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Le Courrier des pays de l'Est

2006/5 (no 1057)


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La profonde crise écologique de l’Asie centrale, plus ou moins dissimulée sous la période soviétique, a été avérée dès l’indépendance des cinq anciennes républiques soviétiques [1][1] Révéler les graves atteintes à l’environnement en général,.... De Karaganda à Douchanbé, du désert de Karakoum à la vallée du Ferghana, de Munyak à Atyrau, experts locaux et internationaux, ONG, ou même agents de l’Etat estiment même que la situation environnementale actuelle est pire qu’il y a quinze ans. Il faut dire qu’à l’héritage soviétique déjà très lourd sont venus s’ajouter des risques et calamités naturels, aggravés par l’absence de mesures de prévention et de secours aux personnes. Tremblements de terre, inondations, torrents de boue menacent souvent des sites de déchets chimiques et radioactifs abandonnés, qui pourraient entraîner par exemple, l’empoisonnement durable de tout le cours du Syr-Daria et de la mer d’Aral. Au Tadjikistan, c’est toute une ville qui est potentiellement menacée par un glissement de terrain emportant la colline où ont été déposées 3 000 tonnes de pesticides de 1973 à 1989 [2][2] Voir à ce sujet les rapports et actions de l’ENVSEC... et ce, sans aucune barrière de sécurité, ni mesure d’aucune sorte, ne serait-ce que pour avertir la population du danger. Au Kazakhstan, la mer d’Aral tue toujours, car elle est à l’origine de cancers et de multiples maladies infectieuses ; les eaux fluviales du bassin de l’Amou-Daria recèlent des taux très élevés de sels, pesticides ou métaux lourds ; s’il n’y a plus d’essais nucléaires dans le polygone de Semipalatinsk, à l’est du Kazakhstan, les conséquences s’y font toujours sentir, tandis qu’au Kirghizstan, 2 millions de m³ de déchets radioactifs, à l’abandon, risquent de se déverser dans une rivière, la Maïlii-Suu ; le lac Balkhach pourrait devenir un « second Aral », alors que la mer Caspienne, déjà réceptacle de la pollution charriée par la Volga, est menacée par l’exploitation pétrolière offshore en plein développement ; la très polluante industrie minière (antimoine, mercure, uranium...) a été réactivée à la faveur de l’envol des cours mondiaux des métaux ; la biodiversité est en péril : esturgeons, antilopes et panthères des neiges sont en voie de disparition, pour ne citer que ces espèces.

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L’effondrement de l’Union soviétique avait laissé espérer un répit, le seul impact positif de la chute de la production industrielle étant en effet la réduction de facto des activités et pratiques polluantes, alors que les discours des nouveaux-anciens dirigeants de la région laissaient entendre qu’une attention particulière serait accordée à l’environnement. Tandis que le Président ouzbek, Islam Karimov, dénonçait « l’utilisation barbare des ressources en eau » par le régime soviétique, son homologue kazakh, Noursoultan Nazarbaiev, décrétait, le 29 août 1991, l’interdiction des essais nucléaires sur son territoire. Acte fortement symbolique, certes, car à l’époque, écologisme et nationalisme allaient volontiers de pair [3][3] Cf. Jean-Robert Raviot, Ecologie et pouvoir en URSS.....

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Ces actes et ces propos laissèrent augurer une rupture avec le passé. Mais quinze ans après, le modèle de développement économique de la région, auquel l’avaient vouée le tsar, puis le planificateur soviétique demeure [4][4] Cette orientation date de l’époque de la colonisation... : culture extensive par irrigation du coton, extraction et exploitation de minerais, et plus tard de gaz et de pétrole. On ne saurait jeter la pierre aux pouvoirs en place d’avoir voulu continuer à en exploiter les richesses, avec un appareil de production par ailleurs agonisant.

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Mais la « rupture » par rapport aux anciennes pratiques, volontairement ou non, n’a été que verbale, ces dernières restant la norme faute de mieux, ou pire encore, ont été remises au goût du jour (barrage de Rogun au Tadjikistan, « lac du siècle d’or » au Turkménistan...).

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Si l’exploitation du sol et du sous-sol est à haut risque en Asie centrale, étant donné la fragilité des écosystèmes, elle n’est pas la seule responsable de la crise. La transition chaotique de l’économie planifiée à celle de marché, le profond bouleversement politique dû à l’indépendance (souvent non revendiquée d’ailleurs et quasiment imposée sans aucune préparation), l’instauration de régimes corrompus, autoritaires, voire dictatoriaux, sont autant de facteurs qui conduisent, soit à faire passer au second plan les questions de santé et d’environnement, soit même à les ignorer complètement. La dynamique en marche en Asie centrale ne va pas, loin de là, dans le sens du développement durable.

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Les tendances décrites ici n’incitent donc pas à l’optimisme.

Des matières premières plus que jamais exploitées

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L’arrêt des essais nucléaires au Kazakhstan ne doit pas cacher la forêt, la décision ayant été, en réalité, relativement facile à prendre. Mais pour le reste, et plus que jamais, à Almaty, comme dans les pays voisins, les pouvoirs en place marchent dans les traces du régime soviétique ; il faut dire que la plupart des décideurs, tant politiques qu’économiques, ont été formés à ses méthodes.

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Certes, le brutal effondrement économique peu ou prou prévisible, consécutif à l’éclatement de l’URSS et à l’indépendance, appelait des répliques urgentes et n’offrait apparemment guère d’autre alternative que la continuité. Pourtant, on peut s’interroger avec Mels Eleusizov, président du mouvement écologiste kazakh, Tabighat (Nature), pour lequel « ces faillites de la fin de l’ère soviétique ont été organisées pour pouvoir acheter à peu de frais les entreprises, ce qui a provoqué la mort de toute une industrie de biens d’équipement, mécaniques, etc., dont la production aurait permis un développement plus durable et moins polluant » [5][5] Entretien avec l’auteur, juillet 2006..

? L’extraction minière, vocation première de la zone

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Il n’est pas exagéré de dire que tous les minerais qui figurent dans le classement établi par Mendeleïev se retrouvent dans le sous-sol centrasiatique. De véritables villes ont été construites du temps de l’URSS, parfois autour d’un seul gisement, participant ainsi au développement démographique et économique de régions entières, comme la vallée du Ferghana [6][6] Pour une histoire de l’exploitation minière au Kazakhstan,....

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Dès le début des années 1990, les rendements se sont effondrés. Le combinat métallurgique de Karaganda (Karmet), à Temirtau, ne produisait plus que 2,3 millions de tonnes d’acier en 1994 contre 4,9 millions en 1990, date à laquelle il fournissait près de 5 % de l’acier de l’URSS et contribuait pour plus de 10% au PIB kazakh. S’ensuivra une catastrophe économique, sociale, sanitaire et environnementale. En 1994, le Kazakhstan va lancer un vaste programme de privatisations, presque achevé trois ans plus tard. L’Etat n’étant pas en position de négocier quoi que ce soit, de larges avantages seront accordés aux repreneurs. C’est ainsi que l’Indien Mittal Steel rachète Karmet, en 1995, pour l’équivalent de 500 millions d’euros, obtenant que certaines lois sur l’environnement ne lui soient pas applicables pendant dix ans et des aménagements en sa faveur sur d’autres.

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Ainsi, il ne sera pas tenu responsable de la pollution au mercure de la Noura, subie depuis des années par cette rivière, et rien n’est dit sur la façon dont il devra y mettre fin. Ce n’est qu’un exemple parmi des dizaines d’autres, illustrant les contradictions entre obligation de produire, santé publique et environnement. Malgré la croissance de la production d’hydrocarbures, le secteur minier assure encore 30 % des exportations du Kazakhstan et 16 % du PIB. Plus de 10 % du PIB kirghize provient de la seule mine d’or de Kumtor. Enfin, un cinquième de la richesse créée au Tadjikistan et 60 % de ses revenus d’exportation proviennent de la seule usine d’aluminium, TadAZ (à Regar, au sud-ouest du pays), que le géant russe, Rousal, s’est engagé à moderniser en 2004. On comprend donc que lorsque l’Ouzbékistan s’inquiète du projet de Rousal, de construire une nouvelle unité de production d’aluminium à 10 kilomètres de sa frontière, le Tadjikistan fasse le maximum pour ménager son partenaire russe qui, suivant ce même accord, s’est aussi engagé à terminer la construction du barrage hydro-électrique géant de Rogun, dans le sud, ce qui permettra au pays d’être autosuffisant en électricité, et même d’en exporter. Mais cela risque de priver l’Ouzbékistan de l’eau nécessaire pour la culture du coton [7][7] Sur TadAZ et le barrage de Rogun, voir Julie A. Corwin,.... En 1998, les fondations du barrage avaient été détruites au cours d’inondations, et il existe des risques sismiques dans la région.

La vallée du Ferghana, le « trou du diable »

Longue de 300 kilomètres et large de 70 kilomètres, la vallée est divisée entre l’Ouzbékistan (les basses terres), le Tadjikistan et le Kirghizstan (flancs et sommets environnants). Sur 22 000 km2 vivent 10 millions d’habitants, soit le cinquième de toute la population d’Asie centrale : la moitié des 4 millions de Kirghizes, 30 % des 6,5 millions de Tadjiks, et 27 % des 26,4 millions d’Ouzbeks (alors qu’elle ne représente que 4,3 % de la superficie de ce pays). Cette vallée est une véritable poudrière : à la densité de la population multi-ethnique, très pauvre, terreau de l’islamisme radical comme des réseaux de trafic de drogue, aux problèmes de l’eau, objet de graves litiges (barrages hydroélectriques, irrigation du coton) et aux risques naturels, notamment sismiques, s’ajoute la plus forte concentration en Asie centrale de déchets chimiques et radioactifs, abandonnés depuis parfois des décennies, quasiment à l’air libre et sans aucun contrôle.

d’après G. P. Chomette : « Asie centrale : la vallée du Ferghana menacée par les catastrophes écologiques », Environmental Mediatour, ENVSEC, juin 2005.
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La flambée durable des cours des métaux va-t-elle encourager les gouvernements de la région à exiger des propriétaires des mines un effort pour produire plus propre ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais bien des indices portent à croire que la situation financière des groupes miniers leur permettrait tout à fait d’adopter des standards environnementaux plus élevés.

? La « tyrannie » du coton

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Malgré sa dénonciation de l’utilisation des ressources en eau par le pouvoir soviétique, le Président ouzbek, Islam Karimov, n’en a pas moins conforté le coton dans son ancien rôle de pilier de l’économie remontant aux années 1930, et la politique de régionalisation et de production intensive, sacrifiant délibérément la mer d’Aral alimentée par les grands fleuves que sont l’Amou-Daria et le Syr-Daria [8][8] Sur la mer d’Aral, voir Aral, René Létolle et Monique..., détournés dans cet objectif. Entre 1960 et 1980, ce qui fut la quatrième mer intérieure du globe a vu sa surface diminuer de moitié et son volume des trois quarts.

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Depuis 1991, au nom de la sécurité alimentaire et pour limiter les importations, la production de blé a été augmentée, signifiant aussi l’occupation à cet effet de 40 % de la surface agricole, mais non de meilleurs rendements à l’hectare. Malgré tout, l’Ouzbékistan reste le deuxième exportateur et le sixième producteur mondial d’or blanc, même s’il ne produit plus que 60 % des volumes atteints à la veille de la chute de l’URSS [9][9] Pour une synthèse de la situation du coton en Ouzbékistan.... « La montée très importante du chômage dans les régions cotonnières freine la reconversion des terres à d’autres cultures. Par conséquent, il n’y a pas substitution de cultures nourricières à celle du coton, mais plutôt une extension des surfaces irriguées pour couvrir les besoins de la population », explique Jérémy Allouche, de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne [10][10] Jérémy Allouche, « Continuité et discontinuité dans.... Les autorités ouzbèkes, par exemple, craignent d’engager des réformes bouleversant les modes habituels de production et rationalisant l’usage de l’eau, de peur de graves conséquences sociales. La reconversion de l’agriculture ouzbèke est-elle impensable ? A moyen terme sans doute. La culture et la transformation de l’or blanc occupent 40 % de la population et assurent les deux tiers de ses échanges commerciaux. La même logique s’impose chez les autres producteurs de coton de la région, le Turkménistan et le Tadjikistan. Les surfaces irriguées ont donc augmenté aussitôt après les indépendances (de près de 10 % entre 1990 et 1995).

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Aujourd’hui, 90 % des 4,5 millions d’hectares de terres agricoles de l’Ouzbékistan sont irrigués.

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Or, la dégradation des 200000 kilomètres de canaux conduit à un véritable gâchis et à une surconsommation d’eau, soit entre 10 et 14 000 m3 par hectare de terres irriguées, un chiffre bien supérieur aux quantités acheminées par les réseaux pakistanais ou égyptien qui, avec 9 000-10 000 m3 par hectare, sont déjà considérés comme dépensiers [11][11] Sur la problématique de l’eau en Asie centrale et en....

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On arrive donc à une situation paradoxale dans laquelle les spécialistes s’accordent à dire que les réserves seraient suffisantes pour les besoins de la région, si la gestion de l’eau était moins calamiteuse et beaucoup plus maîtrisée.

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C’est ainsi que se forme un cercle vicieux, à partir de la salinisation des terres : « le lessivage des sols par irrigation, pratiqué par les agriculteurs pour évacuer les sels en profondeur, atteint les nappes phréatiques. La surconsommation d’eau et le problème de drainage expliquent également l’engorgement des sols par la remontée de ces nappes, souvent très concentrées en sels. Outre la chute des rendements agricoles, la haute teneur en sel dégrade les habitations et la pollution des nappes engendre de sérieux problèmes pour l’alimentation en eau potable » [12][12] Cf. Raphaël Jozan, Charles Baubion, op. cit.. La moitié des terres agricoles de l’Asie centrale seraient affectées par la salinisation. La quantité et surtout la qualité de l’eau comptent manifestement parmi les grands sujets d’inquiétude constatés aujourd’hui et plus encore pour l’avenir, si rien n’est fait.

? Pétrole et gaz, nouvelles pollutions

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Le régime soviétique n’a guère exploité les ressources pétrolières et gazières de l’Asie centrale et du bassin caspien, sinon du côté azerbaïdjanais.

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Pour les dirigeants centre-asiatiques, surtout kazakhs et turkmènes, la découverte, dans les années 1990, de gisements de toute première importance, suscitant les convoitises de tous les grands groupes pétroliers du monde, fut donc une véritable aubaine [13][13] Alexandre Huet, « Hydrocarbures en Asie centrale. L’émergence.... La plupart de ces gisements sont exploités par des consortiums internationaux, déclarant à l’envi appliquer des standards environnementaux élevés.

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Ces derniers sont d’ailleurs une composante importante des accords de partage de production (APP), comme celui signé pour l’exploitation du champ pétrolier géant de Kachagan, au Kazakhstan, dans la partie nord de la mer Caspienne. « Il est sans doute vrai que ces standards sont très élevés, et bien plus que ceux appliqués par les compagnies locales, estime Sergueï Kuratov, de l’association écologique, Green Salvation, à Almaty, mais il n’empêche que l’exploitation des champs de pétrole pollue et que dans des pays comme le nôtre, les sociétés étrangères font tout pour que le respect de l’environnement leur coûte le moins cher possible » [14][14] Entretien avec l’auteur, septembre 2006.. La branche kazakhe de cette association s’attache notamment à défendre les habitants de villages situés aux abords du gisement onshore de Karachaganak, au nord-ouest du pays, exploité principalement par British Gas (Grande-Bretagne) et Eni (Italie).

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Le litige porte sur l’étendue d’un périmètre de protection. « Le consortium veut le réduire de cinq à trois kilomètres, au motif que les nouvelles technologies utilisées sont moins polluantes, ce qui lui permettrait de ne pas avoir à financer le relogement des habitants ».

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L’essentiel des hydrocarbures de l’Asie centrale vient de gisements offshore, en mer Caspienne, dont tous ne sont pas encore opérationnels. Les difficultés techniques et la nature des APPrendent impossible tout monitoring environnemental de la part d’ONG ou d’experts indépendants. « Il en résulte que nous ne pouvons pas dire encore s’il y a des pratiques polluantes ou non, explique Sergueï Kuratov, mais le fait que personne ne puisse faire ce monitoring est déjà un problème. Selon la loi kazakhe, deux suivis peuvent être engagés : l’un par le gouvernement ou ses agences, l’autre par le producteur lui-même, excluant ainsi tout à fait légalement les experts indépendants ».

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D’autant que de l’aveu même du ministre de la Protection de l’environnement, Nourlan Iskakov, l’exploitation du pétrole est un des problèmes les plus sérieux auxquels le Kazakhstan doit faire face aujourd’hui, en raison des émanations de gaz, des fuites sur les lieux mêmes de production, des énormes stocks de soufre extrait du pétrole caspien, etc.

Un sentiment général d’abandon

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Manque de moyens financiers, corruption, déficit d’éducation, irresponsabilité, absence de volonté politique :

autant de facteurs qui laissent penser que le minimum n’a même pas été entrepris et que les maladies et les pertes humaines vont devenir encore plus nombreuses. Radioactivité à Semipalatinsk, pollution au mercure au Tadjikistan, air saturé de radon cancérigène le long de la rivière Maïlii-Suu au Kirghizstan : l’alerte sanitaire pourrait être déclenchée à de nombreux endroits si les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) étaient appliquées. Ainsi, au sud de la mer d’Aral, une population atteinte d’anémie, du fait entre autres de la malnutrition, est particulièrement touchée par la tuberculose, qui devrait être déclarée épidémie selon cette organisation.

? Un trop lourd héritage

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Sur le site, désaffecté, de Maïlii-Suu au Kirghizstan, « les tonnes de déchets d’uranium », résultant de la fabrication de la bombe atomique soviétique, « sont parfois recouvertes de béton, et le plus souvent de terre et de gravier » [15][15] Gérard Diez, « Au Kirghizstan, le cancer sur les ruines.... Au Kirghizstan, on estime qu’il faudrait près de 30 millions d’euros uniquement pour neutraliser les huit sites les plus dangereux où sont stockés des déchets radioactifs, sur les 36 existants, auxquels il faut ajouter 25 dépôts d’uranium, afin de prévenir un désastre écologique [16][16] Erica Marat, Kyrgyz NGOs Warn about Radioactive Waste.... Or, le pays est bien incapable de financer seul cette opération.

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Le délabrement des services publics, notamment de santé, au Karakalpakstan par exemple (région autonome d’Ouzbékistan), a été un facteur d’aggravation de la tuberculose qui y sévit.

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« Après 1991, les traitements prescrits aux malades ont été arrêtés, faute de médicaments. Deux des grands obstacles à la réussite du programme DOTS contre cette maladie sont les énormes distances à parcourir pour se soigner et l’indigence des moyens de transport (...). Il est en effet difficile d’ouvrir des lieux de distribution de médicaments.

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Par ailleurs empêcher la corruption est mission impossible, les médecins étant payés environ 18 dollars par mois » [17][17] Cf. sur le site de MSF international ((http :// www.....

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Au Turkménistan, le chef de l’Etat lui-même a demandé aux médecins de ne pas informer les patients de leur maladie... faute de médicaments pour les soigner.

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Ce n’est souvent qu’avec l’aide d’ONG, d’organisations internationales ou d’Etats étrangers que certaines actions ont été entreprises, notamment en cas de conséquences possibles pour le reste du monde... En 2002, dans le cadre de la « lutte contre le terrorisme », les Etats-Unis convainquirent les autorités ouzbèkes de les autoriser à se rendre sur l’île sinistre de Vozrojdenie, dans la mer d’Aral, pour y détruire les éventuels stocks d’armes bactériologiques (anthrax et peste) de cet ancien centre ultra-secret soviétique. Le danger était devenu d’autant plus grand que la baisse du niveau de l’eau en faisait une quasi-presqu’île, rendant le site accessible à pied aux hommes et aux animaux.

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Quelques programmes existent, comme celui de MSF Hollande contre la tuberculose, au Karakalpakstan, ou celui de la Banque mondiale, avec la construction en 2006 d’une digue permettant de restaurer l’extrême partie nord de la mer d’Aral, ainsi que les marécages à l’embouchure du Syr-Daria [18][18] Cf. Régis Genté, « La mer d’Aral sauvée des sables »,..., afin de reconstituer un écosystème. Ce dernier projet, de 70 millions d’euros, a été financé aux trois quarts par la Banque mondiale et, pour le reste, par le Kazakhstan. Une seconde phase est actuellement à l’étude pour que l’eau potable soit distribuée à Aralsk. Si les revenus du pétrole et du gaz peuvent largement financer la réhabilitation environnementale au Kazakhstan (Astana s’apprête à verser les compensations promises aux victimes du polygone d’essais nucléaires de Semipalatinsk), il n’en est pas de même pour les autres pays, d’autant que cela nécessite une approche volontariste commune, comme dans la vallée du Ferghana, véritable « trou du diable » qui réunit tous les risques de catastrophes possibles.

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Mais les simples citoyens ne sont pas dupes de certaines mesures destinées seulement à redorer l’image du pays.

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En janvier 2006, un habitant d’Aralsk déclarait, sous couvert de l’anonymat : « On construit une nouvelle capitale, qui absorbe plus de la moitié du budget de la nation, et nous, ici, on vient juste de nous brancher l’eau courante et mille problèmes restent à régler. On nous laisse crever dans notre coin ». De plus, malgré les discours officiels et la médiatisation, le polygone nucléaire n’est même pas interdit, « et les habitants des villages voisins y font paître leurs troupeaux de chevaux, vaches et moutons. Plusieurs familles habitent depuis des années dans le périmètre irradié, exposées à une radioactivité dont elles ignorent tout » [19][19] Lorraine Millot, « Au cœur du Kazakhstan irradié »,....

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Mépris des populations et irresponsabilité des hommes politiques sont ainsi flagrants. Au Tadjikistan, un lac (88 km², 17 milliards de m³), formé en 1911 à la suite d’un tremblement de terre, a vu son niveau s’élever de près de 190 mètres depuis. Une pression gigantesque menace de rompre à tout moment ce barrage naturel. S’il se brisait, plus de cinq millions de personnes au Tadjikistan, en Ouzbékistan, en Afghanistan et au Turkménistan seraient des victimes potentielles. Le niveau du lac Balkakh baisse comme celui de la mer d’Aral autrefois, en raison surtout de la forte captation d’eau par les Chinois, en amont (mais aussi de la déforestation du Sud-Est kazakh, entraînant la baisse du volume des pluies). Selon Mels Eleusizov, « aucun contact n’a été pris avec Pékin à ce sujet ».

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Dans cette situation, le leitmotiv le plus courant est le mot « corruption ».

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Le problème n’est même pas l’existence de lois, d’ailleurs copiées sur celles des pays occidentaux, mais leur application ou plutôt leur contournement.

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Mieux, elles peuvent aussi nourrir la corruption, puisque « sauter » les obstacles légaux suppose le versement de potsdevin à ceux qui détiennent des postes de responsabilité dans les organes exécutifs, administratifs, nationaux ou locaux en charge de l’environnement.

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« C’est comme cela qu’aucune politique cohérente n’a pu être mise en place au Kazakhstan, à cause de notre mafia de l’eau », explique un ancien haut fonctionnaire, gardant l’anonymat.

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« Des outils, comme la Déclaration européenne pour une nouvelle culture de l’eau, qui offre un schéma général de résolution des problèmes, ont été repoussés, car ils exigent une transparence des diverses structures impliquées dans la gestion de l’eau ». Selon Sergueï Solyanik, de Green Salvation, « les lois sont parfois votées conformément aux plus hauts standards internationaux, puis sont progressivement vidées de leur sens, à coup de décrets. Dans bien des cas, les standards soviétiques étaient plus élevés que ceux d’aujourd’hui ».

Environnement et système politique

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La question environnementale en Asie centrale appelle peut-être plus qu’ailleurs une réponse globale. Le caractère autoritaire, voire dictatorial, des pouvoirs en place, à l’exception peut-être du Kirghizstan, est un élément capital pour comprendre pourquoi la situation tend à empirer et pour imaginer des solutions atténuant la violence de la crise qui frappe l’Asie centrale. La crainte généralisée, l’impossibilité de peser sur les décisions politiques, nationales ou même locales, et le climat de corruption y sont les pires ennemis de la santé publique et de la protection de la nature.

? Une société démunie

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Etant donné l’absence de libertés, d’état de droit et de justice, l’arbitraire de l’administration, les pressions en tous genres sur les contestataires, le contrôle des médias, le droit à la sécurité sanitaire n’est pas près de devenir une priorité. La dénonciation par un individu d’une quelconque menace sur sa santé ou sa vie a donc peu de chances d’être prise en compte. Ainsi, en 2000, le Kazakhstan ratifiait la convention d’Aarhus sur le droit à l’information et à la participation de la population aux projets touchant à l’environnement et sur le droit de chacun à engager des procédures légales pour sa défense. Or, selon Sergueï Kuratov, « le pouvoir n’en tient nullement compte. Lorsqu’il fut question que le Kazakhstan importe des déchets nucléaires pour les stocker, aucun débat public n’a eu lieu, alors que la convention d’Aarhus dispose, que, avant tout débat au Parlement, un document établissant une “Evaluation de l’impact sur l’environnement” doit être produit, en l’occurrence par la société Kazatomprom, lequel ne peut exister sans une large participation publique, à travers les ONG entre autres » [20][20] Pour suivre cette question, cf. http :// www. greensalvation..... Or, jamais les citoyens n’ont été associés à une quelconque mission d’observation. A Termitau, explique Dmitri Kalmykov, qui dirige le Musée écologique de Karaganda, au nord-est du Kazakhstan, « Mittal Steel affirme que la pollution est moindre qu’auparavant, mais aucun moyen n’existe pour le vérifier. Comment savoir si on est en danger ou non ?» [21][21] Entretien téléphonique avec l’auteur, septembre 20.... Il en est de même d’ailleurs pour tous les grands bassins miniers et métallurgiques, comme Oust-Kamenogorsk, Pavlodar ou Aktioubinsk.

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En cas d’accident, il semble sûr que le secret sera bien gardé, comme du temps de l’URSS. Les journalistes étrangers à Aralsk, par exemple, doivent être enregistrés par la police, après avoir d’abord obtenu une autorisation du maire. Certes, des dizaines d’ONG spécialisées dans les questions d’environnement sont présentes en Asie centrale, plus tolérées que celles s’intéressant aux problèmes directement politiques, mais elles n’ont pas accès à l’information technique et sont dépourvues de réels moyens d’action, notamment sur les cercles dirigeants, politiques ou d’affaires. Par ailleurs, leur manque de connaissances scientifiques ou juridiques fait qu’elles sont assez facilement instrumentalisées par les pouvoirs en place, qui les mettent en avant pour l’image, mais en réalité, afin de faire valoir des intérêts économiques. Dans d’autres cas de figure, elles sont complètement écartées. C’est ce qui s’est passé en mai 1998, par exemple, selon une consultante britannique [22][22] Daphne Biliouri, « The Cyanide Spill in Kyrgyzstan :..., au Kirghizstan, caractérisé alors pourtant par son ouverture démocratique et son très grand nombre d’associations locales. La chute accidentelle dans une rivière alimentant en eau un village, d’un camion transportant vingt tonnes de cyanure de sodium aurait provoqué deux décès (ou quatre, selon les sources), des centaines d’hospitalisations et des pertes de bétail. Une crise politique s’ensuivit, au point que le Parlement fut conduit à ouvrir une enquête. Le problème était que ce camion appartenait à la mine d’or de Kumtor, gérée par la plus grande entreprise du pays, une société mixte réunissant l’Etat et le canadien Cameco, et que l’accident est intervenu non loin du lac d’Issyk-Koul, destination touristique en développement. La gestion de la crise et de ses conséquences fut un test pour les institutions kirghizes, le gouvernement tentant de gérer la catastrophe dans le plus grand secret, sans vraiment y parvenir. Il tenta d’abord de minimiser son importance, puis des « experts » russes et canadiens affirmèrent qu’aucune trace de cyanure n’avait été trouvée dans la rivière et que les habitants avaient été victimes d’une épidémie virale [23][23] Selon La lettre du CEDRE, juin 1998, reprenant le bulletin...... Des ONG locales et internationales réclamèrent sans succès une enquête indépendante. Des limites ont ainsi été clairement posées aux ONG, qui avaient pour leur part un déficit d’expérience et de capacité à faire front commun.

? Le seul exemple de mobilisation

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L’expérience de la construction, sur initiative spontanée, d’une digue, dans la partie nord de la mer d’Aral, achevée en 1996, montre que l’environnement peut être parfois un vecteur de prise de responsabilité. En l’absence de tous moyens, sous l’impulsion du maire d’Aralsk de l’époque, M. Alachibaï Baïmirzaev, une partie de la population locale décida de construire une digue avec du sable et des roseaux. Elle tiendra jusqu’en 1999, date à laquelle elle fut emportée par une tempête, non sans avoir prouvé son efficacité, puisque la mer est revenue et a vu renaître son écosystème, avec notamment le retour de quelques-unes des 24 espèces de poissons disparues de l’Aral du fait de sa trop haute teneur en sel. Grâce à la digue, l’eau douce du Syr-Daria s’est répandue à nouveau dans la mer et la carpe, par exemple, est réapparue.

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Certes, cette expérience est restée unique en Asie centrale, et pèse peu face aux multiples victimes silencieuses et résignées des catastrophes écologiques. Néanmoins, selon Loup Brefort, chef du bureau de la représentation de la Banque mondiale au Kazakhstan, « il est fort probable que cette initiative ait joué dans la décision du gouvernement kazakh de participer au financement d’une partie de notre projet de digue dans la partie nord de la mer d’Aral ».

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Quinze ans après l’indépendance des cinq républiques d’Asie centrale, l’absence totale de préoccupations écologiques qui caractérisait l’époque soviétique continue ses ravages et même se perpétue, les mentalités ayant peu évolué, à la faveur d’une politique du tout-matières premières, de la corruption et de l’indifférence au destin de la collectivité de la part de régimes politiques autoritaires, voire dictatoriaux, donc peu enclins à solliciter la participation des citoyens à l’avenir de leur environnement.

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Pourquoi les dirigeants de la région miseraient-ils spontanément sur un développement durable, si rien ne les y incite ? « Les hommes ne font le bien que forcés », écrivait Machiavel. Aquel moment la situation ne sera-t-elle plus tenable ? Certains « experts » annoncent une guerre de l’eau depuis quelques années... d’autres de nouveaux conflits dans la vallée du Ferghana, qui conjugue toutes les tensions géo-écologiques, économiques et sociales, auxquelles sont venues s’ajouter les revendications et actions des islamistes radicaux, actifs dans les zones transfrontalières.


Sélection bibliographique

  • Dans Le courrier des pays de l’Est
  • ? La Russie et les autres pays de la CEI en... : un numéro annuel, avec dans la rubrique Asie centrale, un article faisant le bilan de l’année écoulée dans chacun des cinq Etats. Dernière parution, pour 2005 : n° 1053, janvier-février 2006,224 p.
  • ? Le christianisme en Asie centrale, miroir des évolutions politiques (Sébastien Peyrouse), n°1045, septembre-octobre 2004.
  • ? Asie centrale : Un an après le 11 septembre (Mohammad-Reza Djalili, Thierry Kellner) – Batailles pour l’eau : une guerre est-elle possible ? (Gaël Raballand) – Hydrocarbures : l’émergence d’un nouveau pôle énergétique (Alexandre Huet) – La filière coton. Le poids de l’héritage (Richard Leroi) – L’or kirghize et ouzbek (Irène kamenka, Christina Lionnet), n° 1027, août 2002.
  • ? Les Etats d’Asie centrale face à l’indépendance (Alain Giroux), n° 388, avril 1994.
  • ? Kazakhstan : potentiel et modèle économique du géant asiatique de la CEI (Alain Giroux), n° 372, septembre 1992.
  • ? Les luttes écologiques à l’heure Gorbatchev : pollution et transparence (Alain Giroux), n° 317, avril 1987.
  • ? Développement et dépendance économique de l’Asie centrale soviétique (Marie-Agnès Crosnier, Michèle Kahn, Hervé Gicquiau), n° 276, septembre et n° 277, octobre 1983. Voir la collection du Courrier des pays de l’Est depuis 1980 : hhttp :// www. ladocumentationfrancaise. fr/ revuescollections/ courrierpaysest/ collection. shtml
  • Autres références
  • ? Les Etats d’Asie centrale : un parcours tourmenté depuis l’indépendance (Laurent Bazin et al.), in
  • Asie. Entre pragmatisme et attentisme, édition 2006-2007, sous la direction de Sophie Boisseau du Rocher et François Godement, Les études de La Documentation française, Paris, novembre 2006,192 p.
  • ? Asie centrale, la dérive autoritaire. Cinq républiques entre héritage soviétique, dictature et islam (Marlène Laruelle, Sébastien Peyrouse), Ceri/Autrement, Paris, 2006,144 p.
  • ? L’Asie centrale ou la fatalité de l’enclavement (Gaël Raballand), IFEAC/L’Harmattan, Paris, 2005,355 p.
  • ? Asie centrale du Sud, Géostratégiques n° 12, avril 2006. La revue en ligne : hhttp :// www. strategicsinternational. com/
  • ? Cahiers d’études surla Méditerranée orientale et le monde turco-iranien (CEMOTI). Voir notamment :
  • La question de l’enclavement en Asie centrale (n° 35,2003), Russie-Asie centrale : regards réciproques (n° 34,2002), http ://cemoti.revues.org/
  • ? Central Asia Reports, publication hebdomadaire sur hhttp :// www. rferl. org
  • ? Les enjeux de la sécurité en Asie centrale (sous la direction de Firouzeh Nahavandi), Transitions (revue de l’Institut de sociologie de l’Université de Bruxelles et de l’Institut européen de l’Université de Genève), vol. 46,1,2006.
  • ? ENVSEC (Environment and Security), programme réunissant plusieurs organisations internationales.
  • Sur l’Asie centrale (textes et cartes) : hhttp :// www. envsec. org/ centasia/ index. php
  • ? EU Stakes in Central Asia (Anna Matveeva), Cahiers de Chaillot, Institut d’études de sécurité, Union européenne, n° 91, juillet 2006,125 p., hhttp :// www. iss. europa. eu/ chaillot/ chai91e. html
  • ? Géopolitique de la nouvelle Asie centrale. De la fin de l’URSS à l’après 11 septembre (Mohammad-Reza Djalili, Thierry Kellner), PUF, Paris, 2006 (4e édition), 585 p.
  • ? Guerres en Asie centrale : luttes d’influence, pétrole, islamisme et mafias 1850-2004 (Boris Eisenbaum), Paris, Grasset, 2005,254 p.
  • ? Institut français d’études sur l’Asie centrale (IFEAC), à Tachkent. Voir les diverses publications sur hhttp :// / www. ifeac. org
  • ? Vers un nouveau partenariat entre la France et l’Asie centrale. Rapport au Premier ministre, présenté par Aymeri de Montesquiou, sénateur, vice-président du groupe d’amitié France-Asie centrale, La Documentation française, juillet 2005,139 p. En ligne, dans la Bibliothèque des rapports publics http :// www. ladocumentationfrancaise. fr/ rapports-publics/ 054000677/ index. shtml

Notes

[(1)]

Révéler les graves atteintes à l’environnement en général, et encore plus les accidents et catastrophes, était souvent assimilé à de l’antisoviétisme, à de la dissidence ou à la violation d’un secret d’Etat.

[(2)]

Voir à ce sujet les rapports et actions de l’ENVSEC (Environment and Security Initiative) des Nations unies, rubrique Asie centrale, notamment les nombreuses cartes et les reportages de journalistes invités à participer à un Environmental Mediatour en juin 2005, http :// www. envsec. org/ centasia/ index. php.

[(3)]

Cf. Jean-Robert Raviot, Ecologie et pouvoir en URSS. Le rapport à la nature et à l’espace : une source de légitimité politique dans le processus de désoviétisation, thèse de doctorat de 3e cycle d’études soviétiques et est-européennes, IEP Paris, 1995,500 p.

[(4)]

Cette orientation date de l’époque de la colonisation par les tsars. On peut penser que les minerais et le coton de l’Asie centrale ont été une des raisons principales de la colonisation russe : cf. M. Joffe, « Autocracy, Capitalism and Empire : The Politics of Irrigation », The Russian Review, 1995, vol. 54, n° 3, pp. 365-388 ; I. Lipovsky, « The Central Asian Cotton Epic », Central Asian Survey, 1995, vol. 14, n° 4, pp. 529-542.

[(5)]

Entretien avec l’auteur, juillet 2006.

[(6)]

Pour une histoire de l’exploitation minière au Kazakhstan, lire Anne E. Peck, Economic Development in Kazakhstan. The Role of Large Enterprises and Foreign Investment, Routledge Curzon, Londres, 2004,277 p.

[(7)]

Sur TadAZ et le barrage de Rogun, voir Julie A. Corwin, « Central Asia : Is Russian Aluminium Forsaking Tajikistan For Uzbekistan ?», RFE, 7 décembre 2005 ; Artyom Fradchuk, « Tajikistan’s Energy Dilemma », IWPR, 10 avril 2006.

[(8)]

Sur la mer d’Aral, voir Aral, René Létolle et Monique Mainguet, 1993, Springer Verlag, Paris, 357 p. ; Aral Sea. Experience and Lessons Learned Brief ((www. ilec. or. jp/ eg/ lbmi/ reports/01).

[(9)]

Pour une synthèse de la situation du coton en Ouzbékistan après l’indépendance, cf. Richard Leroi, « La filière coton en Asie centrale », Le courrier des pays de l’Est, n° 1027, août 2002, pp. 40-51.

[(10)]

Jérémy Allouche, « Continuité et discontinuité dans la politique de l’eau en Asie centrale », Cahiers d’Asie centrale, n° 13-14, Gestion de l’indépendance et legs soviétique en Asie centrale, Institut français d’études sur l’Asie centrale, Edisud, Aix-en-Provence, 2004, p. 285.

[(11)]

Sur la problématique de l’eau en Asie centrale et en Ouzbékistan, voir Raphaël Jozan, Charles Baubion, « Un souffle de réforme sur la politique de l’eau en Ouzbékistan ?», Cahiers d’Asie centrale, n° 13-14, Gestion de l’indépendance et legs soviétique en Asie centrale, Institut français d’études sur l’Asie centrale, Edisud, Aix-en-Provence, 2004, p. 261; Jérémy Allouche, « L’eau en Asie centrale : incidences d’un nouveau contexte géopolitique », Diploweb ((http :// www. diploweb. com/ asie/ allouche. htm),2002 ; Gaël Raballand, « Batailles pour l’eau. Une guerre est-elle possible ?», Le courrier des pays de l’Est, n° 1027, août 2002, pp. 14-23.

[(12)]

Cf. Raphaël Jozan, Charles Baubion, op. cit.

[(13)]

Alexandre Huet, « Hydrocarbures en Asie centrale. L’émergence d’un nouveau pôle énergétique », Le courrier des pays de l’Est, n° 1027, août 2002, pp. 24-39.

[(14)]

Entretien avec l’auteur, septembre 2006.

[(15)]

Gérard Diez, « Au Kirghizstan, le cancer sur les ruines du nucléaire », Libération, 30 décembre 2003. Sur ce pays, voir aussi René Cagnat, La rumeur des steppes, Paris, Payot, 1999.

[(16)]

Erica Marat, Kyrgyz NGOs Warn about Radioactive Waste Problem, Jamestown Foundation, 6 juillet 2006.

[(17)]

Cf. sur le site de MSF international ((http :// www. msf. org/ ),« The Aral Sea Disappears while Tuberculosis Climbs », 19 mars 2003. DOTS (Directly-Observed Treatment, Short-Course) est une stratégie de traitement recommandée au plan international pour lutter contre la tuberculose.

[(18)]

Cf. Régis Genté, « La mer d’Aral sauvée des sables », Le Monde 2, n° 111,1er avril 2006.

[(19)]

Lorraine Millot, « Au cœur du Kazakhstan irradié », Libération, 4 février 2006.

[(20)]

Pour suivre cette question, cf. http :// www. greensalvation. org/ English/ Main/ main. htm.

[(21)]

Entretien téléphonique avec l’auteur, septembre 2006.

[(22)]

Daphne Biliouri, « The Cyanide Spill in Kyrgyzstan : Measuring Civil Society Development », Eurasianet, 4 janvier 2000.

[(23)]

Selon La lettre du CEDRE, juin 1998, reprenant le bulletin Hazardous Substances Spill Report.

Résumé

Français

Les remèdes à la crise écologique qui frappe l’Asie centrale, en continuité avec celle qui prévalait durant l’époque soviétique, sont encore loin de pouvoir être appliqués. Le modèle de développement économique, associé à la nature autoritaire et clanique des régimes politiques, adopté depuis l’indépendance des cinq républiques, ne fait que l’entretenir, voire l’aggraver. Pour des raisons en grande partie dues à l’urgence de faire tourner la machine, au début des années 1990, les nouveaux dirigeants, en fait issus du sérail soviétique, n’ont eu d’autres solutions que de relancer l’extraction et la production des matières premières (coton, minerais, pétrole et gaz). Toutes activités pourtant à l’origine d’une profonde crise sanitaire et environnementale, faute de prise de conscience, de connaissance des dangers ou d’application de normes strictes. Les plus choquants et visibles sont sans doute les stocks chimiques et déchets radioactifs abandonnés, depuis parfois des dizaines d’années, quasiment à l’air libre. Sans compter la mer d’Aral sacrifiée sur l’autel de la culture extensive du coton et l’intense gaspillage de l’eau en général. La gravité de cette crise est accentuée par le contexte chaotique de la transition : manque de moyens financiers, départ des cadres russes, corruption, irresponsabilité, chômage et grande pauvreté, indifférence à la misère humaine ont conduit à systématiquement faire passer développement durable sinon l’écologie même au second plan, voire à les ignorer. Quant aux victimes, déclarées ou potentielles, elles ont, comme autrefois, peu droit à la parole, contrairement à ce que laisse entendre le discours ambiant en Asie centrale, volontiers repris en Occident. Ces dommages sont aussi le fait de compagnies étrangères, qui, en position de force, négocient souvent des «rabais» environnementaux...

English

An Ecological Crisis without Borders in Central Asia Measures to combat the ecological crisis facing Central Asia, a continuity of conditions prevailing during the Soviet period, are far from applicable. With the authoritarian and clanic nature of the regimes in power, the economic development model in place since the five republics declared independence has maintained, if not worsened the situation. In the early 1990s, faced with the urgency of keeping their countries functioning, the new leaders, recruited from those of the Soviet era, had no other choice than to resume raw materials extraction and production (cotton, ore, oil and gas). This contributed to a profound sanitary and environmental crisis through a lack of understanding and awareness of the dangers. Undoubtedly more shocking and visible are the abandoned stocks of chemical and radioactive waste left practically out in the open, often for over a decade. This is without counting the Aral Sea sacrificed by extensive cotton farming and intense water wastage. The gravity of this crisis has worsened within the context of a chaotic transition, a lack of financial resources, the departure of Russian management, corruption, irresponsibility, unemployment, substantial poverty, and an indifference to human misery which has relegated sustainable development, if not ecology, to non priority status, or even ignored them. As before, real or potential victims have few rights to speak out, despite what has been implied by the current discourse prevailing in Central Asia and readily accepted by the West. The damage continues in Central Asia due also to the foreign oil and gas companies, who, in many respects, are in position to obtain “environmental arrangements”.

Plan de l'article

  1. Des matières premières plus que jamais exploitées
    1. ? L’extraction minière, vocation première de la zone
    2. ? La « tyrannie » du coton
    3. ? Pétrole et gaz, nouvelles pollutions
  2. Un sentiment général d’abandon
    1. ? Un trop lourd héritage
  3. Environnement et système politique
    1. ? Une société démunie
    2. ? Le seul exemple de mobilisation

Pour citer cet article

Genté Régis, « Crise écologique sans frontières en Asie centrale », Le Courrier des pays de l'Est, 5/2006 (no 1057), p. 46-56.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2006-5-page-46.htm


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