet 2004].Retour

[ (10)] Les prévisions initiales du gouvernement pour 2003 tablaient sur une croissance de 3 % avant d’être revues à la baisse pour s’établir à 2,75 %.Retour

[ (11)] Le gouvernement avait débloqué, en mai 2003, une somme de 15 millions d’euros destinée à rembourser une partie de ses impayés aux producteurs de tabac. Le tabac représentait 5,96 % des exportations macédoniennes totales en 2003. Calcul effectué d’après les données de la Banque centrale. < h http ://www.nbrm.gov.mk/default-MK.asp> (consultation du 24/06/2004).Retour

[ (12)] Les « cadeaux fiscaux » et salariaux accordés par le précédent gouvernement lors des législatives de septembre 2002 se sont traduits par un sursaut de la consommation nationale en 2003, en particulier pour les biens durables (+ 96,7 % au premier trimestre de 2003) et intermédiaires (+ 18,6 %). D’une manière générale, la demande nationale a augmenté de 3,3 % en 2003. EIU table sur une augmentation de 5,2 % en 2004. D’après EIU, Country Report, « Macedonia », mars 2004, p. 11.Retour

[ (13)] 1 % du PIB selon le gouvernement, mais 2,5 % selon la Berd qui utilise une méthode de calcul du déficit budgétaire différente.Retour

[ (14)] Le taux d’escompte était toujours à 6,5 % en juin 2004. Pour une revue des différents taux directeurs de la NBRM consulter le site < h http ://www.nbrm.gov.mk/default-MK.asp> (consultation du 24/06/2004).Retour

[ (15)] Le déficit fob/fob s’établissait à 533,3 millions de dollars en 2003.Retour

[ (16)] Au premier trimestre de 2004, la balance des transactions courantes enregistrait déjà un déficit de 138,82 millions de dollars < h http ://www.nbrm.gov.mk/default-MK.asp> (consultation du 26/06/2004).Retour

[ (17)] 28,8 dollars le baril en 2003 contre 25 dollars en moyenne en 2002.Retour

[ (18)] En 2003, l’UE a été à l’origine de 43,7 % des importations de la Macédoine et a absorbé 54,7 % de ses exportations. L’Allemagne, la Grèce et l’Italie ont été à elles seules à l’origine de 74,2 % des achats de l’UE à la Macédoine et de 72,2 % des ventes de l’UE à ce pays. Les autres partenaires commerciaux hors-UE de la Macédoine étaient dans l’ordre en 2003 : la Serbie-et-Monténégro, les Etats-Unis, la Croatie, la Suisse, la Slovénie et la Bulgarie. Calculs de l’auteur d’après < h http ://www.nbrm.gov.mk/default-MK.asp> (consultation du 24/06/2004).Retour

[ (19)] Les flux d’IDE atteignaient déjà 42,2 millions de dollars au premier trimestre de 2004.Retour

[ (20)] De son côté, la Macédoine avait investi à l’étranger 1,18 million de dollars en 2003 (dont 92,9 % en Serbie-et-Monténégro et principalement dans les services).Retour

[ (21)] Le gouvernement cherche actuellement à annuler le contrat signé pour une partie de l’exploitation de la zone franche entre l’équipe gouvernementale précédente et la Skopje Development Management Company (Taïwan).Retour

[ (22)] Les salaires nominaux moyens ont augmenté, quant à eux, de 1,5 % en 2003, s’établissant à 12 150 denars (225 dollars) en janvier 2004. Les salaires nominaux ont augmenté dans les services (+ 5,9 %), l’industrie (+ 3 %) et baissé dans l’agriculture (- 1,1 %). <http ://www.stat.gov.mk/english/glavana_eng.asp>(consultation du 27/06/2004).Retour

[ (23)] <http ://www.stat.gov.mk/english/glavana_eng.asp>(consultation du 27/06/2004).Retour

[ (24)] Le coût total des exonérations de cotisations est évalué par le gouvernement à 26,4 millions de dollars. 142Retour

Résumé

La Macédoine tente pas à pas de mettre en œuvre les accords d’Ohrid de 2001, pour préserver la coexistence intercommunautaire et renforcer la protection des droits de la minorité albanaise, tout en sachant que les dissensions sont toujours prêtes à resurgir. La dernière étape, décentralisation et redécoupage territorial, ne sera pas la plus facile à franchir, d’autant que la coalition au pouvoir (excommunistes et ex-combattants albanais) n’a guère la confiance de la population. Le pays attend surtout à présent des signes d’encouragement de la part de l’UE et de l’Otan en vue d’un arrimage aux structures euroatlantiques. La ratification en février 2004 de l’Accord de stabilisation et d’association signé avec Bruxelles va déjà lui permettre de bénéficier de nouveaux programmes communautaires et de crédibiliser tant auprès des Macédoniens slaves qu’albanais, la perspective européenne. Dans le domaine économique, règne l’austérité budgétaire et monétaire, alors que l’accélération du processus de privatisation et la fermeture des anciennes entreprises d’Etat ont limité les bénéfices de la légère reprise économique de 2003. Le chômage frôle les 36 %, que ce soit dans la population majoritaire ou minoritaire. La situation sécuritaire constitue une sérieuse source d’inquiétude. En 2003, la collecte des armes s’est soldée par un échec total : à peine un peu plus de 1 % ont été remises aux autorités.



Macedonia Precarious Return to Normalcy ?
Ever aware that disagreements could crop up at any moment, Macedonia is gradually endeavoring to implement the 2001 Ohrid accord to preserve intercommunity co-existence and to strengthen Albanian minority rights. The last step, decentralization and territorial redistribution, will not be an easy one to carry out, all the more so as the coalition in power (excommunists and Albanian ex-fighters) does not have much public confidence. The country is, above all, awaiting encouraging signs from the EU and NATO to associate it with Euro-Atlantic structures. The ratification of the February 2004 Stabilization and Association Agreement signed with Brussels has already enabled Macedonia to benefit from new community programs and to render the European outlook credible to all Macedonians, Slaves and Albanians alike. Economically, budgetary and monetary austerity reigns, while an accelerated privatization process and the closure of old State companies has limited profits earned from the slight 2003 economic recovery. Unemployment is around 36 % in the majority as well as minority population. The security situation remains disquieting. The 2003 arms collection was a total failure : just over 1 % were handed over to the authorities.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Nadège Ragaru et Assen Slim « Macédoine 2003-2004 », Le Courrier des pays de l'Est 4/2004 (n° 1044), p. 131-146.
URL :
www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2004-4-page-131.htm.