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S'inscrire Alertes e-mail - Le Divan familial Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezDéni de grossesse : la part des ancêtres
AuteurÉlisabeth Darchis du même auteur
Psychologue clinicienneThérapeute conjugal et familial psychanalytique, SFTFP
10, Villa Mimosa
92270 Bois-Colombesdarchiselisabeth@orange.fr
Certaines organisations familiales conduisent parfois à « l’extinction » des lignées descendantes lorsque la part des ancêtres comporte des traumatismes insuffisamment élaborés dans les générations ascendantes. L’ordre ancestral assignerait des places particulières aux membres de ces familles en entravant la construction d’un nouveau maillon dans la chaîne générationnelle. Pourquoi et comment les enfants, devenus adultes, ne peuvent-ils devenir parents, lorsqu’ils ont la charge inconsciente d’immobiliser le temps et d’interrompre la succession des générations ? Ils ne pourraient trouver, dans l’inconscient collectif familial, le consentement psychique des ancêtres pour remanier le groupe d’origine dans le voyage nécessaire à la mise en place d’un nouveau groupe familial.
2 J’ai déjà souligné dans mes travaux ce processus essentiel dans les crises familiales, notamment en périnatalité, qui consiste à revisiter ses racines, pour mieux pouvoir se tourner vers l’avenir. Dernièrement, je me suis penchée dans la mythologie, vers le Dieu Janus qui en possédant deux visages tournés en sens contraire apparaît comme si le passé et l’avenir étaient toujours présents devant lui. Ce Dieu des portes et des passages, du temps et du changement, nous donne un support pour penser le voyage régressif vers l’héritage générationnel et constructif dans la reprise du matériel ancestral. Le désordre de ce passage janusien permet les retrouvailles nécessaires (E. Darchis, 2002) pour l’ancrage d’une famille, en favorisant l’élaboration et la réorganisation des nœuds de la filiation.
3 Mais parfois ce mouvement est si effrayant ou si menaçant qu’il en est barré ou figé. « Il ne faut rien secouer chez nous », dit une patiente qui souligne ainsi l’organisation défensive du groupe familial pour ne pas remanier les alliances aliénantes ou réveiller les effrois familiaux.
Clinique du lien transgénérationel
4 Nous rencontrons ainsi, dans notre clinique, des sujets assujettis aux obligations ancestrales lors des refus de maternité, de parentalité, de sexualité ou lors de stérilités psychogènes. Ou bien les grossesses biologiques adviennent, mais avec des IVG à répétition, des dénis de grossesse, des abandons sous X, voire des infanticides ou des décompensations parentales délirantes. Quand les désorganisations psychiques sont évitées à la naissance de l’enfant, c’est aussi un trouble de la relation parent bébé qui peut s’installer dans ce que j’ai déjà décrit de la mise en place du lien blanc ou du lien narcissique, sans véritable relation de sujet à sujet entre parent et enfant. La famille a du mal à se construire dans la différence des sexes et des générations et elle présente bien souvent une parentalité confuse (Decherf G., Darchis E., 2000).
5 La TFP précoce qui accompagne la petite famille dès la grossesse favorise ce voyage psychique parfois difficile vers les retrouvailles générationnelles. Mais lorsque la famille ne peut pas naître, le thérapeute familial psychanalytique ne peut pas prendre en charge le groupe familial et il doit commencer par l’accompagnement du groupe d’origine : la femme enceinte et son bébé in utero.
6 Dans une vignette clinique[1] [1] Thérapie menée par E. Darchis avec une co-thérapeute...
suite, dont je vais développer seulement quelques aspects, un couple de parents ne peut construire au départ une famille à l’arrivée de leur bébé. La jeune femme fait un déni de grossesse, accouche en confiant son bébé sous X et écarte le père. Un premier travail de thérapie psychanalytique prenant en compte plusieurs générations permettra notamment, la réadoption de ce bébé nommé X au départ et la construction progressive d’une famille à l’aide d’une TFP enfin possible.
Une histoire figée du côté de la jeune mère
7 Les parents de la jeune mère ont perdu une fille avant la naissance de leurs jumelles : Clara et Sandra. Nous avons fait l’hypothèse que le groupe familial déjà fragile s’est organisé inconsciemment après la naissance des jumelles, pour clore la filiation et éviter ainsi tout remaniement et toute mutation. Un ordre figé pathologique immobilisait le matériel transgénérationnel pour ne pas faire ressurgir l’angoissant thème de la mort et des séparations.
8 Nous apprendrons par la suite que Clara porte en fait le prénom de la sœur morte avant sa naissance. Clara demandait pourquoi « ça faisait drôle de voir son nom sur sa tombe », mais on ne parlait jamais de cette disparition, sauf dans des phrases ambiguës comme celle de la mère : « Le bon dieu m’a pardonné ; finalement j’ai eu mes deux grossesses et mes deux filles. »
9 La grossesse gémellaire (de remplacement) contribue au déni de la perte du premier enfant. Mais lorsque Clara est nommée, c’est à chaque fois une étrangère fantomatique qui est convoquée. Dans un mécanisme d’inclusion, le corps de l’enfant vivante sert de crypte au souvenir traumatique, comme un cocon autour d’une chrysalide défunte. N. Abraham et M. Torok (1978) nous montrent que cette « identification endocryptique » consiste « à échanger sa propre identité contre une identification à la vie d’outre-tombe de l’objet ». Clara va comprendre progressivement cette confusion et elle va recourir au stratagème de se nommer Clara II, car son moi était une autre : Clara I, perdue et retrouvée par ses parents grâce à la complicité inconsciente de Clara II. Mais existe-t-elle vraiment pour donner la vie, elle qui a la charge de faire survivre une morte et soigner la famille ? Comment s’identifier à une mère qui donne existence à un enfant mort, à un enfant double soumis aux attentes d’autrui et obligée de réparation dans la famille ?
10 Sa mère avait elle-même perdu son père quand elle avait 10 ans ; elle fait penser à la « mère morte » de Green. Le père de Clara, complice muet ou bien instigateur inconscient du silence, respecte l’escamotage de l’enfant mort pour ne pas remuer les souvenirs tragiques dont on n’a jamais évoqué les causes. Lui-même a été élevé par sa grand-mère pour des raisons obscures. Il est en difficulté dans sa place générationnelle. Les jumelles l’appellent par son prénom. Tour à tour trop proche de ses filles, il exclut la mère alors dépossédée et jalouse.
11 Dans cette famille d’origine française, il y a aussi en amont des secrets honteux, des ruptures vitales et des exclusions déchirantes qui entravent la construction d’une nouvelle lignée… Le clivage entre le mauvais à cacher et la belle image idéale de réussite à montrer sert d’étayage à la famille de Clara. Ce faux self familial écarte des membres de la famille grand-maternelle car « ils font des choses abominables dont on ne peut pas parler ». Lorsque la honte alimente le fonctionnement familial, le danger dit S. Tisseron (2006) est que l’enfant à son tour « soit tenté d’avoir lui-même des comportements honteux comme une manière de retrouver à l’intérieur de lui cette figure parentale honnie et de communier avec elle » (p. 63).
12 Clara a des comportements dérangeants pour cette famille qui prône un Moi idéal familial, mais sa vie dissolue et ses écroulements, ses secrets avilissants, rassemblent aussi le corps familial clivé. Elle est également un support des plaintes parentales et souvent coupable, honteuse, elle doit réparer. On compte beaucoup sur Clara pour aider et faire fonctionner les dénis : n’est-elle pas la preuve vivante d’une immortalité familiale ? Chaque génération dévouée semble se préoccuper de la précédente plutôt que de la suivante, dans une parentalisation des enfants qui freine aussi les projets de descendance.
À 35 ans, les jumelles ne veulent surtout pas d’enfant au prix de leur indépendance. Elles n’ont pas d’avenir sauf à s’amuser au jour le jour ou à briller dans leurs études et carrières professionnelles, seule issue possible à la dépression fondamentale de la famille narcissique. Cependant Clara récupère cette dépression à son compte pour soulager inconsciemment la famille. Il y a deux ans, elle a fait une tentative de suicide médicamenteuse, avec une prise d’alcool : « Je ne leur dirai rien de ma grossesse car je les ai déjà fait trop souffrir, notamment avec ma dépression », énonce Clara au début de nos entretiens.
Le jeune père et les liens conjugaux paradoxaux
13 Clara a rencontré Prince, un gentil compagnon d’origine étrangère qui l’a aidée au sortir de sa dépression : un homme de condition modeste et de huit ans plus jeune. Mais l’avenir était inenvisageable avec lui car leur niveau culturel et leurs intérêts se différenciaient grandement. Clara ressent cette relation comme déshonorante et elle l’a cachée à ses parents pour ne pas subir de réprobation : « Elle a honte de moi devant sa famille », souligne Prince, qui nous décrira l’attitude dure et dévalorisante de Clara. Il a un petit emploi dans le commerce alors qu’elle travaille en tant que cadre supérieur. Prince a été déscolarisé très tôt et il a travaillé dès 12 ans pour aider sa famille. Il est venu seul en France à 18 ans avec mission de subvenir aux besoins de ses parents traumatisés par un revers de fortune.
14 En écho des fonctionnements de Clara qui se « préoccupe » exclusivement de l’autre dans une inversion générationnelle, Prince vit dans le projet de pourvoir aux besoins de sa famille restée dans le pays d’origine. Son père, orphelin très tôt de père, a été dépossédé d’un héritage et a fait une dépression. Il a sombré dans l’alcool et il est devenu violent à la maison. Prince en tant qu’aîné a alors occupé avec culpabilité la place du chef de famille. L’argent qu’il gagne est consacré à des procès sans fin pour récupérer l’héritage familial et pour payer symboliquement une dette générationnelle inconsciente. Généreux et souriant, Prince nous parle avec émotion et sensibilité, mais il a aussi au fond de lui de grandes souffrances qu’il tente de contenir dans le silence. Sa rencontre avec Clara, dont il est complètement amoureux, est une merveilleuse aventure. Mais a-t-il une place pour envisager de construire sa propre famille ? Les identifications à un père alcoolisé et à une mère déprimée lui barrent aussi la route vers la parentalité.
15 Dans ce couple un lien paradoxal est à l’œuvre. Comme le souligne A. Eiguer (2001) « L’enchevêtrement de cryptes ancestrales forme le lien conjugal », dans une « complémentarité entre les représentations ancestrales » de chacun. « L’entrecroisement de tendances », avec ce qui est à la fois « le plus éloigné de soi-même, le dissemblable, le discordant » et à la fois « le plus proche, le semblable et le concordant », forme une opposition qui entraîne l’attraction et la répulsion dans ce couple paradoxal. Une familiarité inconsciente dans les traumatismes ancestraux les réunit dans des analogies impressionnantes (solitude, parentalisation, sacrifice, réparation des traumatismes familiaux, honte et secrets, négation de leurs propres besoins) et c’est paradoxalement ce qui les sépare aussi.
Par la suite, la part ancestrale issue des familles réciproques qui attache profondément ces deux êtres, prendra sens pour eux dans les ressemblances qui les réunissent et les divisent à la fois. L’autre est du même, mais aussi une part de soi que l’on réfute. Se quitter est difficile mais rester ensemble confronte à la perte des illusions et à la possible réactivation des traumatismes de séparation. Clara avait bien tenté de rompre avec cette relation qui lui semblait une erreur, une faiblesse de sa part et une aventure qui n’aurait jamais dû exister. Pourtant, c’est encore Prince qu’elle appelle au secours quand elle se sent seule ou qu’elle a besoin d’aide.
Le déni de grossesse et le choc de l’annonce
16 Cinq mois après la séparation du couple, Clara est persuadée que le médecin se trompe lorsqu’il lui annonce qu’elle est enceinte. Le test confirmant la grossesse la plonge dans l’effroi, la panique et l’incompréhension. Comment est-ce possible ? Le centre d’IVG vers lequel elle se précipite va refuser l’avortement après une échographie qui confirme que la grossesse a cinq mois. Clara est alors sidérée, au bord de la déréalisation.
17 Ne pas réaliser sa grossesse pendant cinq mois est un déni, contrairement à la « grossesse cachée » ou à la simple « politique de l’autruche » (E. Darchis, 2002). Le déni de grossesse est un mécanisme de défense inconscient mis en place par la psyché où les faits d’être enceinte ou de devenir parent sont psychiquement inconcevables et impensables. Le bébé se développe en secret avec une psyché maternelle qui ne veut rien savoir de l’autre familial, de cette effroyable groupalité qui souterrainement fait son office. Corps et psyché fonctionnent de façon clivée jusqu’à ce que la réalité tente de les rassembler.
18 Le déni de grossesse serait-il un refus de la groupalité et du retour vers la psyché première de « l’appareil psychique familial » (Ruffiot, 1981) où l’on était comme confondu avec l’autre, avant l’ancrage corporel et l’individuation ? Généralement, c’est le groupe familial qui est l’instigateur inconscient du déni : ne pas bouger générationnellement, ne rien savoir des ancêtres, pour ne pas réveiller une situation autrefois douloureuse ou insurmontable. Dans cette maladie groupale contagieuse, la psyché familiale ne donne pas la permission de pousser d’un cran les générations ou d’enterrer progressivement le passé pour construire de l’avenir.
19 Le choc de l’annonce est un trauma au sens de l’effraction psychique, avec la menace inhérente d’effondrement. La révélation se fait souvent dans la sidération et l’incrédulité ou bien encore, dans la stupeur, le chaos ou la déréalisation. Ce peut être pour la future mère un véritable cataclysme ou le début d’une « grande tempête psychique ». « Enlevez-moi ça ! » demandait Clara effrayée. Les équipes de la maternité ne voudront pas la laisser repartir chez elle dans cet état et l’orientent vers une consultation spécialisée en psychologie de la périnatalité.
L’impossibilité de devenir parent ou l’enfant inconcevable
20 Effondrée et terrorisée, Clara se sent dans une impasse. Un seul dénouement va paraître possible : l’accouchement sous X. Cette éventuelle issue la soulage un peu, mais ne lui enlève pas la frayeur de devoir accoucher : « Je ne m’y vois pas, c’est horrible. » Cette simple évocation semble la mettre dans un état quasi hallucinatoire, un « état de traumatose psychique » au sens du concept d’A. Carel (1997). C’est en fait l’impossibilité de faire groupe avec son bébé dans un projet de naissance qui s’actualise. Le thérapeute familial accompagne la groupalité familiale de la grossesse avant que la jeune femme ne rentre dans une nouvelle histoire familiale. Plonger dans « cette foule à deux » lui rappellerait trop ses origines avec sa propre naissance interdite. Faire advenir un soi ou un nouveau groupe pourrait faire mourir psychiquement un autre enfant, ou sa mère, ou bien encore désorganiser la défense groupale de la famille qui ne peut affronter les traumatismes anciens. Toute naissance est pour cette famille une mort annoncée d’un drame qui a déjà eu lieu.
21 Avec le projet d’une mise à l’écart du bébé né sous X, Clara veut faire disparaître un enfant dans une continuité du déni familial qui ne peut faire qu’un enfant secret ou dénié. Par la suite, dans ses rêveries et ses cauchemars violents et angoissants, Clara imaginera que cette grossesse se soldera par un enfant mort avec des malformations. Ces représentations sont en fait la réalisation du groupe familial : un enfant doit s’effacer ou mourir pour en faire survivre un autre ancestral. De même, cet événement veut rester secret pour ne pas rompre les alliances inconscientes et le lien familial. Il lui semble impossible d’en parler à la sœur ou aux parents : « Je leur ai déjà fait tellement de soucis », dit Clara. Elle informera néanmoins le père de l’enfant, mais en lui annonçant fermement son choix de confier le bébé sous X. De son côté cet homme aimerait bien récupérer le nourrisson ; il a vite annoncé à sa famille sa paternité, mais cela reste inimaginable pour Clara qui refuse aussi totalement les entretiens conjoints avec son ex-compagnon au début du travail thérapeutique. Tout ce qui représente un nouveau groupe familial est écarté avec terreur.
22 Le premier temps de la thérapie va offrir un lieu de soutien et de contenance où Clara, enceinte d’une groupalité impossible, va se déposer et s’accrocher plusieurs semaines : « Je vis au jour le jour, j’évite de penser, j’attends nos rencontres que j’espère impatiemment ; entre les deux je reste repliée chez moi pendant des jours sans parler… Sans ces entretiens je ne serais plus là… » La mort parfois espérée rôde souvent dans ses dires et progressivement sa dépression d’autrefois prend sens : « Quelle est ma vie propre, sinon celle des autres, fade et superficielle ? »
Prise en compte des fonctionnements familiaux
23 Dans le néogroupe, avec la future mère, le bébé in utero, la thérapeute et la cothérapeute observatrice, cette femme enceinte contenue puis contenante va d’abord confier ses vécus, ses effrois qui font l’aller et retour entre ce qu’elle vit, celle qu’elle est et celle qu’elle a été dans sa famille d’enfance. La grossesse la propulse vers ses origines et elle fait des liens sur les modes de fonctionnement qui lui ont été transmis inconsciemment : secret, sacrifice, don, idéalisation… Elle prend conscience des tabous et des silences répétés, comme de la solitude extrême dans laquelle ses parents l’ont souvent laissée. Avec le voyage régressif thérapeutique, elle réalise l’absence chez eux de préoccupation parentale envers ses propres besoins. La culpabilité et la honte de Clara étaient en fait destinées à se cacher la haine familiale ou bien à écarter la menace d’être rejetée si elle dérogeait au contrat inconscient du groupe, avec le risque de haïr à son tour.
24 Mais désormais Clara peut se plaindre dans sa famille qui la relance. Avec une nouvelle lucidité et sous la pression du harcèlement parental, elle a pu enfin « craquer » en rompant le silence. Elle leur a dit au téléphone qu’elle était enceinte et qu’elle souhaitait confier le bébé. « Ils n’ont fait aucun commentaire ; ils sont égaux à eux-mêmes. » Elle n’attendait rien d’eux et elle n’a donc pas été déçue, dit-elle mais elle s’est sentie de façon étonnante et neuve, grandement soulagée.
25 La famille s’est retrouvée ensuite chez Sandra, la sœur jumelle qui n’est pas au courant et les parents ont « fait semblant de rien ». Son père anxieux parle de soucis financiers et la mère du tracas que fait la grand-mère : « J’ai toujours fait l’éponge, en écoutant les doléances de mes parents », réalise Clara. C’est juste sur le quai de la gare, au moment des adieux, que le père a embrassé sa fille en lui disant discrètement : « Soigne-toi bien et si tu as besoin d’argent nous sommes là ; vivement que cela se termine pour toi. » Clara sent une nouvelle révolte qui gronde en elle, car elle entend que ses propres parents verrouillent la filiation et ne l’aident pas à s’envisager mère, ni à être grands-parents, car ils sont toujours par leur histoire. Son refus d’enfant proviendrait de plus haut, réalise-t-elle, de la part des ancêtres qui pesait sur ses choix. Elle a l’impression de se détacher d’eux et évoquera la sensation de naître à elle-même comme sujet pouvant penser et ressentir de manière personnelle. L’absence de parole organisait une transmission de faits non dits et de choses non digérées, d’éléments bruts non élaborés ; les générations précédentes n’avaient pas payé leur dû au moment des passages et c’est la génération suivante qui portait la charge non traitée, non acquittée. La descendance était interdite de création pour son propre mythe, interdite de procréation d’un nouveau groupe familial, car elle renvoyait « à une préhistoire indéchiffrable, les aliénants aux générations précédentes » (E. Granjon, 2006).
Auparavant Clara ne voulait rien savoir du bébé qu’elle portait, mais progressivement, elle a pensé à lui et a souhaité connaître son sexe afin de lui laisser un prénom. Elle montre une nouvelle préoccupation maternelle envers ce petit être qu’elle héberge et que nous contenons ensemble dans le néo-groupe. C’est un petit garçon qu’elle attend.
Le choix de l’accouchement sous X
26 Clara a choisi l’accouchement anonyme sous X car elle pense que c’est une chance pour le bébé de trouver une vraie famille en dehors et loin d’elle. L’accouchement sera long ; les contractions sont faibles pendant trois jours, ce qui arrive fréquemment lorsque la femme n’est pas prête à mettre au monde un bébé. Le corps semble résister à enfanter et à admettre la séparation qui fait advenir des êtres nouveaux. Certaines femmes peuvent aussi accoucher comme une « lettre à la poste » quand elles ne réalisent pas la grande aventure. Mais pour Clara, ce moment n’est pas rien et elle est pleine d’émoi. Sa mère étant absente une fois de plus, c’est dans le transfert avec sa thérapeute qu’elle va mettre en place ce lien maternel qui lui fait défaut. Clara contient physiquement son bébé et se fait contenir psychiquement par la fonction alpha thérapeutique qui m’amène dans mon contre-transfert à me rendre particulièrement disponible les jours de son séjour à la maternité. Pendant l’entretien que je mènerai au pied de son lit le troisième jour de son hospitalisation, les contractions vont étonnamment se rythmer et s’accélérer… Dans les heures suivantes, le bébé naît par forceps et il va bien. Clara éprouvera des émotions très fortes dans la rencontre avec ce bébé qu’elle va prénommer et que nous appellerons Axel. Au cours des entretiens, elle prendra son bébé dans les bras en le regardant silencieusement ; mais se projeter dans l’avenir lui semble encore terrifiant. Elle pense en fait que c’est le plus beau jour de sa vie et dit alors que son cœur la conduirait bien à reprendre Axel, mais que sa raison la maintient dans sa décision.
Axel est un beau bébé « attentif » qui regarde autour de lui, contrairement aux bébés nés sous X souvent très endormis comme s’ils étaient en attente de s’ouvrir sur l’extérieur, de se déposer dans un contenant psychique maternel et familial. La touchante attitude de Clara a ému les équipes qui investissent très bien Axel ; il bénéficie d’attentions qui le conduisent vers l’éveil. Les réseaux périnataux se mobilisent aussi beaucoup autour de cette femme poignante et attendrissante. Les équipes de maternité, le secteur social et l’ASE ont préparé l’accueil du bébé et son orientation en pouponnière. Clara quitte la maternité au bout de quelques jours après avoir déclaré le bébé né sous X.
La levée de secrets et le désir d’adopter l’enfant
27 Un épisode familial a encore retenu l’attention de Clara : son père au téléphone lui a parlé sans évoquer le bébé. Clara s’en insurge et lui demande s’il n’a pas une question précise à poser. Le père étonné ne voit pas de quoi elle parle. Elle lui dit alors qu’elle a accouché d’un petit garçon, lui donne son poids et son prénom et elle ajoute combien c’est difficile. Devant le nouveau fonctionnement de Clara, son père rompt le silence : il peut lui dire que lui et sa femme comprennent sa douleur, car eux aussi « ont perdu un enfant et il a été long et difficile d’en guérir ». Une amorce d’échange prend naissance, mais devant le risque d’ouverture d’une crypte, un bébé doit encore être écarté pour ne pas enterrer définitivement l’autre d’autrefois : « On te comprend, car tu perds aussi un enfant », lui dit son père. Axel dans un premier temps ne peut exister qu’en terme de perte, de double de l’enfant mort, car la part des ancêtres refuse le bébé suivant afin de ne pas déloger le bébé ancêtre.
28 Pourtant « avoir eu un enfant que je n’ai plus, peut-être que je ne m’en relèverai pas », dit Clara dans « un effet fantôme » (Abraham et Torok, op. cit.). N’est-ce pas là en effet les paroles « ventriloques » qu’aurait pu prononcer la mère de Clara à la mort de sa première fille ou celles qui pourraient surgir dans le retour effroyable de l’événement, si la deuxième Clara ne remplissait plus sa mission. Durant les entretiens, la jeune mère va ponctuer ses interventions de cette phrase « si je le reprends… si je le reprends, il pourra voir son père… » Dans la thérapie, Clara introduit aussi progressivement le père de son enfant dans ses dires. Il sait que le bébé a été confié et il est prêt à l’aider si elle le récupère. Il a émis le désir de reconnaître l’enfant mais elle s’y oppose toujours formellement ; c’est une famille clandestine qui est encore là et qui ne peut naître.
Clara a retrouvé des vécus d’autrefois, ce qu’elle a reçu et ce qu’elle aurait voulu en étant enfant. Elle fait un « voyage régressif » vers ses origines et semble refaire le chemin de son évolution avec ses aléas. Mais son ambivalence est encore grande pour « franchir le dernier pas », dit-elle. Quand elle imagine un avenir avec l’enfant, c’est un « véritable gouffre » qui s’ouvre encore devant elle et elle « a peur de se jeter dans le vide » de cette grande aventure « vers un monde inconnu ». Ouvrir un maillon générationnel ouvre notamment sur un tombeau et elle fait le lien avec ses états de vide, sa dépression et ses envies de mourir. Elle s’interroge sur la vie superficielle qu’elle menait avec sa jumelle. Quelle que soit sa décision, Clara pense dévoiler son secret à sa sœur, car son avis sera décisif.
L’adaptation dans les places de chacun
29 En prenant maintes précautions, elle a pu parler à sa sœur qui a bien pris la chose et lui propose de l’aider si le bébé est adopté. Et quinze jours après la naissance, Clara a pris la décision de (ré-)adopter Axel qui était devenu pupille d’État. Elle se sent soulagée et dort mieux. « J’ai trouvé la paix. » La seule inquiétude que manifeste sa sœur porte sur leur relation : il sera « plus difficile d’être seules ensemble : il y aura maintenant quelqu’un d’autre », dit la sœur. Est-ce la fratrie des jumelles qui est ainsi évoquée inconsciemment ? Axel est déclaré à la mairie par sa maman et tout un réseau de professionnels va encadrer le suivi et aménager les visites à la pouponnière, pour une adaptation progressive afin que la construction des liens se fasse dans les meilleures conditions possibles. Clara va voir son fils chaque semaine à la pouponnière et elle le récupère d’abord progressivement la fin de semaine et lors de nos consultations familiales. Elle mettra en place, au début, une organisation assez obsessionnelle pour gérer la situation en parallèle avec son travail, car le secret de la naissance ne peut lui donner des congés de maternité.
30 Clara repère encore des moments clefs dans le fonctionnement familial. Ses parents ont été avertis, et ils ont précisé que, quel que soit son choix, ils « ne la condamneront pas ». Mais avec sa jumelle, elles n’ont pas pu échapper à la contrainte de la fête familiale de Noël ; Clara « sautera » avec douleur une visite à la pouponnière. Ce jour-là, la famille large ne sait pas encore qu’Axel est né, à part les parents et la sœur. Après la remise des cadeaux, les parents de Clara l’attirent discrètement à l’écart des convives afin de lui remettre un cadeau. À la stupéfaction de Clara est écrit sur le paquet : « De la part de papa, maman : pour Axel. » Clara entend bien maintenant la confusion générationnelle et quand elle rapporte ces faits, elle est offusquée : « Vous allez voir, c’est incroyable ! »
31 Il lui est toujours impossible d’évoquer la fratrie de sa mère. Elle plaque sa main sur la bouche pour dire combien il est honteux de parler d’une telle famille. La même honte l’habite quand elle parle du père d’Axel : elle porte aussi la main devant sa bouche en regardant son enfant comme si elle voulait se faire taire. Elle a en effet transgressé les conventions familiales en aimant quelqu’un d’un milieu différent et qui fait écho avec ce qui est déshonorant dans la famille de sa mère. Il faudrait gommer ou effacer cette lignée méprisable pour ne garder que la lignée paternelle qui vient d’un milieu acceptable pour la famille. N’est-ce pas cette rupture avec la lignée ascendante honteuse qui veut se répéter dans la descendance. Du côté du père de Clara, existent aussi des non-dits et notamment un patronyme repris comme prénom par Clara sans le savoir, pour nommer son fils, une appellation qui va faire resurgir un ancêtre : « le grand-père Axel était une terreur », dit le père de Clara, qui s’étonne du choix de ce prénom. Des questions sur l’arbre généalogique pourront alors se développer progressivement à partir des souvenirs de son père qui lui fournira un listing sur ordinateur avec des places manquantes, non reliées entre elles et avec des lignées ascendantes gommées. Ce matériel n’évoque pas le « Soi familial » du génogramme avec ses différentes branches mais une succession de noms sans racines, ni avenir. Dans la famille l’effroi veut faire retour sans beaucoup de sens pour l’instant, mais ce qui est nouveau c’est la volonté et la curiosité de Clara qui se penche sur ces répétitions, ces secrets, sur les confusions, les blancs et l’oubli du passé…
Auparavant, étrangère à elle-même, elle ne pouvait advenir à une auto-parentalité différenciée. Dans sa parentalité confuse, elle était une mère-bébé-fantôme, présente et absente tout à la fois, chargée d’immobiliser le temps et le secret familial. En allant douloureusement vers les origines familiales, elle pense progressivement la différenciation des générations. Elle commence à construire sa propre vie et elle se sent changée et différente psychiquement. Les entretiens en présence du bébé la construisent doucement comme mère, mais longtemps elle regardera son bébé dans la difficulté d’en faire « son fils » : « J’ai l’impression que ce n’est pas mon histoire. » Elle regarde néanmoins son compagnon comme un possible père. De son côté ce dernier subit passivement la volonté souffrante de Clara, comme il a subi la charge d’une famille souffrante.
Dénouages et naissance d’une famille : vers une TFP possible
32 Clara a récupéré Axel après trois mois de pouponnière et il est gardé par une nourrice lorsqu’elle est au travail. La rencontre du bébé avec les grands-parents « s’est très bien passée » nous dit Clara. Mais la confusion générationnelle traverse encore les liens familiaux, car ici le visage de Janus regarde de façon prégnante vers le passé. Le télescopage des générations est encore au travail dans la « grand-parentalité confuse » : « C’est vraiment drôle comment les choses se reconduisent », dit la grand-mère d’Axel. Clara dans sa nouvelle écoute entend maintenant cette confusion et demande à sa mère « Que veux-tu dire ? » Alors celle-ci lui répond enfin : « Eh bien vous avez eu une sœur avant, qui s’appelait aussi Clara, et c’est étonnant car elle se frottait aussi les oreilles avant de mourir, comme Axel le fait en ce moment. Elle est morte à 3 mois d’une grave otite. C’est le même jour que tu as récupéré Axel et tous les deux sont nés le même mois. » Ces anniversaires et ces commémorations de dates plongent Clara dans une grande perplexité. Elle avait certainement vu ces dates sur la tombe de sa sœur, mais aucun souvenir conscient ne lui avait fait faire le lien. De nombreux faits la frapperont encore dans les similitudes et elle se rend compte qu’elle aussi ne voulait pas voir, rien savoir, ni entendre de l’autrefois. Les moments de crises et de passages dans l’existence qui questionnent et permettent la mise en sens étaient interdits de connaissance et d’expérience.
33 Le père d’Axel vient régulièrement garder l’enfant une heure ou deux par semaine mais cela reste dur pour lui car Clara est réticente à ce qu’il tienne son rôle paternel. Elle n’envisage pas encore de présenter Prince à sa famille et elle lui refuse même la reconnaissance d’Axel. Néanmoins Prince nous apprendra par la suite qu’il a adressé une reconnaissance de paternité à la mairie dès la grossesse, et à l’insu de Clara, « dans son dos » dit-elle. Elle en sera profondément courroucée. Pourtant, quand elle n’a personne pour la garde de l’enfant, elle demande au « papa » de venir. Elle souligne « la débilité évidente » de père, critiquant la façon dont il utilise trop de changes, par exemple, ce qui lui donne encore des raisons pour l’écarter. Elle se sentira longtemps comme envahie par la demande de cet homme confondant peut-être sa propre demande et celle d’un autre paternel : « Je suis dure et je mets le holà, sinon il ne comprend pas. » On peut se questionner encore sur ce choix conjugal et parental : celui-ci permettrait de faire du compagnon un substitut paternel et, tout à la fois, le choix porté sur un homme qui ne convient pas, n’est-ce pas pour mieux permettre un retour de la famille étrangère honnie afin de l’évincer encore ?
Axel reste le lien vivant de ce couple paradoxal. Il grandit, reconnaît avec joie son père, ce qui renforce l’ambivalence de Clara. Mais elle s’attendrit aussi et pense que Prince doit être aidé, car il vit douloureusement la distance imposée et elle l’envoie me consulter. Après avoir reçu ce jeune père de 25 ans, je vais enfin pouvoir, tout en respectant la séparation conjugale, recevoir par la suite toute la petite famille, 9 mois après la naissance d’Axel. Et c’est une autre histoire qui va naître dans un « néo-groupe » enfin possible.
Conclusion sur la part des ancêtres en périnatalité
34 En périnatalité, le réaménagement psychique, la transformation et les remaniements dans les assignations sont indispensables pour ouvrir des nouvelles places et construire une nouvelle famille. Mais cette mise en crise réorganisationnelle comporte « un accroissement des désordres et des incertitudes » selon l’approche de R. Kaës (1979), et parfois ce déferlement des désordres entraîne aussi une menace de destruction et de chaos. Et la conséquence défensive est la « rigidification » de ce qui constitue la souplesse organisationnelle d’un système. Devant le risque de réveil d’héritages transgénérationnels non élaborés ou de retour d’« objet transgénérationnel » selon le concept d’A. Eiguer (1987), le groupe familial lutte contre la désorganisation et reste immobilisé, paralysé dans un ordre mortifère qui empêche la reprise de l’héritage ancien. S. Tisseron (1995) définit ainsi une « filiation des traumatismes non surmontés » dans la mesure où « le sujet [nous pourrions dire le couple ou la famille] est impuissant à élaborer les événements pour se les approprier ».
35 Pour Clara et Prince, la part des ancêtres interdisait la mise au monde d’un enfant et entravait la construction d’un nouveau groupe, car ces naissances menaçaient l’organisation défensive du groupe ancestral. Et, tout à la fois, cette advenue était un mécanisme de survie pour tenter de trouver un chemin identitaire constructif et une nouvelle groupalité créative. Le travail de la thérapie familiale psychanalytique semblait impossible au départ, car la mise en groupe rompait le contrat avec les groupes anciens. La femme enceinte dans le déni refusait cette mise au travail vers le retour aux origines et excluait le père, mais la contenance thérapeutique a pu offrir progressivement une matrice groupale pour remettre au travail les héritages anciens. Ce travail d’élaboration psychique réalise une véritable prévention, dans cette période périnatale, en ce sens qu’il accompagne la crise de croissance maturative vers une « auto parentalité différenciée » avec ce que cela suppose du travail de la pensée et du remaniement créatif dans ce passage janusien.
Bibliographie
Bibliographie
Abraham N. et Torok M. (1978), L’écorce et le noyau, Paris, Champs Flammarion, 1987.
Carel A. (1997), L’après-coup en périnatalité, in Le générationnel, Paris, Dunod.
Darchis E. (2006), Crises et réaménagements en périnatalité, Les crises familiales de Decherf G., Darchis E., Paris, In Press.
Darchis E. (2002), Ce bébé qui change votre vie, Paris, Fleurus.
Decherf G., Darchis E. (2000), La fonction paternelle. Télémaque à la recherche du père, Rivage, n° 19.
Eiguer A. (1987), La parenté fantasmatique, Paris, Dunod.
Eiguer A. (2001), La famille de l’adolescent, le retour des ancêtres, Paris, In Press.
Granjon E. (2006), L’enveloppe généalogique familiale, in Les crises familiales de Decherf G., Darchis E., Paris, In Press.
Kaës R. (1979), Introduction, in Kaës et coll., Crise, rupture et dépassement, Paris, Dunod.
Ruffiot A. (1981), Le groupe famille en analyse. L’appareil psychique familial, in La thérapie familiale psychanalytique, Paris, Dunod.
Nachin C. (1995), La crypte et le fantome in Le psychisme a l’épreuve des générations, Paris, Dunod.
Tisseron S. (1995), Introduction, in Le psychisme à l’épreuve des générations, Paris, Dunod.
Tisseron S. (2006), Le drame d’Outreau, in Amour, haine et tyrannie dans la famille, de Decherf, Blanchard, Darchis, Paris, In Press.
Notes
[ 1] Thérapie menée par E. Darchis avec une co-thérapeute observatrice : D. Borcier Galan, (cf. Mémoire de master II 2006 – « Voyage au centre de la mère » sous la direction de Drina Candilis – Paris VII).
Résumé
Parfois, des enfants, devenus adultes, ne peuvent devenir parents, lorsqu’ils ont la charge inconsciente d’interrompre la succession des générations. La part des ancêtres comportant des traumatismes insuffisamment élaborés peut conduire ainsi à l’extinction des lignées descendantes. L’approche psychanalytique de la famille permet de comprendre les mécanismes défensifs familiaux issus des parts ancestrales aliénantes. Quelques aspects d’un cas clinique montrent l’importance du travail thérapeutique qui accompagne la mise en crise nécessaire en périnatalité et qui favorise le remaniement du groupe d’origine afin de faire advenir un nouveau groupe familial.
Mots-clés
part aliénante des ancêtres, déni de grossesse, extinction des lignées, groupe d’origine, crise périnatale nécessaireDenial of pregnancy. Ancestors’ shareSometimes, children, can not grow up and become parents because they are in charge, unconsciously, of the inheritance of the previous generations. The insufficiently elaborated traumatisms of their ancestors have dire consequences on the future generations. The psychoanalytic approach of families permits an understanding of the family’s defence mechanisms transmitted from the ancestor’s insane parts. Some aspects of clinical situations will show us the importance of the therapeutic work which must come with a necessary crisis during the birth period and which favours a revision of the original group and contributes to the creation of a new family group.Keywords
ancestors’ aliened share, denial of pregnancy, extinction of genealogic branch, group of origin, necessary crisis in birth period
A veces, los niños, una vez que se han convertido en adultos, no pueden convertirse en padres, cuando tienen la carga inconsciente de detener la sucesión de las generaciones. La parte de los antepasados que implica traumatismos insuficientemente elaborados puede conducir así a la extinción de los eslabones descendentes. El enfoque psicoanalítico de la familia permite abordar aquellos mecanismos defensivos familiares resultantes de las partes ancestrales que enajenan. Algunos aspectos de un caso clínico muestran en este trabajo la importancia del trabajo terapéutico que acompaña la puesta en crisis necesaria en perinatalidad y que favorece la reorganización del grupo de origen con el fin de hacer emerger un nuevo grupo familiar.Palabras claves
parte de los antepasados que enajena, desmentida de embarazo, extinción de las ramas denealógicas, grupo de origen, crisis perinatal necesaria
PLAN DE L'ARTICLE
- Clinique du lien transgénérationel
- Une histoire figée du côté de la jeune mère
- Le jeune père et les liens conjugaux paradoxaux
- Le déni de grossesse et le choc de l’annonce
- L’impossibilité de devenir parent ou l’enfant inconcevable
- Prise en compte des fonctionnements familiaux
- Le choix de l’accouchement sous X
- La levée de secrets et le désir d’adopter l’enfant
- L’adaptation dans les places de chacun
- Dénouages et naissance d’une famille : vers une TFP possible
- Conclusion sur la part des ancêtres en périnatalité
POUR CITER CET ARTICLE
Élisabeth Darchis « Déni de grossesse : la part des ancêtres », Le Divan familial 1/2007 (N° 18 ), p. 105-121.
URL : www.cairn.info/revue-le-divan-familial-2007-1-page-105.htm.
DOI : 10.3917/difa.018.0105.




