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AuteurEdith Lhomel du même auteur
La Documentation française. Manuscrit clos en août 2005L’issue des élections législatives du 3 juillet 2005 est-elle en mesure de changer fondamentalement la difficile situation économique et sociale dans laquelle l’Albanie végète depuis des années ? Le retour sur le devant de la scène politique de l’ancien chef de l’Etat, Sali Berisha, leader de la principale formation d’opposition, le Parti démocratique (PDSH), a de quoi rendre les observateurs perplexes, voire sceptiques. Doté d’une réputation de politicien énergique, pour ne pas dire autoritaire, et incorruptible, fait plutôt rare dans ce pays, il doit commencer par refaire la preuve de ses capacités à gouverner, lui qui, en 1997, amena le pays au bord de la banqueroute financière et de la guerre civile. Or, le contexte politique, économique et social apparaît à certains égards, sinon plus grave qu’il y a huit ans, du moins aussi préoccupant, la population albanaise n’en finissant pas de pâtir des conséquences d’une transition post-commu-niste anarchique.
2 Au triste palmarès de la pauvreté dans la région, l’Albanie figure dans les tout premiers rangs, devancée de peu par certains membres de la Communauté des Etats indépendants (Arménie, Ouzbékistan, Moldavie) et uniquement talonnée, parmi les pays de l’Europe du Sud-Est, par la Bosnie-Herzégovine.
3 Le PIB par habitant qui, selon les estimations de l’Observatoire des Balkans de l’Institut de Vienne, aurait quasiment doublé depuis 1999 (passant de 953 euros par habitant à 1 709), ne rend que partiellement compte du dénuement quasi-total dans lequel vit près de 40 % de la population, le Pnud ayant pour sa part classé ce pays au 85e rang (sur 162), selon l’indicateur de développement humain.
4 Et si, comme en 2003, la croissance s’élève à 6,2 % en 2004, année favorable pour le tourisme, les transferts en devises (750 millions d’euros) et la production d’électricité, ce dynamisme circonscrit à un petit nombre d’activités cache un appareil de production désarticulé où peu de secteurs (agriculture, énergie, textiles, cuirs et vêtements en sous-traitance) atteignent un certain niveau de production, un système monétaire et financier, massivement alimenté par l’aide extérieure et les envois des travailleurs immigrés, enfin des réseaux de blanchiment d’argent et de gains illicites dont les ramifications politiques, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ne laissent pas d’inquiéter les partenaires étrangers de l’Albanie.
5 Si l’Union européenne manifeste une certaine circonspection à l’égard d’une éventuelle candidature de l’Albanie, elle ne renie aucun des engagements pris lors du Conseil européen de Thessalonique de juin 2003 à l’égard d’une Europe du Sud-Est qu’elle entend toujours intégrer, malgré les vicissitudes que connaît, depuis le printemps 2005, le processus de construction communautaire ; de même, en réponse aux efforts déployés par Tirana pour rejoindre l’Otan, les autorités américaines réitèrent leur engagement.
6 L’avancée des négociations ouvertes avec Bruxelles depuis janvier 2003 en vue de conclure un Accord de stabilisation et d’association (ASA), prélude indispensable à un éventuel processus d’intégration, a été présentée, depuis l’automne 2004, comme fortement dépendante du bon déroulement des élections législatives de l’été 2005 ; dans le cas des pourparlers avec Washington, la même condition a été posée. Mais il est trop tôt pour juger ici de la fiabilité et de la transparence de ce scrutin, un certain nombre de contestations et d’irrégularités ayant d’ores et déjà été relevées tant par le principal perdant, le Parti socialiste albanais (PSSH), que par les nombreux observateurs de l’OSCE dépêchés sur place.
7 L’ampleur de la corruption que le nouveau gouvernement promettra sans nul doute d’éradiquer ne peut, à court terme, que renforcer les réticences des négociateurs bruxellois. Par ailleurs, ceux-ci sont bien conscients que la stabilité de l’Albanie est intimement liée aux évolutions de toute la région ; à cet égard, les tensions en Macédoine comme l’issue qui sera trouvée au problème du statut du Kosovo sont des facteurs susceptibles de plaider, nolens volens, pour un rapprochement de Tirana des structures euro-atlantiques : nourrir cette perspective exigera de garder la situation politique et économique de ce pays sous haute surveillance et d’approfondir une coopération régionale qui, en 2005, s’est renforcée, notamment sur le plan énergétique.
Une croissance économique en trompe-l’œil
8 Le rapport publié par les experts du FMI à l’issue de leur mission de mai 2005 qui marque la fin du programme 2002-2005 de soutien à l’Albanie dans le cadre d’une « facilité pour la réduction de la pauvreté et le soutien à la croissance » (en anglais, PRGF) se veut optimiste[1] [1] Press Release n° 05/ 114, May 18,2005, « Statement...
suite; il atteste des performances réalisées dans le domaine de la stabilisation macro-économique (inflation jugulée aux alentours de 3 %, déficit budgétaire équivalent à 6,5 % du PIB), de la prudence de la politique fiscale et monétaire des autorités albanaises, qui a permis d’abaisser progressivement les taux d’intérêt et donc de relancer le crédit sans provoquer de nouvelles tensions inflationnistes, et de la constitution de réserves confortables en devises (1,1 milliard de dollars en décembre 2004, soit l’équivalent de quatre mois d’importations). Plus surprenant, le communiqué fait état d’une diminution du déficit commercial (lequel est considérable) grâce, d’une part, à une baisse des importations, notamment de produits agricoles et d’énergie, et d’autre part, à une hausse des exportations, alors que l’analyse de la Berd apparaît beaucoup plus nuancée : l’augmentation des ventes albanaises serait la conséquence à la fois de la majoration des prix de l’électricité, et des résultats satisfaisants réalisés par les centrales hydroélectriques à la faveur d’une pluviométrie élevée. Mais la conjoncture morose qui a prévalu en Italie, laquelle absorbe les trois quarts des exportations albanaises, a représenté un handicap supplémentaire de même que la forte appréciation du lek par rapport au dollar et à l’euro qui a pesé sur la compétitivité des exportations.
9 Le dynamisme du secteur de la construction, en particulier dans la capitale, a largement contribué à la croissance, mais moins cependant que les années précédentes en raison des contraintes nouvelles imposées par la mairie de Tirana en matière de normes et de permis de construire. Le maire, Edi Rama, entend ainsi mettre un terme aux constructions anarchiques sur des terrains non viabilisés, qui ont fleuri en une dizaine d’années dans une capitale dont le nombre d’habitants a triplé, et qui sont à l’origine de multiples perturbations (piratage des canalisations d’eau, absence de voirie, coupures de courant, etc.). L’élaboration en cours d’un schéma d’aménagement dont a été chargé un cabinet d’urbanistes français[2] [2] Sur la gestion énergique du maire de Tirana, cf. « Albanie :...
suite vise à tenter de maîtriser les méfaits induits par cet exode rural vers la capitale.
10 Le pays demeure enfermé dans la spirale infernale de la dépendance extérieure dans laquelle il est plongé depuis maintenant quinze ans : la tonicité de la croissance (6,2 % en 2004), qui a pour contrepartie un déficit commercial abyssal est essentiellement redevable aux transferts des quelque 800 000 expatriés, qui constituent un revenu par définition instable et qui n’encouragent que très marginalement la relance de la production intérieure.
11 Celle-ci a de nouveau reculé, surtout dans les secteurs minier (cuivre, zinc, chrome), où l’effondrement apparaît désormais irréversible, et sidérurgique où, selon Kurum, le repreneur turc du complexe d’Elbasan, la rentabilité de la production a été divisée par deux, en 2004, en raison de la hausse du prix de l’électricité.
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12 Les experts du FMI ont appelé à plusieurs reprises les autorités à se doter d’une stratégie à moyen terme qui permette une meilleure articulation entre les objectifs et les priorités identifiés en concertation avec, d’une part, le FMI et la Banque mondiale, et d’autre part, les représentants de l’UE dans le cadre des négociations sur l’ASA. Le Fonds suggère au gouvernement albanais de mieux tenir compte dans ses arbitrages budgétaires des objectifs fixés par ces institutions (stabilisation macroéconomique, privatisations et politique fiscale pour les institutions de Bretton Woods, renforcement des institutions, assainissement de l’environnement économique, amélioration des infrastructures pour Bruxelles). Cette harmonisation entre les préconisations du PRGF, les contraintes de l’ASA et les objectifs du Millénaire pour le développement (programme du Pnud)[3] [3] Cf. Millennium Project Report Prompts Debate on Development...
suite permettrait de ne pas se limiter à une approche à courte vue comme c’est actuellement le cas. Ainsi, dans le domaine énergétique, le FMI recommande la constitution d’un fonds de réserve, en prévision d’éventuelles sécheresses, risquant de causer des pénuries d’électricité. Repris en chœur par le chargé d’affaires de la délégation de l’UE en poste à Tirana, Hubert Petit, et des officiels albanais, comme le maire de la capitale, Edi Rama, en janvier 2005, lors d’un séminaire organisé dans le cadre du Millénaire pour le développement, cet appel à une meilleure coordination est évidemment une condition sine qua non pour contrecarrer le détournement de l’aide internationale ou encore pour permettre son affectation dans les délais à des objectifs bien définis : les donateurs regrettent que sur les 4,28 milliards de dollars alloués de 1991 à 2003, seuls 65 % de ce montant ait été effectivement utilisé. Ils évaluent à 21,14 milliards de dollars les ressources nécessaires, d’ici à 2015, pour sortir la population de la pauvreté. Sachant que l’Albanie a perçu, en 2003,342 millions de dollars au titre de l’aide au développement, il faudrait donc que ce chiffre soit multiplié par cinq, chacune des douze prochaines années.
13 Sur le front des privatisations, aucune opération d’envergure n’est intervenue depuis le rachat, en 2004, de la Caisse d’épargne par la banque autrichienne Raiffensen, ce qui explique la forte augmentation des investissements étrangers (377 millions de dollars contre 178 en 2003) et, par ailleurs, pourrait dynamiser le crédit bancaire dans la mesure où cette institution financière concentre la moitié des dépôts privés.
14 Les recettes procurées par cette privatisation, qui ont été supérieures à 100 millions d’euros et ont renfloué les caisses de l’Etat, devaient profiter pour la moitié au moins, à trois postes jugés prioritaires du budget de l’Etat − les infrastructures, la santé et l’éducation −, cet engagement tardant cependant à se traduire dans les faits. Combiné avec une meilleure collecte de l’impôt, le gain de cette privatisation aurait également permis de ramener la dette publique à 56 % du PIB fin 2004 contre 65 % en 2002. La privatisation d’Albtelecom dont l’importance des arriérés de paiement a dissuadé plus d’un repreneur, est toujours au point mort, mais la société américaine Adonai Telecommunications semble fort intéressée ; de même, celle d’Armo (raffinage de pétrole) piétine. Dans le cas de la compagnie publique d’électricité KESh (Korporata Elektroenergjitike), restructurée à présent en trois entités distinctes (production, transport, distribution), fin juillet 2005, seule la dernière suscite les appétits du consortium Iberdrola Espagne qui a, en outre, répondu à l’appel d’offres pour la construction d’une centrale thermique à Vlorë, auquel ont également soumissionné Siemens, l’Italien Maire Engineering et l’Indien BHEL. Enfin, bien connu des hommes d’affaires venant prospecter le marché albanais, l’hôtel Dajti, qui fut le plus grand dans la capitale jusqu’à la construction d’un Sheraton en septembre 2003, a été mis en vente au printemps 2005.
15 Pour les hommes d’affaires, l’Albanie passe pour être le plus bureaucratique et le plus corrompu de tous les pays de la région, au vu de la durée d’enregistrement d’un contrat, du nombre d’autorisations et de procédures nécessaires à sa mise en œuvre et, partant, du coût final de la moindre opération qui y est effectuée.
16 Son programme de soutien venant à expiration en novembre 2005, le FMI se dit prêt, une fois constitué le gouvernement issu des élections de juillet 2005, à entamer une nouvelle étape de coopération, avec des priorités inchangées : développer le secteur financier et consolider l’administration fiscale dans l’objectif de réduire le déficit budgétaire. La réforme du système fiscal bénéficie également, en 2005, d’un soutien du gouvernement suédois (6,4 millions de couronnes), tandis que la Banque mondiale s’est engagée à financer à hauteur de 2,3 millions de dollars, à partir du 1er janvier 2007, un projet destiné à améliorer la gestion du budget de l’Etat. L’informatisation du système de perception des droits de douanes réalisée à Tirana et à Durrës, aurait permis de détecter un nombre de fraudes nettement plus important qu’auparavant, et des progrès notables ont été réalisés dans le domaine de l’intermédiation financière avec, notamment, le paiement des salaires des agents de l’Etat par virement sur des comptes bancaires (et non plus par les experts du FMI en espèces). Quant à la dollarisation de l’économie, si elle n’est pas considérée comme un handicap pour la stabilité financière, elle n’en constitue pas moins un paradoxe dans un pays qui veut à tout prix intégrer un jour l’UE. Celle-ci a absorbé, en 2004,90 % des exportations albanaises contre 95 % en 2003 en raison d’une augmentation des ventes de Tirana aux pays d’Europe du Sud-Est, notamment à la Macédoine, la Bulgarie et la Croatie.
Les échanges commerciaux entre les deux pays se sont modelés en 2004 sur le commerce extérieur albanais : Tirana doit faire face à un déficit très important qui, en outre, a augmenté de près de 35 % par rapport à 2003. Cette évolution est due non seulement à la contraction des importations françaises, les postes des produits de l’industrie automobile et, plus encore, s’étant littéralement effondrés, mais aussi à une diminution des exportations françaises dont a surtout pâti le secteur des métaux et produits métalliques. Alors que les achats par l’Albanie de produits agricoles et alimentaires, qui continuent de représenter plus de 35 % de ses importations totales ont assez peu reculé, ceux d’équipements électriques ont diminué nettement au profit des produits pharmaceutiques. Ces fluctuations ne sont reliées à aucun investissement industriel précis, la présence de la France se caractérisant essentiellement, outre ce modeste courant d’échanges commerciaux, par une coopération scientifique, culturelle et linguistique et par la forte implication de quelques associations d’aide humanitaire et d’assistance en matière de santé et d’éducation. La visite effectuée à Tirana par le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, le 7 septembre 2004, a été l’occasion de rappeler que 30 % des jeunes Albanais choisissent d’apprendre le français comme première langue étrangère et d’évoquer la perspective de l’intégration de l’Albanie à l’UE, considérée comme « nécessaire pour les jeunes Albanais et pour l’Europe toute entière ». Début 2005, le Premier ministre, Fatos Nano, en visite officielle à Paris, s’employait à convaincre ses différents interlocuteurs (le président Chirac, les députés et sénateurs, des universitaires), en maniant à la perfection la langue de bois, de la bonne santé économique de son pays et plaidait pour une intégration rapide de celui-ci à l’UE, ce que le chef de l’Etat, Alfred Moisiu, cantonné dans un rôle plus protocolaire que politique, n’avait pas fait lors de son passage à Paris en octobre 2004.
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Les stigmates du sous-développement
17 Selon le dernier rapport du Pnud qui, depuis 1995, étudie la situation en Albanie, près de 780 000 personnes, soit un quart de la population (dont 50 % sont des jeunes de moins de 21 ans), disposent de moins de deux dollars par jour (contre 19 % en Bosnie, 16 % en Macédoine, et 8 % en Croatie) en dépit des envois opérés par un ou plusieurs membres de leur famille.
18 L’extrême pauvreté (moins de un dollar) qui, selon les critères du FMI, correspond à l’impossibilité de satisfaire les besoins alimentaires de base, toucherait 5 % de la population, mais menacerait plus de 950 000 personnes (35 %), dont les bénéficiaires d’une assistance chômage qui ne dépasse pas l’équivalent de 35 euros par mois ou encore les retraités vivant en milieu rural qui disposent d’une retraite mensuelle... de 20 euros contre 60 pour les citadins. Actuellement d’un montant égal à 102 euros, le salaire minimum devrait être au moins de 130 euros, selon le Conseil national du travail albanais[4] [4] Les travaux de ce Conseil devaient servir de base de discussion...
suite, pour permettre à de larges franges de la population active de sortir de l’indigence. Celle-ci se traduit pour un tiers de la population, outre la difficulté à se nourrir, par l’impossibilité de satisfaire au moins deux des besoins les plus élémentaires, comme l’accès à l’eau potable, à un mode de chauffage, aux soins médicaux ou à l’éducation.
19 Les politiques d’aide sociale sont d’autant plus difficiles à mettre en œuvre que le pays ne dispose pas de statistiques fiables et que, par-delà la division traditionnelle entre un Nord particulièrement déshérité et un Sud relativement moins sous-développé, en raison notamment des mouvements migratoires à la frontière grecque, les situations locales peuvent être très variables.
20 Celles-ci diffèreront, en effet, selon les districts, les familles et surtout selon la participation ou non aux réseaux de l’économie informelle et illégale, qui pour l’OCDE, représenterait 38 % du PIB, et 28 % pour l’Institut des statistiques albanais (Instat), chacune de ces institutions se basant sur un calcul du PIB qui lui est propre[5] [5] Cf. « Le secteur informel représente près d’un quart...
suite. L’imprécision statistique vaut tout autant pour le taux de chômage, officiellement de 14,8 % en 2004, mais qui, en réalité, est probablement quatre fois supérieur. Les femmes, qui sont nettement plus touchées par ce fléau, tentent de se regrouper en associations pour échapper aux réseaux de prostitution ou d’acquérir une formation professionnelle qu’elles sont proportionnellement plus nombreuses à rechercher que les hommes[6] [6] Cf. « Chômage et discriminations pour les femmes albanaises »,...
suite.
21 Les écarts de revenus qui caractérisent la société albanaise ont abouti à une extrême polarisation des différentes couches sociales du pays. Trois personnes sur dix vivraient selon les standards occidentaux grâce notamment aux gains procurés par des activités illégales, selon les calculs de l’Instat. Ce dernier a, par ailleurs, établi que 10 % de la population détient près de 50 % du revenu national, et que près de 3 millions d’Albanais vivraient avec 700 dollars par an, tandis que les 300 000 restants disposeraient de 10000 dollars.
22 C’est dans les campagnes où vit la moitié de la population que la situation serait la plus dramatique, même si là aussi, des nuances s’imposent, comme il en ressort des témoignages, parfois opposés, rendus publics depuis deux ans. Ainsi, l’instauration d’une politique de micro-crédits à la faveur des financements du FMI et de la Banque mondiale donne, sur des territoires très circonscrits, quelques résultats et, surtout, permet de drainer une partie des envois des travailleurs émigrés (la plupart originaires des campagnes) vers des projets de développement rural qui sont, malheureusement, peu nombreux à connaître des success stories[7] [7] Cf. le récit de Neim Gjipali, membre d’un groupe d’agronomes...
suite. Selon le FMI, sept institutions de micro-crédit opèrent en Albanie, leurs fonds, dispensés par les donateurs internationaux et le gouvernement albanais, étant gérés par des associations à but non lucratif et des fondations qui pallient ainsi l’absence de ce type d’offre par les banques commerciales, à l’exception de Procredit Bank, seule à occuper ce créneau[8] [8] Cf. « Albania : Selected Issues and Statistical Appendix »,...
suite.
23 Les sommes concernées sont par définition modestes, la taille moyenne d’un prêt variant de 800 à 1 700 dollars, le montant global s’élevant à 53 millions de dollars et le nombre de bénéficiaires à 22 100.
24 Un second facteur, moins marginal, pourrait cependant permettre de débloquer la situation dramatique de l’agriculture albanaise depuis sa décollectivisation brutale en février 1991 : le 15 septembre 2004, la loi sur la restitution et l’indemnisation de la propriété a enfin été votée, condition indispensable pour commencer de mettre un terme à la confusion généralisée qui régnait sur les titres de propriété et reprendre l’exploitation de terres laissées en friche depuis des années. Ceci étant, l’avenir de l’agriculture albanaise est loin d’être garanti même si on constate une relative prise de conscience, tant chez les chercheurs[9] [9] Cf. Endrit Kullaj, « Environmental Implications of Agriculture...
suite que parmi les agriculteurs ainsi que le redressement de la production depuis 1997 dans plusieurs filières, notamment les fruits, les olives, le raisin, le fourrage et, plus nettement encore, la viande et ses produits dérivés[10] [10] Cf. IMF Country Report n° 05/ 90, op. cit. , p. 51. ...
suite. La libéralisation des échanges à la faveur notamment des accords de libreéchange, signés sur l’impulsion de l’UE, avec chacun des Etats voisins, a transformé nombre de petits producteurs albanais en vendeurs d’agrumes grecs ou macédoniens, de pommes de terre italiennes, etc., les produits locaux subissant un véritable laminage par des importations qui, en 2004, se sont élevées pour ce poste à 310 millions d’euros (soit 15 % environ du total).
25 Et si, « aujourd’hui, même une bonne récolte est synonyme de misère », la responsabilité en revient aussi aux agissements de certains groupes d’intérêt, de différentes tendances politiques, qui ont créé des structures appelées « monopoles » favorisant les importations au détriment des produits albanais[11] [11] Agence France Presse, 29 juin 2005 et « Comment sauver...
suite. Il est de notoriété publique que le ministre sortant de l’Agriculture et de l’Alimentation, Agron Duka, est l’un des plus gros importateurs privés de produits agro-alimentaires. C’est l’exemple d’un conflit d’intérêts qui est loin d’être un cas isolé[12] [12] Sur ce sujet, voir Artan Seiti, « Les facteurs sociaux...
suite, à en croire les dernières estimations avancées par la Banque mondiale sur la corruption, dont le niveau aurait triplé depuis 1997. Sur les 750 millions d’euros transférés chaque année en Albanie (soit un tiers du budget annuel) une fraction non négligeable participerait d’opérations de blanchiment.
26 Publié quelques mois avant les élections législatives, le rapport de la Banque mondiale qui, contrairement aux commentaires moins pessimistes du FMI, considère pour sa part que la situation sociale a empiré ces dernières années, a constitué un des principaux argumentaires de l’opposition dans la bataille électorale ayant précédé le scrutin de juillet 2005. Et elle ne s’est pas privée d’exploiter ce rapport pour dénoncer les agissements du gouvernement socialiste, accusé par Sali Berisha d’avoir transformé le pays en « protectorat du crime organisé ».
Les élections de juillet 2005 : un test décisif, peut-être un tournant
27 La défaite du PSSH à l’issue du scrutin du 3 juillet (avec un taux de participation de 58 %) ne constitue pas une grande surprise, le Premier ministre Fatos Nano, leader de cette formation depuis le début des années 1990 ayant été l’objet de critiques de plus en plus vives depuis deux ans. En octobre 2003, lors des élections locales, le PSSH avait enregistré un recul de plusieurs points (33,4 % des suffrages contre 39,5 % en 2000) et, s’il s’était maintenu dans les principales villes, à commencer par Tirana et Dürres, il avait été parfois éliminé dans certains de ses bastions du Sud. Au premier trimestre de 2004, Fatos Nano fut la cible principale des manifestants lors de plusieurs rassemblements de protestation provoqués par les hausses des tarifs de l’électricité et des télécommunications, dont quelques-uns furent organisés par l’association Mjaft ! (Assez !), considérée comme le symbole d’une société civile renaissante ; le chef du gouvernement décidait alors de faire marche arrière pour éviter d’essuyer un désaveu personnel. Son impopularité n’en demeurait pas moins forte, en raison des soupçons d’enrichissement personnel pesant sur son épouse (propriétaire de plusieurs sociétés dont une agence de voyages et une entreprise d’hélicoptères) et sur lui-même[13] [13] On lui reproche notamment d’avoir acheté à un prix très...
suite, ainsi que comme des actions intentées par le pouvoir contre certains responsables de presse dont, en première ligne, le directeur du journal Koha Jone.
28 L’affaire du contrat passé en toute illégalité entre le gouvernement albanais et une société italienne, Albaniabeg Ambient, sur le traitement des déchets importés d’Italie à Kashar, à 7 kilomètres de Tirana et à Dürres a montré l’emprise que Fatos Nano gardait sur la scène politique. Ce dernier avait, en outre, fait de l’administrateur de la société albanaise, Francesco Becchetti, son conseiller économique. Le débat parlementaire réclamé par l’opposition afin de remettre le contrat en cause s’est terminé sur un vote ex aequo en dépit, là aussi, d’une levée de boucliers d’une partie de l’opinion publique.
29 Au mécontentement social, s’ajoute celui des formations politiques, qui avaient fait alliance avec le PSSH lors des élections législatives de 2001, mais qui ne lui ont servi que de force d’appoint et n’ont jamais été consultées sur les principaux dossiers de politique intérieure. Le cas le plus emblématique est celui de la Commission électorale dont la composition a été accaparée, en 2004-2005, par les deux principaux partis au mépris des autres formations, dont plusieurs, pourtant, disposaient sinon d’une assise sociale substantielle, du moins d’une représentation parlementaire.
30 Le système électoral albanais est d’ailleurs ambigu : certes, il permet aux petites formations de bénéficier d’une audience, puisque sur les 140 députés que compte l’Assemblée nationale, 100 sont élus au scrutin majoritaire et 40 au scrutin proportionnel.
31 C’est dans ce vivier de députés élus à la proportionnelle que la force politique ayant obtenu le plus de voix est censée rechercher ses alliés pour former un gouvernement dit de coalition. Ce principe ne se vérifie cependant pas dans le cas du gouvernement sortant, puisque tous les ministres, à une exception près, appartenaient au PSSH.
32 Ce bipartisme, que les pratiques autoritaires des deux frères ennemis ont largement contribué à renforcer, a cependant été légèrement écorné à la suite de la scission intervenue au sein du PSSH, dont on a pu croire, un peu hâtivement, qu’elle donnerait lieu à l’émergence d’une troisième force. La sourde opposition, au sein du PSSH, entre Fatos Nano et l’ex-Premier ministre, Ilir Meta, qui avait dans un premier temps tenté d’obtenir le leadership du parti réduit, selon lui, à un « clan d’hommes d’affaires »a abouti à la création par le second, en septembre 2004, du Mouvement socialiste pour l’intégration ; le départ des proches d’Ilir Meta obligea alors le chef du PSSH à courtiser à nouveau les députés de quatre petites formations (Parti agrarien, Parti social-démocrate, Parti de l’alliance démocratique, Union pour les droits de l’homme) pour conserver la majorité et donc à leur donner voix au chapitre, lors de l’élaboration et du vote des lois.
33 Malgré un climat politique totalement délétère, la perspective d’élections anticipées fut écartée, dans la mesure où l’opposition ne parvint pas, fin 2004 - début 2005, à rassembler les 71 voix nécessaires pour faire voter une motion de censure. A droite de l’échiquier politique, la création en mai 2004 par le fils de l’ancien roi Leka Zog d’une nouvelle formation, le Mouvement national pour le développement, disposant d’une certaine assise dans le nord-est du pays (notamment à Burrel) n’a pas, a priori, « mordu » sur l’électorat du PDSH.
Le retour de Sali Berisha : «100 jours pour convaincre » !
34 Au terme d’une campagne électorale où s’impliquèrent 27 formations politiques dont les deux plus importantes recoururent aux services de sociétés américaines de marketing afin de convaincre leur électorat respectif de leur détermination à éradiquer la corruption, le scrutin du 3 juillet, tenu par les institutions internationales, comme par l’UE, pour un test décisif, était marqué par un taux de participation relativement élevé de 58 %. Répartis dans 4 700 bureaux de vote, gardés par 6 400 policiers, quelque 4 000 scrutateurs albanais et 500 observateurs étrangers (de l’OSCE, du Conseil de l’Europe et de diverses ONG) surveillèrent le déroulement du scrutin, à propos duquel, un mois plus tard, les avis continuaient de diverger. Si le président de la Commission électorale, Ilirian Celibashi, se réjouissait de ce que les électeurs albanais avaient voté dans le calme après que le président de la République eut déclaré plus important le respect des normes en matière électorale que les résultats eux-mêmes, le Haut Représentant pour la PESC de l’Union européenne, Javier Solana, se félicitait de la tenue pacifique des élections, tout en notant cependant que les premiers comptes rendus faisaient état de certaines irrégularités. Pour Jürgen Grunnet, chef de la mission de l’OSCE, quelques problèmes constatés avaient jeté une ombre sur le processus. Quant aux deux principaux leaders politiques du pays, ils revendiquaient haut et fort tous les deux la victoire... qu’une semaine plus tard, il devenait possible, avec 30 % des votes en faveur du PSSH contre 45 % environ au PDSH, d’attribuer à ce dernier et ce, en dépit des quelque 200 procédures pour irrégularités engagées dans diverses circonscriptions.
35 Il faut cependant que Sali Berisha parvienne à rallier une partie des 40 députés élus au scrutin proportionnel pour former un gouvernement d’union nationale de « centre-droit » qui, si l’on en croit ses premières déclarations, devrait rassembler les représentants de onze formations, à commencer par le Parti républicain. Cet homme à poigne pense-t-il vraiment pouvoir « en cent jours » débarrasser le pays des agissements de « la vingtaine de familles albanaises qui dominent une scène criminelle soigneusement cloisonnée et difficile à infiltrer à cause de la langue et de la solidarité clanique », selon des membres de la mission européenne d’assistance à la police albanaise (Pameca)[14] [14] Le Monde, 6 juillet 2005. Voir aussi The Economist, 9 juillet...
suite ?
36 S’engager à gouverner « les mains propres », construire un Etat social, favoriser l’initiative privée, c’est là les trois défis que le futur Premier ministre affirme vouloir relever.
37 Fort, dit-on, du soutien des Etats-Unis, il lui faudra également rassurer Bruxelles qui n’a pas oublié que dans les années 1990, il fit preuve d’un patriotisme sourcilleux et défendit le principe d’une indépendance totale du Kosovo. Si le contexte régional, de ce point de vue, a fondamentalement changé, il reste à Sali Berisha de ne pas tomber dans le piège des surenchères nationalistes dont a tant souffert cette région.
Annexe
Annexe
Chronologie
38 2004
39 27 mai
Visite en Albanie du Secrétaire général de l’Otan, Jaap De Hoop Scheffer, qui ne prend aucun engagement à l’égard d’une prochaine intégration de l’Albanie dans l’Otan, tant que celle-ci n’aura pas réalisé des progrès sub-stantiels dans la lutte contre le crime organisé et la corruption.
40 15 juin
Ilir Meta ex-Premier ministre et rival du chef du gouvernement Fatos Nano au sein du PSSH constitue un groupe dissident au sein de cette formation, dont les statuts ne tolèrent normalement pas la création de courants. En septembre, il décidera de former son propre parti, le Mouvement socialiste pour l’intégration.
41 8 juin
Le projet de loi sur la restitution et l’indemnisation des terres recueille 71 voix au Parlement albanais mais la session s’achève dans la confusion, le PSSH s’évertuant à vouloir introduire deux amendements qui visent à limiter à 60 hectares la superficie des terres restituables et à donner au gouvernement la prérogative de proposer le nom du responsable de la commission en charge de l’application de la loi, alors que l’OSCE recommandait d’en charger le chef de l’Etat.
42 1erjuillet
Le PSSH et le PDSH parviennent à s’entendre sur les amendements à apporter au Code électoral, notamment sur la constitution d’une commission de 16 membres formée à parts égales de représentants des deux partis. Elle sera chargée de préparer le prochain scrutin législatif et de veiller au bon déroulement des opérations afin d’éviter les nombreuses contestations qui ont émaillé les précédents scrutins.
43 2 juillet
Le président de la République, Alfred Moisiu, renvoie la loi sur la restitution des terres pour examen devant le Parlement.
44 12 juillet
Dix petites formations politiques annoncent leur intention de boycotter les dispositions de la Commission électorale si elle ne leur réserve aucune place.
45 15 juillet
● Le Parlement entérine la proposition du ministère des Finances de dédommager les prisonniers politiques par un versement mensuel de 10 à 50 dollars par mois, au prorata du nombre d’années passées en prison ; cette proposition avait été rejetée en première lecture, le 1er juillet.
● Les retraites sont augmentées de 8 % dans les villes et de 15 % dans les zones rurales, mesure qui bénéficiera à 559 000 retraités dont 185 000 dans les campagnes. D’un montant équivalent à 85 euros, le salaire minimum est porté à 102 euros. Alors que seuls 7 % des employés du secteur public perçoivent ce minimum, dans le secteur privé, la plupart des salaires sont déclarés par les employeurs comme étant de ce montant, afin de réduire au maximum le coût des cotisations.
46 18 août
Incident à Lazarat, village du sud de l’Albanie, où des trafiquants de cannabis tirent sur un hélicoptère de la police italienne.
47 7 septembre
Dans le cadre d’une tournée dans plusieurs pays des Balkans occidentaux, le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, se rend en Albanie où il s’entretient avec le Premier ministre albanais et son homologue, Kastriot Islami, des problèmes de stabilité régionale et des moyens de dynamiser les relations bilatérales entre les deux pays. Un mois plus tard, le président de la République albanaise, Alfred Moisiu, rencontrera à Paris le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Renaud Muselier.
48 14 septembre
Le gouvernement néerlandais, qui assure la présidence de l’UE, déclare sans ambages que les réformes albanaises sont, pour l’heure, largement insuffisantes, constat approuvé par les représentants de l’OSCE et des Etats-Unis dont l’ambassadeur estime qu’il faudrait à l’Albanie au moins quinze autres années avant de pouvoir devenir membre de l’UE. La sévérité du jugement suscite de vives réactions dans les médias albanais.
49 15 septembre
La loi sur la restitution et l’indemnisation des terres est finalement adoptée.
50 28 décembre
Les Premiers ministres bulgare, macédonien et albanais signent un protocole d’accord concernant la construction d’un oléoduc qui traversera les trois pays ; l’objectif est de disposer d’une alternative au transit du pétrole russe par la mer Caspienne et le détroit du Bosphore. Réalisé par la compagnie américaine AMBO (Albanian Macedonian Bulgarian Oil Corporation), il permettrait le transport de 750 000 barils de pétrole par jour.
51 2005
52 19-20 janvier
Visite de travail en France de Fatos Nano, Premier ministre où il s’entretient notamment avec le président de la République, Jacques Chirac. Ses deux interventions, l’une à l’Institut français des relations internationales, l’autre devant les députés et sénateurs français sont centrées sur les relations avec l’UE et le désir de l’Albanie d’intégrer celle-ci à l’horizon 2015.
53 Février
Publication du Rapport du Pnud, « Les politiques et le développement en faveur des personnes pauvres et des femmes en Albanie ».
54 9 février
Le Premier ministre Fatos Nano s’entretient avec le Haut Représentant de l’UE, Javier Solana, et le président de la commission, José Manuel Barroso, qui précisent que l’avancée des négociations avec l’Albanie en vue de conclure un accord de stabilisation et d’association (ASA) d’ici la fin de 2005 dépend notamment du bon déroulement des élections législatives. Peu après, Bruxelles décide, conjointement avec le programme des Nations unies pour le développement (Pnud), d’aider à la reconstruction des petites infrastructures communautaires dans le district de Kükes, réputé le plus pauvre du pays.
55 3 mars
Approbation par le Conseil des ministres de l’UE de l’accord avec l’Albanie concernant la réadmission des ressortissants albanais dans leur pays. L’Albanie s’y engage à rapatrier ses ressortissants vivant illégalement dans les pays de l’UE, y compris ceux ayant renoncé à la nationalité albanaise. Sa mise en œuvre est considérée par l’UE comme une étape indispensable dans les négociations ouvertes depuis janvier 2003 en vue de la conclusion d’un ASA.
56 31 mars
Rencontre entre le ministre des Affaires étrangères luxembourgeois et président en exercice du Conseil des ministres de l’UE, Jean Asselborn et son homologue albanais, Kastriot Islami, à Bruxelles ; la présidence de l’UE presse le gouvernement albanais de veiller au bon déroulement des élections en évitant les irrégularités constatées lors des scrutins de 2001 et de 2003.
57 15 avril
Alors que plusieurs Etats décident de retirer tout ou partie de leurs troupes en Irak, l’Albanie augmente son contingent qui passe de 70 à 120 soldats.
58 4-17 mai
Mission des représentants du FMI à l’occasion de la clôture du programme PRGF (Poverty Reduction and Growth Facility) financée par cette instance. Le bilan est considéré comme globalement positif. Le rapport de la Banque mondiale publié quelques semaines plus tard est, pour sa part, nettement plus critique.
59 3 juillet
Elections législatives, avec un taux de participation de 58 % (voir les résultats infra). Le PDSH l’emporte d’une courte tête, mais les résultats provisoires sont immédiatement contestés par le PSSH qui revendique également la victoire. Des procédures pour irrégularités concernent 200 bureaux de vote.
60 12 juillet
Olli Rehn, Commissaire européen en charge de l’Elargissement, réaffirme, lors d’un discours à Berlin à l’Institut de politique européenne qu’il est du devoir de l’UE de maintenir la stabilité dans la région des Balkans. Il rappelle que la perspective d’intégration dans l’Union représente « un facteur de démocratisation dans de nombreux pays », ajoutant « l’Union respectera donc ses engagements, tout en marquant une certaine prudence quant à ceux qu’elle prendra dans le futur, et ce en raison des inquiétudes soulevées lors des référendums en France et aux Pays-Bas ».
61 8 août
● La Commission électorale centrale annonce qu’un troisième tour se tiendra uniquement dans trois circonscriptions, le 21 août. Le PDSH et ses alliés politiques disposeraient en définitive de 71 sièges, tandis que l’ensemble des forces de gauche totaliserait 65 sièges.
● Le PDSH et le Parti républicain signent un accord en vue de la constitution du gouvernement. Trois postes ministériels reviendraient au Parti républicain.
Principales formations politiques
62 PSSH Parti socialiste, ex-parti communiste. Président : Fatos Nano
PDSH Parti démocratique. Président : Sali Berisha
PRSH Parti républicain. Président : Fatmir Mediu
PBDNJ Union pour les droits de l’homme, ex-Omonia. Président : Jani Jani
MSI Mouvement socialiste pour l’intégration. Président : Ilir Meta
PSDSH Parti social-démocrate. Président : Skender Gjinushi
PAD Parti de l’alliance démocratique. Président : Neritan Ceka
PL Parti royaliste de la légalité. Président : Guri Durollari
PA Parti agrarien. Président : Lufter Xhuveli
PBK Parti du front national-démocrate
LB Union libérale-démocrate
AD Alternative démocratique, fondée par Genc Pollo
Résultats des dernières élections
63 ● Election présidentielle
Elu par l’Assemblée le 24 juin 2002, Alfred Moisiu a succédé à Rexhep Mejdani.
Prochaine échéance présidentielle : 2007
64 ● Elections législatives du 3 juillet 2005
Taux de participation : 58 %
-
-
Composition du gouvernement (août 2005)
65 ● Premier ministre : Sali Berisha
A l’exception du portefeuille de la Défense qui serait confié au leader du Parti républicain, Fatmir Mediu, le gouvernement n’était pas encore constitué en date du 20 août 2005.
Bibliographie
Sélection bibliographique[*] [*] Voir aussi dans la bibliographie générale, à la fin...
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Campobasso (Corrado), « Albania », in La situazione politica nell’Europa centroorientale e sud-orientale all’inizio del 2005, Est-Ovest, n° 1,2005, pp. 34-38.
Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), Rapport sur la situation en Albanie, juin 2005, 46 p. (disponible sur hhttp :// w www.coe. int/ E/human_rights/ecri/)
Economist Intelligence Unit, « Albania », Country Report, Country Profile. Fonds monétaire international, Albania : Selected Issues and Statistical Appendix, IMF Country Report n° 05/90, mars 2005,76 p.
Fonds monétaire international, Albania : 2004 Article IV Consultation, Fifth Review Under the Poverty Reduction and Growth Facility, Request for Extension of the Arrangement, and Finances Assurances Review-Staff Report, IMF Country Report n° 05/89, mars 2005,113 p.
Fuga (Artan), « Médias albanais entre églises et mosquées », Diogène, n° 210, avril-juin 2005, pp. 34-58.
Grötze (Catherine), « Civil Society Organizations in Failing States : the Red Cross in Albania and Bosnia », International Peace Keeping, vol. 11, n° 4,2004, pp. 664-682.
Ilirjani (Altia), « Albania and the European Union », Mediterranean Politics, vol. 9, n° 2,2004, pp. 258-264.
Kullaj (Endrit), « Environmental implications of agriculture activities in Albania and sustainable development policy objectives », Est-Ovest, n °2/2005, pp.26-45.
Lhomel (Edith), « Albanie. Marasme politique et régression sociale », in Europe centrale et orientale 2003-2004. Retrouvailles européennes, Le courrier des pays de l’Est, n° 1044, juillet-août 2004, pp. 4-19.
Nicholson (Beryl), « The Tractor, the Shop, and the Filling Station : Work Migration as Self-Help Development in Albania », Europe-Asia Studies, vol. 56, n° 6, septembre 2004, pp. 877-890.
Tomes (Jason Hunter), King Zog of Albania : Europe’s Self-Made Muslim King, New-York University Press, 2004, 312 p.
Notes
[ (1)] Press Release n° 05/114, May 18,2005, « Statement by IMF Staff at the Conclusion of the Final PRGF Review Mission to Albania », hhttp :// w www.imf. org/ external/ np/ sec/ pr/ 2005/ pr05114.htm. Ce soutien du FMI a donné lieu à l’élaboration d’une « Stratégie nationale pour le développement socio-économique » qu’une équipe, au sein du ministère des Finances, est chargée de mettre en œuvre.
[ (2)] Sur la gestion énergique du maire de Tirana, cf. « Albanie : à Tirana, les pollueurs seront les payeurs », Shekulli 10 juillet 2005, hhttp :// w www.balkan. eu;org, 21 juillet 2005 ainsi que http ://news.bbc.co.uk/l/hi/world/europe/3815985.stm. Voir également le site que propose la mairie http :// w www.tirana. gov. al
[ (3)] Cf. Millennium Project Report Prompts Debate on Development in Albania, 1er février 2005. hhttp :// w www.undp. org/ content. cfm. Quelques objectifs chiffrés se trouvent dans le rapport du FMI de mars 2005, IMF Country Report n° 05/89, pp.32-33.
[ (4)] Les travaux de ce Conseil devaient servir de base de discussion entre le gouvernement et les partenaires sociaux qui, jusqu’alors, n’étaient pas consultés. Cf. « Albanie : salaire minimum, minimum de survie », Koha Jone, 24 novembre 2004 in hhttp :// w www.balkans. eu. org,27 novembre 2004.
[ (5)] Cf. « Le secteur informel représente près d’un quart de l’économie de l’Albanie », Gazeta Shqiptare, 25 janvier 2005 in hhtttp :// w www.balkans. eu. org,29 janvier 2005.
[ (6)] Cf. « Chômage et discriminations pour les femmes albanaises », Osservatorio sui Balkani, 11 février 2005 in hhttp :// w www.balkans. eu. org,22 février 2005.
[ (7)] Cf. le récit de Neim Gjipali, membre d’un groupe d’agronomes et de fermiers qui ont fondé une association de production de produits naturels (huile d’olive, miel, plantes médicinales), BBC News, http ://news.bbc.co.uk/l/hi/business/4350463.stm
[ (8)] Cf. « Albania : Selected Issues and Statistical Appendix », IMF Country Report n° 05/90, mars 2005, qui donne notamment la liste de ces organismes, pp. 33-35.
[ (9)] Cf. Endrit Kullaj, « Environmental Implications of Agriculture Activities in Albania and Sustainable Development Policy Objectives », Est-Ovest n ° 2/2005, pp. 26-45, où l’auteur détaille les spécificités que chacune des régions peut valoriser en termes de production avec d’ores et déjà, le souci de leur certification pour le marché européen.
[ (10)] Cf. IMF Country Report n° 05/90, op. cit., p. 51.
[ (11)] Agence France Presse, 29 juin 2005 et « Comment sauver les campagnes albanaises ?», Biznesi, 14 février 2005, hhttp :// w www.balkans. eu. org,17 février 2005.
[ (12)] Sur ce sujet, voir Artan Seiti, « Les facteurs sociaux de la criminalité en Albanie », Centre de géostratégie, rubrique actualités, http :// w www.geostrategie. ens. fr/ actualités/ 
[ (13)] On lui reproche notamment d’avoir acheté à un prix très en-deçà du marché son appartement dans le centre de Tirana, de même que ses liens avec les milieux politico-maffieux des deux principaux partenaires commerciaux de l’Albanie : la Grèce et l’Italie.
[ (14)] Le Monde, 6 juillet 2005. Voir aussi The Economist, 9 juillet 2005.
[ *] Voir aussi dans la bibliographie générale, à la fin du numéro, la rubrique « Balkans ».
Résumé
Enfoncée dans une pauvreté qui, comme en témoignent les rapports de la Banque mondiale et du Pnud, s’est aggravée au fil des années pour plus des deux tiers de la population, l’Albanie pour-rait-elle connaître, à la faveur de quelques évolutions récentes, un léger mieux ? La défaite du Parti socialiste albanais à l’issue des élections législatives du 3 juillet 2005 laisse espérer de meilleurs résultats dans le domaine de la lutte contre la corruption, cheval de bataille du vainqueur du scrutin, le Parti démocratique albanais (PDSH) et leitmotiv des principaux bailleurs de fonds de ce pays toujours fortement assisté. Le dirigeant du PDSH, Sali Berisha, chef de l’Etat de 1993 à 1997 avant d’être chassé du pouvoir, devenu au terme du scrutin, Premier ministre, n’inspire cependant qu’une confiance limitée La pression exercée par l’UE actuellement en négociation avec Tirana pour la signature d’un accord de stabilisation et d’association constitue également, conjointement avec l’étroite surveillance exercée par le FMI dans le domaine des grands équilibres monétaires et financiers, des facteurs œuvrant en faveur de l’assainissement d’une économie gangrenée par les opérations de blanchiment et la mainmise de cliques politicomaffieuses sur le commerce extérieur. L’extrême dépendance du budget de l’Etat comme des revenus de la majeure partie de la population à l’égard des rentrées en devises des travailleurs immigrés demeure néanmoins préoccupante et le triste état de l’agriculture comme la fragilité du tissu industriel obligent à minimiser fortement les effets d’une croissance certes très dynamique (6,4 % en 2004) mais largement artificielle. La lenteur à composer le gouvernement dans lequel entreraient des membres du Parti républicain, force d’appoint du PDSH, tout comme l’enracinement de la corruption en haut lieu appellent également à la prudence la plus extrême.
Albania Hope from Improvements Burdened by poverty which, as reflected in World Bank and UNDP reports, has worsened over the years for more than two-thirds of the population, the author asks whether Albania can expect some slight improvements after several recent developments. The defeat of the Albanian Socialist Party in the July 3, 2005 legislative elections has led to hope for better results in the war on corruption, the battle-cry of the winning Albania Democratic Party (PDSH) and the leitmotiv of the main financiers in this much-aided country. However, the PDSH leader, Sali Berisha, head of State from 1993 to 1997, subsequently pushed from power, who became Prime Minister after the elections, inspires only limited confidence. Pressure on the part of the EU, currently negotiating with Tirana on the signature of a stabilizationassociation agreement, accompanied by strict IMF surveillance with regard to monetary and financial fundamentals, are factors which favour healing an economy sick from money laundering operations and the control of mafiastyle political cliques on foreign trade. The State budget, as well as the people’s heavy dependence on the influx of foreign currency from overseas workers, remains troubling and the sorry state of agriculture and the fragile industrial fabric make it necessary strongly to minimize the effects of certainly very dynamic (6.4 % in 2004) but largely artificial growth. The lethargy in forming a government which would include the Republican Party, the PDSH’s auxiliary, as well as the entrenchment of corruption in high places, call for the most extreme prudence.
PLAN DE L'ARTICLE
- Une croissance économique en trompe-l’œil
- Les stigmates du sous-développement
- Les élections de juillet 2005 : un test décisif, peut-être un tournant
- Le retour de Sali Berisha : «100 jours pour convaincre » !
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Édith Lhomel « L'espoir ténu d'une amélioration », Le Courrier des pays de l'Est 4/2005 (n° 1050), p. 4-17.
URL : www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2005-4-page-4.htm.









