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Le Courrier des pays de l'Est

2005/1 (n° 1047)



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L’année 2004 en Moldavie aura été marquée par les manœuvres du Parti communiste moldave (PCM), au pouvoir depuis quatre ans, pour masquer les aspects négatifs de son bilan et reconquérir la partie la plus conservatrice de son électorat. En effet, malgré un taux de croissance positif pour la cinquième année consécutive et une hausse du salaire réel, la Moldavie a conservé en 2004 son triste rang de pays le plus pauvre d’Europe. Plus grave, la proportion de ses citoyens vivant au-dessous du seuil de pauvreté est restée stable depuis trois ans. Or ces derniers constituent le cœur de l’électorat communiste. Sous la contrainte de l’endettement extérieur d’une part, et de l’orthodoxie économique exigée par les institutions financières internationales d’autre part, le PCM n’a pu appliquer que très partiellement son programme, notamment dans le domaine social. D’où des mesures électoralistes, voire démagogiques, en prévision des élections législatives de février 2005.

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Son principal échec reste cependant son incapacité à résoudre le différend avec la Transnistrie.

Manoeuvres préélectorales

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Depuis la réforme constitutionnelle de 2000, qui consacrait l’adoption par la Moldavie d’un régime parlementaire, les élections législatives constituent l’évènement majeur de la vie politique.

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Le Parti communiste détient, depuis les élections de 2001,71 des 101 sièges du Parlement. L’opposition est réduite, quant à elle, à la portion congrue avec 11sièges pour le Parti populaire chrétiendémocrate (PPCD), parti nationaliste d’extrême-droite, et 19 pour les partis de la droite libérale et du centre qui étaient réunis, au moment du scrutin de 2001, dans la coalition électorale Alliance Braghis.

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Tout au long de la présente législature, le PCM a réussi à maintenir sa popularité à un niveau élevé. Selon le Baromètre de l’opinion publique, publié le 16 novembre 2004,64 % des personnes sondées considèrent que le PCM représente mieux les intérêts de la population que toute autre formation politique, tandis que seuls 12 % soutiennent l’Alliance Notre Moldavie (ANM, formée à la veille des élections locales de mai 2003) et 11,7 % le PPCD. Le PCM a donc toutes les chances de conserver une majorité au Parlement, mais peut-être pas la majorité qualifiée des trois cinquièmes dont il dispose actuellement et qui lui avait permis de porter son leader, Vladimir Voronine, à la tête de l’Etat. Or il serait contraint, dans l’hypothèse d’une majorité simple, de s’allier à une autre force politique pour élire le Président ou procéder à une modification des institutions.

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Le Parti communiste avait accédé au pouvoir, non seulement grâce à son électorat traditionnel (en particulier, les russophones et les personnes âgées des petites villes), mais aussi grâce à des mécontents moins marqués idéologiquement. Il redoute maintenant d’être boudé par les uns et les autres, car il n’a pas tenu la plupart de ses promesses, tant sur le plan social et culturel qu’en matière de politique étrangère. Le gouvernement de Vasile Tarlev n’a rétabli ni le système de santé publique soviétique, ni le contrôle des prix sur les produits de première nécessité. Il n’a pas promu le russe au rang de seconde langue officielle, ni développé les relations avec la Russie et avec la Communauté des Etats indépendants (CEI). Enfin, last but not least, il n’a pas su ou voulu lutter contre la corruption : l’indice de perception de la corruption établi par Transparency International place le pays au 100e rang (sur 133) en 2004.

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Quant au contentieux de la Transnistrie, loin de s’approcher d’un règlement, il s’est plutôt durci au cours des dernières années.

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L’opposition, pour sa part, a su saisir l’occasion qui lui avait été involontairement offerte par le président Voronine en novembre 2003, lorsque celui-ci s’apprêtait à signer le plan russe, très controversé, de règlement de la question de la Transnistrie, dit mémorandum Kozak [1]  Voir Agnès Bon, « Moldavie 2003 : à reculons vers le... [1] . Elle avait réussi alors à se regrouper dans un « Comité de défense de l’indépendance de la République et de la Constitution » et à mobiliser la population contre ce texte. Cette rare démonstration d’unité n’a cependant pas débouché sur la large coalition électorale que le PPCD appelait de ses vœux. Les formations centristes, qui composent l’Alliance Notre Moldavie, et le Parti démocrate n’ont en effet pas oublié que le PPCD n’avait pas hésité, en 1999, à s’allier avec les communistes pour les exclure du pouvoir. Elles ont donc préféré former, le 8 mai 2004, à l’issue de laborieuses tractations, une coalition centriste, Moldavie démocratique, qui réunit l’ANM, le Parti démocrate et le Parti social-libéral, sous la houlette du maire de Chisinau, Serafim Urechean.

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Sa principale faiblesse réside néanmoins dans son hétérogénéité : des membres du Parti démocrate, par exemple, se sont alliés au PCM dans certaines régions depuis les élections locales de mai 2003, et n’envisagent pas de remettre en cause ces accords.

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L’hégémonie du Parti communiste est également menacée sur son flanc gauche par la création, en mars 2004, d’une Union des citoyens pour la patrie, qui lui reproche notamment son rapprochement de l’Union européenne et des Etats-Unis, au détriment du « partenariat stratégique » avec la Russie.

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Cette nouvelle formation réclame un référendum sur une éventuelle adhésion à l’Espace économique commun (EEC) institué par la Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan et la Biélorussie en 2003, et privilégie le mémorandum Kozak pour la résolution du différend avec la Transnistrie. Son audience reste pour le moment marginale, mais elle pourrait constituer un pôle d’attraction pour les membres de l’aile gauche du PCM qui considèrent que leur parti a trahi ses idéaux.

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Le Parti communiste a largement mis à profit ses années de pouvoir pour en verrouiller les principaux rouages. Ainsi le gouvernement qui comprenait, à sa nomination en 2001, une grande partie de l’équipe précédente, notamment à la tête des ministères « techniques », est désormais quasi exclusivement composé de communistes ; de même, le Comité de coordination de l’audiovisuel ou la Cour des comptes sont-ils entièrement entre leurs mains. Le PCM a également tenté de diviser le mouvement syndical. La Confédération des syndicats de la République moldave (CSRM) avait adopté, en 2002, une attitude offensive pour exiger le paiement des arriérés de salaires et la réévaluation de ces derniers dans la sphère publique, notamment dans les secteurs de la santé et de l’enseignement. Après une série d’actions musclées (grèves, meetings...), elle avait obtenu une hausse des traitements de 60 %. En revanche, la Confédération des syndicats libres « Solidarité », créée en 2000, s’est tenue coite, dans l’espoir, semble-t-il, que les autorités l’aident à s’approprier une partie du patrimoine de sa concurrente. Certains employés du secteur public se sont plaints d’avoir subi des pressions, voire des menaces de licenciement s’ils ne quittaient pas la CSRM pour adhérer à l’autre syndicat [2]  Raisa Lozinschi, « Authorities Divide Trade Unions... [2] .

Tentatives de mainmise sur les médias

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Mais c’est à l’égard des médias que la volonté de supprimer toute opposition a été appliquée le plus systématiquement. En dépit des nombreuses mises en garde du Conseil de l’Europe, le gouvernement s’est efforcé de mettre au pas, voire de supprimer, toute la presse indépendante. Le 6 février 2004, par exemple, deux chaînes locales indépendantes de radio et de télévision, Antena C et EuroTV, qui avaient joué un rôle non négligeable dans le maintien de la mairie de Chisinau entre les mains de l’opposition lors des élections de mai 2003, étaient suspendues pour de prétendues raisons administratives : elles ne retrouvèrent leur droit d’émettre qu’en avril, à l’issue d’une grève de la faim des journalistes qui avaient ainsi réussi à attirer l’attention des organisations de défense des droits de l’homme. Cet épisode est le dernier en date d’une longue suite d’attaques contre les médias indépendants, depuis l’interdiction de diffusion signifiée en 2002 à la télévision roumaine, TVR, en passant par les procès intentés aux hebdomadaires Timpul et Jurnal de Chisinau et les manœuvres contre l’Union des journalistes. Enfin, le changement de statut de la télévision d’Etat, Teleradio-Moldova, qui est devenue − changement préconisé par le Conseil de l’Europe qui y voyait un moyen de garantir son indépendance − entreprise publique, a eu paradoxalement pour effet de faire descendre dans la rue les journalistes menacés de licenciement pour leurs opinions politiques. Les autorités continuent par ailleurs d’utiliser les médias nationaux pour attaquer l’opposition, qu’elles accusent de corruption à l’approche des élections. Le PPCD, et plus récemment, le leader de l’ANM, Serafim Urechean, ont vu leurs démêlés avec la justice amplement commentés par l’audiovisuel public. Le maire de Chisinau est soupçonné, par exemple, d’avoir tenté de faire monter le prix du pain afin de déstabiliser le gouvernement... Le représentant de l’OSCE pour la liberté de la presse, Miklos Haraszti, a effectué, en octobre 2004, une mission en Moldavie, à l’issue de laquelle il a vivement déconseillé aux autorités de mettre en application, à la veille des élections, une nouvelle version de la loi sur la presse, qui prévoit le ré-enregistrement des journaux et des agences de presse. Il a également mis en cause cinq textes qui devraient être, selon lui, radicalement modifiés pour se rapprocher des standards européens : la loi sur la télévision et la radio, celle concernant l’entreprise publique TeleradioMoldova, la législation sur la protection de l’honneur et de la dignité des personnes et enfin les lois sur l’accès à l’information et sur le secret d’Etat. Il a également dénoncé les procédures d’attribution de fréquences aux chaînes de radio et de télévision et le fait que le Conseil de coordination de l’audiovisuel ne comprenne aucun représentant de l’opposition.

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Les observateurs de l’OSCE avaient déjà critiqué l’inégalité d’accès aux médias lors des élections locales de 2003 ; il est fort à craindre que la campagne électorale de 2005, qui représente un enjeu nettement plus important, soit entachée des mêmes irrégularités.

Transnistrie : coup de chaleur sur un « conflit gelé »

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Vladimir Voronine s’était engagé lors de la campagne législative de 2001 à résoudre rapidement le contentieux avec la Transnistrie. Il est conscient que cette question, qui constitue depuis l’indépendance un abcès de fixation de la vie politique moldave, sera l’un des enjeux majeurs des élections de 2005 et une arme aux mains de l’opposition.

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Mais les deux obstacles principaux − détermination du clan au pouvoir en Transnistrie à maintenir un statu quo fort profitable, volonté russe de conserver une présence militaire dans la région − n’ont toujours pas été levés. Après une avalanche de propositions et de contre-propositions de règlement en 2003, l’année 2004 et surtout son second semestre, ont été marqués par une escalade de la guerre économique et culturelle à laquelle se livrent les deux parties depuis plusieurs années déjà.

Des négociations au point mort

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Le cadre pentalatéral des négociations (Moldavie, Transnistrie, Russie, Ukraine, OSCE), en vigueur depuis le lendemain du conflit armé de 1992, est désormais contesté par la Moldavie qui estime qu’il a montré ses limites, puisqu’il n’a abouti à aucun résultat significatif en douze ans. Depuis l’automne 2003, Vladimir Voronine appelle l’Union européenne et les Etats-Unis à s’impliquer dans le règlement, voire à participer à la force de maintien de la paix, pour le moment essentiellement composée d’unités russes. Par ailleurs chaque partie plaide désormais pour une négociation à quatre, d’où serait absent le camp adverse, accusé de pratiquer une obstruction systématique. La Russie et l’Ukraine, pour leur part, sont hostiles à l’entrée en scène de nouveaux acteurs.

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Après le rejet in extremis(le 25 novembre 2003), sous la pression occidentale, par le président Voronine, du plan de règlement russe dit mémorandum Kozak, qui faisait la part belle aux revendications de la partie transnistrienne, les trois médiateurs extérieurs (Russie, Ukraine, OSCE) se sont réunis en février 2004 à Sofia (Bulgarie) pour tenter de relancer les négociations. Ils ont élaboré une nouvelle série de propositions, aux termes desquelles les organes centraux de la future fédération moldave se verraient accorder des pouvoirs accrus par rapport à ceux prévus par le projet Kozak. Ce schéma a été immédiatement rejeté par les autorités de Tiraspol.

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Les négociations ont néanmoins repris en avril, après une interruption de six mois. Dans ce cadre, Tiraspol a présenté une déclaration en faveur de l’instauration d’un Etat fédéral, mais seulement après la tenue d’un référendum dans chacune des entités, la Transnistrie devenant indépendante en cas de rejet du projet. Or, les sondages effectués dans la république autoproclamée indiquent tous qu’une majorité de la population, soumise à une intense propagande et persuadée de bénéficier d’avantages matériels, est favorable à l’indépendance. Sans surprise, ce fut donc cette fois les autorités moldaves qui jugèrent ce texte inacceptable. Le président Voronine, qui cherche à internationaliser la gestion de ce différend a dévoilé le 1er juin 2004 une proposition de « Pacte de stabilité et de sécurité pour la République de Moldavie » : ce texte implique un « compromis multilatéral » entre la Russie, la Roumanie, l’Ukraine, l’UE et les Etats-Unis pour résoudre la question sur une base fédérale et offrir une garantie de stabilité à long terme dans la région. Il a reçu un accueil bienveillant du camp occidental, mais s’est vu catégoriquement rejeté par Moscou.

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Autre démarche dans le même sens, Vladimir Voronine a sollicité le 10juin, l’envoi sous l’égide de l’OSCE et avec le soutien de l’UE, d’une mission internationale de contrôle de la frontière entre la Transnistrie et l’Ukraine.

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Jusqu’à présent en effet et malgré un accord signé en janvier 2004 qui prévoit l’installation de postes-frontières communs, Kiev s’est montré peu soucieux de renforcer la surveillance de cette portion de sa frontière, sans doute pour protéger les revenus de sa minorité en Transnistrie, qui pratique le commerce de navette, mais aussi ceux qu’il tire des exportations et des trafics divers qui passent par les ports d’Odessa et d’Ilichev.

Guerre picrocholine sur les bords du Dniestr

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Les relations entre les deux entités se sont brutalement dégradées durant l’été 2004. Le 15 juillet, Tiraspol a décidé la fermeture des six écoles de la région enseignant en roumain et utilisant l’alphabet latin (au lieu de l’alphabet cyrillique en usage dans la république). En signe de protestation, des enseignants, des élèves et des parents ont occupé ces établissements, qui ont été évacués manu militari.

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Ironie de l’histoire, les autorités moldaves ont alors fait appel au Conseil de l’Europe, qui les avait condamnées en 2002 pour avoir tenté d’imposer l’enseignement du russe à l’école primaire [3]  Agnès Bon, « Moldavie 2001-2002 : crise politique ou... [3] . Cette organisation, ainsi que l’OSCE ont aussitôt dénoncé ces actions, qualifiées de « nettoyage linguistique ». La Roumanie, quant à elle, a menacé de porter l’affaire devant l’Onu, tandis que les Etats-Unis et l’UE évoquaient l’éventualité de sanctions.

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La riposte du Président moldave ne s’est pas fait attendre. Vladimir Voronine a tout d’abord annoncé qu’il ne participerait pas aux négociations tant que la crise scolaire ne serait pas résolue. Puis, il a mis en œuvre la tactique inaugurée en septembre 2001, avec l’imposition de nouveaux timbres douaniers à la Transnistrie : il a suspendu le 1er août l’enregistrement des documents d’exportation de la région, la privant ainsi de la possibilité d’exporter légalement ses marchandises. Il espère en effet diviser les élites locales en asséchant leurs sources de revenu.

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En réplique à ce qu’elles qualifient de « blocus économique total », les autorités de la république autoproclamée ont, dès le 2 août, arrêté le trafic ferroviaire entre la Moldavie et l’Ukraine, puis le 4, coupé l’électricité à 55 villages moldaves de la rive gauche du Dniestr.

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Le 7, elles ont menacé d’interrompre les livraisons de gaz et d’électricité à la rive droite (très dépendante de la Transnistrie pour son approvisionnement énergétique). L’escalade dans la tension n’a été enrayée que quelques jours plus tard grâce à la médiation du Président ukrainien, Leonid Koutchma.

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Depuis cet épisode, Tiraspol ne cache plus ses véritables intentions : obtenir l’indépendance à tout prix.

Pas de retrait russe en vue

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Lors du sommet de l’OSCE à Istanbul en novembre 1999, la Russie s’était engagée à évacuer ses forces armées de la région avant la fin de 2002. Malgré le report de cette échéance au 31 décembre 2003, seul le retrait des armements lourds a été effectué dans les temps.

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Moscou ne semble plus disposé à rapatrier ses derniers contingents (environ 1 500 hommes) qu’il souhaite voir qualifiés de « force de maintien de la paix », d’autant que sa présence resterait, selon lui, justifiée par la nécessité de surveiller les dépôts d’armes légères et de munitions qui n’ont pu encore être détruits ou renvoyés en Russie, du fait des manœuvres d’obstruction de la république autoproclamée. Aux sommets de l’Otan des 28 et 29 juin 2004, puis de l’OSCE des 6 et 7 décembre, l’absence de progrès sur le terrain depuis fin 2003 a été regrettée et il a été rappelé que la ratification du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (CFE) − amendé en 1999 pour prendre en compte l’éclatement de l’Union soviétique − n’interviendrait que lorsque la Russie se serait acquittée de ses engagements relatifs au retrait de ses forces de Moldavie et de Géorgie. Moscou, pourtant très attaché à cette ratification, refuse de lier les deux questions [4]  « Moldova : Regional Tensions over Transnistria »,... [4] .

Revirement de la politique internationale

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L’épisode du plan Kozak, abandonné en novembre 2003, a marqué un tournant dans la politique extérieure du pays. Les relations avec la Russie ont en effet fortement pâti de l’annulation, au dernier moment, de la cérémonie de signature du mémorandum en présence du Président russe, Vladimir Poutine.

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Ce refroidissement est apparu au grand jour lorsque le Premier ministre, Vasile Tarlev, a qualifié la présence russe en Transnistrie d’« occupation » lors du sommet de l’OSCE de décembre 2004.

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Par ailleurs, Vladimir Voronine ne manque pas une occasion de critiquer l’inefficacité de la CEI (tout en affirmant qu’il n’a pas l’intention d’en retirer son pays). Cette dernière position ne laisse pas du reste d’apparaître paradoxale depuis que l’adhésion à l’Union européenne (UE) est devenue la priorité stratégique du pays (en 2002). Le chef de l’Etat a multiplié cette année les déclarations et les gestes en direction de l’UE. Il a par exemple nommé, le 4 février 2004, ministre des Affaires étrangères, le chef du Département moldave pour l’intégration européenne, Andreï Stratan, notoirement pro-européen. Plus récemment, le 20 octobre, il a signé un décret sur l’ouverture à Bruxelles en 2005 d’une représentation diplomatique auprès de l’UE. Indice de ce rapprochement mutuel, la Commission européenne a elle aussi annoncé, le 6 décembre, l’installation d’une mission permanente à Chisinau [5]  Pour une analyse détaillée des relations entre la Moldavie... [5] . Surtout elle a approuvé, le 13 décembre, le Plan d’action négocié dans le cadre de sa nouvelle politique « Europe élargienouveaux voisins ». Avec cette réorientation, Vladimir Voronine prend certainement en compte, à l’approche des élections, l’aspiration d’une majorité de la population à une adhésion à l’UE.

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Mais il tire aussi les leçons de l’ambiguïté des positions russe et ukrainienne vis-à-vis de la Transnistrie. Il n’en reste pas moins que l’axe de la politique étrangère moldave apparaît désormais inverse de celui proposé en 2001.

Croissance économique et creusement des inégalités

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Malgré une forte croissance du PIB pour la cinquième année consécutive, celle-ci n’est pas en mesure d’éradiquer la grande précarité à laquelle est en butte la population : depuis 2002, 40 % des Moldaves environ vivent en dessous du seuil de pauvreté. Selon l’indice composite de développement humain (établi par le Programme des Nations unies pour le développement), la Moldavie est passée du 64e rang en 1990 au 113e en 2004 (sur 177 pays), ce qui traduit non seulement la dégradation des conditions de vie, mais aussi celle des services de santé et d’éducation.

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Cette constatation amène à s’interroger sur la nature de la croissance moldave.

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Elle est en effet tirée essentiellement par la consommation, elle-même alimentée par les envois massifs de devises des Moldaves travaillant à l’étranger, évalués à 1 milliard de dollars pour 2004. Il s’agit d’une somme considérable, supérieure au montant annuel des exportations ou au stock des investissements directs étrangers accumulés depuis 1992. Or ces flux entraînent une appréciation de la monnaie nationale, préjudiciable aux exportations, ainsi qu’une hausse des prix qui provoque notamment des tensions sur le marché immobilier. Il semble donc bien que cette émigration, qui prive le pays d’une partie de sa main-d’œuvre la plus qualifiée, soit également l’une des causes majeures du déficit commercial croissant et de la reprise de l’inflation.

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En effet, seule une part infime de ces fonds est investie dans l’économie (5,6 %, selon une étude récente de l’Organisation internationale du travail [6]  Igor Volnitchy, « Why is the Problem of Labor Migration... [6]  !). Autre effet pervers, ces flux financiers n’ont fait qu’accroître les inégalités, car ils enrichissent les classes moyennes ou supérieures auxquelles appartiennent les migrants, et ne concernent pas les couches les plus défavorisées.

Une activité toujours vigoureuse

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Amorcée en 2000, la croissance s’est maintenue à un niveau élevé en 2004 (6,5 % en rythme annuel au premier semestre, contre 6,3 % en 2003). Les neuf premiers mois de 2004 ont été marqués par un boom de la consommation avec une hausse de 9,4 % des ventes au détail, conséquence de la hausse des revenus, mais surtout de l’augmentation des transferts monétaires effectués par les 700 000 Moldaves travaillant à l’étranger (soit un tiers de la population active). L’activité dans le secteur des services, qui représente désormais 60 % du PIB, a progressé de 8,5 % au premier semestre de 2004, grâce à la forte demande domestique adressée notamment aux transports et aux communications, tandis que la production industrielle enregistrait une augmentation de 11 % au cours de la période janvier-septembre 2004 (contre 16 % pour l’ensemble de 2003). Le secteur viticole, qui représente à lui seul le cinquième de la production industrielle totale, affiche certes des performances moindres que celles, exceptionnelles, de 2003, mais néanmoins correctes. Quant à l’agriculture, qui ne compte plus que pour 10 % dans le PIB, elle peut se prévaloir d’un résultat en progression de 4,5 % de janvier à septembre 2004, avec en particulier un triplement de la récolte de céréales, après une année 2003 catastrophique, il est vrai (la pire récolte depuis la Seconde Guerre mondiale !). Ce bilan contrasté − pour la même année 2003, chiffres de production excellents pour le vin et exécrables pour les céréales − démontre une fois de plus l’extrême dépendance de l’économie moldave à l’égard des conditions climatiques.

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Le taux d’inflation s’est établi à 10,7 % en rythme annuel pour les neuf premiers mois de 2004 (contre 11,7 % pour l’ensemble de 2003). Puis il a connu un pic saisonnier en octobre en raison de la hausse de 3 % des prix des produits alimentaires (qui constituent plus du tiers du panier de la ménagère).

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Entre janvier et juillet 2004, le leu s’est apprécié d’environ 10 % par rapport au dollar et au rouble et de 15 % par rapport à l’euro, réduisant la compétitivité des entreprises moldaves à l’exportation.

 -
Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2004, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report Update, avril 2004 ; Comité interétatique des statistiques de la CEI.

Aggravation du déficit commercial

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Le commerce extérieur moldave continue de progresser à un rythme rapide.

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Tant les exportations que les importations ont augmenté en 2004 d’un tiers en neuf mois par rapport à la même période de 2003, mais leur différentiel d’accroissement ne fait que se creuser.

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Ce déséquilibre chronique reflète les difficultés du pays à diversifier la composition de ses exportations provenant de la filière agricole pour 60 % d’entre elles et ses débouchés extérieurs (en majorité les pays de la CEI).

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De janvier à août 2004, les exportations de produits alimentaires, d’alcool et de tabac ont augmenté de 15 % par rapport à la même période de 2003, représentant désormais 35,3 % du total.

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Le vin et autres boissons alcoolisées en constituent les quatre cinquièmes du total des ventes moldaves à l’étranger.

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Les produits textiles viennent en deuxième position avec 17,6 % du total. Bien que les exportations vers les pays de la CEI croissent plus lentement que celles destinées à l’Union européenne (passées de 21,3 % du total en 2001 à près du tiers), elles n’en représentent pas moins encore la moitié du total. Une étude menée en octobre 2004 par la Banque mondiale a conclu que la part de l’UE dans les exportations moldaves devrait être, dans un cadre de relations commerciales « normales », de 40 à 50 %. Mais les obstacles bureaucratiques continuent d’entraver les échanges : par exemple, selon une enquête récente, il faut trois jours et demi à un exportateur pour accomplir toutes les formalités exigées par les douanes moldaves.

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En ce qui concerne les importations, leur facture est alourdie par le renchérissement du prix du pétrole (fourni par la Roumanie et l’Ukraine) et du gaz qui provient de Russie. Parmi les fournisseurs de produits non énergétiques, l’Italie et l’Allemagne arrivent en tête : ces deux pays approvisionnent en effet en matières premières leurs sous-trai-tants moldaves dans le secteur textile.

Les échanges franco-moldaves

En dépit de l’ouverture du marché moldave, les échanges entre la France et la Moldavie restent minimes (environ 0,01 % des exportations et des importations françaises) et ont même légèrement diminué en 2003. Les exportations françaises sont en baisse (29,7 millions d’euros en 2003, contre 30,2 millions en 2002) de même que les importations (18,5 millions d’euros contre 19,2 millions), entraînant une légère augmentation du solde de la balance commerciale, positif en faveur de la France.

La France se situe au huitième rang des fournisseurs de la Moldavie. Les produits agricoles et agro-alimentaires, essentiellement des produits agricoles distillés, représentent de loin le plus gros poste de ses exportations (36 % du total, 10,8 millions d’euros), suivis par les véhicules automobiles (2,9 millions d’euros).

La diminution des importations est liée pour sa part à la chute de 83,8 % des achats de biens d’équipement et de 54,3 % de celles des biens intermédiaires. Ceux de produits textiles qui avaient plus que doublé en 2002 ont reculé de 60 %, revenant au niveau de l’année 2001. Seules les importations dans le secteur agroalimentaire ont augmenté en 2003 (+ 3,1 %) accentuant encore le caractère monolithique des achats de la France.

 -
Douanes françaises

Elles représentent environ 60 % du total, dont une part non négligeable correspond aux noix, exportées par la France, décortiquées en Moldavie et réexportées en France.

Une politique économique « pré-électorale »

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Le budget 2004 avait prévu un excédent budgétaire important de 340 millions de lei (21,2 millions d’euros), ce qui devrait permettre de faire face aux échéances de remboursement de la dette publique (ces versements ne sont pas comptabilisés dans les dépenses budgétaires). Cet objectif a été ramené en octobre 2004 à 61 millions de lei, les dépenses étant dès lors limitées au relèvement de 25 % des pensions de retraite et d’invalidité à compter du 1er novembre et de 30 % des salaires des enseignants en décembre.

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Par ailleurs, les revenus des privatisations ont été, comme lors des budgets précédents, largement surestimés. En septembre 2004, le gouvernement a été contraint d’annuler un grand nombre d’opérations prévues. Finalement le revenu total procuré par les privatisations en 2004 ne s’élèvera probablement qu’à 20 millions de lei sur les 323 millions annoncés. De surcroît, comme en 2003, la Moldavie n’a reçu en 2004 aucun financement important des institutions financières internationales et il est probable que le FMI attendra de pouvoir juger des orientations de politique économique adoptées par le gouvernement à l’issue des élections de 2005, avant de reprendre ses versements, interrompus depuis 2002.

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Le budget 2005, adopté le 11 novembre 2004, est manifestement un budget pré-électoral [7]  Valeriu Prohnitchi, « Electoral Battles on the Budgetary... [7]  : il prévoit une augmentation des recettes d’un tiers et des dépenses de presque 50 %, ce qui devrait entraîner un déficit de 251 millions de lei. Comme pour les budgets précédents, son exécution repose sur l’emprunt extérieur et les revenus des privatisations. L’augmentation des dépenses s’explique essentiellement par le doublement du budget de l’éducation et par une hausse de 60 % des dépenses dans le secteur de la santé, évolution due avant tout à la revalorisation des salaires. Le service de la dette, qui représentait un tiers de la dépense publique les années précédentes, ne pèsera plus que de 10 % grâce notamment à un accord de restructuration des sommes dues à Gazprom, signé en mai 2004.

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La Banque nationale (BNM) s’emploie, quant à elle, à contenir les effets néfastes des transferts de devises opérés par les Moldaves expatriés. Elle intervient sur le marché des changes pour éponger ces flux : ainsi a-t-elle acheté près de 200 millions de dollars entre janvier et septembre 2004, contre 70 millions au cours de la même période de 2003. Par ailleurs, pour contrer l’effet inflationniste de ces mouvements, elle a stérilisé en août et septembre la somme record de 253 millions de lei par le biais de bons du Trésor.

Résorber la pauvreté

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Bien que les salaires réels continuent de croître rapidement (11 % sur les neuf premiers mois par rapport à la période correspondante de 2003), le salaire moyen reste très bas et équivalait en septembre 2004 aux quatre cinquièmes seulement de la valeur du panier de la ménagère. Il faut néanmoins nuancer ces chiffres. D’une part, une famille sur trois environ reçoit des devises d’un de ses membres expatrié.

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D’autre part, les revenus non déclarés en provenance de l’économie grise restent importants : selon le Département des statistiques et de la sociologie, plus de 200 000 travailleurs (soit 15 % de la population active) sont employés dans des entreprises non enregistrées, tandis que 35 à 40 % du personnel des entreprises ayant pignon sur rue ne serait pas déclaré, notamment dans les secteurs de la construction, de l’agriculture ou de l’exploitation forestière.

54

Une nouvelle « Stratégie de croissance économique et de réduction de la pauvreté » vient d’être élaborée par le gouvernement (la précédente ayant pris fin en décembre 2003). Approuvée par la Banque mondiale en novembre 2004, elle se donne pour but de convertir la croissance actuelle, qui repose depuis la fin des années 1990 sur l’exportation de main-d’œuvre, en « croissance pour les pauvres » [8]  Center for Strategic Studies and Reforms, « Quality... [8] . La réalisation de cet objectif ambitieux dépendra beaucoup de la reprise de l’aide internationale (notamment dans les domaines des réformes structurelles et de la formation) et donc d’un renoncement total du PCM à son tropisme dirigiste. Pour aboutir, au risque d’une scission au sein de ce parti, à une orientation de facto social-démocrate ?


Annexe

Annexe

55

Chronologie 2004

56

2 février

La Cour suprême invalide la décision prise par le gouvernement en septembre 2001 selon laquelle l’Eglise métropolitaine de Moldavie, qui relève du patriarcat russe, serait l’héritière légitime de l’Eglise de Bessarabie.

57

16 février

Publication du plan de fédéralisation de la Moldavie proposé par l’OSCE le 26 janvier. La Transnistrie jouirait du statut de sujet de la Fédération moldave ; elle aurait une Constitution, un Président, un Parlement bicaméral et un gouvernement souverains en matière budgétaire et fiscale. Le 17, le Parti populaire chrétien-démocrate estime que ce plan n’apporte rien de nouveau. Le 20, Tiraspol le rejette l’estimant inférieur au plan Kozak.

58

13 mai

Les représentants des Roms demandent aux autorités moldaves de faire respecter les droits de leur communauté.

59

16 mai

Congrès du Parti populaire chrétiendémocrate. Le président de cette formation, Iurie Rosca, affirme que la Moldavie a besoin d’intégrer les structures de l’UE et de l’Otan pour se développer durablement. Il appelle les Etats-Unis, l’UE et la Roumanie à s’impliquer dans les négociations sur la Transnistrie et demande l’interdiction du Parti communiste.

60

18 mai

Constitution par le bloc Notre Moldavie, le Parti démocrate et le Parti social-libéral d’une coalition − Moldavie démocratique − dirigée par le maire de Chisinau, en vue du scrutin de 2005.

61

20 mai

Visite en Bulgarie du président Voronine : signature d’un accord de libre-échange. Le Président moldave invite l’OSCE à s’impliquer davantage dans la solution du différend avec Tiraspol et promet d’œuvrer pour une « neutralité véritable, une économie forte ainsi qu’un Etat moderne et dynamique ».

62

27 mai

Entretiens, à Mamaia, entre le président Iliescu et son homologue moldave sur l’amélioration des relations bilatérales : le chef de l’Etat roumain reproche à V. Voronine la « campagne anti-roumaine » menée par la Moldavie, tandis que son interlocuteur lui reproche les références à « deux Etats roumains ».

63

1er juin

Le président Voronine dévoile au corps diplomatique en poste à Chisinau le Pacte de stabilité et de sécurité pour la Moldavie qu’il entend proposer à la Russie, aux Etats-Unis, à l’Union européenne, à la Roumanie et à l’Ukraine ; sans se substituer au format actuel des négociations sur la Transnistrie (Russie, Ukraine et OSCE), cette structure en accroîtrait l’efficacité. Ce Pacte est fondé sur cinq principes : respect de l’intégrité territoriale de la Moldavie dans ses frontières internationalement reconnues ; participation de toute la société moldave au processus de démocratisation ; reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle ; respect de la neutralité ; résolution du contentieux avec la Transnistrie sur la base d’une solution fédérale.

64

10 juin

Vote, par le Parlement moldave, d’une loi selon laquelle les droits de propriété des investisseurs étrangers en Transnistrie doivent être reconnus par le gouvernement de Chisinau.

65

29 juin

Devant les participants au sommet de l’Otan réunis à Istanbul, le président Voronine exige le retrait des troupes russes de Transnistrie conformément aux décisions du sommet de l’OSCE de 1999.

66

1er juillet

Amendements à la loi sur la citoyenneté qui accorde celle-ci à toute personne résidant en Moldavie avant le 23 juin 1990.

67

15 juillet

Le ministre des Affaires étrangères moldave met en garde son homologue russe sur l’illégalité des privatisations réalisées en Transnistrie sans l’aval de Chisinau. Le ministre russe assure qu’à l’avenir Moscou respectera la législation moldave.

68

21 juillet

Le président Voronine exige de Tiraspol l’élimination de tous les obstacles au fonctionnement normal des écoles où le moldave s’écrit en caractères latins. En outre, il lui intime l’ordre de rétablir la libre circulation des hommes et des marchandises sous peine de ne plus délivrer de licences d’exportation aux entreprises de Transnistrie. Le 30, ces sanctions commencent à être appliquées, Tiraspol ripostant en interdisant les exportations de grains.

69

3 août

Déclaration du ministère des Affaires étrangères russe demandant à Chisinau et à Tiraspol de « mener d’urgence des négociations, avec la participation des médiateurs, pour trouver une issue mutuellement acceptable à la dangereuse impasse » créée par la fermeture des écoles. Le ministère français des Affaires étrangères fait également part de sa préoccupation, ainsi que l’Union européenne. Le 10, la Transnistrie affirme qu’elle est prête à rouvrir les écoles à condition qu’elles se fassent enregistrer auprès des services idoines. Le 19, les trois médiateurs font part de propositions de compromis (acceptation des caractères latins et des standards éducatifs de Chisinau, mais enregistrement auprès des services de l’éducation de Tiraspol), qui son acceptées par Chisinau.

70

5 août

Tiraspol annonce la mobilisation de sa réserve, des troupes spéciales et des troupes du ministère de l’Intérieur.

71

9 septembre

Dans un entretien avec l’envoyé spécial de l’OSCE, le président Voronine demande que l’Organisation et l’Union européenne dépêchent une mission pour contrôler la frontière moldo-ukrainienne et les douanes.

72

10 septembre

Le chef de la mission de l’OSCE à Chisinau invite les autorités de Transnistrie à respecter leur engagement relatif à la réouverture des écoles, fermées en juillet.

73

12 octobre

Igor Smirnov, chef de la république séparatiste de Transnistrie, déclare à l’intention de la Conférence internationale sur le statut de la Transnistrie, que la réunification avec la Moldavie est « hors de question » et qu’un référendum, conduit en présence d’observateurs étrangers, « lèvera tous les doutes sur la légitimité de son Etat ».

74

11-12 octobre

Réunis à Sofia, les médiateurs au conflit de Transnistrie réaffirment que toute solution doit passer par le maintien de l’intégrité territoriale de la Moldavie et l’octroi d’un statut spécial à la région.

75

22 octobre

La Moldavie obtient le statut d’observateur au Processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP).

76

10 novembre

Vote du budget pour 2005. Dépenses : 7,7 milliards de lei ; recettes : 7,4 milliards.

77

22-24 novembre

Visite en Israël du président Voronine. Entretiens avec le président Katzav et le Premier ministre Ariel Sharon. Signature d’accords de coopération en matière de tourisme et de santé. Le président moldave confie à l’Institut de l’Holocauste des documents sur l’extermination des Juifs moldaves sous administrations roumaine et allemande.

78

30 novembre

Lors de la réunion à Vienne du Conseil permanent de l’OSCE, le ministre moldave des Affaires étrangères demande aux Etats-Unis et à l’Union européenne de s’impliquer davantage dans la recherche d’une solution au conflit de Transnistrie dans la mesure où le format actuel des négociations ne permet pas d’aboutir. Et d’ajouter : la Moldavie est « le seul pays d’Europe dont une partie du territoire est sous occupation étrangère, celle de la Fédération de Russie ». Les Etats-Unis et l’Union européenne invitent la Russie à se rallier au Pacte de stabilité et de sécurité pour la Moldavie.

Principales formations politiques

79
  • Parti communiste de Moldavie

  • Parti populaire chrétien-démocrate

  • Moldavie démocratique : coalition électorale formée en vue des élections législatives de février 2005

  • Alliance Notre Moldavie

  • Parti démocrate

  • Parti social-libéral

Résultats des dernières élections

80

Election présidentielle du 4 avril 2001

Le Président est élu pour cinq ans par le Parlement depuis la réforme constitutionnelle du 5 juillet 2000.

Vladimir Voronine : 71 voix

Dumitru Braghis : 15 voix

Valerian Christea : 3 voix

81

Elections législatives du 25 février 2001*

Taux de participation : 70 %

Le Parlement monocaméral est élu au scrutin proportionnel pour quatre ans.

 -

Composition du gouvernement en décembre 2004 (principaux ministres)

82
  • Premier ministre : Vasile Tarlev

  • Premier vice-Premier ministre : Vasile Iovv

  • Vice-Premiers ministres : Valerian Cristea

  • sans portefeuille), Marian Lupu (Economie et commerce), Dumitru Todoroglo (Agriculture et Industrie alimentaire)

  • Ministres :

    • Finances : Zinaida Greciani

    • Affaires étrangères : Andrei Stratan

    • Défense : Tudor Colesniuc

    • Intérieur : Gheorghe Papuc

    • Justice : Victoria Iftode

    • Travail, Protection sociale et Famille : Valerian Revenco


Sélection bibliographique

  • Ouvrages et revues
  • Baril (Paola), « Moldavie : migrations, traite des êtres humains et action humanitaire », in Al’Est de l’Europe, populations vulnérables et société civile, Humanitaire, n° 11,2004
  • Bon (Agnès), « Moldavie. Areculons vers le fédéralisme », in La Russie et les autres pays de la CEI en 2003, Le courrier des pays de l’Est, n° 1041, juillet-août 2004, pp. 78-93.
  • Goruppi (Walter), « The Problem of Moldova Still Far from Being Solved », Est-Ovest, n° 4,2004, pp. 29-35.
  • International Crisis Group, « Tensions régionales autour de la Transnistrie », Europe Report, n° 157,17 juin 2004.
  • Lynch (Dov), « Moldavie. Laboratoire de la nouvelle stratégie européenne », in Les nouveaux voisins orientaux de l’Europe élargie, Le courrier des pays de l’Est, n° 1042, mars-avril 2004, pp. 39-48.
  • Main Focus Republic of Moldova (œuvre collective), Südosteuropa Mitteilungen, n° 2-3,2004, pp. 67-146.
  • « Moldavie », Revue internationale et stratégique, n° 54, été 2004, pp. 141-160.
  • Parmentier (Florent), « Construction et contestation des frontières : Moldavie, Ukraine, Roumanie », Sens public, n° 1, 2004, pp. 91-100.
  • Parmentier (Florent) La Moldavie à la croisée des chemins, Cyber Village, Paris 2003,178 p.
  • PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), Natinal Human Development Report 2003 : Republic of Moldova Good Governance and Human Development, Chisinau-UNDP, 2004, 120 p.
  • The Economist Intelligence Unit, « Moldova », Country Report (trimestriel), Country Profile (annuel).
  • Yakemtchouk (Romain), « L’Union européenne et la République de Moldavie », Revue du marché commun et de l’Union européenne, n° 480, juillet-août 2004, pp. 430-439.

Notes

[(1)]

Voir Agnès Bon, « Moldavie 2003 : à reculons vers le fédéralisme », Le courrier des pays de l’Est, n° 1041, janvier-février 2004, pp. 78-93.

[(2)]

Raisa Lozinschi, « Authorities Divide Trade Unions Movement », wwwww. azi. md,28 juin 2004,3 pages.

[(3)]

Agnès Bon, « Moldavie 2001-2002 : crise politique ou crise identitaire ?», Le courrier des pays de l’Est, n° 1030, novembre-décembre 2002, pp. 76-90.

[(4)]

« Moldova : Regional Tensions over Transnistria », ICG Europe Report, n°157,17 juin 2004.

[(5)]

Pour une analyse détaillée des relations entre la Moldavie et l’Union européenne, voir Dov Lynch, « Moldavie : laboratoire de la nouvelle stratégie européenne » in Les nouveaux voisins orientaux de l’Europe élargie, Le courrier des pays de l’Est, n° 1042, mars-avril 2004, pp. 39-48.

[(6)]

Igor Volnitchy, « Why is the Problem of Labor Migration not Being Solved ?», wwwww. azi. md,2 décembre 2004,6 pages.

[(7)]

Valeriu Prohnitchi, « Electoral Battles on the Budgetary Field », wwwww. azi. md,16 novembre 2004,2 pages.

[(8)]

Center for Strategic Studies and Reforms, « Quality of Growth – Changing Priorities », Seminar EG-PRSP and Donor Coordination, Ministry of Economy/Tacis, 28-29 septembre 2004,7 pages, et Ana Vasile Sirbu, « Is Growth Good enough for the Poor ?», CISR, août 2004,18 pages.

Résumé

Français

Le pouvoir communiste, en place depuis quatre ans, bénéficie encore d’une certaine popularité, même si la Moldavie reste l’un des pays les plus pauvres et les plus corrompus d’Europe. Par ailleurs, contraint de se plier aux exigences des financiers internationaux, il n’est pas en mesure de remplir ses promesses sociales. Aussi se livre-t-il, à l’approche des élections législatives de février 2005, à des manœuvres qui visent à préserver une majorité au Parlement, menacée par la création à gauche d’un nouveau parti «pro-russe». L’opposition moldave, quant à elle, n’a pas réussi à former une large coalition électorale, sur fond de mainmise évidente du parti au pouvoir sur les rouages de l’Etat et les médias, ce que ne manquent pas de critiquer les observateurs de l’OSCE. Comme l’année précédente, les relations extérieures ont été dominées par le problème du statut de la Transnistrie, république auto-proclamée à la frontière avec l’Ukraine, où restent stationnées des troupes russes. Le conflit est gelé et les négociations en panne, malgré son internationalisation. Depuis le rejet, fin 2003, d’un plan russe de règlement, les relations moldavorusses se sont refroidies et le président Voronine, par ailleurs très critique à l’encontre de la CEI, en a profité pour amorcer un rapprochement avec l’UE, dans le cadre de la nouvelle politique de voisinage. L’économie moldave, en croissance positive pour la cinquième année consécutive, ne parvient toutefois pas à éradiquer la précarité, avec 40 % de Moldaves vivant en dessous du seuil de pauvreté. Un tiers de la population active (soit 700 000 personnes) travaille à l’étranger, mais les devises transférées (1 milliard de dollars en 2004) vont à la consommation et sont peu investies dans l’économie. Les couches moyennes et supérieures auxquelles appartiennent ces migrants en seraient les principales bénéficiaires. Fin 2004, un plan «de croissance pour les pauvres» a été adopté, mais sa réussite dépendra de la reprise de l’aide internationale, qui se fait attendre. Les privatisations prévues ont du être annulées en grande partie. Cela n’a pas empêché les autorités d’adopter un «budget préélectoral», dont l’éducation et la santé devaient être les principaux bénéficiaires.

English

Moldova Wavering between Communism and Social Democracy The communist authorities in control for the last four years still enjoy some popularity even if Moldavia remains one of the poorest and most corrupt countries of Europe. Moreover, obliged to bow to the demands of international financiers, they are incapable of fulfilling their social promises. With the approach of the February 2005 legislative elections, she is undertaking measures aimed at maintaining a parliamentary majority, threatened by the creation of a new left-leaning “pro-Russia” party. The Moldavian opposition has not succeeded in forming a large electoral coalition with the obvious control of the party in power over the government and the media, which is criticized by OSCE observers. As in the previous year, foreign relations have been dominated by the question of the status of Transnistria, a self-proclaimed republic bordering on the Ukraine where Russian troops remain stationed. The conflict is at a stalemate and negotiations have broken down, despite international involvement. Moldavian-Russian relations have cooled since a Russian proposal was rejected at the end of 2003, and president Voronin, highly critical of the CIS, used this to begin overtures towards the EU, under the new neighbor policy. The Moldavian economy, showing growth for the fifth consecutive year, has not, however, been able to eradicate economic insecurity as 40 % of Moldavians live under the poverty line. A third of the working population (or 700,000 persons) work in foreign countries but the money that they transfer (1 billion dollars in 2004) goes towards consumption with little invested in the economy. The middle and upper classes to which these migrants belong are the main beneficiaries. A“development plan for the poor” was adopted at the end of 2004 but its success is dependent on the resumption of international aid, which is slow in coming. Most of the planned privatizations have been cancelled. This has not prevented the authorities from adopting a “pre-electoral budget” which should mainly benefit education and health.

Plan de l'article

  1. Manoeuvres préélectorales
    1. ● Tentatives de mainmise sur les médias
  2. Transnistrie : coup de chaleur sur un « conflit gelé »
    1. ● Des négociations au point mort
    2. ● Guerre picrocholine sur les bords du Dniestr
    3. ● Pas de retrait russe en vue
  3. Revirement de la politique internationale
  4. Croissance économique et creusement des inégalités
    1. ● Une activité toujours vigoureuse
    2. ● Aggravation du déficit commercial
    3. ● Une politique économique « pré-électorale »
    4. ● Résorber la pauvreté

Pour citer cet article

Bon Agnès, « Moldavie 2004  », Le Courrier des pays de l'Est 1/ 2005 (n° 1047), p. 76-89
URL : www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2005-1-page-76.htm.


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