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AuteursFrançois Richard du même auteur
Docteur en science politique (IEP, Paris).Antoine Danzon du même auteur
Consultant. Manuscrit clos en juillet 2005L’année 2005 va incontestablement marquer un tournant dans l’histoire de la Pologne post-communiste, et ce à plusieurs égards : d’une part, les Polonais seront amenés − pour la première fois de façon quasi concomitante depuis 1989 − à élire à l’automne et un nouveau Parlement et un président de la République, pour succéder à Aleksander Kwasniewski, en fonction depuis 1995, et qui ne peut briguer, selon la Constitution, un troisième mandat.
2 L’issue de ce scrutin est plus incertaine que celle des législatives qui donnent la droite gagnante, le duel annoncé devant opposer au premier tour Lech Kaczynski (Droit et justice, PiS), appartenant à la droite conservatrice eurosceptique, et Wlodzimierz Cimoszewicz (Alliance de la gauche démocratique, SLD), qui se veut rassembleur des Polonais. Il faudra compter aussi avec une légion d’autres candidats. Vu l’enjeu, ceci explique, entre autres, pourquoi la vie politique s’est considérablement crispée, des questionnements sur le passé communiste comme sur les modes de gestion des dirigeants, et le processus de transformation mis en œuvre au cours de ces quinze dernières années étant revenus au premier plan.
3 La mort de Jean-Paul II, le 2 avril 2005, a été l’occasion − certes éphé-mère − pour la population et la classe politique de se rassembler, pour rendre un hommage commun à celui que la quasi-totalité des Polonais − toutes opinions politiques confondues− considèrent comme l’une des personnalités ayant le plus contribué à donner une aura à la Pologne. Enfin, 2005 verra le vingt-cinquième anniversaire de la reconnaissance officielle du syndicat Solidarité, qui alimenta bien des espoirs aujourd’hui déçus.
4 Sur le plan économique, l’année 2005 s’annonce moins euphorique que 2004, marquée par l’intégration à l’Union européenne (1er mai) dont les effets sur la croissance ont été largement positifs.
5 En outre, bien des incertitudes pèsent sur les orientations qui seront données à la politique économique après les élections législatives : le nouveau gouvernement réussira-t-il à maintenir l’activité économique sur une trajectoire ascendante et quels remèdes apportera-t-il aux déséquilibres apparus dès le début de la transition sur le marché du travail et dans les finances publiques ?
En attendant l’automne 2005
● Dernières manœuvres d’un pouvoir contesté
6 Force est de constater que le climat politique ne cesse de se détériorer, avec la très grande instabilité des structures partisanes, la mise en avant d’intérêts personnels, la collusion entre les médias, le pouvoir et le monde des affaires. D’une manière générale, le débat public est profondément vicié par l’accumulation d’un certain nombre « d’affaires » impliquant les sphères du pouvoir, nationales et locales, minées par la corruption. Al’automne 2004, de nouvelles commissions d’enquête parlementaires − après celle ayant été chargée de la fameuse « affaire Rywin »[1] [1] Du nom d’un producteur de télévision, Lew Rywin, soupçonné...
suite (ou Rywingate) − ont été créées avec la mission cette fois-ci de faire la lumière sur les relations douteuses du président Kwasniewski (affaire du groupe pétrolier PKN Orlen[2] [2] Du nom du groupe pétrolier PKN Orlen, dont le PDG, Andrzej...
suite ), ainsi que sur des privatisations peu transparentes et controversées (concernant la compagnie d’assurances PZU, détenue à 33 % par la société néerlandaise Eureko et à 55 % par le Trésor polonais[3] [3] Il s’agit du sigle désignant une compagnie d’assurances...
suite ). Puis, la femme du président de la République fut elle-même mise en cause pour la gestion et le financement opaques de sa fondation caritative « Entente sans barrière » (destinée aux enfants malades et handicapés), en liaison avec l’affaire Orlen, le groupe pétrolier étant parmi les donateurs. Enfin, le parti au pouvoir a fait l’objet de nombreuses enquêtes pour corruption et détournements de fonds, particulièrement au niveau régional. Tout cela explique pourquoi les partis d’opposition ont fait assaut de surenchères, en appelant à la fondation d’une IVe République, et, dès lors, en remettant en cause le système économicopoliticofinancier en vigueur depuis le changement de régime, ainsi que les hommes qui l’ont instauré, qu’ils soient issus de l’ancienne dissidence ou d’anciens communistes convertis. Ce fut notamment le cas avec la publication sur Internet en janvier 2005, sous la signature d’un journaliste du quotidien Rzeczpospolita, Bronislaw Wildstein, licencié depuis, de la liste des noms de 240 000 « collaborateurs » de la police politique à l’époque communiste. Il avait découvert ces informations dans les archives de l’Institut de la mémoire nationale et, rendues publiques, celles-ci furent consultées par un très grand nombre d’internautes.
7 Mais cette liste citait sans autre précision les noms de diverses catégories de personnes et mettait donc sur le même plan des vrais agents secrets et collaborateurs, des hauts responsables, mais aussi des simples particuliers qui avaient été contactés pour servir ponctuellement d’indicateurs, pratique courante à l’époque. En outre, ces informations donnèrent lieu à des révélations sur le passé « trouble » de certains anciens opposants (y compris de Lech Walesa), le paroxysme ayant été atteint, lorsque l’un des proches conseillers de Jean-Paul II, le prêtre Konrad Hejmo, fut également suspecté de collaboration avec les services secrets[4] [4] La divulgation du nom de l’agent au Vatican par le président...
suite. La publication de la « liste Wildstein » relança un vif débat sur la « décommunisation » des pratiques politiques et des institutions publiques, sur la lustration (épuration), ainsi que sur le bienfondé ou non de l’ouverture des archives de l’époque communiste, encore fermées au public au nom de la réconciliation nationale, enfin sur la légitimité de certains hommes ayant eu de hautes responsabilités avant 1989 à continuer d’exercer des fonctions au sein du pouvoir. Même dans les partis de droite, les positions divergent sur ce sujet.
8 Ce climat particulièrement trouble et la perspective d’échéances électorales décisives constituent l’une des raisons avancées pour expliquer la recomposition du paysage partisan, et notamment la distance prise vis-à-vis du parti au pouvoir, le SLD, par le Premier ministre lui-même, Marek Belka. Entré en fonction début mai 2004, quelques jours après l’adhésion du pays à l’Union européenne, ce dernier avait d’emblée annoncé que son gouvernement était transitoire, car il avait l’intention de quitter son poste après un an d’exercice, soit en mai 2005. Son équipe était en majorité composée de « techniciens », non affiliés, les caciques du SLD conservant uniquement les portefeuilles de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Economie et du Travail. Le chef du gouvernement avait en outre déclaré qu’il mènerait une politique pragmatique, sans se soucier particulièrement des desiderata de la majorité en place, ce que confirma en effet la nomination à la tête de la plupart des ministères de personnalités indépendantes et reconnues pour leurs compétences, ce qui ne fut pas sans provoquer des remous au sein du parti encore officiellement aux commandes.
9 Cette volonté de se dégager des contingences partisanes n’a pas pour autant empêché ce gouvernement, comme la plupart des précédents d’ailleurs, de connaître une forte instabilité, de nombreux ministres ayant été amenés à quitter leur poste, peu après avoir été nommés : en témoigne, par exemple, le retour à la tête du ministère de la Santé, de Marek Balicki, pourtant membre du SdPl (Social-démocratie polonaise, issue d’une scission du SLD au printemps 2004), qui avait déjà occupé cette fonction dans le gouvernement précédent conduit par L. Miller.
10 Ceci étant, les départs les plus marquants ont été celui du chef de la diplomatie, Wlodzimierz Cimoszewicz, appelé à la présidence de la Diète, en remplacement de J. Oleksy, et surtout celui de Jerzy Hausner, qui a quitté le ministère de l’Economie et du Travail, en mars 2005 pour... rejoindre peu après une formation de l’opposition extra-parlementaire tout juste créée, le Parti démocrate[5] [5] Le Parti démocrate (Partia Demokratyczna, ou PD), officiellement...
suite, au grand dam de la direction du SLD. Il ne cachait pas d’ailleurs que les députés de ce parti l’avaient profondément déçu en proposant des amendements qui retiraient toute efficacité à des mesures importantes de son programme d’assainissement des finances publiques.
11 Si l’on ajoute que le Premier ministre lui-même ne s’est pas caché de vouloir adhérer également à cette nouvelle formation, une fois son devoir accompli, et que la vice-Premier ministre, en charge de la politique sociale, Izabela Jaruga-Nowacka, a démissionné en avril 2005 de la présidence de l’Union du travail (UP) pour participer à la création de l’Union de la gauche (UL) « à gauche de la gauche »[6] [6] Il s’agit de l’Union de la gauche (Unia Lewicy, ou UL),...
suite, tout en conservant ses fonctions ministérielles, force est de constater que le SLD et l’UP, qui ne disposent plus, par ailleurs, de la majorité au Parlement, se sont trouvés affaiblis et marginalisés dans un gouvernement qui initialement était pourtant issu de leurs rangs. Cette « trahison » n’a d’ailleurs pas manqué de susciter de nombreuses critiques au sein du SLD, l’opposition dénonçant de son côté une situation « grotesque » et jamais vue jusqu’à présent. Le SLD n’a pas pour autant retiré sa confiance au gouvernement, faute de majorité de rechange. Marek Belka a néanmoins remis, comme promis, sa démission le 6 mai 2005, mais elle a été refusée par le président de la République. La tentative d’autodissolution de la Diète (procédure requérant la majorité des trois cinquièmes) ayant échoué quelques jours plus tard, le gouvernement s’est vu contraint de gérer les affaires courantes, jusqu’à la fin de la législature, à l’automne 2005. La tenue d’élections anticipées avait été envisagée par la plupart des acteurs, y compris par le SLD, mais ce dernier préféra finalement respecter les échéances légales.
12 Il a en effet connu une période de turbulences, après que Leszek Miller eut cédé la présidence à Krzysztof Janik, au printemps 2004, quelques semaines avant de quitter lui-même son poste de Premier ministre. Le nouveau dirigeant du SLD ne réussit pas alors à rassembler le parti autour de sa personne et ses tentatives pour renouer le dialogue avec les sécessionnistes du SdPl furent systématiquement contrecarrées par les « barons » du parti[7] [7] Terme désignant les présidents des fédérations régionales,...
suite.
13 Ceux-ci parvinrent à faire élire à la tête du parti, en décembre 2004, Jozef Oleksy, qui était président de la Diète.
14 Ce dernier dut néanmoins renoncer à ce poste le 5 janvier 2005, la justice lui ayant retiré son mandat, en application de la loi sur la lustration, car il avait caché qu’il avait collaboré avec les services secrets à l’époque communiste. Au SLD, l’opposition interne se structura alors selon plusieurs « plateformes » programmatiques (Avenir social-démocrate, sous la direction de K.Janik, socialiste, sous celle de l’ancien Premier ministre M. Rakowski et de l’ancien ministre de la Justice, Grzegorz Kurczuk).
15 Enfin, les relations délétères entre le SLD et le SdPl, tout comme la tentative infructueuse des formations de gauche, soutenue par la présidence de la République, de promouvoir une liste unique aux élections législatives, ainsi qu’une candidature commune au scrutin présidentiel (le principal présidentiable au sein du SLD, Wlodzimierz Cimoszewicz, ayant renoncé momentanément à se présenter et le leader du SdPl, Marek Borowski, ayant, de son côté, annoncé sa candidature) ont beaucoup contribué au « passage de relais ». Après la démission de tous les dirigeants du SLD, c’est le jeune ministre de l’Agriculture, Wojciech Olejniczak (31 ans) qui, le 30 mai 2005, lors de la Convention du parti, fut élu à sa tête, contre le tenant de la « ligne dure » vis-à-vis du SdPl, Marek Dyduch, jusqu’ici secrétaire général du parti. Le SLD désigna par la même occasion, quoique sans grand enthousiasme, un candidat pour l’élection à la magistrature suprême, en la personne du ministre de la Défense, Jerzy Szmajdzinski, espérant néanmoins que W.Cimoszewicz revienne sur sa décision. Mais les intentions de vote en faveur du SLD (estimées aux alentours de la barre des 5 % nécessaires pour entrer au Parlement) ne laissent guère augurer la réussite de son candidat, alors que ce parti avait obtenu plus de 40 % des suffrages en septembre 2001 !
● L’opposition et ses multiples candidats
16 L’alternance semble donc d’ores et déjà une chose acquise, mais la question est de savoir quelle formation arrivera en tête du scrutin législatif : en juin 2005, Plateforme civique (PO) (droite libérale, conservatrice) était largement en tête des intentions de vote (de 25 à 30 %), mais sa position s’est subitement affaiblie, la droite euro-sceptique représentée par Droit et justice (PiS) la devançant dans la plupart des sondages d’opinion, sans pour autant qu’aucune de ces deux formations n’ait la certitude d’obtenir la majorité absolue à la Diète. Mais surtout, conformément à un accord entre ces deux partis, c’est le représentant de celui arrivé en tête qui occupera le poste de Premier ministre : longtemps donné favori, le président du groupe parlementaire de PO, Jan Rokita, sera peut-être amené à seconder le président de PiS, Jaroslaw Kaczynski. La situation se complique d’autant plus que l’un des principaux candidats déclarés à l’élection présidentielle, et qui a des chances de l’emporter, n’est autre que le frère jumeau de ce dernier et l’actuel maire (fondateur du PiS) de Varsovie, Lech Kaczynski ! Celui-ci a pour principal atout de s’être lancé dans la campagne extrêmement tôt, « bénéficiant » de la mort du pape Jean-Paul II, la période de deuil et les funérailles du souverain-pontife ayant été l’occasion pour les Polonais de se retrouver dans une sorte de communion. L’hommage au Saint-Père, qui s’est inscrit dans la droite ligne de son discours prônant les valeurs chrétiennes et la Pologne catholique, a ainsi été habilement récu-péré par le PiS. L’entrée en campagne de Lech Kaczynski a eu pour principale conséquence de dégrader ses relations avec son éventuel futur partenaire de coalition, Plateforme civique (PO), alors que ces deux partis sont déjà loin d’être d’accord sur un programme de gouvernement, qu’il s’agisse de la fiscalité, du système de santé, de la lustration ou de l’ouverture des archives de la période communiste. Le dirigeant de PO, Donald Tusk, a fini quant à lui par annoncer, après moult hésitations, son intention d’être candidat à l’élection présidentielle. Les sondages le plaçaient, début juin 2005, en troisième ou quatrième position derrière le candidat« virtuel » du SLD, Wlodzimierz Cimoszewicz, et Lech Kaczynski (PiS), à égalité avec Marek Borowski (SdPl) et le leader de Samoobrona (Autodéfense), Andrzej Lepper.
17 Mais le principal « trouble-fête » est pour le moment un professeur de chirurgie cardio-vasculaire de grand renom, Zbigniew Religa, président d’honneur d’une petite formation de la droite modérée, baptisée Centrum, mais qui se présente néanmoins en tant qu’indépendant, et pour lequel les intentions de vote étaient estimées aux environs de 25 % fin juin 2005, devant Lech Kaczynski (22 %). Tirant parti de la désillusion de la population vis-à-vis des élites politiques en général et des organisations partisanes en particulier, Z. Religa se positionne au-dessus des partis, mais surtout se déclare soucieux de réorganiser le système de santé.
18 Vierge de toute expérience politique au niveau national (il a néanmoins été à l’origine de la création d’un petit parti et est actuellement sénateur, élu sur la liste Bloc Sénat 2001), il est bien conscient de ce que sa grande popularité est liée à ses activités professionnelles.
19 Mais l’histoire récente a montré les limites du genre. A l’exception notable d’Andrzej Olechowski (certes soutenu officieusement par l’Union de la liberté et une partie d’Action électorale Solidarité alors au pouvoir), arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle d’octobre 2000 (il obtint 17,3 % des voix, contre 53,9 % à Aleksander Kwasniewski), mais aussi du cas très particulier de Stanislaw Tyminski[8] [8] Pour mémoire, rappelons que S. Tyminski, milliardaire canado-péruvien...
suite, challenger surprise de Lech Walesa lors du scrutin de 1990, les candidatures indépendantes n’ont jamais été couronnées de succès en Pologne. Il est donc assez probable qu’une fois la campagne électorale officiellement lancée, les sondages indiquent une diminution des intentions de vote en faveur de Zbigniew Religa. Celui-ci avait par ailleurs patronné en automne 2004 une initiative du nom d’Entente (Zgoda), entre l’Union chrétienne nationale et le PSL (Parti paysan polonais) qui fut immédiatement dénoncée par ses signataires, entraînant d’ailleurs la démission du dirigeant du PSL, Janusz Wojciechowski, et son remplacement par Waldemar Pawlak, qui fut chef du gouvernement au milieu des années quatre-vingt-dix.
20 Il faut noter que cette formation, largement distancée dans les enquêtes d’opinion et concurrencée sur le terrain par le parti populiste Samoobrona (Autodéfense), a longtemps hésité à s’engager dans la bataille et à présenter pour candidat son ancien chef, Jaroslaw Kalinowski. Enfin, le nouveau Parti démocrate (dit aussi Demokraci.pl)[9] [9] Cette appellation inédite ne doit rien au hasard :...
suite, émanation de l’Union de la liberté, auquel se sont ralliés un certain nombre d’anciens du SLD − notamment Jerzy Hausner −, après avoir en vain tenté de convaincre l’ombudsman[10] [10] L’appellation officielle de la fonction est Médiateur...
suite, Andrzej Zoll, de postuler, a finalement décidé de donner son investiture à Henryka Bochniarz, chef d’entreprise et dirigeante de l’une des organisations patronales les plus puissantes en Pologne[11] [11] Il s’agit de la Confédération polonaise des employeurs...
suite, là encore en espérant capitaliser le mécontentement ambiant vis-à-vis des politiques « professionnels ».
21 La Ligue des familles polonaises (LPR) ayant choisi, de son côté, de présenter un candidat de peu d’envergure, le député européen Maciej Giertych (père de Roman, l’actuel leader de ce parti), Lech Kaczynski apparaissait, jusqu’à la fin de juin, comme le grand favori de la compétition. Mais l’annonce, le 29 juin, de la candidature de W.Cimoszewicz, président de la Diète, se démarquant du SLD et se posant comme un rassembleur, pourrait complètement changer la donne. Quelques jours plus tard, il en appelait « à cesser les guerres polonopolonaises, à cesser la haine dans la vie publique et la vulgarité [...]. La Pologne doit devenir honnête et en finir avec la corruption ». Tout dépendra donc de la capacité de la gauche à faire cause commune autour de sa personne et de celle du PiS et de PO à conjuguer leurs forces et à en finir avec leurs rivalités. Dans ces conditions, Z. Religa et Donald Tusk risquent de se trouver marginalisés lors de l’élection. Ce dernier a vu d’ailleurs sa position considérablement affaiblie en raison d’une crise interne à son parti (PO), sa vice-présidente, Zyta Gilowska, ayant été contrainte d’abandonner son poste, puis le parti parce qu’elle était accusée de népotisme[12] [12] Zyta Gilowska était accusée d’avoir employé sa belle-fille...
suite. Mais PO, de même que PiS, ne peuvent plus se permettre de s’opposer, tout conflit ouvert risquant de nuire à leur future collaboration pour la formation du gouvernement, après les élections législatives de septembre. Il va de soi que s’ils ont des difficultés à s’entendre à cette occasion, les chances de leurs candidats respectifs à l’élection présidentielle d’octobre en seront d’autant hypothéquées, au grand bénéfice peut-être, de celui qui est désormais leur adversaire commun, W. Cimoszewicz.
22 D’ores et déjà, PO et PiS n’ont plus de divergences sur la question européenne, à supposer que ce soit un enjeu de ces élections. Plateforme civique est progressivement passée, sous l’impulsion de J. Rokita, président du groupe parlementaire, d’une attitude pro~européenne à la critique du projet de traité constitutionnel européen (dont la ratification aurait dû être soumise à référendum en même temps que le premier tour de l’élection présidentielle, le 9 octobre, mais a été reportée sine die, à la suite des « non » français et néerlandais), alors que le PiS a toujours rejeté le principe de ce texte qui, selon lui, met en péril l’identité des peuples et les valeurs chrétiennes et nationales polonaises. Pour ces deux formations, les piliers de leur campagne électorale seront sans doute la mise en place d’une autre gestion économique et la réforme de la Constitution, avec une répartition différente des pouvoirs, la réorganisation des finances, le contrôle strict des institutions publiques, un nouveau système électoral, la suppression du Sénat, ou encore celle de l’immunité parlementaire.
23 Le climat politique en Pologne, en cette fin juin 2005, est considérablement perturbé par la remise en cause, depuis plusieurs mois, de la gestion économique et politique durant les quinze années passées et par la détermination de grands partis de l’opposition (d’abord Droit et justice, puis la Ligue des familles polonaises, auxquels Plateforme civique a, par la suite, emboîté le pas) de proposer la fondation d’une IVe République. Cela suppose une nouvelle Constitution, mais aussi le renforcement de la lustration et de la lutte contre la criminalité économique, notamment contre la corruption des milieux politiques et d’affaires intrinséquement liés. Sont aussi « revisités » les « Accords de la Table ronde », qui seraient à l’origine de la crise politique, économique et morale que vit la Pologne aujourd’hui, et la « voie polonaise » de sortie du communisme sur fond de fausse « conversion » selon l’opposition. Le résultat du duel présidentiel gauche-droite qui s’annonce, Cimoszewicz/Kaczynski, et qui pourrait donner l’avantage au premier, lors du second tour, ainsi que la configuration du nouveau Parlement, vont être d’une importance capitale pour les futures orientations de la politique intérieure et étrangère de la Pologne, sans compter sa nouvelle posture sur la scène européenne, suite aux « non » français et néerlandais, augurant un déplacement du rapport de forces au sein de l’UE.
Economie : ombres sur les bénéfices de l’adhésion à l’UE
24 Peu après le premier anniversaire de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne (UE), un premier bilan de l’intégration au marché unique peut être tiré. Comme tous les analystes l’ont souligné, celui-ci apparaît largement positif. En premier lieu, l’adhésion a incontestablement eu un effet stimulant sur l’activité économique en 2004 (+ 5,4 % de croissance du PIB), en dopant la consommation et les exportations et en facilitant la reprise longtemps attendue de l’investissement des entreprises. En second lieu, la Pologne a été bénéficiaire nette dans ses relations financières avec l’Union. Mais, si cette embellie conjoncturelle a eu le mérite de redorer l’image du pays, en particulier auprès des investisseurs étrangers, elle ne saurait porter remède aux déséquilibres structurels qui taraudent l’économie polonaise depuis le début de la transition, au premier rang desquels figurent la montée irrépressible du chômage et, dans une moindre mesure, la dégradation des finances publiques. Ces faiblesses, alors que l’euphorie de l’adhésion est retombée, pèsent aujourd’hui sur la conjoncture dont le retournement pourrait être plus rapide que prévu.
● Un dynamisme lié à l’entrée dans l’UE
25 D’un point de vue purement macroéconomique, la première année d’intégration de la Pologne à l’Union européenne s’avère un succès éclatant. En effet, le pays n’avait pas connu une augmentation aussi forte de son Produit intérieur brut (+,4 % en 2004) depuis 1997. Mais à y regarder de plus près, cette embellie ne procède pas seulement, et loin s’en faut, d’une amélioration durable de l’environnement économique et des aides financières liées à l’entrée dans le marché commun.
26 Elle s’explique, en revanche, principalement par les effets temporaires induits par l’adhésion à l’Union européenne.
27 Ainsi, l’accélération de la croissance est surtout notable avant le 1er mai 2004 (+ 6,5 % au premier semestre de 2004), période pendant laquelle l’activité a été portée par la reconstitution des stocks et la vigueur de la consommation individuelle (+ 3,9 %). Cette performance s’explique donc avant tout par des facteurs conjoncturels liés à l’adhésion : achats de précaution avant les augmentations fiscales (TVA, droits d’accises), avec pour conséquence un accroissement des crédits aux ménages.
28 Au second semestre de 2004, l’investissement physique a enfin donné des signes clairs de reprise après trois ans de récession (+ 7,2 % au quatrième trimestre de 2004 et + 5,3 % sur l’ensemble de l’année). Cette accélération cyclique, soutenue par les excellents résultats financiers des entreprises dans un climat on ne peut plus favorable aux affaires, a stimulé la demande intérieure. En dépit de signaux concordants provenant des enquêtes menées auprès des chefs d’entreprises et des données bancaires, les statistiques officielles du premier trimestre 2005 mettent en évidence une augmentation de la formation brute de capital fixe de seulement 1 % en variation annuelle, alors que les analystes tablaient quasiment à l’unanimité sur une progression proche de 10 %. Si ces chiffres s’avèrent exacts, ils pourraient constituer le premier signe d’un retournement de conjoncture bien plus marqué que ne le prévoyaient les observateurs.
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● Forte progression des exportations
29 C’est en définitive sur les comptes extérieurs que l’adhésion à l’Union européenne a été la plus visible. Avec une progression de 25,6 % en base euro (soit 59,7 milliards d’euros), les ventes polonaises à l’étranger se sont fortement accélérées en 2004, permettant à la composante extérieure de contribuer à hauteur de 0,5 point à la croissance du PIB. Outre un taux de change favorable (4,53 zlotys pour 1 euro en moyenne) et une demande mondiale importante à l’égard des secteurs dans lesquels le pays est spécialisé (sidérurgie, automobile...), cette performance s’explique avant tout par les effets positifs de l’adhésion. Ainsi, la simplification des procédures douanières sur les produits agro-alimentaires et la confiance accrue des importateurs sont à l’origine d’un bond de 31 % des ventes à l’étranger du secteur.
30 Cette tendance ne s’est pas démentie au premier trimestre de 2005. Malgré l’appréciation du zloty, les exportations polonaises ont poursuivi leur progression à un rythme similaire à celui de l’année dernière. Dans ses échanges avec les pays de l’Union européenne, la Pologne a enregistré un excédent commercial de 950 millions d’euros (3,8 milliards de zlotys) sur la période.
31 Au total, l’Union européenne a absorbé, au premier trimestre de 2005,83,5 % des exportations de la Pologne et lui a fourni 69,5 % de ses importations.
Les échanges franco-polonais ont, en 2004, poursuivi leur progression (7,3 milliards d’euros, soit + 10,1 %). Durant cette année, le déficit commercial de la Pologne vis-à-vis de la France a été réduit de 100 millions d’euros (- 10 %), pour ne plus représenter que 1,1 milliard d’euros, grâce à l’accélération des exportations polonaises vers la France (+ 14,3 %), qui ont progressé deux fois plus vite que les ventes françaises (+ 7,2 %).
Ce dynamisme trouve son origine dans les effets bénéfiques de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne, comme le montre l’évolution des échanges dans le secteur agro-alimentaire qui a vu augmenter les exportations polonaises vers la France de 83,4 %, grâce à la simplification des procédures douanières, et les exportations françaises de 20,5 %. De plus, les ventes polonaises bénéficient des investissements directs réalisés par les entreprises étrangères.
Avec un montant d’exportations de 4,2 milliards d’euros, la Pologne est, dans la zone PECO-CEI, le premier débouché commercial de la France qui, de son côté est le quatrième fournisseur de la Pologne, avec une part de marché de 6,7 % en 2004, se situant en léger retrait par rapport à celle enregistrée en 2003. L’Hexagone a été en 2004, comme l’année précédente, le deuxième débouché commercial de la Pologne, absorbant 6,1 % de ses exportations (3,1 milliards d’euros).
Les investissements directs français en Pologne avoisinaient, vers le milieu de 2005, 15 milliards d’euros en stock, soit 65 % du total des capitaux d’origine française implantés dans les nouveaux Etats membres. La France est donc, de très loin, le premier investisseur étranger en Pologne, se situant devant l’Allemagne, les Pays-Bas et les Etats-Unis. On recense environ 650 entreprises dont les capitaux sont tout ou partie français et qui emploient quelque 150 000 personnes.
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● Les retombées directes de l’adhésion
32 Dans ces conditions, le déficit de la balance des paiements courants a continué de se résorber, ne représentant plus que 1,1 % du PIB fin mars 2005, contre 2 % en 2003. Cette réduction provient aussi directement des transferts financiers effectués avec l’Union européenne. Selon les conclusions présentées par le gouvernement, la Pologne a reçu au total, en 2004, des financements communautaires pour un montant de 2,8 milliards d’euros, alors que sa contribution s’est élevée à 1,2 milliard d’euros. Le pays a donc été bénéficiaire net à hauteur de 1,6 mil-liard d’euros, soit 0,7 % du PIB.
33 On notera cependant que les sommes versées à titre d’avances sur les Fonds structurels sont demeurées modestes.
34 Sur l’ensemble de l’année 2004, elles ont atteint 90 millions d’euros, soit 11 % à peine des montants attribués par la Commission européenne. La capacité d’absorption des fonds européens par l’économie polonaise, si elle ne peut pas être encore déterminée avec précision, semble donc encore limitée.
35 En 2005, les transferts devraient être multipliés par deux et la contribution ne progresser que de 70 %. C’est pourquoi, le gouvernement table sur une augmentation de 150 % du solde bénéficiaire. Le doublement attendu des transferts résulte, notamment, de l’accroissement des paiements effectués au titre de la Politique agricole commune (PAC) et des avances sur les Fonds structurels.
● Incertitudes sur la consommation
36 En revanche, la situation est beaucoup moins favorable en ce qui concerne la consommation des ménages qui a fortement ralenti au quatrième trimestre de 2004 (+ 1,9 %, contre + 3,9 % en moyenne sur les neuf premiers mois) et au premier trimestre de 2005 (+1,7%).
37 Les inquiétudes suscitées par l’évolution de cet agrégat, qui pèse pour près de 65 % dans le Produit intérieur brut, sont tout à fait fondées. En effet, malgré la croissance économique, la dynamique de l’emploi reste relativement atone. Ainsi, seuls 82 000 emplois ont été créés entre avril 2004 et avril 2005 dans les entreprises employant plus de neuf personnes, soit une progression d’à peine 1,7 % en glissement annuel.
38 Dans le même temps, le pouvoir d’achat des salariés et des retraités a régressé.
39 Le salaire moyen dans les entreprises publiques et privées se situait, en avril 2005, à 2 471 zlotys (588 euros), soit une augmentation nominale sur un an de 1,8 %, mais, une fois l’inflation prise en compte, une baisse de 1,2 %.
40 Quant à la perte de pouvoir d’achat subie par les retraités, elle s’explique par la mise en œuvre du plan de réforme des finances publiques (dit plan Hausner), en vertu duquel les pensions n’ont pas été indexées en 2005.
41 Compte tenu des évolutions récentes de la demande intérieure, la prévision officielle de 5 % de croissance pour 2005 ne sera probablement pas réalisée.
42 Les analystes, surpris par le ralentissement de la progression du PIB au premier semestre (+ 2,1 %), estiment désormais qu’elle pourrait être inférieure à 4 % sur l’ensemble de l’année.
● L’emploi, toujours un sujet d’inquiétudes
43 Ainsi, l’accélération conjoncturelle peine à se transformer en reprise durable, le retour de la croissance n’ayant pas apporté une réduction significative du taux de chômage qui touchait 18,8 % de la population active fin avril 2005, contre 20 % lors de l’adhésion.
44 La persistance de ce phénomène résulte principalement de la forte progression de la productivité du travail (+ 3,1 % en 2004, selon les prévisions de l’OCDE), alors que les restructurations sont toujours en cours dans l’industrie.
45 Vu le taux d’emploi qui est, avec 51,2 % de la population, le plus bas dans toute l’Union européenne, selon Eurostat, force est de reconnaître que la politique de libéralisation du marché du travail et de lutte contre le chômage menée par la Pologne a été jusqu’à présent inefficace. En outre, faute de parvenir à développer l’emploi, ces mesures ont échoué à endiguer la pauvreté et l’exclusion. Actuellement, l’action du gouvernement se trouve entravée par le manque de moyens financiers[13] [13] On lira à ce sujet Stéphane Portet, « La Pologne, nouveau...
suite, alors que l’orientation de cette politique inspirée par les grandes institutions internationales n’est contestée par personne et ne fait donc pas l’objet de débats.
● L’inflation maîtrisée
46 La politique restrictive de la Banque centrale (NBP) a permis une réduction drastique de l’inflation (elle est passée de 10,1 % en 2000 à 0,8 % en 2003).
47 Depuis le passage au change flottant, les autorités monétaires ont d’ailleurs régulièrement obtenu des résultats significativement inférieurs à la cible d’inflation qui est aujourd’hui de 2,5 % (+ ou - 1 %).
48 Toutefois, la hausse des prix à la consommation s’est fortement accélérée à partir du deuxième trimestre de 2004, ce qui s’explique principalement par des facteurs ponctuels, en particulier l’augmentation des impôts indirects, l’envolée des prix du pétrole et, surtout, des biens alimentaires qui ont fait l’objet d’une forte demande à l’exportation. Fidèle à une tradition d’intervention rapide, la Banque centrale a relevé, dès l’été 2004, son taux d’intervention de 0,75 point pour le porter à 6,5 %.
49 Un pic semble avoir été atteint en septembre 2004, quand l’inflation s’est élevée à 4,7 % (en glissement annuel).
50 Ensuite, les pressions inflationnistes ont commencé à s’atténuer (+ 3 % en avril 2005), sous l’effet de la décélération de la hausse des prix des biens alimentaires, de l’appréciation du cours du zloty et du ralentissement de la croissance. La Banque centrale a infléchi, en février 2005, l’orientation de la politique monétaire, qui de restrictive est devenue accommodante. Elle a ensuite réduit par trois fois, en mars, en avril et en juin, son taux directeur pour le ramener à 5 %.
51 Le ralentissement très net de la hausse des prix à la production (+ 0,8 % en avril) et de l’évolution de l’ensemble des indicateurs de l’inflation sous-jacente laisse présager une poursuite de la tendance à moyen terme. Ainsi, la Banque centrale prévoit, avec un taux d’occurrence de 50 %, une fourchette d’inflation comprise entre 1,1 % et 2,2 % au quatrième trimestre de 2005 et entre 1,2 % et 3,8 % un an plus tard.
● Reprise du programme de privatisations
52 Certes, quinze ans à peine après le début de la transition, le secteur privé contribue déjà pour plus de 80 % à la production industrielle et emploie presque 60 % des actifs. Mais le gouvernement n’en prévoit pas moins de céder toutes les entreprises publiques qui sont toujours dans le giron de l’Etat, à l’exception des infrastructures maritimes, aéroportuaires, ferroviaires et énergétiques. En conséquence des pans entiers de l’industrie sont censés être vendus par l’Etat, notamment dans les secteurs des mines, de la sidérurgie, de la production et de la distribution de l’énergie et de l’eau.
53 En 2004, les recettes des privatisations, dont le montant prévu par la Loi de finances était de 8,8 milliards de zlotys (2,1 milliards d’euros), se sont finalement élevées à 10,25 milliards de zlotys (2,5 milliards d’euros), et se sont donc inscrites en nette progression par rapport à celles collectées en 2003 (4,2 milliards de zlotys, soit 1 milliard d’euros). Plus de 85 % des revenus encaissés en 2004 étaient liés à une seule opération : l’introduction en bourse de 38,5 % du capital de PKO BP, première banque du pays, avec 22 % des dépôts et 14,2 % des crédits, et dernière grande institution financière encore totalement détenue par l’Etat polonais.
54 Le gouvernement reste fidèle, en 2005, à sa stratégie consistant dans l’introduction en bourse des entreprises publiques, réputée plus efficace que la cession à un investisseur stratégique, car elle présente l’avantage d’éviter d’avoir à rechercher des partenaires stratégiques étrangers. La Loi de finances prévoit des recettes de privatisation de 5,7 milliards de zlotys (1,4 milliard d’euros). Si les revenus engrangés représentaient moins de 9 % de l’objectif annuel fin avril 2005, avec quelques opérations mineures (l’entreprise Zelmer, spécialisée dans la fabrication de produits blancs, l’usine chimique Ciech), ils devraient progresser nettement grâce à la cession, via la bourse de Varsovie, de participations minoritaires dans le groupe pétrolier Lotos (250 millions d’euros) et d’une partie du capital du monopole de distribution de gaz PGNiG.
55 Mais les principales opérations sont aujourd’hui reportées ou bloquées en raison des réticences qu’elles suscitent au Parlement, tous groupes politiques confondus, à l’approche des élections législatives et présidentielle de septembre et octobre 2005 : ainsi, l’introduction en bourse d’une partie du capital de PZU, le plus grand assureur du pays, pour environ 4 milliards de zlotys (1 milliard d’euros), a dû être suspendue à la suite de la mise en place, sous la pression de l’opposition, d’une commission parlementaire chargée d’enquêter sur la régularité de la cession de 30 % des parts de l’assureur au groupe paneuropéen Eureko (basé aux Pays-Bas) en 1999.
56 Dans ce contexte préélectoral difficile, un vote de défiance à l’encontre du ministre du Trésor, Jacek Socha, et de sa politique a même été organisé à l’initiative des députés de l’opposition le 15 avril 2005, mais sans que soit obtenue la majorité requise.
● Vers la fin de la dégradation des finances publiques
57 La situation des finances publiques a constitué une source majeure d’incertitudes pour les marchés financiers depuis le relâchement de la politique budgétaire entamé en 2001, qui a entraîné un creusement du déficit de l’Etat. Les opérateurs s’inquiètent en particulier des conséquences de la progression de la dette publique, qui est strictement encadrée par la loi sur les finances publiques et la Constitution polonaises. Elles prévoient un niveau d’endettement maximum de 55 % à 60 % du PIB et des mesures correctrices à engager en cas de dépassement du seuil, potentiellement néfastes pour l’économie du pays, car trop brutales.
58 Le risque que le seuil de 55 % soit franchi au cours de l’exercice 2005 a été largement évoqué dans un document validé par le gouvernement en septembre 2004. Celui-ci prévoyait que la dette publique, calculée en incluant, conformément à la loi polonaise, les paiements prévus au titre des garanties accordées par le secteur public, pourrait passer de 473 milliards de zlotys fin 2004 (53,6 % du PIB) à 535 milliards en 2005 (56,1 % du PIB).
59 Mais l’arrivée en juillet 2004 de Miroslaw Gronicki au ministère des Finances et l’image de plus grande discipline budgétaire qu’il a réussi à imposer ont permis de rassurer les milieux financiers. Ce dernier a directement bénéficié de l’embellie conjoncturelle : ainsi, la forte croissance, l’appréciation du zloty (de presque 13 % entre avril 2004 et avril 2005) et la progression des recettes de privatisation ont permis de ramener le déficit de l’exercice 2004 à 4,8 % du PIB, alors qu’on avait prévu un ratio de 5,2 %, et de rester dans le cadre des seuils légaux. La dette publique a reculé de 1,2 point en 2004 pour se situer à 50,3 % du PIB en fin d’exercice ; selon le ministre des Finances, elle devrait être comprise entre 52 % et 55 % en décembre 2005.
60 Toutefois, l’inflexion budgétaire ne découle pas des seuls effets mécaniques de la croissance. Le déficit prévisionnel pour 2005, voté dans la Loi de finances, est ainsi inférieur de 10 milliards de zlotys à celui inscrit dans le budget pour 2004 (35 milliards de zlotys, soit 3,7 % du PIB, contre 45,3 milliards de zlotys). Cette réduction repose, bien sûr, sur un environnement macroéconomique favorable, mais aussi sur les relèvements de taxes liés à l’adhésion :
les recettes fiscales escomptées (174,6 milliards de zlotys, soit 42,6 milliards d’euros) sont en hausse de 12,4 % par rapport à celles qui étaient prévues dans la Loi de finances pour 2004.
61 Mais l’ajustement s’opère aussi du côté des dépenses (209,6 milliards de zlotys, soit 51 milliards d’euros), la Loi de finances pour 2005 limitant leur progression en termes nominaux à 4,4 % seulement. Les subventions à la Caisse de sécurité sociale ont ainsi été revues à la baisse (- 6,6 % sur un poste qui représente plus de 20% des dépenses de l’Etat). Cette diminution est justifiée par la suppression de l’indexation des pensions de retraite et d’invalidité prévue dans le « plan Hausner », et qui permettra de réaliser des économies de 4 milliards de zlotys (910 millions d’euros).
62 Pour autant, toutes les difficultés ne sont pas levées, la plupart des mesures contenues dans le « plan Hausner » de réforme des finances publiques, présenté à l’automne 2003, n’ont toujours pas été votées, les parlementaires refusant d’avaliser les coupes les plus drastiques dans les dépenses sociales et l’augmentation des charges sociales dont sont redevables les entrepreneurs indépendants, ce qui a d’ailleurs motivé en partie la démission, en mars 2005, de son auteur. Selon le gouvernement, à la veille des élections législatives de septembre 2005, le plan d’assainissement des finances publiques n’était adopté qu’à hauteur de 46,5 % et sa mise en œuvre intégrale devrait se traduire par un ajustement fiscal de l’ordre de 6,2 milliards d’euros (soit environ 0,7 point du PIB annuel) sur la période 2004-2007, soit moins de la moitié de ce qui était prévu initialement (13,6 milliards d’euros).
63 Pour l’exercice actuel, le déficit budgétaire cumulé sur les quatre premiers mois de 2005 a déjà atteint 40 % de son montant annuel estimé. Néanmoins, alors que les craintes au sujet d’un véritable dérapage du budget, alimentées par le Conseil de politique monétaire, ne s’étaient pas encore concrétisées au printemps 2005, le ministre des Finances avait décidé de relever les taux d’un certain nombre d’accises.
64 En tout état de cause, l’orientation de la politique budgétaire de la Pologne à partir de 2006, qui déterminera ses conditions d’entrée dans le Mécanisme de change européen (MCE II) et l’adoption de l’euro[14] [14] Les autorités polonaises avaient manifesté le souhait...
suite risque d’être modifiée par le gouvernement issu des élections législatives de septembre 2005, l’opposition étant donnée gagnante. Le ministre des Finances actuel a néanmoins indiqué qu’il transmettrait à la Diète, avant que n’intervienne le changement d’équipe à la tête de l’exécutif, un projet de Loi de finances pour 2006 présentant un déficit de 30 milliards de zlotys (3 % du PIB) au maximum. Ce chiffrage est contesté par les partis d’opposition. Plateforme civique (PO) souhaite le voir limité à 15 ou 20 milliards de zlotys, tandis que serait introduit un taux d’imposition unique de 15 % sur les revenus des entreprises et des particuliers. Droit et justice (PiS) a évalué le déficit budgétaire pour 2006 à 26 milliards de zlotys, tout en s’opposant à ce que des coupes soient effectuées dans les dépenses sociales.
65 Les partis de l’extrême droite nationaliste (Ligue des familles polonaises, Samoobrona) préconisent, en revanche, d’augmenter les dépenses, quitte à porter le déficit budgétaire à 35 milliards de zlotys, voire à un montant encore supérieur.
66 Si la Pologne est sortie gagnante de sa première année d’intégration à l’Union européenne, les effets positifs de cette adhésion n’ont pas été ressentis comme tels par tous les acteurs économiques. Ainsi, les entreprises ont pleinement tiré profit du marché unique qui leur a permis de trouver de nouveaux débouchés à l’exportation et de capter des moyens financiers pour cofinancer leurs programmes d’investissements. De leur côté, les agriculteurs, qui étaient rétifs à l’ouverture des marchés, font partie des principaux défenseurs de l’Union européenne, depuis qu’ils perçoivent des aides au titre de la PAC. En revanche, cette adhésion ne manque pas de susciter bien des questions parmi les salariés et les retraités qui ont vu, peu après cet événement, leur pouvoir d’achat s’amenuiser, les premiers parce que la revalorisation des salaires n’a pas suivi l’inflation induite par l’intégration, les seconds, car le plan de redressement des finances publiques, qui avait également pour objectif de dégager des ressources pour le cofinancement de programmes communautaires, stipulait la désindexation de leur pension.
67 Les élections législatives de septembre 2005 permettront sans doute de mieux savoir si le soutien toujours marqué des Polonais à l’Union européenne dans les sondages (77 % en avril, selon l’institut CBOS) se traduira ou non par le rejet des partis populistes et nationalistes de droite comme de gauche, qui ont fait leur lit, lors des précédentes élections, des peurs suscitées par l’Europe.
Annexe
Annexe
Chronologie
68 Vie politique
69 2004
70 13 juin
Premières élections en Pologne de 54 députés européens. Taux de participation : 20,76 % (voir les résultats infra).
71 17 juin
Décès de Jacek Kuron, un des leaders historiques de Solidarnosc, cofondateur du Comité de défense des ouvriers (KOR), ministre du Travail et des Affaires sociales en 1989-1990, et 1992-1993.
72 17-18 juin
Marek Belka participe au Conseil européen de Bruxelles qui adopte le traité constitutionnel européen.
73 24 juin
Le gouvernement Belka obtient la confiance de la Diète, avec 236 voix pour, 215 contre et une abstention.
74 4 octobre
Visite du président Kwasniewski en France, à l’occasion du festival Nova Polska. Des sommets réguliers se tiendront désormais au plus haut niveau entre les deux pays.
75 15 octobre
Vote de confiance accordé par la Diète au gouvernement de Marek Belka par 234 voix (SLD, UP, SdPl, PLD et divers) contre 218 (PO, PiS, PSL, Samoobrona, LPR, divers d’extrême droite et indépendants).
76 22 novembre
Rencontre entre Marek Belka et Jean-Pierre Raffarin, notamment sur la libre circulation des travailleurs polonais en France en 2006, dans certains secteurs (construction, industrie et hôtellerie). Un groupe de travail sera créé à ce sujet, mais mis en veille en février, avant la campagne référendaire en France.
77 18 décembre
Election de Jozef Oleksy, à la tête du SLD, face au dirigeant sortant, Krzysztof Janik.
78 2005
79 5 janvier
Démission de Jozef Oleksy de la présidence de la Diète, son mandat étant annulé par la justice, en application de la loi sur la lustration. Il est remplacé par Wlodzimierz Cimoszewicz, jusque-là ministre des Affaires étrangères. Adam Daniel Rotfeld succède à ce dernier.
80 29 janvier
Démission de Janusz Wojciechowski de la direction du PSL et élection de Waldemar Pawlak.
81 31 janvier
Publication de la « liste Wildstein » sur internet, du nom du journaliste qui en est à l’origine. Les noms de 240 000 personnes ayant collaboré à divers niveaux avec les services secrets et la police politique sont cités, sans que soit clairement définie leur activité précise, sous la période communiste. Des milliers de personnes visitent ce site. Le débat est alors relancé sur l’ouverture des archives communistes. La Pologne est le seul pays en Europe centrale et orientale à refuser leur ouverture au nom de la réconciliation nationale. Même les partis de droite sont divisés sur le sujet.
82 28 février
Réunion à Arras (France) de quatorze ministres français et polonais (Affaires étrangères, Affaires européennes, Intérieur, Economie et Finances, Transports, Agriculture, Emploi) pour renforcer la coopération bilatérale.
83 9 mars
Cérémonie religieuse à Varsovie, en hommage aux 4 500 officiers polonais, faits prisonniers lors de l’invasion de la Pologne en septembre 1939 et abattus en mars 1940, par le NKVD, sur ordre de Staline, dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. Les autorités soviétiques reconnurent en 1989 leur responsabilité, après avoir longtemps attribué ce massacre aux Allemands. Les Russes refusent toujours d’ouvrir leurs archives sur ces faits, malgré l’obstination de l’Institut de la mémoire nationale (IPN).
84 14 mars
Lech Walesa apporte son soutien à Donald Tusk (Plateforme civique) et critique le père Rydzyk, fondateur et animateur de la célèbre et très catholico-nationaliste Radio Maryja, pour avoir appelé le PiS (Droit et justice) à s’allier à la Ligue des familles polonaises, plutôt qu’à Plateforme civique, en vue des élections législatives de septembre 2005.
85 21 mars
Début de la campagne présidentielle de Lech Kaczynski, maire de Varsovie, membre du parti Droit et justice (Pis), droite conservatrice eurosceptique, un des candidats favoris dans les sondages.
86 31 mars
La démission de Jerzy Hausner (SLD) de son poste de vice-Premier ministre, chargé de l’Economie et du Travail, est acceptée. Il rallie une nouvelle formation d’opposition, le Parti démocrate. Il sera remplacé par Jacek Piechota (SLD).
87 2 avril
Décès du Pape Jean-Paul II.
88 19 avril
Izabela Jaruga-Nowacka quitte la présidence de l’Union du travail (UP), pour s’inscrire dans une formation dite Union de la gauche (UL), plus radicale, mais conserve son poste de vice-Premier ministre, en charge de la politique sociale.
89 27 avril
Révélation par l’Institut de la mémoire nationale (IPN) de la collaboration supposée du père Konrad Hejmo, conseiller du Pape Jean-Paul II, avec les services secrets communistes.
90 30 avril
Marek Borowski (SdPl, parti sécessioniste de l’Alliance démocratique de gauche, SLD) lance sa campagne pour l’élection présidentielle.
91 3 mai
Annonce de la candidature à l’élection présidentielle du chef de Plateforme civique (PO), Donald Tusk.
92 5 mai
La proposition d’autodissolution de la Diète n’est pas votée. La majorité requise était des trois cinquièmes, soit 277 voix. 255 députés seulement ont voté pour.
93 6 mai
Démission du gouvernement de Marek Belka, refusée par le président Kwasniewski.
94 8 mai
Le président Kwasniewski et le général Jaruzelski se rendent à Moscou pour le 60e anniversaire de victoire sur l’Allemagne nazie.
95 18 mai
Wlodzimierz Cimoszewicz (ex-ministre des Affaires étrangères, SLD, et président de la Diète), déclare n’être pas candidat à l’élection présidentielle.
96 19 mai
Sommet des pays du Triangle de Weimar à Nancy, en présence de J. Chirac, A. Kwasniewski et G. Schröder. La coopération entre les trois pays sera renforcée et les réunions trilatérales plus régulières. Dans cette optique, réunion à Varsovie, le 27 juin, des ministres des Affaires étrangères, Ph. Douste-Blazy, J. Fischer et A. Rotfeld, sur la coopération scientifique et technique et les relations avec l’Ukraine.
97 21 mai
Démission de l’ensemble de la direction du SLD.
98 22 mai
Accusée par ses pairs de népotisme, Zyta Gilowska quitte la vice-présidence de Plateforme civique, puis le parti lui-même.
99 29 mai
Convention nationale du SLD. Election à la présidence du parti de Wojciech Olejniczak, jeune ministre de l’Agriculture, face à Marek Dyduch, secrétaire général sortant et tenant de la ligne dure face aux scissionnistes du SdPl. Il est le symbole de l’arrivée en politique d’une nouvelle génération. Il sera remplacé au ministère par J. Pilarczik (SLD).
100 31 mai
Lancement du Mouvement patriotique (RP), sous le patronage de la très catholique et nationaliste Radio Maryja et sous la direction de Jan Olszewski et Antoni Macierewicz.
101 4 juin
Henryka Bochniarz, Parti démocrate, est désignée candidate à l’élection présidentielle.
102 5 juin
● Confirmation de la candidature de Zbigniew Religa, cardiologue de grand renom, se disant indépendant, mais néanmoins sénateur centriste, élu sur la liste Bloc Sénat 2001 et président d’honneur d’une petite formation centriste.
● Maciej Giertych est désigné par la Ligue des familles polonaises candidat à l’élection présidentielle.
103 11 juin
« Parade de l’égalité » à Varsovie, organisée par des associations homosexuelles et interdite par le maire, Lech Kaczynski.
104 18 juin
« Parade de la normalité », à l’initiative de l’extrême droite, en réponse à la précédente, et autorisée.
105 29 juin
W. Cimoszewicz annonce finalement sa candidature à l’élection présidentielle, tout en se démarquant du SLD, et appelant au rassemblement des « gens honnêtes », pour défendre les intérêts de la Pologne et non des personnes ou des clans, en finir avec « les guerres politiciennes polono-polonaises ». Sa campagne électorale sera néanmoins dirigée par Jolanta Kwasniewska, la femme du Président sortant.
106 Economie
107 2004
108 Juillet
● Le Conseil des ministres présidé par le nouveau Premier ministre, Marek Belka, réaffirme son soutien à la stratégie de rationalisation des dépenses de l’Etat.
● Le Conseil des ministres des Affaires économiques et financières de l’UE (dit Ecofin) ratifie la décision de la Commission européenne donnant jusqu’à 2007 à la Pologne pour ramener son déficit budgétaire sous la barre des 3 % du PIB.
● Les conclusions d’une enquête de la Banque centrale sur l’évolution des prix, au cours de la période allant de mi-avril à fin juin, font état d’un net renchérissement de plusieurs catégories de produits.
● Le Premier ministre annonce la démission du ministre des Finances, Andrzej Raczko. Il est remplacé par Miroslaw Gronicki qui occupait le poste d’économiste en chef à la Bank Millennium, l’une des principales banques privées polonaises, contrôlée par le groupe financier portugais BCP.
● M. Gronicki indique qu’il souhaite ramener le déficit budgétaire pour 2005 de 38,8 milliards de zlotys (8,6 milliards d’euros) à 35 milliards de zlotys (7,8 milliards d’euros).
● Le Conseil de politique monétaire (RPP) relève les taux d’intérêt directeurs de 25 points de base. Le taux d’intervention est fixé désormais à 6 %, le taux de réescompte à 6,5 % et le taux lombard à 7,5 %.
109 Septembre
● Le Conseil de politique monétaire (RPP) relève à nouveau ses taux d’intérêt directeurs, cette fois de 50 points de base, surprenant les marchés financiers qui tablaient sur une augmentation de 25 points au maximum.
● Les prévisions d’inflation à l’horizon 2006 publiées par la Banque nationale de Pologne (NBP) sont très pessimistes sur les chances d’un ralentissement rapide des prix à la consommation.
● Le ministre des Finances, Miroslaw Gronicki, confirme que la Pologne souhaite soumettre à la Commission européenne un programme de réduction du déficit budgétaire de l’Etat, permettant au pays de satisfaire aux critères de Maastricht dès 2007, afin d’adopter l’euro en 2009.
● Le gouvernement adopte le projet de Loi de finances pour 2005 prévoyant un déficit de 35 milliards de zlotys.
110 Octobre
A l’occasion de l’adoption de ses lignes directrices pour 2005, le Conseil de politique monétaire (RPP) indique que son objectif principal vise à ramener la hausse des prix à la consommation à l’intérieur d’une fourchette de +/- 1 % autour d’une valeur pivot de 2,5 %.
111 Novembre
L’introduction à la Bourse de Varsovie de 38,5 % du capital de la plus grande banque de détail du pays, PKO BP, se déroule sans incidents. La hausse de 20% du prix de l’action, qui a clôturé à 23,7 zlotys (5,5 euros) trouve son origine dans la forte demande des investisseurs institutionnels étrangers qui avaient été les moins bien servis.
112 Décembre
Le Parlement adopte la Loi de finances pour 2005 fixant le montant des dépenses de l’Etat à 209,6 milliards de zlotys (51 milliards d’euros), les recettes budgétaires à 174,6 milliards de zlotys (42,6 milliards d’euros) et le déficit à 35 milliards de zlotys (8,4 milliards d’euros) ; le déficit prévu est inférieur de plus de 20 % à celui de 2004 et représente 3,7 % du PIB selon les normes polonaises.
113 2005
114 Janvier
● Le gouvernement adopte le projet de Plan de développement national (NPR) précisant quelle utilisation est prévue pour les fonds communautaires susceptibles d’être attribués à la Pologne dans le cadre des perspectives financières 2007-2013 de l’Union européenne. Le plan porte au total sur 560 milliards de zlotys (142 milliards d’euros).
● Selon la Vice-Premier ministre en charge de la politique sociale, Izabela Jaruga-Nowacka, la réorganisation du volet financier de la réforme de la Caisse d’assurances sociales des agriculteurs (KRUS), qui fait partie du plan de rationalisation des dépenses publiques (« plan Hausner »), sera reportée à la prochaine législature, faute d’un soutien suffisant à la Diète
115 Février
Estimant que le scénario macroéconomique sur lequel est basée la dernière version du programme de convergence 2005-2007, présentée par les autorités polonaises, est trop optimiste, la Commission européenne recommande à ces dernières de mettre en œuvre un programme d’assainissement des finances publiques plus rigoureux.
116 Avril
● Le Conseil de politique monétaire (RPP) abaisse de 50 points de base les principaux taux d’intérêt directeurs.
● Selon les données de l’Agence polonaise pour les investissements étrangers (PAIiZ), la Pologne a accueilli en 2004 un flux d’IDE de 7,8 milliards de dollars, soit un chiffre en augmentation de 23 % par rapport à celui de 2003 et le meilleur résultat depuis 2000.
117 Mai
● Le Conseil de politique monétaire (RPP) abaisse, pour le deuxième mois consécutif, les principaux taux d’intérêt directeurs de 50 points de base. D’« accommodante » l’orientation de sa politique monétaire devient « neutre ».
● Dans un rapport dressant le bilan de la première année d’intégration à l’UE, le gouvernement polonais estime que cette adhésion a été bénéfique, notamment parce que le pays a été bénéficiaire net en 2004 des transferts financiers en provenance de l’Union européenne.
● Tablant sur une croissance du PIB de 4 % en 2006, moins robuste que celle prévue par les économistes (entre 4,3 et 4,5 %), et une inflation moyenne de 1,5 %, le ministère des Finances souhaite limiter le déficit budgétaire à 30 milliards de zlotys (3 % du PIB).
● Selon le ministère des Finances, le déficit budgétaire cumulé sur les quatre premiers mois de 2005 s’est élevé à 13,9 milliards de zlotys (3,3 milliards d’euros), soit 40 % du montant annuel. Pour augmenter les recettes de l’Etat, le ministère souhaite relever les accises sur les fiouls domestiques et instaurer une accise sur le gaz pour les particuliers. Les recettes fiscales supplémentaires engendrées par ces mesures sont estimées à 2,35 milliards de zlotys (560 millions d’euros).
Principales formations politiques
118 Groupes parlementaires (plus de 15 députés):
SLD Alliance de la gauche démocratique, gauche post-communiste
PO Plateforme civique, droite libérale conservatrice
PiS Droit et justice, droite conservatrice eurosceptique
PSLParti paysan polonais, agrariens de gauche
SdPl Social-démocratie polonaise, gauche issue d’une scission du SLD
Samoobrona Autodéfense, gauche populiste agrarienne nationaliste et anti-européenne
LPR Ligue des familles polonaises, extrême droite nationaliste anti-européenne
119 Cercles parlementaires (de 3 à 15 députés) :
UP Union du travail, gauche
SG Parti économique, ex-PLD (Parti démocratique paysan), agrariens de gauche
Dom Ojczysty Maison paternelle, extrême droite nationaliste anti-européenne
KL Conservateurs populaires (ex-SKL), agrariens de droite
RKN Mouvement catholique national, extrême droite nationaliste anti-européenne
PP Entente polonaise, extrême droite nationaliste anti-européenne
ROP Mouvement pour la reconstruction de la Pologne, droite nationaliste
Groupes sénatoriaux (si différents de la Diète) :
Bloc Senat 2001 Alliance de la droite issue de l’Action électorale Solidarité
PD Parti démocrate, ex-UW (Union de la liberté), centre libéral
Autres :
Centrum Parti du centre, centre droit (proche de Zbigniew Religa)
IPN Institut de la mémoire nationale
RP Mouvement patriotique, droite nationaliste regroupant notamment le RKN et le ROP dans la perspective des prochaines élections législatives
UL Union de la gauche, extrême gauche, issue en partie d’une scission de l’UP
Résultats des dernières élections
120 ● Election présidentielle du 8 octobre 2000
Taux de participation : 61,1 %
-
121 ● Elections législatives
Etant donné la composition très erratique de la Diète et du Sénat, les changements d’alliances et les diverses scissions intervenues depuis le scrutin du 23 septembre 2001, ainsi que l’existence de groupes et de cercles parlementaires fluctuants, les résultats des élections de septembre 2001 n’ont plus de signification.
-
-
122 ● Référendum sur l’adhésion à l’Union européenne : 8 juin 2003
Taux de participation : 59,63 %
« Oui » : 78,02 %
123 ● Elections parlementaires européennes du 13 juin 2004
Taux de participation : 20,76 %
-
Composition du gouvernement (fin juin 2005)*
124
- Premier ministre : Marek Belka (ex-SLD, proche de PD)
- Vice-Premier ministre, en charge de la politique sociale : Izabela Jaruga-Nowacka (ex-UP, devenue UL)
- ● Ministres :
- Affaires étrangères : Adam Daniel Rotfeld
- Affaires européennes : Jaroslaw Petras
- Défense : Jerzy Szmajdzinski (SLD)
- Economie et Travail : Jacek Piechota (SLD).
- Finances : Miroslaw Gronicki
- Agriculture : Jozef Jerzy Pilarczyk (SLD)
- Intérieur : Ryszard Kalisz (SLD)
- Santé : Marek Balicki (SdPl)
- Justice : Andrzej Kalwas
- Trésor : Jacek Socha
- Education : Miroslaw Sawicki
- Infrastructure : Krzysztof Opawski
- Sciences et Informatique : Michal Kleiber
- Culture : Waldemar Dabrowski
- Environnement : Tomasz Podgajniak Sans portefeuille : Slawomir Cytrycki (Chef de la Chancellerie du Premier ministre)
125 * Sauf indication contraire, les ministres ne sont pas affiliés à un parti.
Bibliographie
Sélection bibliographique
Ouvrages
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Notes
[ (1)] Du nom d’un producteur de télévision, Lew Rywin, soupçonné d’avoir tenté de soustraire de l’argent au rédacteur en chef du quotidien Gazeta Wyborcza, Adam Michnik, en échange de sa promesse de faciliter l’acquisition par le groupe de presse Agora d’une chaîne de télévision. Cette affaire de corruption de grande ampleur a surtout mis en lumière les connexions troubles entre le monde politique (et notamment le parti au pouvoir, le SLD) et les milieux d’affaires et du spectacle. Néanmoins, il n’a pas pu être prouvé que Rywin avait agi « sur commande » et il a donc été condamné seul. L’affaire Rywin a également été l’occasion de mettre en place une commission d’enquête parlementaire qui a fourni une tribune au président du groupe parlementaire de Plateforme civique, Jan Rokita.
[ (2)] Du nom du groupe pétrolier PKN Orlen, dont le PDG, Andrzej Modrzejewski, a été démis de ses fonctions quelques jours après avoir été appréhendé par la police. La commission d’enquête mise en place devait tenter de faire la lumière sur les circonstances de cette arrestation, mais elle s’est rapidement désintéressée de la question pour se concentrer sur les liens personnels du président Kwasniewski avec l’homme d’affaires controversé, Jan Kulczyk, principal actionnaire du groupe et l’un des hommes les plus riches du pays. L’affaire Orlen a surtout offert la possibilité à la Ligue des familles polonaises par la voix de son leader, Roman Giertych, de s’en prendre au chef de l’Etat et de dénoncer entre autres la collusion entre les post-communistes et le monde économique, mais plus généralement la corruption régnant depuis le changement de régime, toutes élites politiques confondues. La commission d’enquête a notamment exigé la comparution de A. Kwasniewski, ce que celui-ci a refusé. Elle s’est ensuite lancée dans une campagne visant à permettre la divulgation des dossiers de l’ancienne police politique.
[ (3)] Il s’agit du sigle désignant une compagnie d’assurances (Powszechny Zaklad Ubezpieczen) privatisée par le précédent gouvernement de droite dans des conditions obscures.
[ (4)] La divulgation du nom de l’agent au Vatican par le président de l’Institut de la mémoire nationale (IPN), Leon Kieres, a été vivement critiquée. Ce dernier n’a pas, par la suite, été reconduit dans sa fonction.
[ (5)] Le Parti démocrate (Partia Demokratyczna, ou PD), officiellement fondé en mai, est en fait la nouvelle appellation de l’Union de la liberté (UW). Son président est Wladyslaw Frasyniuk qui occupait les mêmes fonctions à l’UW.
[ (6)] Il s’agit de l’Union de la gauche (Unia Lewicy, ou UL), rassemblant divers groupuscules d’extrême-gauche.
[ (7)] Terme désignant les présidents des fédérations régionales, d’ordinaire très influents au sein du parti, notamment Grzegorz Kurczuk (Lublin), Zbigniew Zaborowski (Haute-Silésie), Krzysztof Martens (Subcarpathie) ou encore Jacek Zdrojewski (Mazovie), ce dernier ayant démissionné après l’élection d’Olejniczak à la tête du SLD.
[ (8)] Pour mémoire, rappelons que S. Tyminski, milliardaire canado-péruvien totalement inconnu et à la réputation sulfureuse, avait accédé au second tour de la présidentielle en devançant le Premier ministre de l’époque, Tadeusz Mazowiecki (23 % des voix contre 18 %). Il fut ensuite très largement battu au second tour par Lech Walesa. A noter que Stanislaw Tyminski a annoncé son intention de se porter à nouveau candidat cette année.
[ (9)] Cette appellation inédite ne doit rien au hasard : elle atteste de la volonté manifeste du parti de séduire la frange jeune de l’électorat particulièrement friande de nouvelles technologies. Néanmoins, il convient de préciser que le changement de dénomination s’explique également par le fait que fut enregistré quelques jours auparavant un parti du même nom.
[ (10)] L’appellation officielle de la fonction est Médiateur pour les droits civiques (Rzecznik Praw Obywatelskich, RPO).
[ (11)] Il s’agit de la Confédération polonaise des employeurs privés « Léviathan » (Polska Konfederacja Pracodawcow Prywatnych « Lewiatan », ou PKPP).
[ (12)] Zyta Gilowska était accusée d’avoir employé sa belle-fille et d’avoir salarié son fils (certes à des salaires inférieurs à ceux du marché) pour réaliser diverses études.
[ (13)] On lira à ce sujet Stéphane Portet, « La Pologne, nouveau laboratoire du modèle de protection sociale ?», La nouvelle Alternative, vol. 19, n° 62, octobre 2004.
[ (14)] Les autorités polonaises avaient manifesté le souhait d’entrer dans le MCE II dès l’adhésion, puis d’adopter l’euro au plus vite. La situation budgétaire les a progressivement conduits à modifier cette stratégie et à repousser la date de mise en circulation de l’euro à 2010.
Résumé
La Pologne se trouve à la veille de changements politiques sans doute majeurs, qui risquent fort d’aboutir à une redéfinition des priorités économiques, comme des modes de gestion. Les grandes manœuvres préludant à la tenue, à l’automne, d’élections législatives, puis présidentielle, mettent au grand jour la profondeur du malaise qui ronge des élites politiques, issues de la dissidence ou ex-communistes, ayant épuisé leur capital de confiance, après quinze années de transition à marche forcée, émaillées de nombre de scandales et de compromissions. Leur collusion avec certains médias et les milieux économico-financiers, les accusations portées pour collaboration avec la police politique à l’époque communiste, ou tout simplement la «reconversion» contestée des dirigeants de l’époque, ont abouti à la ruine de la crédibilité du grand vainqueur de 2001 : l’Alliance de la gauche démocratique (SLD). Le gouvernement du Premier ministre, Marek Belka, nommé en mai 2004, est pourtant parvenu à éviter la tenue d’élections anticipées, mais a dû procéder à de nombreux remaniements. L’opposition de droite (qu’elle soit libérale ou nationaliste, souvent antieuropéenne, soucieuse des valeurs chrétiennes de la Pologne) d’où se détachent Plateforme civique, Droit et justice − dont le leader Lech Kaczynski sera sans doute le rival de Wlodzimierz Cimoszewicz à l’élection présidentielle − et la Ligue des familles polonaises, est à l’origine d’une sorte d’examen de conscience générale sur le passé récent, pouvant déboucher sur la fondation d’une IVe République. Les retombées positives de l’intégration à l’Union européenne bien que s’annonçant moins importantes en 2005 qu’en 2004, ont permis à l’économie d’atteindre les 5,4 % de croissance, de dynamiser l’investissement et surtout de doper les exportations qui, avec une progression de 25,6 % en 2004, ont occasionné un excédent des échanges avec l’UE de près d’un milliard d’euros. La consommation individuelle, par contre, s’est contractée en raison notamment des fortes tensions sur le marché du travail, la Pologne affichant le taux d’emploi le plus bas de l’UE (51,2 %). Les sévères ajustements dans le domaine des finances publiques n’augurent également rien de bon pour certaines couches de la population, même si les agriculteurs grâce aux aides communautaires ne figurent plus parmi les premiers lésés d’une intégration que les observateurs s’accordent à considérer comme réussie.
Poland Towards Change Poland is on the eve of undoubtedly major political changes which could drastically redefine its economic priorities as well as its modes of management. The great manoeuvres which are taking place as a prelude to the autumn legislative elections, to be followed by the presidential election, openly reveal the deep malaise gnawing at those political élites with dissident or communist origins who have exhausted their stores of public confidence after fifteen years of accelerated transition marked by numerous scandals and compromises. Their collusion with some of the media, economicfinancial business milieus, accusations of collaboration with the communist-era political police, or simply the «reconversion» of that era’s leaders, have contributed to ruining the credibility of the 2001 winner : the Alliance of the Democratic Left (SLD). At first transitional, the government of prime minister Marek Belka, appointed in May 2004, has, however, been able to ward off early elections but not without carrying out numerous reshufflings. The right-wing opposition (whether this be liberal or nationalist, often anti-European, concerned with Poland’s Christian values) consisting in the Civic Platform, Law and Justice whose leader, Lech Kaczynski, will undoubtedly become the rival of Wlodzimierz Cimoszewicz, and the League of Polish Families, leads the general soulsearching on the recent past that it hopes will lead to the foundation of the IVth republic. The positive results of European Union integration, although expected to be less promising in 2005 than in 2004, have enabled the economy to reach 5.4 % growth, to revitalize investments and above all to boost exports which, with a 25.6 % increase in 2004, resulted in a trade surplus of nearly one billion Euros with the EU. Individual consumption, on the other hand, has declined due mainly to severe labor market tensions, as Poland’s employment rate is the lowest in the EU (51.2 %). Strict adjustments in the area of public finance portend little good for some strata of the population, even if the farmers, enjoying European Community subsidies, are not among the first suffering from integration, which observers consider to be a success.
PLAN DE L'ARTICLE
- En attendant l’automne 2005
- Economie : ombres sur les bénéfices de l’adhésion à l’UE
- ● Un dynamisme lié à l’entrée dans l’UE
- ● Forte progression des exportations
- ● Les retombées directes de l’adhésion
- ● Incertitudes sur la consommation
- ● L’emploi, toujours un sujet d’inquiétudes
- ● L’inflation maîtrisée
- ● Reprise du programme de privatisations
- ● Vers la fin de la dégradation des finances publiques
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
François Richard et Antoine Danzon « En marche vers l'alternance », Le Courrier des pays de l'Est 4/2005 (n° 1050), p. 152-173.
URL : www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2005-4-page-152.htm.











