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Le français aujourd'hui

2002/4 (n° 139)

  • Pages : 128
  • DOI : 10.3917/lfa.139.0107
  • Éditeur : Armand Colin

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La publication en mars 2002 du Prince et la caissière dans la collection « Mouche » et du Loup, le géant et le distributeur de chewing-gums dans la collection « Neuf » de l’École des Loisirs, ainsi que la sortie annoncée du Voleur de châteaux et d’un nouveau recueil, intitulé La Princesse enrhumée, nous donnent l’occasion de consacrer ces quelques lignes aux contes pour enfants de Christian Oster. Né en 1949, C. Oster est l’auteur de sept romans aux Éditions de Minuit dont Mon Grand Appartement, récompensé en 1999 par le prix Médicis et d’Une Femme de Ménage, paru en 2001, qui a connu un vif succès. Écrire pour les enfants est pour lui « un espace de liberté, de création presque immédiate qui [lui] est devenu, aujourd’hui, tout aussi nécessaire que le voyage au long cours en quoi consiste l’écriture d’un roman ». Ses ouvrages regroupent des contes tantôt purement ludiques ou proches d’apologues qui mettent en scène des personnages traditionnels du répertoire : géants, princes et fées… mais traités avec la mise à distance qu’apporte l’humour, un humour décapant non dénué de profondeur et qui, de ce fait, nous invitent à découvrir un monde irréel, un merveilleux moderne fait de situations décalées, insolites – mais n’échappant jamais à toute logique.

Gout de l’insolite

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Si dans la plupart de ses contes pour enfant, C. Oster puise dans la tradition du conte en reprenant bestiaire (présence répétée du loup), système des personnages (roi, reine, sorcière, prince, fée, ogre, bucheron) et lieux (forêts et châteaux), il cultive surtout l’anachronisme et l’insolite et se plait à repousser les convenances, à bousculer le réel, et, comme Lewis Carroll, à nous faire passer de l’autre côté du miroir pour nous entrainer dans un univers de folie où tout semble tourner à l’envers. Si par exemple, dans « Le prince qui cherchait l’amour », le héros doit affronter différentes épreuves prescrites par une fée et, finalement, tel un chevalier courtois, suivre les codes de la fin’amor, l’ogre qu’il rencontre est le « collègue » de la fée et celle qu’il devra aimer de loin est découverte accroupie dans l’herbe à la recherche de ses « lentilles de contact ». Parfois, C. Oster s’amuse même à inverser la tradition, à la prendre à rebours, ainsi trouve-t-on des situations décalées comme celle d’un ogre qui, amoureux d’une ogresse, en perd l’appétit et préfère se nourrir d’amour et d’eau fraiche plutôt que de dévorer de jeunes enfants : il aime les enfants comme un père et les manger l’attriste (« L’ogre a mis son chapeau »). Dans un autre conte, des fées se mettent en grève alors que jamais encore dans l’histoire des contes de fées, il n’avait été question d’un quelconque arrêt de travail des fées, et dans un des derniers recueils parus, le loup se croit au bord de la mer et vit en « maillot de bain » alors qu’il se baigne avec un masque et un tuba dans une mare au milieu des canards. C’est encore en prenant à contre-pied la tradition qu’il écrit « la grenouille qui ne voulait pas sauter » : contrairement aux grenouilles qui sautent de joie « parce qu’elles pensent qu’un jour leur prince viendra », l’héroïne précisément ne croit pas à cette légende car, pour elle, il ne faut pas chercher à devenir un bœuf ou attendre le prince charmant mais rester avant tout lucide. Dans d’autres contes, l’insolite est à son comble. « L’homme sans tête, l’oiseau et le rêveur » par exemple met en scène un monde totalement saugrenu, extravagant et inversé : « dans cette ville où les hommes devenaient fous, les oiseaux parlaient. Rien ne s’y passait comme partout ailleurs. Autre exemple : les agents de police s’habillaient en clowns, les bébés mettaient des cravates et les poissons rouges, avec leurs petites mains, tiraient au pistolet » et « La chaussure tombée du ciel » est celle d’un chausseur qui a installé « son magasin sur un nuage ». Dans la même perspective, semble-t-il, C. Oster avoue aimer « personnifier les objets ou les légumes ». Ainsi écrit-il, dans l’un de ses derniers recueils, « Les mémoires d’un navet » qui relatent la course victorieuse d’un navet contre d’autres fruits et légumes et qui obtient pour récompense la gloire d’être l’un des modèles d’une nature morte ! De même en est-il dans « Les trois vaillants petits déchets », autre conte qui fait se rencontrer dans une poubelle un mégot de cigarette, une épluchure de pomme de terre et une coquille d’œuf. Ces trois détritus, à la forte personnalité, finissent par se retrouver au bord d’une décharge municipale alors qu’il tentaient de retrouver leurs lieux de naissance. Il arrive même parfois que certains objets-héros de ses contes commentent eux-mêmes leurs capacités inhabituelles et soulignent l’incongruité du conte : « Je suis un objet. Ça ne parle pas, en principe, les objets. En plus, je ne suis même pas branchée. Je n’ai pas d’images, et je ne devrais pas avoir de son » nous dit « La télévision qui voulait voir le monde ». Ainsi, est-on transporté vers un monde farfelu qui fait une grande place à l’humour grâce à un registre tantôt burlesque, tantôt héroïcomique.

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Ces situations sont d’autant plus insolites qu’elles s’accompagnent de constants jeux sur les expressions et les locutions qui nous font sourire : quelques exemples peuvent facilement nous en convaincre : le « Steak en fuite », exsangue aux pieds de l’homme qui le poursuit, lui demande « un bon coup de fourchette » pour lui redonner du tonus, « la télévision qui voulait voir le monde » est une télévision qui « marche » ou plutôt qui « roule » mais qui ne fonctionne pas, la tête de « L’homme sans tête » promet de lui « sauter au cou » lorsqu’elle l’aura retrouvé et le personnage du « rêveur » qui l’accompagne n’a plus « les pieds sur terre » puisqu’il se promène paisiblement dans le ciel ; enfin dans un conte plus récent, « Le court règne de Karakouski », les prétendants, qui ne sont pas parvenus à s’asseoir sur le trône, préfèrent rester « haut placés » sur le toit du royaume pour « dominer la situation ».

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Mais comme le rappelle Jean-Claude Lebrun, dans un article consacré aux romans pour adulte de C. Oster, bien souvent « le rire à grands éclats n’est jamais très loin de la désespérance. » (L’Humanité, 13 mars 1998). Ainsi en est-il également dans ses contes pour enfants, lorsqu’on assiste à des catastrophes drolatiques dominées par un esprit caustique : « L’homme sans tête » l’a perdue, au sens propre comme au sens figuré, et le « rêveur » cherche à échapper à une « ville de fous ». Le dernier recueil donne à lire des situations tout aussi désopilantes où la logique menace de tomber dans le non-sens : un homme affamé s’élance à la poursuite de son steak qui, appréhendant d’être mangé, s’enfuit « de toute la vitesse de ses petites pattes ». Il est aussitôt pris pour un fou que l’on veut conduire en hôpital psychiatrique mais échappe à ses poursuivants et renie sa folie en proclamant : « Je ne suis pas fou ! J’ai seulement faim ! » Ainsi, dans ces scènes d’un comique effréné, est-on parfois proche de l’absurde ; la logique n’est cependant jamais complètement abandonnée et ce grâce aux multiples interventions du narrateur qui ont pour rôle de charmer le jeune lecteur en rendant crédible l’incroyable.

Art de séduire

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Si le jeu avec les clichés, les topoï, les clins d’œil permet de séduire le jeune lecteur, la présence amusée ou étonnée du conteur, dont la parole joue avec des effets d’oralité dans sa syntaxe souvent disloquée comme dans la familiarité de son parlé qui multiplie les interjections, le séduit d’une autre manière en le menant dans des chemins de traverse en douceur : le dire du conteur prolonge le dit insolite et le justifie. Dans le « Steak en fuite », C. Oster intègre les objections des enfants sur l’invraisemblance pour mieux se livrer à une logique du merveilleux :

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« Je raconte n’importe quoi, moi, aujourd’hui. Les steaks n’ont pas de pattes, bien sûr. Le steak, donc, s’en fut au-dehors à toute vitesse, on n’a pas besoin de savoir comment. Oh et puis, tiens, si, finalement, je lui mets des pattes. Ce sera plus pratique. »

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Quelques pages plus loin, lorsqu’il décrit son héros qui s’élance, couteau dans une main, fourchette dans l’autre, à la poursuite du steak qui vient de s’enfuir à toutes jambes de son assiette, il renvoie à l’univers audiovisuel des enfants en anticipant, l’air de rien, leurs questions : « Comme dans un dessin animé ? – C’est ça, oui. » Dans d’autres récits, comme dans « La carotte qui voulait voir la mer », il joue le rôle d’un narrateur témoin, homodiégétique et justifie, aux yeux du lecteur, un univers ouvert à tous les possibles :

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« Des carottes, j’en avais vu sortir de terre, bien sûr, mais tirées par la main du voisin qui les cueillait. Je n’en avais jamais vu sortir de terre toutes seules … Évidemment, ça n’existe pas, une carotte avec des bras sur lesquels elle pousse. Du moins, jusqu’à ce matin où je m’étais installé pour regarder pousser les carottes de mon voisin. Mais maintenant, c’était différent, ça existait, puisque je le voyais. »

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Le narrateur se laisse même parfois emporter par son récit puis se reprend. Ainsi, dans « Le court règne de Karakouski », il manifeste sa présence en revenant sur ses pas :

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« Je m’aperçois que j’ai oublié de dire où le quarante-cinquième prétendant était allé rejoindre les autres. Une seconde, le temps d’aller à la ligne, et je répare tout de suite cet oubli. »

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Dans d’autres contes, les incises du narrateur montrent les différentes voies qu’il aurait pu suivre. Dans « La télévision qui voulait voir le monde », par exemple, alors qu’il décrit un homme non dépourvu d’originalité, et dont il ne sera plus question ensuite, un commentaire vient nous préciser qu’il aurait préférer le suivre pour raconter son histoire :

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« Personnellement, c’est lui que j’aurais suivi, mais ç’aurait été une autre histoire. Dans celle-là, les gens suivirent la télévision. Et, pourtant, c’est cette histoire-là que je raconte, alors que j’aurais préféré suivre l’homme. C’est bizarre, mais c’est comme ça. »

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Cette mise en évidence des possibles narratifs, récurrente dans l’œuvre de C. Oster, se retrouve par exemple dans « Le Prince qui cherchait l’amour », puisque le conte, si l’on en croit le narrateur, menace provisoirement de changer de sujet en se centrant non plus sur un prince mais sur un bucheron. Le narrateur met alors en évidence son rôle essentiel de régie en s’interrompant et proclamant : « mais c’est une autre histoire. » Dans cette perspective, le conte intitulé « Il était une fois » est tout à fait exemplaire. Son incipit, écrit par ailleurs avec une recherche de l’évidence – celle d’une énonciation s’appuyant sur l’usage de présentatifs et une progression thématique à thème constant – donne en effet à lire un jeu sur l’expression inaugurale des contes :

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« Il était une fois. C’était une fois toute seule, toute petite, et qui ne savait pas quoi faire. Elle attendait la suite De temps en temps, elle levait les yeux au ciel et soupirait. Elle avait d’ailleurs de très beaux yeux, de grands et beaux yeux de fois, mais ça ne lui servait pas à grand-chose. »

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C. Oster s’amuse alors à déplacer cet embrayeur traditionnel des contes en le personnifiant et en lui faisant jouer le rôle d’une demoiselle d’honneur qui se rend au mariage d’un prince et d’une princesse car « elle ne peut pas vivre seule ». Il nous donne de la sorte comme une leçon d’écriture en nous montrant les différentes combinaisons possibles qui s’offrent à l’écrivain en jouant sur l’ordre des mots car, suivant sa place pendant la cérémonie, « la petite fois » change la phrase inaugurale du conte : « il était un prince et une princesse, une fois » puis « Il était une fois un prince et une princesse », enfin « Il était un prince, une fois, et une princesse ». Mais, puisque, suivant la tradition, les deux héros ne peuvent être ensemble dès la situation initiale, il ne lui reste plus « qu’à choisir » entre le prince et la princesse pour que l’histoire puisse « enfin commencer ». De la même façon, « L’Ogre a mis son chapeau » est en réalité tout entier une réflexion sur le langage puisque l’auteur l’inscrit dans la tradition des contes dits d’origine en révélant, dans la toute dernière page, le sens du titre :

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« L’expression « l’ogre a mis son chapeau » ne signifie plus seulement qu’il va pleuvoir, ou encore qu’il pleut. Elle veut dire aussi que, après la pluie, vient souvent le beau temps. Et que les hommes qui la prononcent ont bon espoir qu’un jour les choses changeront. »

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Ainsi, à de multiples reprises, C. Oster nous livre à la fois le conte et la manière de s’en servir, le récit et les clefs de son écriture.

Pouvoir de révélation

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On constate donc bien que si ces contes jouent avec d’autres contes, les déforment, les inversent, repoussent les convenances ou rejouent la tradition, ils nous incitent, pour les meilleurs d’entre eux, à réfléchir à leur écriture et plus largement au langage. D’autres encore ou les mêmes proposent une réflexion sur la vie et s’élèvent parfois alors au rang d’apologue dont la force tient à refuser toute morale explicite et à laisser l’interprétation ouverte.

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Certains récits, en effet, renvoient à notre monde contemporain pour le critiquer sans aller toutefois jusqu’à la satire. Ainsi en est-il de « La télévision qui voulait voir le monde » : une télévision s’ennuie, à force de voir toujours la même famille la regarder passivement, « avachie » sur un canapé ; elle décide alors d’abandonner cette famille, qui ne suit pas attentivement ses programmes, en tirant sur son fil pour aller prendre l’air, discrètement, sur ses petites roulettes. Si, grâce à une inversion de la situation, ce dernier conte permet une dénonciation implicite du comportement des téléspectateurs, « Pas de vraies vacances pour Georges », vise, semble-t-il à critiquer le comportement du touriste moyen qui apprécie davantage un pays étranger à distance, installé confortablement au fond d’un fauteuil : Paul part en Afrique accompagner son corbeau d’appartement qui est aussi un oiseau migrateur mais « au bout d’une semaine, comme chaque année, il en [a] assez ». De retour chez lui, il visionne une cassette « du temps que Georges était encore jeune » qui retrace l’un de leurs premiers voyages. Dans « L’homme sans tête, l’Oiseau et le Rêveur », la société n’est plus seulement constituée de membres passifs ou insatisfaits comme dans ces deux précédents contes, c’est une ville d’agités qui ont perdu la tête au sens propre comme au sens figuré car si l’homme sans tête, « court dans tous les sens », le narrateur nous fait remarquer que c’est « ce qu’il faisait avant. C’est juste qu’il ne sait plus où il va, maintenant ».

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D’autres contes n’en restent pas à une simple critique du monde contemporain. « L’homme qui rêvait d’une voiture » par exemple peut s’apparenter, du moins dans ses premières pages, à une dénonciation de la société de consommation : son rêve devient une idée fixe, un véritable « manque » car « dans cette campagne heureuse, où il n’avait besoin de rien, eh bien, il trouvait le moyen de manquer de quelque chose et, cela, c’était la pire des tristesses ». Mais le dénouement élève le conte au rang d’apologue : le héros décide que sa voiture soit transformée en femme par une fée car le manque initial cachait un manque plus profond : « C’était très beau et très doux, de se sentir marcher ainsi à deux dans la nuit claire, beau et doux comme le sont les rêves. » D’autres contes encore, tels « L’Abominable histoire de la poule » ou « le court règne de Karakouski » semblent avoir une portée politique. Le premier met en scène une vieille poule, qualifiée d’« intellectuelle », qui reprend l’éternelle question consistant à savoir « qui d’elle ou de l’œuf, est apparu en premier sur la terre ». Or celle-ci joue un rôle parfaitement « abominable » : par cette question, elle piège les autres animaux de la ferme et se révèle être finalement celle qui collabore avec le bourreau puisqu’elle aide le fermier à les exterminer un à un sans jamais les prévenir. Le second débute sur une satire des ambitieux qui prétendent tous au trône : comme ils se font éjecter les uns après les autres du trône, ils se retrouvent tous sur le toit et veulent y rester quitte à abandonner femmes et enfants ; leur comportement absurde est alors dénoncé par la maxime suivante : « c’est ce qui arrive souvent aux personnes ambitieuses : quand elles ratent leur but, elles font n’importe quoi pour faire croire qu’elles l’ont atteint, et elles ne se rendent pas compte qu’elles sont ridicules. » Puis arrive le personnage de Karakouski qui, tel un second Arthur, est l’élu du royaume puisqu’il est le seul à ne pas être « éjecté » lorsqu’il s’assoit sur le trône. Il a d’ailleurs toutes les qualités d’un bon roi : il n’abuse pas du pouvoir, a « des gouts simples » et, transforme cette société d’ambitieux en un monde plus prospère et égalitaire. La population augmentant peu à peu, le royaume se construit infiniment sur le toit du palais mais, grâce à Karakouski, les habitants de cette tour vivent dans le « meilleur des mondes » et sont unis contre l’ennemi qui vient les envahir. Une fois la paix rétablie, le héros perd progressivement ses privilèges : il doit par exemple céder sa chambre à une mère célibataire. Se sentant alors inutile, ce bon roi finit par proclamer la république jusqu’à redevenir un simple citoyen remplissant la fonction de gardien de la cité. On voit donc que plutôt que de simplement critiquer l’apparat du pouvoir en représentant un monde utopique, idyllique, C. Oster s’amuse, dans ce récit, à retourner le symbole biblique de la tour de Babel en représentant un monde paradoxal, vertical mais égalitaire.

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Reste alors à évoquer un dernier conte, sans doute le meilleur, qui met en scène une fois encore une rencontre incongrue teintée d’humour à la R. Devos, « Le chien Solusthène », et qui, de la même façon, ne peut être réduit à une satire sociologique. Le héros-narrateur de ce conte est un personnage bien particulier puisqu’il s’est inventé un chien qui vit dans sa tête. Or, à chaque fois que le héros sort ce chien imaginaire « afin qu’il reste en bonne forme », il lui échappe : « dès qu’il sortait de ma tête, je l’oubliais / Et je n’avais plus de chien. » Un jour, il rencontre une femme, Madame Louise, qui promène son chien, et en tombe aussitôt amoureux. Il ne pense plus alors au chien Solusthène, car cette femme finit par « entrer dans [sa] tête », l’une prenant la place de l’autre. Si ce conte peut s’apparenter, à première lecture, à une critique d’un certain comportement humain (on ne peut entrer en relation et se parler qu’en promenant son chien), son originalité tient surtout au fait qu’il met en scène une rencontre décisive, qui donne à voir la merveille du quotidien, au sens surréaliste du terme, c’est-à-dire, « l’événement dont chacun est en droit d’attendre la révélation du sens de sa propre vie », comme le dit A. Breton dans Nadja. Ce conte, comme certains autres, invente ainsi des rencontres d’un autre type, visant à nous surprendre pour nous inciter à percevoir différemment objets et attitudes humaines et nous révéler un autre réel, fait de rapprochements soudains et de paradoxes excluant toute explication simpliste.


Ouvrages dont il est question dans cette chronique

  • Collection « Neuf »

    • Le Colonel des petits pois, illustrations de Willi Glasauer, 1999.
    • Le Prince qui cherchait l’amour, illustrations de Willi Glasauer, 1999.
    • La Salade maudite, illustrations d’Alan Mets, 2000.
    • Le Loup qui cherchait sa serviette, illustrations de Gilles Rapaport, 2001.
    • La Grève des fées, illustrations d’Alan Mets, 2001.
    • Le Loup, le géant et le distributeur de chewing-gums, illustrations de Sabine Laran, 2002.
  • Collection « Mouche »

    • Le Lapin magique et autres histoires, illustrations d’Anaïs Vaugelade, 1998.
    • L’Abominable histoire de la poule, illustrations d’Alan Mets, 1999.
    • Les Trois vaillants petits déchets, illustrations d’Alan Mets, 2000.
    • Pas de vraies vacances pour Georges, illustrations d’Alan Mets, 2000.
    • Les Lèvres et la tortue, illustrations d’Anaïs Vaugelade, 2001.

Plan de l'article

  1. Gout de l’insolite
  2. Art de séduire
  3. Pouvoir de révélation

Pour citer cet article

Barjolle Mathilde, Barjolle Éric, « Christian Oster », Le français aujourd'hui, 4/2002 (n° 139), p. 107-115.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2002-4-page-107.htm
DOI : 10.3917/lfa.139.0107


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