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S'inscrire Alertes e-mail - Le Courrier des pays de l'Est Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezSlovénie 2004-2005 Virage politique
AuteurHugues Sachter du même auteur
Maître de conférences, Faculté des sciences économiques de l’Université d’Artois, Equipe de recherches économiques interdisciplinaires (EREIA). Manuscrit clos en juin 2005La Slovénie a connu en 2004-2005 un double mouvement : accession à l’Union européenne et à l’Otan, renversement de majorité politique au Parlement, avec l’installation d’une coalition de centre droit à la suite de l’affaiblissement de l’ancien parti majoritaire de gauche, Démocratie libérale. Pour des raisons qui sont peut-être conjoncturelles, ces événements se sont déroulés sur fond de croissance forte, d’amélioration de l’emploi, d’intensification des échanges extérieurs avec une réorientation des flux. A terme, les rigidités structurelles de l’économie slovène pourraient provoquer de sérieuses difficultés face à la concurrence mondiale et c’est à l’aune de la gestion de cette impérative adaptation que l’on pourra juger de l’efficacité de la nouvelle configuration du pouvoir.
Une première véritable alternance
2 Au moment de l’entrée de la Slovénie dans l’Union européenne (UE) le 1er mai 2004, il était clair qu’un changement était en train de s’opérer, avec la perte de popularité de l’équipe et des partis au pouvoir depuis l’indépendance, au profit de l’opposition de droite. Si le référendum sur l’adhésion à l’UE, le 23 mars 2003, avait été un succès avec 60 % de participation et 90 % de « oui », celui sur les « effacés »[1] [1] En 1992, à la suite de l’indépendance de la Slovénie,...
suite, le 4 avril 2004, fut une sorte de désaveu pour les dirigeants en place, confirmé par les élections européennes de juin 2004 qui envoyèrent au Parlement de Strasbourg quatre membres de l’opposition d’alors sur un total de sept députés.
3 Pendant ce temps, le gouvernement de coalition mené par le LDS (Démocratie libérale) aux côtés du DeSUS (Parti démocratique des retraités) et du ZLSD (Liste unie des sociauxdémocrates), se consacrait à une gestion essentiellement technique de l’intégration européenne, en cherchant à pousser ses avantages dans ses relations économiques (commerce et investissements) avec ses voisins orientaux et, plus particulièrement, l’ex-Yougoslavie. La coalition avait toutefois été mise à l’épreuve en avril 2004, le SLS (Parti populaire) ayant quitté le gouvernement. Les ministres appartenant à ce parti durent être remplacés, de même que, par la suite, ceux qui avaient été élus au Parlement européen[2] [2] Voir les résultats en annexe. ...
suite. La nomination de Janez Potocnik, ancien ministre des Affaires européennes[3] [3] Economiste à la réputation de technicien, à la tête...
suite comme commissaire européen chargé de la Science et de la Recherche au sein de l’équipe de J. M. Barroso, a contribué à alimenter la chronique, de même que l’accession de la Slovénie à la présidence tournante de l’OSCE à compter du 1er janvier 2005, puis à celle de l’Union européenne, initialement prévue pour le deuxième semestre de 2007, mais qui a été repoussée au premier semestre de 2008.
4 Mais le retour de la droite se préparait sur d’autres terrains : celui de l’affirmation de l’intégrité territoriale face aux revendications croates (incident diplomatique le 22 septembre, provoqué par une « expédition » délibérée et préélectorale du président du SLS, Janez Podobnik, et de onze autres personnes)[4] [4] Ils étaient délibérément entrés en territoire croate,...
suite, amenant la Slovénie à retirer jusqu’à nouvel ordre son soutien à la candidature croate à l’UE ; celui du sourd refus de l’intégration des « byzantins »[5] [5] Le terme de « byzantin », légèrement dépréciatif,...
suite de l’ex-Yougoslavie (affaire de la construction de la mosquée de Ljubljana, multiplication des incidents avec les Roms et les réfugiés bosniaques), tandis que les autorités slovènes redoutent de nouvelles immixtions de Belgrade dans la politique intérieure ; celui de l’histoire (contentieux concernant la guerre des partisans durant la Seconde Guerre mondiale, l’affaire dite de Bleiburg[6] [6] L’armée anti-communiste croato-slovène en déroute (domobrani)...
suite ayant eu lieu en territoire ethniquement slovène, et tous les fusillés de 1945 n’ayant pas forcément été des collaborateurs); celui des restitutions, à la suite de l’éclatement de la Yougoslavie ; enfin celui de la religion.
5 Le refus de la proposition du patronat de faire du dimanche un jour travaillé (référendum de septembre 2003) procédait sans doute autant d’une conviction religieuse que de la volonté de défendre des « droits acquis ». Par contre, la nomination du Cardinal archevêque de Ljubljana, France Rode, comme Préfet de la Congrégation pour les institutions de vie consacrée, en février 2004, témoigna de la confiance de Jean-Paul II dans le rôle et le dynamisme de la petite Eglise slovène, à l’influence doctrinale importante.
6 Les élections législatives du 3 octobre 2004 ont confirmé les grandes tendances qui se dessinaient depuis plusieurs mois en plaçant le Parti démocrate (SDS) devant la formation qui a dominé la scène politique depuis l’indépendance, Démocratie libérale (LDS), avec 29,08 % des voix, contre 22,80%.
7 Curieusement, la Liste unie des sociaux-démocrates, (ZLSD), ex~communiste, a relativement bien résisté, se situant en troisième position (10,17 %).
8 Trois partis de droite, Nouvelle Slovénie (NSi), libéral, le Parti populaire (SLS), populiste, le Parti national slovène (SNS), nationaliste, ont obtenu entre 6 % et 9 %, et le Parti démocratique des retraités (DeSUS) a dépassé les 4 % lui permettant de se maintenir au Parlement.
9 Ainsi, le SDS, dirigé par Janez Jansa, a été en mesure de proposer une large coalition, à laquelle le LDS, mais également le ZLSD, ainsi que les nationalistes du SNS ont refusé de participer.
10 L’accord de coalition (SDS-SLS-NSi-DeSUS) a été signé le 23 novembre 2004 et le gouvernement est entré en fonction le 3 décembre suivant. Autant dire que l’action gouvernementale au cours des troisième et quatrième trimestres de 2004 a été extrêmement réduite. La nouvelle équipe comporte peu de personnes aguerries, à l’exception du Premier ministre, Janez Jansa, du ministre des Finances, Andrej Bajuk, qui fut brièvement Premier ministre en avril-octobre 2000 et du ministre des Affaires étrangères, Dimitrij Rupel, qui a finalement retrouvé le portefeuille qu’il avait dû abandonner en juillet 2004, peu après qu’il eut quitté son parti (Démocratie libérale).
Né en 1958, J. Jansa a effectué des études de journalisme tout en militant dans les Jeunesses communistes. Il était à la tête de l’organisation de Ljubljana en 1982, quand la direction de la Ligue de Slovénie, inquiète de ses menées dissidentes, le mit à l’écart. Tout emploi public lui étant interdit pour cause d’anticonformisme, il créa une entreprise d’informatique et de communication au service de la dissidence. Lors d’une première libéralisation du régime (1985), il put intégrer la revue de réflexion de la jeunesse, Mladina. En 1998, la justice militaire yougoslave engagea des poursuites contre lui, ainsi que contre trois autres personnes, parce qu’ils avaient révélé que les plans de la célèbre « Défense territoriale populaire » visaient essentiellement à étouffer tout mouvement séparatiste. Fort du soutien massif de la population, en particulier pour avoir revendiqué l’usage du slovène lors du procès, il finit par être libéré et participa alors à la formation de la coalition de l’opposition, Demos.
Après la victoire électorale de cette coalition en 1990, il devint ministre de la Défense et contribua largement à ce que l’indépendance soit conquise sans violence en déjouant les tentatives de répression de l’armée fédérale yougoslave. Il demeura à ce poste jusqu’en 1994, date à laquelle une affaire de livraisons d’armes à la Croatie le contraignit à la démission. Il retrouvera ce ministère dans l’éphémère gouvernement de droite d’Andrej Bajuk, en 2000. Il se consacra ensuite au parti qu’il avait fondé, le SDS (Parti démocrate). Malgré son passé agité, il jouit d’une grande popularité, étant considéré, sans doute à juste titre, comme l’un des pères de la rupture avec le système communiste et de l’indépendance nationale.
11 L’avenir du LDS, dont le rôle a été si prépondérant, apparaît aujourd’hui bien sombre. Il semble que ce parti ne se soit jamais remis du départ de son leader, Janez Drnovsek, élu à la présidence de la République en décembre 2002 ; et le maintien inattendu de Anton Rop à sa tête signifie qu’aucune alternative n’a été trouvée, qu’il s’agisse de ses responsables ou de son programme.
12 Le nouveau gouvernement est avant tout profondément européen et il se dit libéral. Dans le premier discours prononcé après sa prise de fonction, le 7 décembre 2004, le Premier ministre a déclaré que la priorité était la libéralisation des marchés et que l’accélération des privatisations ne venait qu’au second rang. Il a confirmé cette option dans une déclaration du 14 avril 2005, dans laquelle il réitère son attachement à l’économie sociale de marché.
13 Des modifications ont été apportées dans l’organisation ministérielle. Les affaires européennes ne sont plus traitées au sein d’un ministère, mais directement par le cabinet du Premier ministre, au sein duquel a été créé un office ad hoc.
14 De même, un « Conseil stratégique de développement économique », sorte de Conseil d’analyse économique « à la française », a été institué pour assister le chef du gouvernement. Le ministère des Finances et celui de l’Economie sont toujours distincts. Ce dernier concentre la plupart des prérogatives concernant la conduite de la transition et de l’intégration européenne dans son domaine d’intervention qui, outre l’économie et les services, a été étendu à l’énergie et aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).
15 Bien que l’opposition, désormais au pouvoir, ait prospéré parce que s’effritait un système mêlant étroitement (comme au temps du communisme) pouvoir économique et pouvoir politique, on ne peut dire pour autant qu’une « chasse aux sorcières » ait été déclenchée dans les grandes entreprises publiques. La compétence des patrons et de leurs collaborateurs n’est pas contestée et ils sont, par ailleurs, trop peu nombreux pour qu’on puisse envisager de renvoyer certains d’entre eux pour des raisons idéologiques. Le pragmatisme slovène se borne donc à corriger les dérives les plus gênantes en ce qui concerne la transparence, afin de rétablir les droits des citoyens actionnaires et les changements dans la direction des entreprises se font à pas comptés. Pour couronner le tout, le principe d’indépendance de la Banque centrale implique le maintien de Mitja Gaspari (qui fut ministre des Finances dans plusieurs gouvernements LDS) à la tête de l’institution jusqu’en 2007, date actuellement fixée pour l’entrée du pays dans la zone euro.
Une politique étrangère au service de l’expansion économique
16 La montée en charge de l’intégration de la Slovénie aux institutions européennes a sans doute constitué le principal souci et pôle d’attraction des autorités comme de la population. Mais les autres échéances n’ont pas été négligées.
17 L’accession à la présidence de l’OSCE en 2005 a, en quelque sorte, représenté un « bis » par rapport à l’adhésion du 1er mai 2004, et préparé celle de l’Union européenne (ce sera la première fois que celle-ci sera exercée par un pays devenu adhérent lors du dernier élargissement), fixée à 2008, immédiatement après l’entrée programmée dans la zone euro.
18 La Slovénie maintient un contingent en Afghanistan et mène une politique de soutien aux opérations en Irak sans implication armée directe : des instructeurs participent à la formation de la police irakienne en territoire jordanien.
19 Après son entrée dans l’Otan, la défense de son espace aérien a été confiée à l’Italie, tandis que les autorités militaires tentaient de trouver une « niche » pour les forces armées dans le déminage et les opérations en montagne[7] [7] La mise en avant par les autorités de l’unité de chasseurs...
suite.
20 La grande affaire du printemps aura été la rumeur selon laquelle celui qui fut secrétaire de la Ligue des communistes avant l’indépendance, puis chef de l’Etat de 1990 à 2002, Milan Kucan, serait nommé au poste de Haut Représentant de l’Onu en Bosnie-Herzégovine. Qu’il se soit agi d’un ballon d’essai de la communauté internationale pour responsabiliser un membre de l’UE, qui faisait partie de la Yougoslavie et ne fut pas impliqué dans les conflits consécutifs à l’éclatement, ou d’un projet pour fin de carrière de l’intéressé, les réactions ont montré que la Slovénie était encore trop « yougoslave » pour offrir une image de neutralité parfaite.
21 En Europe centrale et orientale, comme dans les Balkans occidentaux, la politique d’expansion économique de la Slovénie va de pair avec sa diplomatie. Dans les PECO, elle anime un front des « petits » pays, mettant à profit pour ce faire la position qu’elle occupe au sein de l’Initiative centre européenne (ICE) et de l’OSCE. Elle participe activement à la mise en place d’une eurorégion, qui couvrirait l’espace dit Alpes-Adria : Vénétie, Vénétie Julienne, Carinthie, Styrie, Slovénie.
22 Dans les Balkans occidentaux, elle joue un rôle important au sein du Pacte de stabilité ainsi que de l’Initiative de coopération d’Europe du Sud-Est (ICESE), tout en menant une diplomatie bilatérale très dynamique avec ses anciens partenaires yougoslaves (avec lesquels continue de se poser la question de l’héritage de la dette de la RFSY). L’accord pour la protection du bassin de la Save a été intégré le 29 décembre 2004 à celui plus global conclu entre pays danubiens, et la Slovénie a participé le 23 septembre 2004 à une conférence, organisée par l’Italie et consacrée à une gestion concertée des eaux de la mer Adriatique dans le cadre de l’Initiative adriatique et ionienne.
23 A ces actions politiques dans les Balkans viennent s’ajouter d’autres, de nature différente, dans les PECO, à l’occasion des privatisations, qui connaissent des hauts et des bas ainsi que des retours en arrière. Les groupes slovènes soumissionnent systématiquement aux appels d’offres, mais semblent ensuite pris dans les méandres d’opérations qui n’aboutissent pas toujours. Ils réussissent cependant parfois à emporter le marché, comme dans le cas de l’entreprise de presse et d’imprimerie macédonienne, Nova Makedonija.
24 Toutefois, l’interdiction de vendre en Serbie-et-Monténégro et en République serbe de Bosnie-Herzégovine pendant l’été 2004, les jus de fruits de la marque slovène « Fructal », soupçonnés d’être toxiques, ont porté un coup dur au prestige d’une industrie agroalimentaire, réputée jusqu’alors pour la qualité de ses produits. L’interdiction a été rapidement levée, mais les tenants et aboutissants de cette affaire restent mystérieux, étant sans doute liés à des projets de reprise, mal acceptés dans ces pays, d’usines agro-alimentaires (en particulier la mythique eau minérale « Knjaz Milos », à Arandjelovac, en Serbie) par des sociétés slovènes.
25 Reste la question de la Croatie, dont la Slovénie soutient activement la candidature à l’UE (ne serait-ce, très cyniquement, que pour ne plus devoir assumer, à terme, la responsabilité de la protection de la frontière extérieure de l’UE...). Après divers épisodes assimilés à des provocations (instauration en mer Adriatique d’une Zone de protection écologique et de pêche par les Croates en 2004, contentieux finalement réglé sous les auspices de la Commission européenne, incident dont fut victime Janez Podobnik, évoqué supra), les perspectives semblent s’être clarifiées avec la rencontre, le 29 novembre 2004 (donc avant même la prise de fonctions officielle du gouvernement slovène) du Premier ministre croate, Ivo Sanader, et de Janez Jansa, qui se sont tous les deux prononcés pour une procédure d’arbitrage concernant le différend frontalier. Divers accords bilatéraux avaient été conclus précédemment sur les zones frontalières, l’une, le 14 juillet 2004, concernant les activités touristiques et l’autre, agricoles, le 20 septembre 2004. Une deuxième rencontre, informelle, des deux hommes, le 6 mars 2005 à Bovec (Slovénie), a été qualifiée de fort cordiale[8] [8] Le HDZ et le SDS ont quelques affinités : leurs responsables...
suite. D’autres questions restent cependant en suspens : circulation des camions croates en Slovénie, postesfrontières routiers, surtout sur l’axe Zagreb-Novo Mesto, centrale nucléaire de Krsko, sur la frontière croatoslovène et qui alimente les deux pays.
Une envolée économique menacée à terme
26 Contrairement à de nombreuses anticipations, l’économie slovène a enregistré en 2004 sa meilleure performance (4,9 %) depuis 2000. Il semble que ses entreprises aient saisi au bond les opportunités offertes par l’ouverture totale du marché européen, l’industrie ayant réalisé des scores remarquables au cours des trois premiers trimestres, le quatrième ayant été marqué par des signes d’essoufflement attribués à la hausse du prix du pétrole. La situation de l’emploi s’améliore progressivement, le nombre de chômeurs étant à son niveau le plus bas depuis l’indépendance (93 138 personnes en février 2005, soit 10,3 % de la population active)[9] [9] Delo, 18 avril 2005, citant un communiqué de l’Institut...
suite. La mesure visant à supprimer les charges pesant sur les bas salaires adoptée durant l’été 2004 a pu contribuer à cette évolution. L’inflation, de son côté, a été contenue dans des limites assez strictes, tendant à s’approcher de la barre des 3 % exigés par les critères de Maastricht (3,2 % fin 2004) et, surtout, la tendance s’inscrit à la baisse de façon durable. Deux facteurs contradictoires jouent : une augmentation de la productivité plus rapide que celle des salaires, mais une hausse des prix des matières premières et du pétrole, accélérée par le relèvement des tarifs des services publics. Au début de 2005, le tableau s’assombrissait notablement, avec une chute de la production industrielle, une légère remontée du chômage (93 138 chômeurs recensés, soit 10,4 %, ou encore 6,4 % selon les normes du BIT), malgré une augmentation du nombre des salariés (0,2 %), et une inflation relativement stable (3,4 % en taux annuel au premier trimestre)[10] [10] Delo, 18 avril 2005,22 avril 2005,18 mai 2005. ...
suite.
27 Toutefois le nombre absolu de chômeurs a baissé, sans doute en raison de la démographie : la population est en effet en recul.
28 Les entreprises ont des projets, investissent dans le pays et à l’étranger (ce qui leur vaut d’être accusées par certains médias de « délocaliser », par exemple, lorsque le très dynamique fabricant d’électro-ménager Gorenje rachète des entreprises polonaises et tchèques), et n’hésitent pas à ouvrir leur capital à des partenaires étrangers. Pourtant, alors que le pays est en butte à des difficultés récurrentes pour ce qui est de son approvisionnement en énergie et en matières premières, il n’est pas certain que le « miracle slovène » survive à la concurrence agressive des pays d’Asie ou des nouveaux membres de l’UE.
29 Tout dépendra de la capacité à faire évoluer une structure productive industrielle passablement « classique », où la mécanique et le textile tiennent une grande place. Les projets de Renault (Revoz à Novo Mesto) semblent prendre une tournure favorable.
30 Si l’on peut déplorer la faiblesse du secteur tertiaire (qui contribue à hauteur seulement de 51 % à la formation du PIB), on notera les efforts actuels consacrés aux transports, au tourisme et à la distribution. Ainsi, dans le secteur des transports, l’interconnexion du port de Koper est désormais achevée, avec une autoroute en direction de Ljubljana, doublée d’une voie ferrée dont le financement a été assuré par la Banque européenne d’investissements (BEI) ; le tronçon autoroutier Mariborfrontière hongroise est en cours de construction, et des projets portant sur l’acheminement de fret international vers le Sud et Istanbul, en coopération avec les chemins de fer autrichiens, sont à l’étude. Le tourisme, malgré sa réputation de parent pauvre, n’en contribue pas moins pour 10 % au PIB (la moitié de son chiffre d’affaires est réalisé grâce aux visiteurs étrangers), ce qui est remarquable, compte tenu de l’exiguïté du littoral et du domaine skiable ; sans doute, ce succès doit-il être attribué à la stratégie très offensive déployée pour développer l’offre de jeux de hasard, notamment dans le secteur hôtelier. Dans la distribution, le groupe Mercator, première entreprise slovène, qui a bâti son expansion sur le hard discount, au détriment du petit commerce local, a des visées dans l’ensemble des Balkans.
31 Néanmoins, l’avenir de l’économie slovène va dépendre de la capacité des gouvernants à prendre un certain nombre d’orientations à même de faire sortir le pays de sa situation ambiguë, entre sous-traitant du monde occidental et investisseur agressif dans les PECO. Il semble néanmoins que derrière l’appel aux investisseurs étrangers dans le cadre des privatisations se profilent des pratiques financières peu claires : le recours au financement obligataire se révélant exceptionnel, on peut penser que les autorités cherchent plus à accroître la valeur des entreprises qu’à dégager des moyens d’exploitation[11] [11] Intervention d’Ivan Ribnikar, professeur à la faculté...
suite.
32 En ce qui concerne l’avènement de l’économie de la connaissance, et malgré l’existence d’un système ad hoc en charge de la formation, on peut se demander si le fait qu’un Slovène détienne le portefeuille de la science et de la recherche au sein de la Commission européenne suffira à lui donner l’impulsion nécessaire. La politique du nouveau gouvernement visant à encourager un entrepreneuriat individuel dynamique devrait logiquement être un facteur favorable. Mais encore faudra-t-il que les assouplissements prévus du marché du travail n’entraînent pas une rupture du consensus slovène et, par ricochet, un appauvrissement de la structure productive. En effet, l’ouverture totale des frontières va provoquer des mouvements frontaliers qui vont, certes, alléger la contrainte de l’emploi, mais qui vont également priver les entreprises, dans l’avenir, de travailleurs.
33 L’avenir du pays est, par ailleurs, tributaire des investissements directs étrangers (IDE), qui ont enfin reçu un statut, avec la loi du 15 juillet 2004, adoptée sous la pression des partenaires occidentaux. Leur faible niveau a été une constante de la Slovénie en transition, du fait d’une politique passablement corporatiste et cocardière, qui refusait d’ouvrir le capital des firmes d’Etat à des participations étrangères. On constate néanmoins d’importants partenariats stratégiques, tant dans l’automobile (Renault), que dans les pneumatiques (Goodyear), la pharmacie (Novartis), l’aluminium (Talum), le ciment (Lafarge) ; les restrictions faites aux IDE peuvent surtout s’interpréter comme un manque de volonté d’accueillir des implantations étrangères (probablement pour préserver des équilibres et des monopoles nationaux), mais cette attitude défensive s’avère désormais dangereuse face aux menaces qui pèsent sur les secteurs traditionnels. Il reste à la loi sur les IDE, entrée en vigueur en décembre 2004, à faire la preuve de son efficacité.
34 La Slovénie conserve pour l’instant son système de partenariat social, fondé sur des accords tripartites entre gouvernement, patronat et organisation syndicale unifiée. Le système d’indexation anticipée des salaires est relativement coûteux, mais au cours de 2004, compte tenu des réserves de main-d’œuvre, l’augmentation de la production a fait apparaître des gains de productivité importants. Le temps de travail reste élevé, soit 41,5 heures par semaine en moyenne[12] [12] Chiffres du BIT, relevés par Delo du 1er septembre...
suite, tandis que la tendance à la prolongation de l’activité se fait jour, avec la réforme des retraites. Le nouveau système à trois piliers se met en place, ce qui a entre autres effets de conduire les particuliers à augmenter leurs placements financiers et, en conséquence, à restructurer complètement leur portefeuille.
35 Les salaires ont progressé de 5,5 % au cours de 2004, soit plus que l’inflation, ce qui explique la bonne tenue de la consommation (en hausse de 3,8 %) ; cette dernière s’est portée en partie sur les produits de l’UE, désormais plus facilement accessibles.
36 Les mouvements sociaux ont été assez rares, ce qui pourrait changer si des réformes structurelles venaient à toucher le marché du travail. En effet, déjà, l’entrée en vigueur d’une nouvelle loi sur les bourses dans l’enseignement supérieur a suscité de vifs débats au Parlement et provoqué des heurts violents entre la police et les étudiants à Maribor. Par ailleurs, le projet de réforme des retraites a rencontré une opposition syndicale totale lors des consultations.
Les multiples implications de l’adhésion à l’UE
37 L’entrée de la Slovénie, en juin 2004, dans le mécanisme de change européen (MCE II) s’est déroulée sans incidents, ne nécessitant qu’une intervention de la Banque centrale au cours de l’année.
38 Le taux de change par rapport à l’euro reste donc stable (aux alentours de 240 tolars pour 1 euro), mais sans doute le pays tire-t-il profit de la structure géographique de ses échanges commerciaux, qui donne la prééminence aux marchés européens, et du fait qu’ils sont libellés en euros, et non en dollars.
39 Le déficit budgétaire est en légère augmentation depuis quelques années, mais reste conforme aux prévisions, et surtout, ne dérape pas, malgré l’érosion des recettes. Une politique relativement restrictive dans les services publics, engagée par le précédent gouvernement, semble avoir contribué à cette réussite. Dès lors, l’endettement public net (29,5 % du PIB à la fin du troisième trimestre de 2004) reste très inférieur au seuil autorisé par la Banque centrale européenne pour participer à l’euro. Toutefois, compte tenu de la petite taille du pays, une crise dans des secteurs industriels étatisés (l’acier par exemple) pourrait avoir un fort impact négatif. La dette extérieure reste elle aussi contenue, de l’ordre de 15 millions de dollars (les réserves de change représentent la moitié de ce montant). En fait, la faiblesse du déficit commercial, à caractère structurel (le taux de couverture est de 95 %) est un élément important pour la bonne santé de l’économie slovène.
40 Ses bonnes performances économiques ont permis au pays de devenir contributeur net au budget du FMI, statut dont se félicitent les autorités. Quant aux sommes allouées au titre des fonds européens, elles n’ont pas été utilisées, et de loin, dans leur intégralité. Toute-fois, les succès que connaît la Slovénie sur le plan économique risquent de se retourner contre elle : avec un PIB par habitant équivalant, fin 2004, à 77 % de la moyenne européenne[13] [13] Eurostat, cité par Delo, 3 décembre2004. ...
suite, elle ne peut pas prétendre à certains Fonds structurels, ce qui continue de poser la question des modalités de la régionalisation, problème qui date de bien avant l’indépendance. Si la politique d’aménagement du territoire a été redéfinie fin juillet 2004, elle se fonde sur des réseaux d’agglomérations. Or, la politique européenne exige un découpage territorial selon les différentes catégories de la Nomenclature d’unités territoriales statistiques (NUTS) pour définir contractuellement les aides attribuées au titre des fonds structurels. La Slovénie a mené sur ce point une bataille d’arrière-garde, continuant de refuser, comme au temps de l’autogestion, un regroupement des communes en régions.
41 Sans doute se jugeait-elle moins développée qu’elle ne l’était réellement (son PIB représentait 68 % de la moyenne de l’UE en 1995), mais surtout la cohésion territoriale du pays est bien plus fragile que ne le laisse supposer l’unité linguistique. Tout découpage peut, en effet, alimenter des revendications identitaires, voire nationalistes dans les anciennes provinces autrichiennes de Carniole, de Carinthie et de Styrie, ainsi que dans les régions baignées par la mer Adriatique, qui furent longtemps italiennes. Deux options sont toujours en discussion avec l’UE[14] [14] Delo, 8 juillet 2004. ...
suite : une subdivision entre Ljubljana avec sa région et le reste du pays, ou la constitution de trois régions, Ljubljana, Ouest, Est. Si la première proposition repose sur une logique administrative, la seconde a davantage de consistance d’un point de vue géopolitique.
42 Un autre effet de l’adhésion se manifeste par l’arrivée, sur le marché de l’immobilier, de non Slovènes, alors que, dans le même temps, la controverse fait rage dans le pays sur l’orientation à donner à la politique du logement. En effet, l’offre ne permet pas de satisfaire la demande : dès lors, qui doit construire ? Le secteur public (principalement les offices HLM municipaux), ou le secteur privé ? En outre, les contraintes liées à la protection de l’environnement ne risquent-elles pas d’entraver les efforts visant à dynamiser l’activité dans le bâtiment ?
Une économie largement ouverte sur l’extérieur
43 Il est avéré que l’économie de la Slovénie est ouverte sur l’extérieur, ses échanges étant relativement équilibrés; toutefois, en ce qui concerne les marchandises, le déficit commercial s’est creusé de 22 % en 2004. La balance des transactions courantes est également en léger déficit, ce qui souligne une fois de plus la faiblesse du secteur tertiaire, et notamment des services aux entreprises, malgré les efforts réalisés en faveur du tourisme et des transports. Géographiquement, le pays demeure centré sur ses voisins immédiats (la France faisant exception, mais avec celle-ci il s’agit essentiellement d’échanges intra-industriels de Renault avec sa filiale Revoz). En deuxième position viennent les anciens partenaires yougoslaves, la Croatie se situant en tête[15] [15] Anomalie statistique qui s’explique par l’exportation...
suite. Au total, l’UE absorbe 66,2 % des exportations de la Slovénie et lui fournit 79 % de ses importations.
44 L’entrée dans l’UE a eu, globalement, des effets négatifs sur les exportations, mais positifs sur les importations : les ventes aux nouveaux Etats membres (8,3 % du total) sont restées au même niveau, tandis que les achats en provenant augmentaient quelque peu (8,7%)[16] [16] Source : Minefi DGTPE, 21avril 2005. ...
suite.
45 Les produits manufacturés, les biens intermédiaires et les équipements de transport (automobiles) représentent près de la moitié des exportations ; les articles textiles ont vu leur part dans ce total se contracter de 3,9 %.
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46 En fait, l’adhésion a eu deux conséquences contradictoires. L’alignement sur un tarif extérieur commun a eu pour effet, dans un premier temps, d’augmenter de façon artificielle les exportations de la Slovénie vers les Balkans, puis de les réduire, tandis que de nouveaux marchés (Belgique, Grèce) s’ouvraient à elle. Les services ont également bénéficié de la libéralisation des échanges (+ 11,3 %), en raison notamment d’un accroissement des prestations offertes par le port de Koper. Sans doute l’adhésion à l’UE explique-t-elle en partie l’augmentation en 2004 (+ 13 %) des importations de produits agro-alimentaires (produits frais), une évolution qui, si elle se confirmait, pourrait être à l’origine de difficultés pour les producteurs sudbalkaniques, traditionnellement orientés vers la Slovénie.
47 Les IDE, enfin, ne contribuent guère à combler les déficits puisque, depuis l’acquisition de l’entreprise LEK (pharmacie) par le Suisse Novartis, les flux sont pratiquement taris. En effet, les IDE entrants correspondent le plus souvent à des augmentations de capital dans des entreprises existantes de la part des partenaires stratégiques, et non à des reprises ou à des créations.
48 De plus, la Slovénie est exportatrice nette de capitaux, l’essentiel de ses investissements à l’étranger étant destiné à l’ex-Yougoslavie, et dans une moindre mesure, aux autres pays d’Europe centrale et orientale.
Les échanges commerciaux entre les deux pays ont nettement progressé en 2004 (+ 21,1 %). Cela est dû pour partie à la bonne tenue de l’économie slovène, qui se reflète dans la hausse de la consommation. Le solde des échanges est toujours en faveur de la France, le taux de couverture ayant atteint 160 %. Les échanges francoslovènes restent néanmoins dominés par les flux intra-branches entre le groupe Renault et Revoz, sa filiale slovène, et qui sont composés, à l’importation, par des pièces et des équipements, avec la mise en oeuvre d’un grand projet de doublement des capacités de l’usine de Novo Mesto, et, à l’exportation, par des véhicules (Clio pour l’instant). Mais l’ouverture européenne s’est également accompagnée d’une relance des exportations de véhicules PSA (Citroën-Koper a pris la suite de Cimos, longtemps assembleur de la marque). L’automobile concerne la moitié environ du commerce entre les deux pays. De leur côté, industries mécaniques et électriques entretiennent un flux permanent. Toutefois, la vente d’un Falcon (Dassault) a gonflé le poste aéronautique de manière atypique. Enfin, si les produits cosmétiques se maintiennent, la pharmacie continue d’afficher des résultats en hausse, grâce à la présence d’Aventis et de Servier. Ceci étant, la part de marché française en Slovénie a reculé avec l’entrée du pays dans le marché européen, alors que celles de l’Allemagne et de l’Italie stagnaient et que seule l’Autriche, parmi ses partenaires traditionnels, parvenait à augmenter de près d’un tiers ses exportations[*] [*] La part des importations en proven ance d’Autriche dans...
suite.
Une note de la Mission économique[**] [**] « Filiales françaises en Slovénie », note du 16 février...
suite près l’ambassade de France indique qu’il y aurait 40 filiales d’entreprises françaises dans le pays. A part Revoz et les sociétés pharmaceutiques, Lafarge a porté sa participation, via sa filiale autrichienne, à 61,5 % dans la cimenterie de Trbovlje, et la Société Générale a acquis des actions de la banque SKB. Les équipements et fournitures pour l’automobile dominent les investissements français, mais on relève également la présence d’un fabricant de remontées mécaniques et de diverses entreprises de services (Véritas, Eurest).
-
49 Le « miracle slovène » évoqué par la Banque mondiale en 2004 reposait sur la consolidation des positions acquises dans la RSFY et la réorientation de l’activité vers l’Ouest. Le consensus social institutionnalisé impliquait également une forte synergie entre l’Etat et les grandes entreprises publiques.
50 L’exposition accrue à la concurrence nécessite sans doute de procéder à des amendements du système de protection sociale, mais ces derniers ne peuvent avoir un sens que si l’entrepreneuriat privé (à défaut d’improbables IDE) peut offrir un relais à la croissance.
51 Certes, le processus de Lisbonne se retrouve d’autant plus dans tous les discours que le commissaire européen à la Science et à la Recherche est un Slovène, mais est-ce suffisant pour faire émerger un nouveau mode d’organisation économique ? Ceci étant, le pays a déjoué tous les pronostics pessimistes depuis son indépendance, mais la vaste recomposition mondiale actuellement à l’œuvre exige à l’évidence des adaptations rapides qu’un pays vieillissant et frileux hésitera peut-être à réaliser.
Annexe
Annexe
Chronologie
52 2004
53 4 juin
● Visite officielle du ministre des Affaires étrangères de Serbie-et-Monténégro, Vuk Draskovic. Les relations entre les deux Etats entrent dans une phase de consolidation. Ce pays est le 9e client de la Slovénie, qui lui destine 3,1 % de ses exportations.
● Réunion des secrétaires d’Etat aux Affaires étrangères de Slovénie, Croatie, Italie avec la Commission européenne, à Bruxelles, pour régler le contentieux sur l’instauration d’une Zone de protection écologique et de pêche par la Croatie, en mer Adriatique. Ayant fait des concessions, celle-ci obtient le soutien de Rome et de Ljubljana en vue de son adhésion à l’UE.
54 13 juin
Premières élections au Parlement européen. L’opposition remporte 4 sièges sur 7.
55 28 juin
La Slovénie adhère au MCE II. Pendant deux ans, la stabilité du taux de change sera étroitement surveillée. Si les critères de Maastricht sont respectés, le pays intégrera la zone euro en 2007.
56 1erjuillet
Libéralisation du prix de l’énergie pour les entreprises.
57 14 juillet
Accord frontalier avec la Croatie concernant les régions touristiques. Le 20 septembre, un autre texte est signé concernant l’agriculture.
58 28 juillet
Nomination de Janez Potocnik au poste de commissaire européen à la Science et à la Recherche ; elle sera confirmée le 16 août.
59 30 août
Mise en service de la ligne ferroviaire Ljubljana-Belgrade pour le transport de marchandises. C’est le résultat d’une coopération entre les chemins de fer croates, slovènes et serbes.
60 1erseptembre
Admission de la Slovénie à Europol.
61 22 septembre
« Excursion » de Janez Podobnik, président du Parti populaire (SLS) et de onze membres de ce parti, en territoire croate, sur fond de litige sur la délimitation des frontières, déclenchant un incident diplomatique.
62 3 octobre
Elections législatives, victoire de l’opposition de droite (voir les résultats ci-dessous).
63 25 octobre
Election de France Cukjati (SDS) à la présidence de l’Assemblée nationale.
64 25 octobre
Nomination de Mgr Aljz Uran, archevêque de Ljubljana, en remplacement du cardinal France Rode, appelé en février au Vatican pour être Préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée.
65 25 novembre
Achèvement de la liaison ferroviaire Ljubljana-Koper.
66 29 novembre
Première rencontre entre Janez Jansa et le Premier ministre croate, Ivo Sanader : accord pour remettre le contentieux frontalier à l’arbitrage international.
67 7 décembre
Première allocution de Janez Jansa sur les orientations économiques et sociales de son gouvernement.
68 15 décembre
Entrée en vigueur de la loi sur les investissements directs étrangers (IDE) qui a été adoptée le 15 juillet. Ce texte dresse la liste des aides logistiques (informations, conseils) qui seront apportées aux investisseurs étrangers et prévoit l’affectation de fonds, dans le cadre d’un programme quinquennal, à la création d’un environnement favorable. Une agence ad hoc et indépendante du ministère de l’Economie sera créée pour gérer toutes les questions afférentes aux IDE.
69 2005
70 1erjanvier
La Slovénie prend la présidence de l’OSCE.
71 5 janvier
Visite du ministre des Affaires étrangères slovène, Dimitrij Rupel, à Kiev, au titre de l’OSCE.
72 25 janvier
Visite du Premier ministre, Janez Jansa, au siège de l’Otan. Si la situation se stabilise en Irak, il est possible que le nombre d’instructeurs slovènes de la police irakienne, localisés en Jordanie, soit augmenté, et qu’ils effectuent leur mission en Irak. Les députés de l’opposition critiquent ces propos.
73 2 février
Réunion de la Commission pour les pétitions, les droits de l’homme et l’égalité des chances, avec l’ombudsman, concernant les « effacés ».
74 3 février
Visite de la ministre des Affaires étrangères de Macédoine, Ilinka Mitreva. Elle s’entretient avec le président Janez Drnovsek, et le président du Parlement, France Cukjati. Les deux parties déclarent que la frontière de la Macédoine avec la Serbie-et-Monténégro, et longeant le Kosovo, doit être précisément fixée et sécurisée, avant que ne s’engagent les négociations sur son futur statut. Ilinka Mitreva demande le soutien, indispensable selon elle, de la Slovénie dans sa marche vers l’adhésion à UE et l’Otan, notamment de faire bénéficier la Macédoine de son expérience acquise lors des négociations d’adhésion.
75 4 février
Résolution du Parlement européen sur le différend frontalier croato-slovène.
76 6 mars
Rencontre informelle entre Janez Jansa et Ivo Sanader, son homologue croate, à Bovec (Slovénie).
77 11 mars
Visite du président du Parlement autrichien, Andreas Kohl, pour évoquer la question du droit de la minorité slovène en Autriche.
78 7 avril
Rencontre entre le Président slovène, Janez Drnovsek, et les représentants de la communauté rom.
79 27 avril
Discours contesté du Premier ministre, près de Ribnica, lors de la célébration du Jour de la Résistance. C’est là qu’eut lieu en 1941 un combat entre l’organisation anti-fasciste illégale et qualifiée de terroriste (TIGR), et l’occupant italien. TIGR (Trieste, Istria, Gariza, Rijeka) a été créée en 1927, dans une région sous administration italienne depuis 1918. Une controverse est lancée, J. Jansa ayant accusé les communistes d’avoir « monopolisé » la résistance, passant sous silence ou même dénonçant les actions anti-fascistes des non communistes, ce que nient les anciens combattants. Il a souligné certains aspects négatifs de la résistance, du fait « des crimes », commis par tous, indifféremment.
80 4 mai
Réélection de Janez Jansa à la tête du SDS.
81 2 juin
Le gouvernement adopte un plan de campagne d’information sur l’euro, qui sera lancée début 2006.
82 23 juin
Le gouvernement adopte une Stratégie pour le développement national. La première priorité concerne l’économie, avec pour objectif d’atteindre le niveau moyen européen en 2015, ce qui nécessite un taux de croissance de 5 % par an.
83 30 mai
Janez Jansa déclare que le « non » français au référendum sur le TCE n’est pas un échec pour l’Europe.
84 31 mai
Réunion de l’Assemblée parlementaire de l’Otan à Ljubljana.
Principales formations politiques
85 Coalition au pouvoir (novembre 2004) :
SDS Parti démocrate
NSi Nouvelle Slovénie
SLS Parti populaire slovène
DeSUS Parti démocratique des retraités
86 Opposition :
LDS Démocratie libérale
ZLSD Liste unie des sociaux-démocrates
SNS Parti national slovène
Résultats des dernières élections
87 ● Election présidentielle des 10 novembre et 1erdécembre 2002
Taux de participation : 72,07 % au premier tour, 65,39 % au second
-
88 ● Election de l’Assemblée nationale du 3 octobre 2004
Taux de participation : 60,65 %
-
89 ● Référendum sur l’adhésion à l’Union européenne : 23 mars 2003
Taux de participation : 60 %
« oui » : 90 %
90 ● Elections au Parlement européen du 13 juin 2004
Taux de participation : 28 %
-
91 ● Ratification du TCE : 1erfévrier 2005
Le Parlement dit « oui » avec 79 voix pour, 4 contre et 7 abstentions
Composition du gouvernement (juin 2005)
92
- Premier ministre : Janez Jansa (SDS)
- Ministres :
- ffaires européennes, coordonnées par Marcel Koprol, Secrétaire d’Etat au cabinet du Premier ministre. Il supervise l’Office des affaires européennes
- Affaires étrangères : Dimitrij Rupel (SDS)
- Défense : Karl Erjavec (DeSUS)
- Finances : Andrej Bajuk (NSi)
- Intérieur : Dragutin Mate (SDS)
- Economie, et en charge de l’énergie et des NTIC : Andrej Vizjak (SDS)
- Agriculture, Sylviculture et Industrie agroalimentaire : Marija Lukacic (SDS)
- Transports : Janez Bozic (SLS)
- Travail, Famille et Affaires sociales : Janez Drobnic (NSi)
- Justice : Lovro Sturm (NSi)
- Administration publique : Gregor Virant (SDS)
- Santé : Andrej Brucan (SDS)
- Enseignement universitaire, Sciences et Technologies : Jure Zupan (SDS)
- Education et Sports : Milan Zver (SDS)
- Environnement, Aménagement du territoire : Janez Podobnik (SLS)
- Culture : Vasko Simoniti (SDS)
- Ministre sans porte-feuille chargé du Développement régional et des Collectivités locales :
Ivan Zagar (SLS)
Bibliographie
Sélection bibliographique
Banque mondiale, Slovenia : From Yugoslavia to the European Union, Washington, 2004,446 p.
Beaumelou (Fabienne), Planinsec (Urska), « Slovénie. Oui à l’Europe, sans illusions », in Europe centrale et orientale 2003-2004. Retrouvailles européennes, Le courrier des pays de l’Est, n° 1044, juillet-août 2004, pp. 235-247.
Bernard (Antonia) (sous la direction de), La Slovénie et l’Europe. Contributions à la connaissance de la Slovénie actuelle, L’Harmattan, 2005,170 p.
Blanc (Hélène) (sous la direction de), « Croatie, Slovénie », Transitions et sociétés, n° 7, décembre 2004,100 p.
Cater (Tomaz), Pucko (Danijel), « Corporate and Business Strategies in Slovenian Firms », South East Europe Review For Labour and Social Affairs, vol. 8, n° 1, 2005, pp. 39-60.
Damijan (Joze P.), « Trade Reintegration of Southeastern Europe. The Role of Slovenia », Eastern European Economics, vol. 43, n° 2, mars-avril 2005, pp. 25-56.
Della Guardia (Gilles), Exporter en Slovénie, Mission économique de Ljubljana, UBIFrance, Paris, 2005,240 p.
Economist Intelligence Unit, « Slovenia » Country Report, Country Profile. Fonds monétaire international, « Republic of Slovenia : Selected Issues and Statistical Appendix », IMF Country Report, 2004,57 p.
Vukadinovic (Nebojsa), « Slovénie », in Tableau de bord des pays d’Europe centrale et orientale 2004, Les Etudes du CERI, n° 112, vol. 2, décembre 2004, pp. 4-10.
Notes
[ (1)] En 1992, à la suite de l’indépendance de la Slovénie, environ 30 000 personnes d’origine non slovène, et souvent bosniaque, ont été effacées des registres et se sont retrouvées sans droits. En octobre 2003, une loi les leur restituait rétroactivement. Al’initiative de l’opposition, un référendum eut lieu en avril 2004 : si le taux de participation fut de 30 %, 94,6 % des votants s’exprimèrent contre cette restitution. En raison de l’importance de l’abstention, le vote a été considéré comme symbolique et n’a pas empêché l’application de la loi, qui concerne 18 000 personnes.
[ (2)] Voir les résultats en annexe.
[ (3)] Economiste à la réputation de technicien, à la tête de l’équipe des négociateurs avec l’UE depuis 1998, il n’était entré au gouvernement qu’en 2002.
[ (4)] Ils étaient délibérément entrés en territoire croate, en traversant un petit pont non contrôlé, sur une partie de la frontière contestée depuis 1991, et ayant refusé de montrer leurs pièces d’identité à la police au prétexte qu’ils estimaient être en territoire slovène, ils avaient été retenus quelques heures. Dans le contexte pré-électoral, l’incident ne fut pas sans rappeler celui que provoqua le ministre de l’Intérieur macédonien, Ljube Boskovski, nationaliste, sur la rive albanaise du lac de Prespa à la veille des élections législatives de 2002.
[ (5)] Le terme de « byzantin », légèrement dépréciatif, s’applique indistinctement à toutes les populations de l’ex-Yougoslavie vivant dans les régions situées au sud de la Save et du Danube.
[ (6)] L’armée anti-communiste croato-slovène en déroute (domobrani) se trouvait à Bleiburg (sur la Drave) en territoire autrichien fin avril 1945, quand les Britanniques refusèrent sa reddition et la refoulèrent vers l’armée populaire yougoslave. Nombre de ses membres furent exécutés, et la controverse sur le chiffre exact des victimes n’a jamais cessé.
[ (7)] La mise en avant par les autorités de l’unité de chasseurs alpins pourrait aussi être motivée par la politique de promotion du sport et du tourisme à destination des sportifs de montagne de haut niveau.
[ (8)] Le HDZ et le SDS ont quelques affinités : leurs responsables n’ont pas de passé communiste, n’ont pas eu l’occasion d’être en conflit d’autant que J. Jansa est toujours passé pour un partisan de l’indépendance croate.
[ (9)] Delo, 18 avril 2005, citant un communiqué de l’Institut national de statistique. Selon le BIT, le taux de chômage ne serait que de 6,1 %.
[ (10)] Delo, 18 avril 2005,22 avril 2005,18 mai 2005.
[ (11)] Intervention d’Ivan Ribnikar, professeur à la faculté d’économie de Ljubljana, septembre 2004.
[ (12)] Chiffres du BIT, relevés par Delo du 1er septembre 2004.
[ (13)] Eurostat, cité par Delo, 3 décembre2004.
[ (14)] Delo, 8 juillet 2004.
[ (15)] Anomalie statistique qui s’explique par l’exportation d’électricité par la centrale de Krsko, commune aux deux pays.
[ (16)] Source : Minefi DGTPE, 21avril 2005.
[ *] La part des importations en proven ance d’Autriche dans le total des achats slovènes est ainsi passée de 8,6 % à 11,5 % (note de la Mission économique de Ljubljana du 22 avril 2005) ; sans doute cela s’explique-t-il par le fait qu’auparavant les Slovènes devaient se rendre en Autriche pour s’approvisionner, alors qu’à présent les produits autrichiens peuvent être achetés dans le commerce local.
[ **] « Filiales françaises en Slovénie », note du 16 février 2005.
Résumé
Au terme de treize années de pouvoir sans discontinuité, le ténor de la scène politique slovène, le parti Démocratie libérale, a dû céder la place au Parti démocrate, à l’issue des élections législatives du 4 octobre 2004. S’appuyant sur une coalition de centre droit réunissant quatre formations, menée par le très charismatique Janez Jansa, «père» de l’indépendance slovène, le nouveau gouvernement a pour tâche de préparer la Slovénie à mieux affronter une donne économique en complète redéfinition sur le plan mondial comme européen. La nouvelle loi sur les investissements étrangers de juillet 2004 devrait y contribuer. Certes, le pays dispose de solides atouts : une bonne santé économique comme en témoignent le taux de croissance (4,9 %, le meilleur depuis 2000) et les autres indicateurs fondamentaux, qu’il s’agisse de l’inflation, de l’ampleur modérée des déficits budgétaire et commercial, un niveau de vie le plus élevé des nouveaux pays membres, dopé, en 2004, par une nouvelle augmentation de la consommation. Capable de tirer le meilleur parti de sa position géographique et de son appartenance passée à la Fédération yougoslave, la Slovénie entretient des relations étroites, pas uniquement économiques, avec les pays successeurs de l’ex-Yougoslavie, mais qui restent parfois délicates avec la Croatie. Déployant dans les institutions européennes une activité remarquée (présidence de l’OSCE en 2005, portefeuille du Commissariat européen chargé de la Science et de la Recherche, entrée dans le MCE II en juin 2004), ce nouvel Etat membre de l’UE doit trouver un second souffle, ce qui implique de s’attaquer à certaines rigidités structurelles de son appareil de production, une adaptation impérative, dont le consensus social, propre à ce pays démographiquement vieillissant, risque de faire les frais.
Slovenia A Political TurnWith the October 4, 2004 legislatives, and after thirteen years of continual power, the leader of the Slovene political scene, the Liberal Democracy of Slovenia party, has ceded its place to the Democratic Party. Based on a center-right coalition of four groups under the leadership of the very charismatic Jenez Jansa, «father» of Slovene independence, the new government set about to prepare Slovenia to deal better with the economic reality and its complete redefinition on the world and European scene. The new law on foreign investments of July 2004 should contribute to this. Of course, the country enjoys solid advantages : good economic health as shown by its growth rate (4.9 %, the best since 2000), and other fundamental indicators, such as inflation, the moderate budget and trade deficits, and a standard of living higher than that of the new member states, boosted in 2004 by a new increase in consumption. Capable of using its geographic location to best advantage and its past membership in the Yugoslav Federation, Slovenia has maintained close, and not only economic, relations with the countries of the ex- Yugoslavia, although these remain at times delicate with Croatia. Playing a remarkable role in European institutions (2005 OSCE presidency, the post of European Commissioner for Science and Research, entry into ERM II in June 2004), this new EU member State should gain new impetus, meaning that it will have to battle some structural rigidity in its production apparatus, a requisite adaptation, for which social consensus in this demographically ageing country might have to pay the price.
PLAN DE L'ARTICLE
- Une première véritable alternance
- Une politique étrangère au service de l’expansion économique
- Une envolée économique menacée à terme
- Les multiples implications de l’adhésion à l’UE
- Une économie largement ouverte sur l’extérieur
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Hugues Sachter « Slovénie 2004-2005 Virage politique », Le Courrier des pays de l'Est 4/2005 (n° 1050), p. 251-265.
URL : www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2005-4-page-251.htm.










