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S'inscrire Alertes e-mail - Le Courrier des pays de l'Est Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa fin en douceur du système Niazov
AuteurPatrick Kamenka du même auteur
Journaliste Manuscrit clos en janvier 2008Gourbangouly Berdymoukhammedov, le nouveau chef de l’Etat turkmène, qui a succédé en février 2007 au dictateur Saparmourat Niazov, décédé en décembre 2006, tente de se forger une image de réformateur en prônant une politique d’ouverture pour désenclaver son pays et trouver de nouvelles voies d’exportation du gaz, principale source de revenus. En se rendant à l’Onu, à Bruxelles et dans de nombreux autres pays, notamment voisins, il rompt avec la politique de « neutralité » qui avait en fait isolé le Turkménistan pendant deux décennies. Cette ouverture vise aussi à attirer les investisseurs étrangers pour participer au développement de ce pays de 6 millions d’habitants, laissé à l’abandon et soumis au culte effréné de la personnalité imposé par celui qui se faisait appeler Turkmenbachi, père de tous les Turkmènes.
2 En politique intérieure, Gourbangouly Berdymoukhammedov, ancien ministre de la Santé, avance à pas comptés, mais la vie culturelle et l’éducation ont déjà repris des couleurs. Pour autant, les libertés individuelles et les droits de l’homme restent peu respectés. Il a écarté du pouvoir les affidés de Saparmourad Niazov, dont le général Akmurad Rejepov, chef de la garde personnelle de ce dernier. Les liens se sont resserrés avec Moscou via la signature d’un accord tripartite avec le Kazakhstan pour la construction d’un gazoduc reliant la mer Caspienne à la Russie.
3 Gazprom est désormais en situation de monopole, mais a néanmoins dû accepter des hausses de prix du gaz imposées par le Turkménistan. De nouveaux gazoducs devraient voir le jour vers la Chine, mais aussi vers l’Afghanistan, le Pakistan, voire l’Inde. De leur côté, Européens et Américains tentent de se rapprocher d’Achgabat pour s’approvisionner en gaz en contournant le réseau de distribution aux mains des Russes. Les prix mondiaux de l’énergie constituent un atout pour l’économie turkmène, mais les revenus du gaz finiront-ils par bénéficier à la population dont 60 % vit sous le seuil de pauvreté ? Parallèlement, la question des réserves réelles de gaz est posée, en regard des promesses du Turkménistan de répondre à une demande croissante.
Une succession trouble
4 Le 11 février 2007, Gourbangouly Berdymoukhammedov a été élu avec 89,23 % des suffrages (taux de participation, 98,65 %), deux mois après le décès soudain de S. Niazov, président depuis 21 ans de l’un des Etats les plus fermés au monde. Pour la première fois, cinq autres candidats se présentaient face au candidat officiel, mais aucun observateur étranger n’a pu assister au déroulement du scrutin.
5 Formellement, selon la Constitution, le président du Parlement, O. Ataïev, devait assurer l’intérim, mais il fut arrêté le lendemain même du décès du Turkmenbachi, puis condamné à cinq ans de prison en février 2007. Le futur chef de l’Etat a été nommé Président par intérim et a fait changer les conditions pour se présenter, en ramenant de 50 ans à 40 ans l’âge pour être éligible, car il n’avait que 49 ans au moment de l’élection. Il a aussi empêché les opposants en exil de pouvoir se présenter.
6 Dans un premier temps, il aurait eu, selon la presse russe, le soutien d’Akmurad Rejepov, le tout puissant chef de la garde présidentielle, à la tête d’une milice forte de 2 000 hommes.
7 Mais en mai 2007, ce « faiseur de roi » est accusé d’abus de pouvoir et de corruption et condamné à vingt ans de prison. Nurmurat, son fils, colonel dans la police politique, est lui aussi arrêté et condamné à treize ans de détention. Le ministre de l’Intérieur, Akmammed Rakhmanov, est limogé en avril pour corruption, pots-de-vin et népotisme, de même que le premier vice-ministre de la Sécurité nationale, Agajan Pachiev, et d’autres responsables des services de sécurité. Puis, les ministres des Transports et de la Culture sont destitués, ainsi que le président de la Cour suprême et le maire d’Achgabat, tous proches de feu S. Niazov.
Une « déniazovisation » qui se fait attendre à l’intérieur...
8 Le nouveau Président, qui avait autrefois été un fidèle serviteur du pouvoir, tente de rompre avec les pratiques passées, mais en douceur, pour ne pas s’aliéner les cadres du système. Il a limité par petites touches les manifestations du culte de la personnalité, les portraits de S. Niazov ont ainsi été peu à peu retirés des édifices publics. Son effigie incrustée dans un coin des écrans de télévision, a été retirée en juin, tandis que quelques-unes de ses innombrables statues ont été déboulonnées.
9 Néanmoins, le 21 décembre 2007, jour anniversaire de sa mort, a été l’objet de commémorations dans tout le pays.
10 L’apprentissage du Roukhnama (Le livre de l’âme), oeuvre de S. Niazov que tous les Turkmènes devaient obligatoirement réciter pour passer le permis de conduire, un examen ou même pour obtenir un emploi, reste en vigueur.
11 Mais le serment obligatoire sur ce livre, en diverses circonstances, a été supprimé, de même que la lecture quotidienne de certains passages à la télévision. Le nom de Niazov n’est plus mentionné, ni même le qualificatif de Grand leader.
12 En revanche, un mini culte de la personnalité commence à poindre en faveur de G. Berdymoukhammedov et pour son 50e anniversaire le 29 juin, des portraits du nouveau Président sont apparus sur les édifices publics, une médaille a été frappée à son effigie, tandis que des émissions à la télévision sont réalisées en son honneur et que ses livres sur la santé, l’éducation et le sport ont été publiés fin 2007. Lors des bulletins d’information de la chaîne nationale, son portrait dans un coin de l’écran a remplacé celui de son prédécesseur et dans les médias, il est désormais qualifié « d’estimé Président » ou de «leader de la Nation ».
13 Pressé d’en finir avec l’héritage de son prédécesseur, le nouveau Président a décidé de saisir le Fonds d’Etat placé en Allemagne, et de lancer un audit à ce sujet. Créé en 1993, il était abondé par une partie des recettes tirées des exportations de gaz. Une ONG basée à Londres, Global Witness, qui a enquêté auprès de la Deutsche Bank, affirme que ces avoirs étaient contrôlés par S. Niazov en personne et servaient à son enrichissement personnel. Un ancien responsable de la Banque centrale du Turkménistan, aujourd’hui dans l’opposition en exil, affirme qu’Achgabat ne donnera pas suite, car il faudrait alors que « Berdymoukhammedov commence par se mettre lui-même en cause ».
14 La lumière sur ce dossier risque de tarder d’autant que l’audit promis n’a pas été publié et qu’Alexandre Zadan, le responsable de la gestion des avoirs de Niazov, disparu le 20 décembre, à la veille du décès de l’ancien Président, se serait réfugié en Israël. Le nouveau Président s’est fait attribuer par ailleurs une hausse de son traitement et de sa retraite de 30 %.
15 Le chef de l’Etat, qui ne veut pas prêter le flanc aux critiques venues de l’Occident, souffle le chaud et le froid en matière de droits de l’homme. Il a ainsi rencontré Louise Arbour, le Haut-Commissaire de l’Onu pour les droits de l’homme, en mai à Achgabat. En août, peu avant sa visite à l’Onu, il a fait libérer onze prisonniers politiques, dont le Grand mufti, Nasrulla Ibn Ibdulla, qui purgeait depuis 2004 une peine de 22 ans de prison, et Andrei Zatoka, militant pour la défense de l’environnement, condamné à trois ans.
16 La sinistre prison d’Ovadan-Dépé, construite sous Niazov, et où étaient détenus tous les prisonniers politiques, par ailleurs tous anciens membres du gouvernement, devrait être détruite.
17 Les prisonniers non libérés ont été transférés ailleurs. (A l’annonce de la mort de S. Niazov, une révolte de détenus avait été matée par les forces de l’ordre, qui auraient tué 21d’entre eux). Tradition oblige, comme son prédécesseur, le Président a procédé en octobre à l’amnistie de 9 000 prisonniers de droit commun, sur une population carcérale estimée à 18 000. En revanche, le principal accusé dans l’affaire du complot contre le régime et de la tentative d’assassinat présumées de S.Niazov en 2002, Boris Chikhmouradov, ancien ministre des Affaires étrangères, condamné à perpétuité, n’a pas recouvré la liberté.
18 Son fils Bairam affirme ne pas avoir de ses nouvelles depuis 2002. Deux autres défenseurs des droits de l’homme Annakurban Amanklychev et Sapardourdy Khajiev sont toujours détenus eux aussi depuis 2006.
19 Les opposants en exil se montrent déçus par la tolérance de Washington et de Bruxelles vis-à-vis du nouveau régime. « Nous avons compris ce qui intéresse l’Union européenne et les Etats-Unis : en aucun cas les droits de l’homme, mais seulement le gaz », a déclaré l’un d’entre eux, K. Orazov.
20 La liberté de la presse reste théorique, puisqu’il n’existe aucun média indépendant. Un seul journal en russe subsiste Le Turkménistan neutre, quasi organe officiel du pouvoir. Le nombre d’antennes satellitaires qui couvrent les immeubles dans tout le pays est un vrai sujet de préoccupation pour le nouveau pouvoir : début 2008, le chef de l’Etat a ordonné qu’elles soient enlevées, pour finalement les faire remplacer par des antennes collectives permettant de recevoir une vingtaine de programmes de télévision, essentiellement de variétés, mais non les chaînes d’informations en continu.
21 Les deux premiers cafés internet ont été ouverts en février dans la capitale, mais ils restent difficiles d’accès pour le Turkmène moyen, car il faut montrer son passeport aux soldats postés à l’entrée... Les prix sont par ailleurs prohibitifs (4 dollars l’heure) dans un pays où le salaire des enseignants est de 100 dollars. Il est prévu d’en ouvrir quinze à Achgabat et dans d’autres villes. Mais les autorités auraient fait appel à des « spécialistes » chinois pour bloquer l’accès aux sites pornographiques, mais surtout à ceux de l’opposition et des médias critiques. Seuls 36 000 internautes sont recensés au Turkménistan sur quelque 6 millions de citoyens.
22 Le nouveau Président a autorisé la reprise des activités du cirque, des cinémas et de l’opéra, interdites auparavant. Il a aussi réintroduit des fêtes, comme le 8 mars, journée internationale de la femme et le 9 mai, date de la victoire de l’Armée rouge sur les Nazis. Le 19 février, jour de la Fête nationale, sera celui du Drapeau. Deux mois de l’année portent encore le nom de S. Niazov et de sa mère.
... mais ouverture à l’extérieur
23 En peu de temps, Gourbangouly Berdymoukhammedov a effectué plus de séjours à l’étranger que son prédécesseur pendant deux décennies : en septembre, il s’est rendu à l’Onu et a rencontré le chef de la diplomatie américaine Condoleeza Rice, puis en Russie, en Arabie saoudite, en Chine et à Bruxelles. Le Turkménistan se rapproche aussi des pays de la CEI, de ses voisins centrasiatiques et des structures comme l’OCS (Organisation de coopération de Shanghaï) et l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC)
24 toutes les deux sous la coupe du Kremlin. L’OCS, fondée en 2001, comprend le Kazakhstan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, la Russie et la Chine. L’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie y siègent comme observateurs. Atravers cette structure, Moscou entend bien freiner les avancées occidentales vers les richesses gazières du pays. Le Turkménistan pourrait aussi être tenté par une adhésion à l’OTSC, alliance militaire regroupant autour de la Russie six autres pays de l’ex-URSS (Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan et Ouzbékistan).
25 En juin, le Président turkmène est revenu dans le giron de la CEI en participant au sommet de Saint-Pétersbourg, comme membre associé. Les relations avec ses deux principaux voisins ont repris :
I. Karimov, son homologue ouzbek, lui a rendu visite en octobre, une première, alors que les rapports étaient très tendus depuis 10 ans entre Achgabat et Tachkent, S. Niazov ayant même accusé les autorités ouzbèkes en 2002 d’avoir aidé un groupe de « comploteurs » à le liquider.
26 Avec l’Azerbaïdjan, pointe la volonté de résoudre la question du statut de la Caspienne pour l’exploitation du pétrole off shore. En novembre, un sommet des chefs de gouvernement des pays de la CEI s’est tenu à Achgabat pour la première fois depuis 1993. Avec Moscou, le rapprochement s’est traduit par la signature en décembre d’un accord gazier tripartite entre la Russie, le Kazakhstan et le Turkménistan faisant de Vladimir Poutine le vainqueur du « grand jeu » gazier. La Russie reprend ainsi pied dans cette zone dont les événements du 11 septembre 2001 l’avaient éloignée au profit des Etats-Unis.
27 Ces derniers cherchent néanmoins à implanter des bases au Turkménistan pour surveiller l’Iran voisin. Conscients de la progression russe dans cette région sensible, les Américains ont crée un poste de coordinateur de la politique énergétique pour l’Eurasie.
28 Steven Mann, ancien ambassadeur au Turkménistan, en aura la charge et devra dans ce cadre convaincre les Turkmènes de confier aux firmes américaines la prospection des champs gaziers et de relancer le projet Nabucco, pour exporter le gaz turkmène vers l’Europe via un gazoduc traversant la mer Caspienne.
29 Jouant toutes les cartes régionales, le président turkmène s’est rendu en Iran en juin 2007 pour relancer la construction d’un chemin de fer entre ce pays et la Russie via le Turkménistan. Mais en janvier 2008, les relations se sont tendues entre « les deux nations soeurs », selon l’expression du chef de l’Etat iranien, suite à la rupture des livraisons de gaz turkmène à la république islamique.
30 Officiellement, des raisons purement techniques en seraient à l’origine. Pour sa part, la Chine cherche à marquer sa présence politique et économique en Asie centrale en projetant d’équiper l’armée turkmène en 2008, proposant pour cela un prêt de 3 millions de dollars. Le budget militaire turkmène qui est de 80 millions de dollars devrait être en hausse en 2008.
31 Enfin, l’UE qui cherche à s’approvisionner en gaz directement depuis le Turkménistan, pour réduire sa dépendance envers Gazprom, a décidé d’ouvrir une Maison de l’Europe à Achgabat, où est programmée par ailleurs une rencontre entre la troïka européenne et les chefs de la diplomatie des Etats d’Asie centrale.
Situation économique
32 En 2006, aucune donnée chiffrée n’a été fournie sur le PIB. Selon les évaluations de la Berd, sa croissance a été de 9 % pour 2006 (9,6 % en 2005).
33 Pour 2007, le Président turkmène a annoncé une progression du PIB de 20 % et a promis la transparence sur les données économiques de son pays.
34 Mais toujours selon la Berd, elle n’aurait été que de 10 %. Officiellement il n’y aurait pas eu d’inflation, mais elle aurait été de 11 % en 2007 (10,5 % en 2006), avec une prévision à 12 % en 2008. Le taux de change du manat est officiellement de 6 200 pour un dollar, tandis qu’au marché parallèle il se négocie pour cinq fois plus. La majorité des articles de consommation courante ne se trouvent qu’au marché parallèle, à des prix très élevés : la farine et le pain ont par exemple augmenté de 25 %. Pour lutter contre le trafic de devises, des bureaux de change ont été ouverts début 2008, une première depuis dix ans. Le dollar y est échangé à 20 000 manats.
35 De janvier à octobre 2007, l’excédent commercial a été de 3,5 milliards de dollars, soit le double comparé à 2006 (1,7). Les exportations ont atteint 6,5 milliards de dollars (contre un total de 5,7 en 2006), et les importations 3 milliards de dollars (4 en 2006). La hausse du prix du gaz exporté vers la Russie en 2007, porté à 100 dollars les 1 000 m3 (+ 50 %), explique ces résultats. Le total des exportations de gaz en 2007 a été de 42 milliards de m3, dont 7,5 vers l’Iran, le reste vers la Russie. Le prix du gaz exporté en 2008 devrait être encore réévalué de 40 %. En 2006, les exportations de gaz ont totalisé 3,4 milliards de dollars contre 1,2 en 2005.
36 Hormis le gaz, le Turkménistan exporte de plus en plus d’électricité vers le Tadjikistan voisin (1 million de kw/h/ jour) ainsi que vers l’Iran et la Turquie.
37 La majorité des biens importés sont des machines et des biens d’équipement, ainsi que des biens de consommation courante.
38 La Russie a détrôné l’Ukraine et est devenue le premier débouché du Turkménistan ; viennent ensuite l’Iran et l’Azerbaïdjan. Côté importations, les Emirats arabes unis sont en tête, devant l’Azerbaïdjan, la Turquie, l’Ukraine la Russie et l’Allemagne. L’Ukraine et l’Allemagne jouent un rôle important dans le secteur des matériaux de construction, tandis que la Turquie est présente sur le marché du textile.
39 Parmi les projets du nouveau Président, figure la création de la première zone économique franche sur la Caspienne.
40 Le groupe français du BTP Bouygues, qui avait déjà réalisé des projets somptuaires pour S. Niazov, aura en charge la rénovation du port et de l’aéroport de Turkmenbachi, la construction à Avaza d’une « zone nationale touristique » gigantesque, comprenant notamment une soixantaine d’énormes hôtels et des infrastructures de loisirs pour touristes étrangers, le tout pour un milliard de dollars. Les Turcs devraient également participer à ce projet.
- Principaux indicateurs économiques du Turkménistan(1) en 2000-2007
● L’agriculture en panne
41 Aucun chiffre officiel n’existe pour ce secteur : la production de coton en 2006 aurait été de 850 000 tonnes, selon les estimations occidentales, sur les 2 millions de tonnes planifiés par S. Niazov, mais en hausse de 18 % par rapport à 2005. Pour 2007, des évaluations la fixent de janvier à novembre à 964 000 tonnes. Des rapports officiels ont accusé des retards dans les semailles, le manque d’eau et de fertilisants. La récolte de céréales en 2007 n’aurait été que de 1 million de tonnes sur les 4 millions prévus et en recul par rapport à 2006 (2,5 millions de tonnes), alors que les superficies cultivées sont passées de 760 000 à 910 000 hectares. Face à cette situation, le gouvernement a élaboré un plan de développement et de réformes à long terme, soutenu par un investissement de 70 milliards de manats ; le prix d’achat par l’Etat aux paysans sera relevé, une partie étant payée en devises. Un nouvel organisme pour l’achat et la commercialisation des produits agricoles sera créé.
42 L’agriculture souffre surtout de la vétusté du système d’irrigation. Des contrats ont été passés avec des sociétés biélorusses et américaines (John Deere) pour des fournitures de matériel agricole et de pièces détachées.
● Le gaz et le pétrole sous pression
43 Pour la deuxième année consécutive, aucun chiffre n’est disponible s’agissant de la production industrielle. Celle de gaz a été estimée en 2006 à 66 milliards de m3 contre 63 en 2005 (+ 4,8 %), celle de pétrole (9 millions de tonnes) étant en recul de 5,1 % par rapport à 2005. En février 2007, Gourbangouly Berdymoukhammedov avait avancé des chiffres pour 2007 de respectivement 80 milliards de m3 et 10,4 millions de tonnes. En réalité la production serait dans les deux cas inférieure de 10 %. Dans ce schéma, les prévisions d’exportations doivent être revues à la baisse.
44 Le plus grand flou règne par ailleurs s’agissant des réserves de gaz : 21 000 milliards de m3 selon les autorités turkmènes, soit au 4e rang mondial, mais 2 900 seulement selon certaines sources occidentales (BP). Or l’accroissement de la demande incite encore plus Achgabat à la retenue sur ce délicat sujet de controverses. Un gisement de 7 000 milliards de m3 aurait été découvert en 2006, dans le champ de Iolotan (au sud du pays) à 4 000 mètres de profondeur, dans la région de Mary, et un autre à Osman. Aucune source indépendante n’a été en mesure de confirmer ou infirmer ces informations. Le Président a affirmé en mars 2007 que le Turkménistan avait de quoi approvisionner ses principaux clients (Russie, Chine, Iran, etc.) à hauteur de 90 milliards de m3 /an. En novembre 2007, la foire annuelle « Pétrole et gaz du Turkménistan 2007 » a été couronnée d’un vif succès avec la présence de 150 compagnies étrangères, au nombre desquelles Chevron, Shell, BP, Total, Lukoïl, Gazprom, ainsi que des sociétés chinoises. Tous se sont félicités de l’ouverture du pays sur le marché mondial de l’énergie, depuis le commissaire européen à l’Energie Andris Piebalgs jusqu’au secrétaire américain à l’Energie, Samuel Bodman.
45 Mais les résultats ne sont pas à la hauteur, malgré la création d’une nouvelle agence pour dynamiser la production d’hydrocarbures, d’où les critiques sévères du Président adressées aux responsables de ce secteur, car il semble visiblement pressé de trouver des solutions. Dans ce but, un forum a déjà réuni à Achgabat une cinquantaine de firmes russes et la décision a été prise d’exploiter en commun avec l’Azerbaïdjan le gisement de pétrole off-shore de Kiapaz-Serdar en mer Caspienne, une première entre ces deux pays rivaux.
● De nouveaux gazoducs
46 En août 2007 à Bagtyarlyk ont été en grande pompe lancés les travaux du gazoduc de 7 000 km vers la Chine (coût : 10 milliards de dollars). La construction sera assurée par la Compagnie du gazoduc transasiatique, chinoise, avec la participation d’entreprises kazakhes et ouzbèkes. Au terme d’un accord sur 30 ans, la Chine recevra 30 milliards de m3 /an à partir de 2009, à un prix non dévoilé.
47 Les Etats-Unis et les Européens poussent à un accord sur le projet Nabucco qui compte six partenaires et doit relier à partir de 2012 les champs gaziers d’Asie centrale à l’Europe, en passant sous la mer Caspienne, pour livrer en Autriche, via l’Azerbaïdjan, la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie, 31 milliards de m3 par an grâce à un gazoduc de 3 400 km (coût : 5 milliards d’euros).
48 Mais les divergences entre les cinq riverains sur le statut de la Caspienne (Iran, Turkménistan, Kazakhstan, Russie et Azerbaïdjan) ont freiné toute avancée du projet. La Russie y voit par ailleurs une dangereuse concurrence et défend le projet South Stream avec l’Italie (ENI)
49 devant relier en 2013 la Caspienne à la mer Noire à destination de la Grèce et de l’Italie au sud, et de la Bulgarie et de l’Autriche, au nord.
50 Un accord signé en décembre 2007 avec la Russie, le Turkménistan et le Kazakhstan prévoit la construction d’un gazoduc depuis la Caspienne (le Prikaspiiski) vers la Russie. L’ancienne conduite Turkménistan-Russie (CAC Asie centrale −Russie) sera modernisée, tandis que les travaux du nouveau tube, d’une capacité de 20 milliards de m3, transportant du gaz turkmène et kazakh, débuteront en 2008 pour s’achever en 2012. Au terme d’un accord de 25 ans signé en 2003 et révisable chaque année sur les prix et les quantités, le Turkménistan doit fournir à Moscou de 60 à 70 milliards de m3 /an et 80 dès 2009. En 2006,42 milliards de m3 ont été exportés à 65 dollars les 1 000 m3 jusqu’en septembre et 100 dollars à partir d’octobre. Mais le Turkménistan a imposé qu’en 2008, les prix soient de nouveau revus à la hausse : 130 dollars au premier semestre 2008, puis 150.
51 En 2009, les prix du gaz seront totalement libres et alignés sur ceux du marché mondial. Les Russes revendent ce gaz 230-250 dollars, essentiellement à l’Ukraine via une société écran (RosUkrEnergo, détenue à 50 % par Gazprom et à 50 % par des hommes d’affaires ukrainiens). Le nouveau chef du gouvernement ukrainien, Ioulia Timochenko, lors d’un voyage en janvier 2008 à Achgabat a lancé l’idée que Kiev pourrait à l’avenir acheter directement du gaz aux Turkmènes sans passer par RosUkrenergo.
52 Le Turkménistan fournit 8 milliards de m3 à l’Iran (75 dollars les 1 000 m3, qui passeront en 2010 à 14). Le gazoduc avec l’Iran alimente aussi la Turquie.
53 Début 2008, les Turkmènes ont coupé l’approvisionnement, officiellement pour des raisons techniques, en fait sans doute pour tenter d’obtenir un meilleur prix. Cette crise a inquiété les Européens pour l’avenir, au cas où le projet Nabucco se concrétise. La Russie a profité du conflit entre l’Iran et le Turkménistan pour signer un accord de livraison de gaz avec la Bulgarie à travers la Mer noire. Les entreprises russes Lukoïl et Itera se déclarent prêtes à investir au Turkménistan pour exploiter les champs off shore de la Caspienne.
54 Le gazoduc TAP (Turkménistan− Afghanistan−Pakistan), avec un débit de 30 milliards de m3, a été relancé en juin 2007 lors d’une visite du président afghan Hamid Karzaï à Achgabat. Le coût de l’opération s’élèvera à 7 milliards de dollars et sera financé par la Banque de développement asiatique.
55 Le TAP devrait être à terme prolongé jusqu’en Inde.
Coup de pouce social et relance du système éducatif
56 Face au désastre social, la nouvelle équipe dirigeante met en oeuvre des réformes pour tenter de sortir le pays de la misère. Les retraites, dont le versement avait été suspendu pour près de 100 000 personnes, ont été rétablies et désormais dès 62 ans pour les hommes et 57 ans pour les femmes, elle s’établira à 28 dollars par mois. Des aides sont attribuées aux mères de familles nombreuses, aux mères célibataires, aux anciens combattants, aux veuves des soldats tombés pendant la Seconde Guerre mondiale (190 dollars), aux invalides et aux personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Les sub-ventions aux prix de l’électricité et du gaz sont maintenues. Un programme de construction de logements a été lancé, mais sans chiffres précis. Un minimum d’essence sera fourni gratuitement à la population.
57 Le cursus scolaire obligatoire, réduit sous S. Niazov, a été rétabli sur dix ans et l’éducation physique réintroduite dans les programmes scolaires, mesures qui vont nécessiter le recrutement de 23 000 enseignants. Des cours du soir vont aussi être organisés pour permettre aux élèves de rattraper les années perdues. Les études universitaires passent de 3 à 5 ans et le travail obligatoire avant d’entrer à l’université est supprimé. En 2008,426 crèches et 316 écoles seront construites, tandis qu’une école russo-turkmène va également être mise en chantier, d’une taille impressionnante à en croire le projet architectural. Sous le régime précédent, de nombreuses écoles et facultés avaient été fermées (ou leurs activités réduites) de même que l’Académie des sciences et les conservatoires de musique.
58 Un décret a conforté le statut des scientifiques et les matières interdites, comme la physique et la littérature, ont de nouveau droit de cité, tout comme l’enseignement du russe et de l’anglais. Les salaires des enseignants et les bourses scolaires ont été augmentés de 40 % à partir du 1er septembre 2007.
59 En dépit des revenus tirés du gaz, le peuple turkmène reste extrêmement pauvre. La mortalité infantile est de 74/1 000, soit un des taux les plus élevés au monde et l’espérance de vie demeure basse (58 ans pour les hommes et 67 pour les femmes). Selon la Banque mondiale, 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 44 % disposent de moins de 2 dollars par jour. Le gouvernement a reconnu le déficit récurrent en produits céréaliers, qui se traduit par une pénurie de pain, situation dénoncée sous S. Niazov par l’opposition. Dans les villages, les habitants rapportent « qu’il n’y a pas de pain dans les boutiques, pas de manuels scolaires dans les écoles, les gens attendent leur salaire de l’Etat et quand ils le reçoivent, il n’y a rien à acheter ». Le taux de chômage, soigneusement dissimulé par les statistiques officielles, est estimé à 20 %.
Annexe
Annexe
Chronologie 2007
60 11 février
61 Gourbangouly Berdymoukhammedov est élu Président avec 89,23 % des voix. Taux de participation : 98,65 %. Aucun observateur étranger n’était présent. De nombreux dirigeants étrangers se sont rendus à Achgabat pour la cérémonie de prestation de serment, le 14 février, dont les présidents Noursoultan Nazarbaiev (Kazakhstan), Viktor Iouchtchenko (Ukraine), Imamoli Rakhmonov (Tadjikistan), Hamid Karzaï (Afghanistan), Mahmoud Ahmadinejad (Iran), ainsi que les Premiers ministres russe et turc, Mikhail Fradkov et Tayyip Erdogan.
62 15 février
63
- Décret sur l’éducation : le cursus scolaire est prolongé de 9 à 10 ans.
- Le Président affirme que son pays honorera ses contrats gaziers avec la Russie et augmentera les livraisons, lors d’une rencontre avec le Premier ministre russe M. Fradkov et le président de Gazprom, Alexei Miller.
64 16 février
65 Ouverture des deux premiers cafés internet à Achgabat.
66 4 mars
67 L’éducation physique est réintroduite dans l’enseignement.
68 19 mars
69
- Reprise du paiement des retraites de 100000 personnes, supprimé sous le régime de S. Niazov.
- Visite de Robert Simmons, représentant spécial de l’Otan pour le Caucase et l’Asie centrale.
70 31 mars
71 Augmentation de 40 % des salaires des enseignants et des bourses des étudiants à partir du 1er septembre.
72 3 mai
73 Rencontre à Achgabat entre le Président et la Haut Commissaire aux droits de l’homme de l’Onu, Louise Arbour.
74 15 mai
75 Limogeage du chef de la garde présidentielle, Akmourat Rejepov.
76 22 juin
77 Décret portant sur la saisie du Fonds d’Etat secret créé par S. Niazov.
78 25 juin
79 Le Président affirme devant Evan Feigenbaum, assistant adjoint du secrétaire d’Etat américain pour l’Asie centrale, sa volonté d’exporter son gaz via le futur gazoduc sous la Caspienne et d’oeuvrer au développement « apolitique » et pragmatique des relations avec les Etats-Unis.
80 30 juin
81 Sortie d’une médaille à l’effigie du nouveau Président à l’occasion de son 50e anniversaire. Son salaire est augmenté de 30 %.
82 5 juillet
83 Accord sur le gaz avec l’Afghanistan lors d’une visite du président Hamid Karzaï.
84 17 juillet
85 Visite de 48 heures en Chine du chef de l’Etat turkmène, qui rencontre son homologue chinois, Hu Jintao ; discussions sur le développement de la coopération économique bilatérale et la construction du gazoduc reliant les deux pays. Signature d’un accord avec la compagnie chinoise de pétrole CNPC sur l’exportation de 30 milliards de m3 de gaz sur 30 ans.
86 20 juillet
87 Visite d’une délégation azerbaïdjanaise pour évoquer le statut de la mer Caspienne, qui oppose les deux voisins. Une visite de réciprocité est décidée pour étudier la fourniture de gaz par le Bakou-Tbilissi-Erzurum.
88 14 août
89 Visite officielle de 48 heures du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Signature d’une série d’accords de coopération commerciale et économique. La question de la Caspienne est également à l’agenda.
90 29 août
91 Lancement officiel en présence du Président des travaux du gazoduc vers la Chine.
92 25 septembre
93 Le Président, en visite aux Etats-Unis, rencontre Condoleeza Rice.
94 26 septembre
95 Le Président turkmène, à la tribune de l’Onu, lors de l’Assemblée générale, annonce la fin de la période « d’isolement » du Turkménistan, l’élargissement de la coopération avec les autres pays et la libération de prisonniers politiques.
96 29 septembre
97 Décret sur l’amnistie de 9 000 prisonniers de droit commun.
98 8 octobre
99 Visite de Javier Solana, Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne, sur les fournitures de gaz turkmène à l’Europe et le développement de la coopération UE-Turkménistan.
100 18 octobre
101 Visite du Président ouzbek, Islam Karimov ; il est question du renouveau des relations bilatérales afin de réduire les tensions antérieures entre les deux pays.
102 5 novembre
103 Visite officielle du Président à Bruxelles, où il rencontre Jose Manuel Barroso, les commissaires à l’Energie, Andris Piebalgs, aux Relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner et au Commerce, Peter Mandelson. Au centre des discussions, les droits de l’homme et l’énergie.
104 7 novembre
105 Entretien entre le Président et le Secrétaire général de l’Otan, Jaap de Hoop Scheffer sur la sécurité régionale et la lutte contre le trafic de drogue en provenance d’Afghanistan.
106 21 novembre
107 Le Premier ministre kazakh, Karim Masimov, annonce que le projet de liaison ferroviaire Kazakhstan-Turkménistan (620 km) sera lancé en 2009 avec un prolongement en Iran.
108 22 novembre
109 Sommet des chefs de gouvernement de la CEI à Achgabat, pour la première fois depuis 1993. La question des liaisons ferroviaires et maritimes est au centre des travaux.
110 23 novembre
111
- Le Premier ministre russe, Viktor Zoubkov, annonce à Achgabat l’accord entre la Russie, le Kazakhstan et le Turkménistan sur le nouveau gazoduc Caspienne- Russie.
- Le Turkménistan demande une augmentation du prix du gaz exporté vers la Russie de 30 % pour 2008.
112 4 décembre
113 Forum économique turkméno-russe en présence de représentants de 50 sociétés russes.
114 6 décembre
115 Visite du Président turc, Abdullah Gul.
116 Signature d’accords bilatéraux. La Turquie investira dans la rénovation du port de Turkmenbachi et dans une gigantesque zone touristique sur les bords de la Caspienne.
117 17 décembre
118 Adoption d’un plan de développement agricole à long terme (2007-2020).
119 21 décembre
120 Commémoration de la mort de Saparmourat Niazov.
Principales formations politiques
121 Il n’existe qu’un seul parti, le Parti démocratique du Turkménistan. Toutes les formations d’opposition sont interdites. En exil, elles se sont rassemblées dans l’Union des forces démocratiques.
Résultats des dernières élections
122 ● Election présidentielle (11 février 2007)
123 Taux de participation : 98,6 %
124 Gourbangouly Berdymoukhammedov, auparavant vice-Premier ministre, est élu pour cinq ans, avec 89,23 % des voix. Il succède au « Président à vie », S. Niazov, en fonction depuis 1991, décédé le 21 décembre 2006.
125 Cinq autres candidats se sont présentés « pour la forme », obtenant entre 1,3 % et 3,2 %.
126 ● Elections législatives (19 décembre 2004)
127 Taux de participation : 76,88 %
128 L’Assemblée (Mejlis) est composée de 50 membres élus, pour cinq ans, au scrutin majoritaire uninominal. Seul le Parti démocratique du Turkménistan y siège.
Composition du gouvernement (février 2008)
129
- Premier ministre : Gourbangouly Berdymoukhammedov
- Vice- Premiers ministres :
Rachid Meredov, Tachberdy Tagiev, Idir Saparliev, Gourbannazar Achirov, Maisa Iazmoukhammedova, Hojamoukhammed Moukhammedov - Ministres :
- Economie et finances : Khodjamirat Geldimiradov
- Défense : Agageldy Mamedgeldiev
- Intérieur : Orazgeldy Amanmouradov
- Sécurité nationale : Charymourad Amanov
- Industrie du pétrole, du gaz et des ressources minérales :Baymirat Khodjamoukhammedov
- Energie et industrie : Gourbannour Annaveliev
- Agriculture : Esenmyrat Orazgeldiyev
- Education : Moukhammetgeldy Annamanov
- Eau : Myratgeldy Akmammedov
Bibliographie
Sélection bibliographique
Abdrakhmanov (Askar), « Turkmenistan : Changing State Power Construction and Politics », Central Asia and the Caucasus, n° 3,2007, pp. 130-138.
Dadabaev (Timur), « Trajectories of Political Development and Public Choices in Turkmenistan », Asian Affairs, vol. 34, n° 3,2007, pp. 131-150.
The Economist Intelligence Unit, « Turkmenistan », Country Report (trimestriel), Country Profile (annuel)
Fenot (Anne), Gintrac (Cécile), « Achgabat : de la ville nouvelle à la ville renouvelée », in Les villes nouvelles à l’Est (dossier), 15 novembre 2007 h http ://www.regard-est.com
Genté (Régis), « Quel avenir pour le culte de la personnalité au Turkménistan ? », Le courrier des pays de l’Est, n° 1063, septembre-octobre 2007, pp. 80-82.
Kamenka (Patrick), « Turkménistan. Avant la mort du tyran », in La Russie et les autres pays de la CEI en 2006, Le courrier des pays de l’Est, n° 1059, janvier-février 2007, pp. 187-197.
Kim (Caroline), « Turkménistan : l’heure du dégel », Politique internationale, n°115,
printemps 2007, pp. 393-413. Peyrouse (Sébastien), Turkménistan. Un destin au carrefour des empires, Editions Belin, collection Asie plurielle, Paris, 2007,183 p.
Résumé
Le nouveau chef de l’Etat G. Berdymoulhammedov a pris le parti de sortir le pays de l’isolement imposé par son prédécesseur, S. Niazov, qui avait régné sans partage pendant deux décennies sur ce pays désertique, économiquement et socialement délabré, mais riche en gaz. Il a déjà effectué des visites dans de nombreux pays, appelant les investisseurs étrangers à s’intéresser au développement de l’économie turkmène. Il s’est entendu avec Gazprom, le géant gazier russe, pour créer un nouveau gazoduc d’exportation vers la Russie, qui de son côté a dû concéder des hausses sensibles du prix du gaz. Pékin va également construire un tube de 7 000 km de long depuis les champs gaziers turkmènes pour répondre à une forte demande en hydrocarbures. Les Européens et Américains ont également sollicité le Turkménistan pour obtenir des livraisons de gaz «en direct» via le projet de gazoduc dit Nabucco, contournant la Russie. Sur le plan intérieur, la «déniazovisation» avance à pas comptés : le culte de la personnalité n’est plus ce qu’il était et la nouvelle équipe dirigeante a commencé à réformer timidement l’éducation (ouverture de classes et de facultés, rétablissement de l’apprentissage de certaines matières et des langues étrangères) ainsi que la culture et la santé, et a instauré des aides sociales et rétabli le versement des retraites.
Turkmenistan The Quiet End of the Niazov System The new president, G. Berdymukhammedov, is endeavouring to take the country from the isolation imposed by his predecessor, S. Niazov, who ruled alone for over two decades over this economically and socially destitute but gas-rich desert nation. He has already visited many countries, calling on foreign investors to take an interest in the development of the Turkmen economy. He has entered into an agreement with the Russian gas giant, Gazprom, to construct a new gas pipeline to Russia, which itself was obliged to accept a slight rise in gas prices. Beijing will also build a 7,000 km long line from the Turkmen gas fields to meet its enormous gas requirements. Europeans and Americans have also asked Turkmenistan for “direct” gas supplies via a new pipeline project, called Nabucco, to go around Russia. Domestically, the country’s “deniazovisation” is slowly progressing : the cult of the personality is no longer what it was and the new leadership has undertaken mild reforms in education (opening up classes and faculties, a return to teaching certain subjects and foreign languages), as well as in culture and health, while also providing social subsidies, and restoring the payment of pensions.
PLAN DE L'ARTICLE
- Une succession trouble
- Une « déniazovisation » qui se fait attendre à l’intérieur...
- ... mais ouverture à l’extérieur
- Situation économique
- Coup de pouce social et relance du système éducatif
- Annexe
POUR CITER CET ARTICLE
Patrick Kamenka « La fin en douceur du système Niazov », Le Courrier des pays de l'Est 1/2008 (n° 1065), p. 170-181.
URL : www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2008-1-page-170.htm.






