Le Courrier des pays de l'Est 2008/1
Le Courrier des pays de l'Est
2008/1 (n° 1065)
200 pages
Editeur
A propos de cette revue Site Web
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Le Courrier des pays de l'Est

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Jean-Charles Lallemand
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
Biélorussie 2007

Vous consultezGuerre et paix commerciales avec la Russie

AuteurJean-Charles Lallemand du même auteur

Assistant parlementaire, spécialiste de la Russie et de la Biélorussie. Manuscrit clos en février 2008

Latente depuis plusieurs années, la dégradation des relations entre la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko et la Russie de Vladimir Poutine est devenue patente avec la crise des hydrocarbures du Nouvel An 2007[1] [1] Voir Céline Bayou, « Biélorussie 2006 : un pays...
suite
. En relevant le prix, à partir du 1er janvier 2007, de ses livraisons de gaz et de pétrole, Moscou mettait fin au financement tacite de l’économie biélorussienne dont celle-ci bénéficiait depuis l’indépendance. Même si Minsk a réussi à renégocier des prix inférieurs à ceux du marché mondial pour quelques années encore, la facture énergétique s’annonce lourde à l’avenir. La stratégie d’Alexandre Loukachenko d’alliance privilégiée avec Moscou se trouve remise en cause. Pour autant, sur le plan intérieur, son régime autoritaire n’est pas ébranlé par les nouvelles difficultés économiques, même si les questions sociales font leur retour dans l’agenda politique. Et la guerre commerciale russo-biélorussienne s’est elle-même s’atténuée en décembre.

L’énergie : au coeur de la politique extérieure

La crise des hydrocarbures avec la Russie

2 Entre décembre 2006 et janvier 2007, à quelques jours d’intervalle, Minsk a dû affronter les assauts du géant russe Gazprom qui augmentait le prix de ses livraisons de gaz (de 46,68 à 100 dollars les 1 000 m3 ) et se portait acquéreur de parts de la compagnie publique biélorussienne de gazoducs Beltransgaz, et du gouvernement russe qui, unilatéralement, introduisait une taxe sur les livraisons de pétrole brut. Ce faisant, Moscou cherchait à mettre fin à la distorsion de concurrence au profit des deux raffineries de Biélorussie (Mozyr et Novopolotsk) qui revendaient sur le marché européen des produits pétroliers moins chers que ceux provenant de Russie. En rétorsion, la Biélorussie a tenté en vain d’instaurer une taxe sur le transit du pétrole russe (50 % des flux d’exportations russes vers l’Europe passent par son territoire). Refusant d’acquitter ces droits, le monopole russe Transneft, qui gère l’oléoduc Droujba (Amitié), ferma du 8 au 10 janvier les robinets vers l’Allemagne, la Pologne, l’Ukraine, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque. Finalement, Minsk cèdera et signera le 12 janvier un protocole selon lequel les autorités biélorussiennes acceptent les conditions de la Russie.

3 En ce qui concerne ses livraisons d’hydrocarbures, la Russie se montre désormais intransigeante avec la Biélorussie, comme envers tout autre Etat de l’exempire soviétique. Lors de la réunion à Kazan le 9 avril 2007 des représentants des pays membres de la Communauté économique eurasiatique[2] [2] Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Russie,...
suite
, la Russie a opposé une fin de non-recevoir à la Biélorussie qui demandait que les taxes d’exportation sur les hydrocarbures soient examinées de façon multilatérale au sein de l’union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan. Les 1er juin et 20 juillet, la Russie a relevé ses taxes sur le pétrole et les produits pétroliers exportés, mettant la Biélorussie devant le fait accompli. Les raffineries biélorussiennes se trouvent de ce fait menacées de faillite, d’autant que les compagnies pétrolières russes ont réduit durant le premier semestre de 2007 les volumes de brut qu’elles y raffinent. De plus, à la suite de la crise de janvier, la Russie a décidé de sécuriser ses voies d’exportation vers l’Europe, en contournant certains Etats voisins, comme c’est le cas avec le projet de gazoduc de la Baltique. Début 2007, la compagnie Transneft a entamé la construction d’une dérivation « BTS-2 » sur l’oléoduc Droujba, qui contourne la Biélorussie en reliant le port russe de Primorsk (région de Léningrad) sur la mer Baltique, pour un coût estimé à 2,5 milliards de dollars.

4 En mai-juin, conformément aux accords du 31 décembre 2006, la société Beltransgaz a été transformée en jointventure biélorussano-russe, Gazprom versant 625 millions de dollars pour l’acquisition de la première tranche de 12,5 % des actions et le gouvernement biélorussien déposant, pour sa part, la somme convenue sur un Fonds de modernisation de l’économie. Cependant, le contentieux gazier a resurgi durant l’été 2007, Minsk ne parvenant pas à faire face aux nouveaux prix du gaz, car le budget pour 2007 avait été établi sur la base d’un prix du gaz de 55 et non de 100 dollars les 1 000 m3.

5 La Biélorussie a accumulé au cours du premier semestre des impayés qui ont été jusqu’à représenter 45 % des sommes dues à Gazprom (468 millions de dollars). Par ailleurs, elle n’a pas réussi à obtenir fin juin de la Russie un crédit garanti par l’Etat et à faible taux d’intérêt de 1,5 milliard de dollars pour surmonter ses difficultés. La partie russe insistait pour que la Biélorussie engage enfin la privatisation de ses entreprises stratégiques du secteur pétrochimique, en vendant des parts aux sociétés russes. Le 1er août, prenant acte du défaut de paiement de la Biélorussie, Gazprom lui enjoignait de régler ses dettes avant le 3 août, sous peine de voir ses fournitures quotidiennes de gaz réduites de 45 %. Les capitales européennes se mettaient en alerte, craignant que les approvisionnements en gaz russe soient de nouveau perturbés. La Biélorussie s’est finalement acquittée de sa facture du premier semestre de 2007 en puisant dans les réserves constituées pour des investissements stratégiques.

6 Durant l’année 2007 − signe du froid régnant sur les relations entre les deux pays − aucune rencontre bilatérale Poutine-Loukachenko n’a eu lieu avant décembre. Les exercices militaires conjoints se sont certes poursuivis dans le cadre du système commun de défense anti-aérienne, remis au coeur de l’actualité par l’installation en Pologne et en République tchèque d’éléments du bouclier anti-missile américain. Néanmoins, le président Loukachenko n’est pas parvenu à faire de la question militaire un moyen de réconcilier les deux pays sur les dossiers économiques, malgré ses tentatives lors de la venue à Minsk, fin juin, du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, à l’occasion de la célébration des quinze ans des relations diplomatiques entre les deux Etats.

7 La victoire écrasante, en Russie, du parti pro-présidentiel, Russie unie, aux élections législatives du 2 décembre a inauguré un climat de dégel dans les relations bilatérales, en toute fin d’année. L’accord bilatéral pluriannuel sur le gaz du 31 décembre 2006 se révèle, somme toute, avantageux pour la Biélorussie compte tenu de la très forte augmentation des prix mondiaux en 2007. En visite d’Etat à Minsk le 14 décembre, Vladimir Poutine a certifié que Gazprom respecterait l’accord prévoyant pour 2008 un prix équivalant à 67 % du prix européen, soit 119 dollars pour 1000 m3 (au moins pour le premier trimestre de 2008), alors que le monopole russe réclamait 165 dollars, soit un tarif pas très éloigné des 179,5 dollars facturés à l’Ukraine. Le Président russe a finalement octroyé à son homologue biélorussien le crédit de stabilisation de 1,5 milliard de dollars qu’il lui avait refusé durant l’été. Il lui offre ainsi, au terme de l’exercice 2007, un ballon d’oxygène, alors que le budget pour 2008 de la Biélorussie est construit sur l’hypothèse d’un prix du gaz à 125 dollars les 1 000 m3. Sur le plan des relations politiques, si la mise en place sur le plan institutionnel de l’Union Russie− Biélorussie n’apparaît plus à l’ordre du jour, malgré des déclarations périodiques dans les deux capitales, la visite d’Etat de Vladimir Poutine a été l’occasion de caler avec Minsk des positions communes tant vis-à-vis de l’OSCE qu’à propos du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE). Et la Biélorussie s’est dite prête à acheter à la Russie des systèmes de défense antiaérienne S-400.

L’enjeu de la diversification énergétique

8 Face au durcissement de la politique de Moscou à son égard, Minsk a cherché durant toute l’année 2007 à diversifier son bouquet énergétique ainsi que ses fournisseurs[3] [3] Voir Jean-Charles Lallemand, op. cit. ...
suite
. Fin mars, Alexandre Loukachenko a fixé pour objectif la diminution de 30 % en cinq ans de la consommation d’énergie. Les autorités entendent également encourager un recours accru au charbon (dans les centrales thermiques et les industries de ciment) et recommandent une hausse de 25 % d’ici à 2020 de la part des sources alternatives (sciure de bois et tourbe) dans le bouquet énergétique. Toutefois, c’est avant tout la relance officielle du projet de construction d’une centrale nucléaire qui apparaît aujourd’hui comme la priorité de la politique énergétique nationale : il s’agirait d’installer deux blocs de 1000 MW chacun, puis éventuellement un troisième, pour un coût de 2,5 à 3 milliards de dollars. Un premier site possible a déjà été identifié dans la région de Moguilev. Les travaux sont censés commencer dès 2008 pour une entrée en service entre 2016 et 2018. Après avoir cherché en 2007 à nouer des contacts avec des partenaires occidentaux (notamment en France) pour réaliser ce projet, Minsk semble finalement se tourner comme à son habitude vers la Russie.

9 La crise des hydrocarbures avec la Russie du début de 2007 a également favorisé le renforcement des relations de la Biélorussie avec des pays comme l’Azerbaïdjan, l’Iran et le Venezuela, pour acquérir des participations dans leurs industries pétrolières. Il ne s’agit pas tant pour elles d’acheter du pétrole ou du gaz pour ses besoins propres, mais de vendre ces hydrocarbures sur le marché mondial pour pouvoir payer sans difficultés sa facture énergétique à la Russie.

10 Fin mars, les Premiers ministres de Biélorussie et d’Azerbaïdjan signaient à Bakou un programme de coopération entre compagnies pétrolières portant sur l’exploitation de cinq gisements d’Azerbaïdjan. Les accords économiques bilatéraux concernent aussi l’installation de chaînes de montage en Azerbaïdjan par des entreprises biélorussiennes de constructions mécaniques (tracteurs MTZ, camions MAZ...). Le 2 mai 2007, le président Loukachenko et son homologue azéri Ilham Aliev signaient à Bakou un traité d’amitié et de coopération. La Biélorussie s’est également rapprochée de l’Iran. Lors de la visite à Minsk de Mahmoud Ahmadinejad, le 21 mai 2007, il a été annoncé que des sociétés biélorussiennes exploiteraient des gisements et qu’elles participeraient à la construction d’un réservoir souterrain de gaz et de deux centrales, une thermique et une hydraulique.

11 Mais la grande percée diplomatique de l’année pour la Biélorussie a été réservée au Venezuela. Le 19 mars, une délégation biélorussienne menée par le secrétaire du Conseil de sécurité, Viktor Cheïman, était reçue par le président Chavez afin de conclure un accord de coopération dans le secteur pétrolier entre Belorusneft et la compagnie nationale vénézuélienne PdVSA. Aux termes de celui-ci, le Venezuela octroie à la Biélorussie un secteur d’exploitation dans les gisements de Guara Este et de Lagamedia, lequel produit au moins 2 millions de tonnes de brut par an. Les deux parties se sont également mises d’accord pour prospecter en commun (40 % des parts sont détenues par la Biélorussie) un champ pétrolifère dans le bassin de l’Orénoque qui devrait fournir jusqu’à 10 millions de tonnes de brut par an. La coopération bilatérale comprend des livraisons par la Biélorussie de biens manufacturés ou d’usines d’assemblage : tracteurs, camions, camions-bennes, asphalteuses, postes de télévision, réfrigérateurs... La Biélorussie s’est aussi engagée à participer aux travaux de raccordement au gaz de villages du Venezuela. Signe de la bonne entente entre Minsk et Caracas : début août, quand Moscou a refusé à la Biélorussie le crédit de 1,5 milliard de dollars, le Venezuela a volé au secours de cette dernière en lui accordant un prêt de 500 millions de dollars, à faible taux, lié aux promesses d’investissements faites dans le cadre des accords de coopération.

Un régime solidement ancré

La routine autoritaire

12 En dépit des difficultés rencontrés sur le dossier de l’énergie, le régime Loukachenko n’a pas donné de signes d’ouverture et a poursuivi sa routine autoritaire[4] [4] Pour une vue d’ensemble des mécanismes politiques, culturels...
suite
, comme l’ont montré les élections dans les conseils locaux du 14 janvier 2007. Le pays compte 1 580 de ces conseils qui siègent dans les six régions, les 118 districts et les 1 456 municipalités (27 villes et 1429 bourgs et villages), et auxquels s’ajoute le Conseil municipal de Minsk ayant statut de conseil régional. Tous niveaux confondus, 22661 sièges étaient à pourvoir dans le pays en janvier 2007. Les différents partis de l’opposition n’ont présenté qu’un millier de candidats face à ceux du pouvoir. Au total, on a dénombré seulement 23 791 candidats enregistrés, soit 1,05 en moyenne par circonscription. Autrement dit, les élections locales n’ont pas joué le jeu de la concurrence, hormis dans les 55 circonscriptions de la ville de Minsk où se sont affrontées à chaque fois trois personnalités, et dans quelques autres grandes villes et districts.

13 En 2007, l’une des principales nouveautés dans le système de pouvoir mis en place par le président Loukachenko a été la promotion de son fils aîné Viktor Loukachenko dans les hautes sphères de l’Etat. En janvier, il est entré au Conseil de sécurité avec rang de secrétaire, soit un statut égal à celui de Viktor Cheïman déjà en fonction. Depuis, à Minsk, beaucoup supputent que Viktor pourrait succéder à son père lorsque celui-ci quittera le pouvoir, ce qu’il ne semble d’ailleurs pas envisager pour le moment. En avril, il a déclaré qu’il se sentait « prêt pour un quatrième mandat ». La montée en puissance de Viktor Loukachenko est redevenue d’actualité lors du remaniement de la direction du KGB intervenu le 17 juillet 2007. Le Président a limogé le chef du KGB Stepan Soukhorenko ainsi que son premier adjoint, sous prétexte d’un scandale qui ressemble fort à un coup monté : des agents du KGB se faisant passer pour des collaborateurs du ministère de l’Intérieur ont molesté le responsable du Comité du Contrôle d’Etat, Zenon Lomat, en déplacement dans la région de Moguilev. Stepan Soukhorenko a été remplacé à la tête du KGB par le général Jadobine, qui était jusqu’alors chef du Service de sécurité du Président et que l’on considère à Minsk comme le protégé de Loukachenko fils. Trois membres du KGB et du Conseil de sécurité impliqués dans cette affaire ont été condamnés le 30 novembre à des peines de prison de deux à cinq ans.

14 L’année 2007 a vu également le lancement d’une organisation politique proprésidentielle « Belaïa Rous » (Ruthénie blanche) en juin dans la ville de Grodno. C’est la première fois depuis 1994 que le président Loukachenko cherche à constituer ce qui ressemble à un parti politique pour mobiliser la population. Nous verrons à l’usage si cette innovation dans l’idéologie du pouvoir sera utilisée par celui-ci lors des élections législatives de 2008, à l’instar de Russie unie, le parti pro-Poutine.

15 Dans le même temps, la liberté de circulation connaît quelques progrès apparents, mais en fait factices pour l’essentiel. Le 17 décembre, le président Loukachenko a abrogé par décret l’obligation de faire figurer sur le passeport, à compter du 1er janvier 2008, un visa de sortie. Cependant, l’ancien tampon administratif est remplacé par la création d’une banque de données au sein du Comité d’Etat des garde-frontières où est consigné le nom des citoyens ayant une autorisation de sortie restreinte, tels que les condamnés à des peines pénales ou les libérés en conditionnelle. En pratique, ce nouveau régime permet d’interdire de sortie du territoire les opposants dont le casier judiciaire n’est plus vierge, du fait de leurs condamnations pour motifs politiques, ce qui est le cas de beaucoup d’entre eux.

16 Un autre décret présidentiel, signé le 7 septembre 2007 a aboli le régime de visa intérieur, la propiska, également à partir du 1er janvier 2008. Ensuite, le 30 novembre, le Conseil municipal de Minsk a abrogé les mesures interdisant aux non-résidents de la capitale d’y travailler, cette libéralisation tenant au nombre élevé d’offres d’emplois non satisfaites dans la ville (37,1 % de la totalité des offres non satisfaites). La propiska n’en a pas moins été remplacée par un autre système d’enregistrement. Enfin, les travailleurs demeurent quasi-ment contraints d’adhérer à la confédération syndicale pro-présidentielle, bien que le pays soit régulièrement pointé du doigt depuis 2004 par les rapports de l’Organisation internationale du travail qui soulignent l’absence de liberté syndicale. Ces différents rapports ont fait partie des arguments qui ont conduit l’Union européenne à mettre fin au régime de préférences commerciales pour les importations biélorussiennes à partir du 21 juin 2007.

L’opposition : union et désunions autour d’Alexandre Milinkevitch

17 La création par Alexandre Milinkevitch du mouvement « Za svabodou » (Pour la liberté) au printemps 2006, dans la foulée de la mobilisation citoyenne réalisée lors de l’élection présidentielle du printemps 2006, a attisé les contentieux avec les responsables des partis d’opposition actifs depuis une décennie. Menés par Anatoli Lebedko, le chef du Parti civique unifié (OGP, libéraux), ces leaders contestent l’autorité de leur ancien candidat à la présidentielle et lui imputent le fiasco des manifestations post-électorales sur la place centrale de Minsk. Aussi interdisent-ils à leurs membres d’adhérer également au mouvement « Za svabodou », alors que le calcul d’Alexandre Milinkevitch était de s’appuyer sur les bases régionales des différents partis pour contourner leurs états-majors. Malgré sa notoriété dans les capitales européennes, ils ont refusé d’accorder à Alexandre Milinkevitch un statut particulier dans le Conseil politique permanent de l’opposition qu’ils conçoivent comme un cartel d’organisations. De son côté, le Parti des communistes de Biélorussie (PKB) de Siarheï Kaliakine cherche depuis l’automne 2006 à constituer, avec le Parti social-démocrate (Hramada) et d’autres organisations de la mouvance syndicale ou d’inspiration travailliste, une « Union des forces de gauche » au sein de l’opposition. Leur objectif est de contrebalancer le libéralisme économique et l’orientation proatlantiste tant d’Alexandre Milinkevitch que de l’OGP ou du Front populaire biélorussien BNF (nationalistes).

18 Les élections locales de janvier 2007 ont mis au grand jour les désaccords au sein des partis d’opposition. Ceux-ci, en rivalité pour désigner le maximum de délégués au Congrès de l’opposition fixé au mois de mars, ne sont pas parvenus à présenter des candidatures communes. Tout en affichant une orientation unitaire, le Congrès a entériné la brouille entre les dirigeants des partis d’opposition et Alexandre Milinkevitch. Ce dernier, marginalisé − même si une place est réservée pour « Za svabodou » au Conseil politique permanent − a suspendu sa participation et annoncé qu’il allait concentrer son action sur la société civile. Le Congrès a par ailleurs officialisé le ralliement du Parti socialdémocrate (Gromada) d’Alexandre Kozouline, ex-recteur de l’Université de Minsk et qui s’était lui aussi présenté contre Alexandre Loukachenko lors de l’élection présidentielle de 2006. Sa condamnation à cinq ans et demi de prison en juillet 2006 en a fait une figure politique de premier plan, encore renforcée par sa grève de la faim contre ses conditions de détention à la fin de cette même année.

19 Les forces d’opposition se préparent pour les élections législatives de l’automne 2008 auxquelles elles entendent participer, bien que la Commission électorale centrale se refuse d’amender le code électoral dans le sens des recommandations de l’OSCE. Le Conseil politique des forces démocratiques tente depuis juillet de recréer une dynamique unitaire autour du choix des candidats dans les circonscriptions. Les forces de la coalition d’opposition réunies en congrès en septembre 2007 ont décidé de lancer une campagne législative commune et ont constitué un « Comité des chefs des états-majors électoraux du Présidium des forces démocratiques unifiées », où sont représentés le Front populaire biélorussien (BNF), le Parti civique unifié (OGP), le Parti des communistes de Biélorussie (PKB) le Parti social-démocrate (Gromada), le Parti « Nadzeia » (Espoir), le Parti biélorussien du Travail et l’Union des entrepreneurs. Anatoli Levkovitch, qui avait exercé les fonctions de président du Parti social-démocrate (Gromada) pendant l’emprisonnement d’Alexandre Kozouline, a été élu coordinateur de ce comité.

20 Les formations de l’opposition, y compris « Za svabodou » de Milinkevitch, se sont retrouvées à l’automne dans les rues de Minsk pour des actions communes, comme la « Marche européenne » du 14 octobre organisée pour exprimer la volonté de rejoindre les pays européens ou la « Marche sociale » du 4 novembre pour protester contre la « monétisation des avantages sociaux » (voir infra). Début décembre, le Présidium des forces démocratiques unifiées lançait un appel à l’ouverture de négociations avec l’administration présidentielle sur les conditions de déroulement de la campagne électorale législative de 2008.

21 La marginalisation d’Alexandre Milinkevitch n’est toutefois pas du goût de tous les militants de l’opposition, comme en témoigne le congrès du BNF de décembre 2007. Le choix du président sortant, Vintsouk Viatchorka, de participer au cartel des partis d’opposition s’est trouvé contesté par un courant interne pro-Milinkevitch conduit par l’un des vice-présidents, Ales Mikhalevitch, désireux de sortir du cadre fermé du parti pour rejoindre « Za svabodou ». Ce dernier est resté minoritaire et la confrontation entre les deux hommes s’est traduite par la nomination à la tête du BNF d’une tierce personne, Liavon Borchtchevski (déjà président entre 1996 et 1999), sur une ligne encore plus sectaire que celle de V. Viatchorka.

22 Par ailleurs, en août 2007, la Cour suprême a suspendu pour six mois le Parti des communistes de Biélorussie (PKB) en se fondant sur la loi de 2005 relative aux partis politiques qui leur interdit de se faire enregistrer auprès du ministère de la Justice à l’adresse d’un lieu d’habitation (contrairement aux entreprises commerciales). Depuis août 2006, le PKB était en ligne de mire, le maire de Minsk ayant rejeté l’enregistrement de sa section dans la capitale, ce qui est, aux termes de la loi sur les partis, un motif de liquidation. On s’achemine donc vers l’interdiction du parti communiste d’opposition en 2008.

Vers des difficultés socio-économiques accrues

Des indicateurs économiques honorables mais moins bons

23 Après une année 2006 marquée par un important soutien des autorités à l’activité économique, élection présidentielle oblige, les indicateurs macroéconomiques pour 2007 reflètent un relatif ralentissement. Néanmoins, l’économie ne semble pas trop pâtir du renchérissement subit des hydrocarbures de Russie survenu au Nouvel An : ainsi, la progression du PIB est passée de 9,9 % en 2006 à 8,2 % en 2007[5] [5] L’ensemble des indicateurs et communiqués officiels du...
suite
. La Biélorussie occupe le cinquième rang parmi les pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI) pour le taux de croissance économique, derrière l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Russie et le Kirghizstan.

24 Le gouvernement a pris diverses mesures de soutien en faveur de la production de biens de consommation qui a augmenté, elle aussi, de 8,2 % en 2007. Les biens non alimentaires ont même enregistré un accroissement de 11,7 %, mais avec une inversion de tendance à l’automne (baisses de 4% en novembre et de 8 % en décembre). Par ailleurs, le pouvoir biélorussien a misé sur une relance de la production de boissons alcoolisées et de bière (+ 15,6 %), avec une augmentation de 19,6 % pour la vodka, de 125,9 % pour le vin local et de 176,7 % pour le brandy. Cette branche a reçu un signe d’encouragement supplémentaire en fin d’année avec la décision, adoptée le 17 décembre, d’abaisser les quotas d’importation en volumes pour chaque catégorie d’alcool et de relever les tarifs douaniers.

25 La production industrielle n’a plus l’effet d’entraînement de la croissance qu’elle exerçait ces dernières années : son taux d’accroissement, de 11,3 % en 2006, s’est infléchi à 8,5 % en 2007. Le ralentissement touche également la production agricole qui est passée d’un rythme de 6,1 % à 4,1 %. La croissance industrielle a été tirée par les branches habituelles telles que la construction mécanique (+ 13,9 %) et les matériaux de construction (+ 11,3 %), mais également par d’autres qui ont bénéficié de la bonne tenue des exportations comme l’industrie du bois et la chimie avec les engrais potassiques (respectivement 10,8 % et 9,7 %). En revanche, le raffinage et la transformation du pétrole a été affectée par les nouvelles conditions imposées par la Russie sur les importations de brut. Secteur-clé de la croissance en 2006 (+ 23,1 %), la production de carburants a enregistré en 2007 une baisse, certes limitée, de 0,2 %.

26 Les stocks ont continué de s’accumuler dans les entrepôts des entreprises industrielles : de plus de 34 % sur les onze premiers mois de 2007, pour une valeur de plus de 1,5 milliard de dollars. Dans l’industrie légère (principalement textile et confection), au 1er décembre, ils représentaient plus d’un mois de production, parfois jusqu’à cinq mois pour les tissus en lin. Autre tendance inquiétante, l’augmentation du nombre d’entreprises travaillant à perte : au total, leurs déficits se sont accrus de 19,3 % sur les dix premiers mois de 2007, par rapport à la même période de 2006.

27 Les résultats du commerce extérieur s’avèrent encore plus préoccupants. Depuis 2004, les années de forte croissance du PIB s’accompagnent de déficits commerciaux accrus. La balance commerciale a ainsi enregistré un solde négatif de 2,584 milliards de dollars en 2006, qui est passé à l’été 2007 au-dessus des 3 milliards, pour se creuser très sensiblement au second semestre et s’établir à 4,335 milliards au terme de l’année. Pour un accroissement du volume global des échanges de 26 %, les exportations ont progressé de 23,3% et les importations de 28,3%. Le déficit commercial est particulièrement important dans les échanges avec la Russie, le premier partenaire du pays (- 8,3 milliards de dollars). Les importations de Russie (60 % du total des importations biélorussiennes), composées principalement d’hydrocarbures, représentent presque le double des exportations vers ce pays (36,5 % du total), et ce, malgré une hausse de celles-ci de 29,8 % en 2007. La tendance est sensiblement la même en ce qui concerne les échanges commerciaux avec l’ensemble des pays de la CEI, compte tenu du poids de la Russie. Les échanges avec cette dernière ont également pâti de mesures protectionnistes appliquées unilatéralement par Moscou à certaines de ses importations de produits agro-alimentaires en provenance de Biélorussie. Ainsi, la Biélorussie a vu ses exportations vers la Russie drastiquement limitées par des quotas très faibles pour le sucre, et suspendues pour la viande. Minsk a toutefois continué à bénéficier du régime de libre-échange dans les autres secteurs : les exportations de constructions mécaniques, notamment de machines agricoles, ont fortement augmenté sur le marché russe, compensant en partie les nouvelles conditions d’importations des hydrocarbures.

28 Le solde des échanges commerciaux hors CEI est positif et rétablit partiellement la balance, mais on observe également un fléchissement des exportations de la Biélorussie en 2007, lié en grande partie à la fin des avantages compétitifs qu’elle avait acquis avec la vente de ses produits raffinés et la revente de pétrole brut de Russie. Si les exportations vers les Pays-Bas ont continué à progresser (+ 17,2%), plaçant ce pays en deuxième position après la Russie parmi les clients du pays (17,4% du total), celles vers le Royaume-Uni se sont stabilisées (+3,1%). Avec 6,5% du total des exportations, ce dernier représente toutefois la troisième destination, devant l’Ukraine (5,9 %) et la Pologne (5 %). Dans le même temps, les exportations vers l’Allemagne ont chuté de 10 % alors que les importations provenant de ce pays (notamment des automobiles) augmentaient de 34,8 %, le plaçant au deuxième rang des fournisseurs de la Biélorussie (7,6 % du total).

 - Principaux indicateurs économiques de la Biélorussie en 2000-2007

Principaux indicateurs économiques de la Biélorussie en 2000-2007 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006(1) 2007(2) PIB (variation en %) 5,8 4,7 5,0 7,0 11,4 9,4 9,9 8,5-9,0 Production industrielle (variation en %) 7,8 5,9 4,5 7,1 15,9 10,5 11,3 7,5-8,0 Production agricole (variation en %) 9,3 1,8 0,7 6,6 12,6 1,7 6,1 5,5 Consommation des ménages (variation en %) 8,0 17,9 11,4 7,4 9,6 15,0 14,6 nd Formation brute de capital fixe (variation en %) 2,1 - 3,5 6,0 20,6 19,9 19,5 26,5 nd Taux de chômage officiel (en % des actifs, en décembre) 2,1 2,3 3,0 3,1 1,9 1,5 1,2 1,0(3) Indice des prix à la consommation (moyenne annuelle, %) 168,6 61,1 42,5 28,4 18,1 10,3 7,0 7,5 Solde budgétaire (en % du PIB) - 0,1 - 1,9 - 2,1 - 1,7 0,0 - 0,6 + 0,5 + 0,5 Exportations de marchandises (en millions de dollars) 7 326 7 428 8 021 9 946 13 774 15 979 19 739 17 192,7(4) - vers la CEI 4 399 4 472 4 384 5 435 7 318 7 060 8 615 7 956,4(4) - vers le reste du monde 2 927 2 956 3 637 4 511 6 456 8 919 11 124 9 236,3(4) Importations de marchandises (en millions de dollars) 8 646 8 049 9 092 11 558 16 491 16 708 22 323 19 837(4) - de la CEI 6 070 5 606 6 295 8 049 11 883 11 142 14 497 13 012,8(4) - du reste du monde 2 576 2 443 2 797 3 509 4 608 5 566 7 826 6 824,2(4) Balance commerciale (en millions de dollars) - 1 320 - 621 - 1 071 - 1 612 - 2 717 - 729 - 2 584 - 2 644,3(4) Balance des transactions courantes (en % du PIB) - 3,2 - 3,3 - 2,2 - 2,4 - 5,2 + 1,7 - 4,1 - 6,2 Dette extérieure brute (en % du PIB) 12,1 20,4 22,7 23,4 21,3 17,1 18,6 nd Investissements directs étrangers nets (en millions de dollars) 118,6 95,5 453,3 170,3 162,5 302,5 351,0 1 225,0 (1) Données préliminaires (2) Projections (3) Fin septembre (4) Janvier-septembre Sources : Berd, Transition Report 2007; Comité des statistiques de la CEI

29 Les exportations de la Biélorussie ont cependant profité indirectement de l’envolée des prix mondiaux des hydrocarbures dont l’un des effets a été le développement des agro-carburants, qui a entraîné une hausse des prix agricoles et accru les débouchés pour deux secteurs importants de l’économie biélorussienne : les machines agricoles (notamment les tracteurs) et les engrais potassiques. La Compagnie de potasse de Biélorussie (BKK), créée en 2005 (qui réunit à parité les sociétés biélorussienne Belaruskalii et russe Ouralkalii et avait connu des déboires en 2006 en raison de la chute des cours) a bénéficié en 2007 de l’augmentation de la demande extérieure. Elle fournit ainsi le marché brésilien qui est l’un des leaders mondiaux de la production d’éthanol agricole, ainsi que d’autres puissances asiatiques comme la Chine et l’Inde. Détenant le monopole des exportations biélorussiennes et russes de potasse et d’engrais potassiques, BKK a pu, en 2007, relever sensiblement ses tarifs : 300 dollars par tonne en juin, 500 dollars en décembre.

Le retour des questions sociales

30 Sur le terrain social le gouvernement biélorussien continue de s’enorgueillir de la faiblesse du taux de chômage qui ne cesse, en outre, de diminuer : 1 % de la population active en 2007. AMinsk, ce chiffre n’est même que de 0,3 %. Il est vrai que les statistiques officielles ne comptabilisent que les demandeurs d’emploi enregistrés à la Bourse du travail. Le chômage touche principalement les personnes ayant une formation technique de niveau moyen et ne trouvant pas de poste correspondant à leur qualification. En revanche, il est vrai − effet du plein emploi ou non − que certaines professions, notamment à Minsk, manquent de main-d’oeuvre, comme le bâtiment, la construction mécanique, les transports en commun ou le secteur de la santé. C’est pour satisfaire ces besoins que les autorités ont décidé d’assouplir à partir du 1er janvier 2008 les procédures d’obtention du visa intérieur (la propiska) valant autorisation de travail.

31 Dans le même temps, les inégalités de revenus s’amplifient et la baisse de pouvoir d’achat s’accentue pour les ménages les plus modestes, en raison des nouvelles hausses de prix sur les biens et services de première nécessité. Le taux d’inflation, en moyenne annuelle, ramené de deux chiffres en 2001 à un seul chiffre en 2006 (7 %), a franchi à nouveau le seuil des 10% en novembre 2007. Et les données pour décembre 2007, comparées à celles de décembre 2006, s’établissent à 12,1 %.

32 Les dépenses de consommation des ménages, qui ont augmenté en moyenne de 19,2 % au troisième trimestre de 2007, sont toujours essentiellement consacrées à l’alimentation (41 %), derrière laquelle viennent les biens durables (34,5 %) et les services (21,5 %). Dans ce dernier secteur, les charges communales et les prix du logement ont augmenté de 9,7 % au cours des dix premiers mois de 2007 par rapport à la même période de 2006.

33 Les tarifs du gaz et de l’électricité fournis aux ménages se sont envolés (+ 22,8 %). En outre, les frais de transport ont été, en 2007, de 15,5 % plus chers qu’en 2006. En décembre 2007, selon les statistiques officielles, le salaire mensuel nominal moyen, en hausse de 20,5 % par rapport à 2006, s’élevait à 692 500 roubles biélorussiens (soit 266 euros).

34 En termes réels, la majoration n’était néanmoins que de 9,2 %. S’agissant du revenu mensuel moyen, il s’établissait en octobre 2007 à 727000 roubles biélorussiens, soit 279 euros. Ces moyennes recouvrent cependant un creusement des inégalités de revenus. Selon un communiqué du ministère des Statistiques du 4 décembre 2007, les revenus se répartiraient de la façon suivante : 4,6 % de la population vivrait avec moins de 58 euros[6] [6] Le taux de conversion utilisé est 2 600 roubles biélorussiens...
suite
 : 32,7 % avec de 58 à 116 euros ; 38,9 % avec de 116 à 192 euros ; et 23,8 % avec plus de 192 euros.

35 Les ventes de carburants et d’équipements ménagers (réfrigérateurs, machines à laver, téléviseurs) ont diminué en 2007, tandis qu’ont fortement augmenté celles de vêtements, de médicaments et de matériaux de construction. Ces variations se retrouvent dans les chiffres de production de ces branches (- 46,4% pour les téléviseurs, + 45 % pour les manteaux). Il est peu probable que l’inflation ralentisse, d’autant que les autorités ont décidé, fin novembre, de relever les prix à la production du lait et de la viande, pour éviter des pénuries, les exploitants ayant tendance à se tourner vers le marché russe où les prix des produits agricoles et agroalimentaires sont plus élevés qu’en Biélorussie (de 5,5% pour les produits laitiers de première nécessité, de 14,8 % pour les laitages à forte teneur en matière grasse et de 8 % pour la viande).

36 De toutes les difficultés qu’a connues la population biélorussienne en 2007, la plus douloureuse a été, sans nul doute, l’entrée en vigueur, le 17 décembre, de la loi « monétisant » les avantages sociaux existant depuis la période soviétique (notamment la gratuité ou les tarifs réduits dans les transports en commun)

37 pour les retraités, les étudiants et d’autres catégories sociales. Ils ont été remplacés par des allocations en espèces fort modiques. Seuls les invalides de guerre, les victimes de Tchernobyl et les « héros du travail socialiste » conservent des avantages en nature. L’opposition a organisé à Minsk, le 4 novembre, une « Marche sociale » pour protester contre cette loi. Le 16 décembre, la veille de son entrée en vigueur, des rassemblements se sont tenus dans plus de trente villes du pays, mais ce mouvement n’a pas pris l’ampleur de celui qu’avait connu la Russie en janvier 2005, à la suite de l’adoption d’une mesure analogue.

38 Même si cela n’a encore aucun impact politique, le mécontentement social monte vis-à-vis du président Alexandre Loukachenko, notamment parmi les retraités qui constituaient jusqu’à présent la couche sociale la plus fidèle à son régime. Régime dont la stabilité repose principalement, semble-t-il, sur le maintien par la Russie de prix préférentiels pour ses fournitures de pétrole et de gaz.

Annexe

Annexe

Chronologie 2007

39 10 janvier

40 Les autorités douanières cherchent à entraver le transit de marchandises russes, en faisant inspecter avec minutie, à la frontière avec la Lituanie, les camions russes provenant de Kaliningrad et les documents prouvant que les marchandises ont été fabriquées dans la zone économique spéciale de l'enclave, et non importées d'un pays tiers.

41 12 janvier

42 Signature de l'accord intergouvernemental russo-biélorussien sur les prix du pétrole brut russe livré à la Biélorussie et sur ceux des produits pétroliers vendus par la Biélorussie à des pays tiers. Dans ce cadre, la Biélorussie obtient que pour 2007, la taxe exigée par la Russie sur le pétrole brut ne soit pas de 180,7 dollars, mais de 53 dollars. La Biélorussie va devoir en outre reverser une part considérable de ses recettes d'exportations à l'Etat russe : 70 % en 2007,80 % en 2008 et 85 % en 2009. Celle-ci doit également relever sa propre taxe d'exportation vers des pays tiers pour mettre fin à la distorsion de concurrence dont elle bénéficiait par rapport à la Russie.

43 14 janvier

44 Elections locales dans les villes, districts et régions. Les bureaux de vote sont ouverts à partir du 9 janvier. Hormis à Minsk et dans quelques grandes villes et districts, il n'y a qu'un seul candidat dans les circonscriptions : celui du pouvoir.

45 17 janvier

46 Moscou et Minsk parviennent à un accord sur la réduction des exportations biélorussiennes de sucre pour les deux années à venir : de 180000 tonnes en 2007, elles seront ramenées à 100 000 tonnes en 2008, alors qu'elles s'élevaient à 369 000 tonnes en 2006.

47 30 janvier

48 Un responsable du consortium d'Etat de pétrochimie Belneftekhim rend publics les nouveaux prix négociés auprès des compagnies pétrolières russes (Sourgoutneftegaz, Loukoil, Tatneft, Rosneft, Roussneft, Slavneft, TNK-BP).

49 5-8 février

50 Visite à Téhéran d'une délégation de responsables de la Banque nationale de Biélorussie pour discuter de la mise en place, avec la Banque du développement des exportations de l'Iran, d'une institution de crédits à capitaux mixtes pour faciliter les opérations commerciales et de coopération bilatérales.

51 6 février

52 La compagnie russe Transneft annonce son projet de construire en urgence une dérivation de l'oléoduc Droujba depuis Ounetcha (région de Briansk) jusqu'au terminal pétrolier du port russe de Primorsk (région de Léningrad) sur la Baltique, avec une capacité de 50 millions de tonnes par an et pour un coût de 2,5 milliards de dollars. Il contournera donc la Biélorussie.

53 13 février

54 Le président Loukachenko déclare sur la radio russe Echo de Moscou que seulement un tiers des habitants de Biélorussie est favorable à ce que leur pays forme une union avec la Russie.

55 19 mars

56 Début d'une visite de six jours au Venezuela d'une délégation biélorussienne menée par le secrétaire du Conseil de sécurité Viktor Cheïman. Elle sera reçue par le président Chavez, dont le principal objectif est de sceller l'accord de coopération pétrolière entre Belorusneft et la compagnie nationale vénézuélienne PdVSA. Le Venezuela octroie à la Biélorussie un secteur d'exploitation dans les gisements de pétrole de Guara Este et de Lagamedia à partir de 2008 et permet aux ingénieurs biélorussiens de prospecter un champ pétrolifère dans le bassin de l'Orénoque.

57 6 avril

58 En visite dans les Emirats arabes unis, Alexandre Loukachenko envisage la construction, avec des capitaux arabes, d'une grande raffinerie en Biélorussie, ce qui permettrait à ces pays de pénétrer plus facilement le marché européen des produits pétroliers.

59 9 avril

60 Lors du sommet à Kazan de la Communauté économique eurasiatique, la Russie refuse, comme le demande la Biélorussie, que les taxes d'exportation sur les hydrocarbures soient examinées de façon multilatérale au sein de l'union douanière Russie-Biélorussie-Kazakhstan.

61 2 mai

62 Visite à Bakou du président Loukachenko pour signer avec son homologue Ilham Aliev un traité d'amitié et de coopération. La visite est l'occasion de conclure d'autres accords, notamment entre les deux banques centrales, dans le domaine de la coopération scientifique appliquée aux hydrocarbures ou pour la protection sociale de leurs travailleurs expatriés respectifs.

63 21 mai

64 Lors de la visite à Minsk du Président iranien, Mahmoud Akhmadinedjad, Alexandre Loukachenko annonce que des sociétés biélorussiennes commenceront prochainement à extraire du pétrole et du gaz en Iran et que d'autres participeraient à la construction d'un réservoir souterrain de gaz, d'une centrale thermique et d'une centrale hydraulique.

65 12 juin

66 Conformément aux accords du 31 décembre 2006, la société Beltransgaz est transformée en joint-venture biélorussiano-russe. Gazprom verse, comme convenu, 625 millions de dollars pour une première tranche de 12,5 % des actions.

67 27 juin

68 Suspension à compter de ce jour du régime des préférences commerciales pour les importations de marchandises biélorussiennes entrant dans l'Union européenne, à la suite de la décision du Conseil européen de décembre 2006, motivée par les rapports de l'Organisation internationale du travail sur l'absence de liberté syndicale en Biélorussie.

69 29 juin

70 Avant de se rendre en Iran, le Président du Venezuela, Hugo Chavez, fait un aller-retour Moscou-Minsk. Il félicite son homologue biélorussien pour « la résistance de son peuple aux agressions de l'empire américain ».

71 1erjuillet

72 Création de la compagnie pétrolière d'Etat de Biélorussie, afin d'harmoniser les stratégies d'internationalisation de l'entreprise d'extraction et d'importation de pétrole brut, et celles des deux raffineries de Mozyr et de Novopolotsk.

73 2 juillet

74 Réunion constitutive à Minsk du mouvement pro-présidentiel « Belaïa Rous » (Ruthenie blanche), rassemblant le maire de la capitale, le président de la Banque nationale, des ministres, des députés, des recteurs d'université, une chanteuse-pop ainsi que des champions internationaux d'athlétisme et d'échecs.

75 12 juillet

76 La Biélorussie et le Venezuela constituent un fonds commun d'investissements (« VenBel Neft ») dans le secteur pétrolier du Venezuela.

77 L'apport du Venezuela est de 500 millions de dollars.

78 13 juillet

79 Le Conseil politique des forces démocratiques unies (opposition) s'accorde sur le principe de candidatures uniques dans chaque circonscription pour les élections législatives de l'automne 2008.

80 17 juillet

81 Remaniement de la direction du KGB de Biélorussie survenu en l'absence de Viktor Cheïman (en visite au Venezuela). Le président Loukachenko limoge le chef du KGB Stepan Soukhorenko et son premier adjoint et installe à la tête de cet organisme le général Jadobine qui était jusqu'alors chef du Service de sécurité du président.

82 31 juillet

83 Le Premier ministre russe Mikhaïl Fradkov signifie à son homologue biélorussien Sergueï Sidorski son refus d'octroyer à la Biélorussie un crédit d'Etat de 1,5 milliard de dollars que celui-ci lui sollicitait pour aider le pays à s'adapter aux nouvelles conditions de facturation des hydrocarbures.

84 1eraoût

85 Prenant acte du défaut de paiement de la Biélorussie, Gazprom menace de réduire à partir du 3 août, ses livraisons quotidiennes de gaz de 45 %, alignant celles-ci sur la capacité de paiement de la Biélorussie.

86 2 août

87 En pleine crise estivale du gaz avec la Russie, le président Loukachenko déclare qu'il n'a jamais eu l'intention d'intégrer la Biélorussie à la Russie, mais qu'il souhaite oeuvrer à la construction d'une Union supranationale. Il accuse la Russie de vouloir « privatiser la Biélorussie ».

88 3 août

89 La Cour suprême suspend pour six mois le Parti des communistes de Biélorussie (PKB) invoquant comme motif l'absence officielle de section dans la ville de Minsk. Les activités du PKB, clandestines, sont depuis lors illégales.

90 13 août

91 Le ministère des Statistiques annonce une baisse de 12,7 % de la consommation d'énergie dans le PIB au cours du premier semestre de l'année.

92 11 octobre

93 Le président Loukachenko réaffirme son projet de construction d'une centrale nucléaire en Biélorussie, comme garantie de la sécurité énergétique du pays.

94 12 octobre

95 Répondant à des journalistes russes, le président Loukachenko déclare que, dans le passé, la vie dans la ville de Bobrouïsk était « terrible », que la ville ressemblait à une « porcherie » car c'était une « ville juive ». Et d'ajouter « vous savez comment les Juifs se comportent là où ils vivent, regardez en Israël !». A la suite du scandale diplomatique provoqué par ces propos, le porte-parole de l'ambassade de Biélorussie en Israël déclare qu'ils avaient sûrement mal été interprétés par les journalistes.

96 14 octobre

97 Les mouvements d'opposition BNF, « Za svabodou » d'Alexandre Milinkevitch et OGP d'Anatoli Lebedko organisent à Minsk la « Marche européenne » pour réclamer des réformes démocratiques afin que la Biélorussie puisse rejoindre politiquement le continent européen. La veille, les opposants Pavel Ioukhnevitch et Nikita Sasim ont été condamnés pour cinq et sept jours de prison.

98 4 novembre

99 Organisation à Minsk de la « Marche sociale » par les partis et syndicats d'opposition contre les difficultés économiques et la « monétisation » des avantages sociaux.

100 14 décembre

101 Visite d'Etat à Minsk du Président russe, Vladimir Poutine, fort du score du parti Russie unie aux élections législatives russes du 2 décembre, après une année durant laquelle toutes les rencontres bilatérales au sommet ont été annulées pour cause du contentieux sur le prix des hydrocarbures. La visite est précédée de rumeurs sur l'engagement prochain de la procédure de ratification de l'Acte constitutionnel de l'Union Russie-Biélorussie. Vladimir Poutine rejette une telle construction politique mais accorde à la Biélorussie un crédit de 1,5 milliard de dollars et signe de nouveaux accords de coopération militaire.

102 17 décembre

103 Entrée en vigueur de la loi sur la « monétisation » des avantages sociaux en nature des retraités et étudiants, remplacés par des allocations en espèces. La veille des retraités ont organisé des rassemblements dans une trentaine de villes du pays pour protester contre cette réforme.

Principales formations politiques Partis pro-Loukachenko :

104

  • Parti communiste (issu d’une scission de 1996 du Parti des communistes) (KPB)
  • Parti libéral-démocrate (LDPB)
  • Parti agrarien

105 Partis de l’opposition :

106

  • Front populaire biélorussien (BNF)
  • Parti civique unifié (OGP)
  • Parti des communistes (en voie de liquidation judiciaire)
  • Parti social-démocrate Narodnaïa Gromada
  • Gromada sociale-démocrate
  • Parti social-démocrate de Biélorussie Gromada) (issu d’une scission de Narodnaïa Gromada) d’Alexandre Kozouline
  • Mouvement « Za svabodou » d’Alexandre Milinkevitch

Résultats des dernières élections

107 Election présidentielle (19 mars 2006)

108 Le Président sortant, Alexandre Loukachenko, est élu pour un troisième mandat, avec 82,6 % des suffrages dès le premier tour.

109 Taux de participation : 92,9 %.

110 Le candidat de l’opposition, Alexandre Milinkevitch, est crédité par les autorités de 6,1 % ; celui du Parti libéral-démocrate (LDPB), Sergueï Gaïdoukevitch, de 3,5 % et le leader du Parti social-démocrate Gromada, Alexandre Kozouline, de 2,3 %.

111 Les résultats sont contestés par l’opposition pour irrégularités.

112 Prochaine élection présidentielle : 2011

113 Elections législatives

114 Assemblée nationale (octobre 2004) : taux de participation, 90,14 % et 98 % des sièges ont été pourvus dès le premier tour. Le second tour n’a eu lieu que dans une circonscription (sur 110). Conformément aux voeux du président A.Loukachenko, les femmes représentent 30 % des nouveaux élus. Par contre, l’opposition n’est pas représentée.

115 Conseil de la République (octobre-novembre 2004): 56 sièges de sénateurs sont à pourvoir, au scrutin indirect. Les six soviets régionaux et le soviet de la ville de Minsk, d’une part, le Président, de l’autre, désignent huit représentants au Conseil.

116 Prochaines élections législatives : 2008

Composition du gouvernement en février 2008

117

  • Premier ministre : Sergueï Sidorski
  • Premier vice-Premier ministre : Vladimir Semachko
  • Vice-Premiers ministres : Ivan Bambiza, Victor Bouria, Andreï Kobiakov, Alexandre Kossinets
  • Ministres :

    • Affaires étrangères : Sergueï Martynov
    • Défense : Léonid Maltsev
    • Economie : Nikolaï Zaïchenko
    • Intérieur : Vladimir Naoumov
    • Finances : Nikolaï Korbut
    • Energie : Alexandre Ozerets
    • Information : Nikolaï Panteleï
    • Santé : Vassili Jarko
    • Education : Alexandre Radkov

  • Autres institutions :
    Président du Comité de la sécurité d’Etat KGB) : Ioury Jadobine
    Secrétaires d’Etat du Conseil de sécurité : Viktor Cheïman et Viktor Loukachenko
    Président du Comité de contrôle d’Etat (KGK): Zenon Lomat
    Chef de l’administration présidentielle : Guennadi Nevyglas

Bibliographie

Sélection bibliographique

Bayou (Céline), « Biélorussie. Un pays sous pression », in La Russie et les autres pays de la CEI en 2006, Le courrier des pays de l'Est, n° 1059, janvier-février 2007, pp. 50-66

Eastern Europe Studies Centre (Université de Vilnius), Over the Hedge : Comparing Life in Lithuania and Belarus, 2007, 17 p. h http ://www.eesc.lt/en/Activities/publications

Economist Intelligence Unit, « Belarus », Country Report (trimestriel), Country Profile (annuel).

Hervouet (Ronan), Datcha Blues. Existences ordinaires et dictature en Biélorussie, Editions Aux lieux d'être, Paris, 2007,200 p.

Institute for Privatisation and Management (IPM) Research Center, Business in Belarus 2007. Status, Trends and Prospects http ://research.by/eng/books/ (Voir sur ce site diverses publications sur l'économie biélorusse).

Ioffe (Grigory), « Belarus and Chernobyl : Separating Seeds from Chaff », Post-Soviet Affairs, vol. 23, n° 4,2007, pp. 353-371. Lallemand (Jean-Charles) et Symaniec (Virginie), Biélorussie. Mécanique d'une dictature, Les Petits Matins, Paris, 2007, 264 p.

Lallemand (Jean-Charles), « Minsk : les liaisons dangereuses », Politique internationale, n° 117, automne 2007, pp. 95-112. Marples (David R.), « The Lukashenka Phenomenon : Elections Propaganda and the Foundations of Political Authority in Belarus », Trondheim Studies on East European Cultures and Societies, n° 21, 2007.

Sadowski (Rafal), Belarus 2006, Center for Eastern Studies Report (Varsovie), janvier 2007,26 p. http ://osw.waw.pl/en/epub/eRaport/Bialo rus_2006_en.htm

 

Notes

[ (1)] Voir Céline Bayou, « Biélorussie 2006 : un pays sous pression », Le courrier des pays de l’Est, n° 1059, janvier-février 2007, pp. 50-66; Jean-Charles Lallemand, « Minsk : les liaisons dangereuses », Politique internationale, n° 117, automne 2007, pp. 95-112.Retour

[ (2)] Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Russie, Tadjikistan.Retour

[ (3)] Voir Jean-Charles Lallemand, op. cit.Retour

[ (4)] Pour une vue d’ensemble des mécanismes politiques, culturels et sociaux du régime autoritaire d’Alexandre Loukachenko, voir Jean-Charles Lallemand et Virginie Symaniec, Biélorussie. Mécanique d’une dictature, Les Petits Matins, Paris, 2007,264 p.Retour

[ (5)] L’ensemble des indicateurs et communiqués officiels du ministère biélorussien des Statistiques relatifs aux dix et onze premiers mois de 2007 proviennent du site Internet du ministère : http ://belstat.gov.by.Retour

[ (6)] Le taux de conversion utilisé est 2 600 roubles biélorussiens pour 1 euro.Retour

Résumé

Latente depuis plusieurs années, la dégradation des relations entre la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko et la Russie de Vladimir Poutine est devenue patente avec la crise des hydrocarbures du Nouvel An 2007. En relevant le prix, à partir du 1er janvier 2007, de ses livraisons à la Biélorussie en gaz et en pétrole, Moscou a décidé de mettre fin au financement tacite de l’économie biélorussienne dont celle-ci bénéficiait depuis l’indépendance. Même si Minsk a réussi à renégocier des prix inférieurs à ceux du marché pour quelques années, la facture énergétique s’annonce lourde à l’avenir. La stratégie d’alliance privilégiée avec Moscou adoptée par Alexandre Loukachenko se trouve dès lors remise en cause. Pour autant, sur le plan intérieur, son régime autoritaire n’est pas ébranlé par les nouvelles difficultés économiques, même si les questions sociales font leur retour dans l’agenda politique. Et la guerre commerciale russobiélorussienne s’est elle-même atténuée en décembre.



Belarus Trading War and Peace with Russia
Latent for several years, the decline in relations between Alexander Lukashenko’s Belarus and Vladimir Putin’s Russia surfaced with the New Year 2007 oil crisis. With the January 1, 2007 price hikes on oil and gas deliveries to Belarus, Moscow decided to put an end to its tacit financing of the post-indepen-dence Belarussian economy. While Minsk succeeded in renegotiating below market prices for a few years, energy costs are expected to weigh heavily in the future. Alexander Lukaschenko’s privileged relationship strategy with Moscow is being called into question. On the domestic level, however, the authoritarian regime remains unshaken by the new economic difficulties, while social concerns are once again on the political agenda. The Russo-Belarus trade war also abated in December.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Jean-Charles Lallemand « Guerre et paix commerciales avec la Russie », Le Courrier des pays de l'Est 1/2008 (n° 1065), p. 49-63.
URL :
www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2008-1-page-49.htm.