2005
Le Courrier des Pays de l’Est
Avant-propos
Les quinze pays d’Europe centrale
et orientale, dont huit sont désormais
intégrés à l’Union européenne, ont évolué
en 2004-2005, selon des trajectoires
souvent spécifiques. Ils ont néanmoins
pour principal dénominateur commun une
croissance économique vigoureuse (5 %
en moyenne comparés aux 2,3 % pour les
Quinze en 2004), voire remarquable mais,
dans certains cas, pour partie artificielle
(Balkans occidentaux) ou s’accompagnant
d’une forte inflation (Hongrie, Roumanie,
Slovaquie). A l’évidence, l’entrée dans l’UE
a été, pour les Etats de la vague du 1er mai
2004, un formidable catalyseur comme en
témoignent les bonnes performances qu’y
a enregistrées l’investissement (Lettonie,
Lituanie, Hongrie), celles, meilleures
encore, des exportations (Pologne, Hongrie),
et surtout, le dynamisme des flux de
capitaux étrangers qui n’ont boudé aucun
des nouveaux adhérents tout en renforçant
leurs positions dans les pays candidats
(Bulgarie, Roumanie). La compétitivité,
elle aussi, a gagné des points, mais sans
pour autant garantir aux produits d’Europe
centrale et orientale la capacité de résister
à la concurrence redoutable de la Chine,
surtout dans la branche textile.
Cette bonne santé économique contraste
avec les turbulences des scènes politiques
ainsi qu’avec une crise sociale persistante.
Les pouvoirs en place, qui s’appuient
généralement sur des majorités
parlementaires fragiles (Estonie, Roumanie)
ou désavouées (Pologne, République
tchèque) et qui sont surtout affaiblis par
de nombreux scandales, faisant ainsi le lit
d’un populisme à l’audience plus ou moins
large (Lituanie, Bulgarie), attachent peu
d’attention à la répartition fort inéquitable
des fruits de la croissance et, surtout, à la
progression rapide de la pauvreté. Or,
celle-ci toucherait désormais de 20 à 40 %
des populations de la région et constitue,
notamment, une incitation forte à l’émigration,
qui demeure somme toute modeste.
Si les chiffres laissent penser que la crainte
d’une « invasion » de l’Europe occidentale
par les travailleurs est-européens n’a
pas lieu d’être, pas plus que celle de
délocalisations en nombre de sites de
production dans les PECO, les « non »
français et néerlandais aux référendums
sur le projet de traité constitutionnel, au
printemps 2005, ont néanmoins exprimé
une réaction de repli, faisant craindre que
la dynamique de l’élargissement de l’UE à
l’Est ne se grippe. Il n’y a toutefois aucune
frilosité dans la décision de l’UE de
repousser l’ouverture des négociations
d’adhésion avec la Croatie : celle-ci a bel
et bien procédé de la volonté d’obtenir de
ce pays (et par la suite, de la Serbie-et-Monténégro) qu’il fasse amende honorable
sur son passé et s’inscrive ainsi dans la
voie de la démocratie en livrant au TPIY
les criminels de guerre. Mais bien que les
plaies soient toujours à vif, un événement
majeur comme la commémoration du
10e anniversaire du massacre de Srebrenica
en Bosnie-Herzégovine, le 11 juillet 2005,
peut-il aider à surmonter le ressentiment
quand les accords de Dayton de 1995
n’ont pas su, loin s’en faut, mettre un
terme à la prééminence des partis
nationalistes ? De même, en Macédoine,
les accords d’Ohrid de 2001, qui ont
connu des débuts encourageants,
parviendront-ils à venir à bout des tensions
entre communautés, attisées par un taux
de chômage endémique ? Dans ces pays,
comme au Kosovo demain peut-être,
la solution politique des conflits exige,
pour aboutir, une réelle amélioration
des conditions de vie de la population.