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AuteursIsabelle Delcambre du même auteur
THEODILE (EA 1764)Isabelle Laborde Milaa du même auteur
THEODILE (EA 1764)Le Français aujourd’hui propose un nouveau numéro sur l’oral, après « Norme(s) et pratiques de l’oral » (n° 101, 1993) et « Interactions : dialoguer, communiquer » (n° 113, 1996). Le premier se centrait sur la norme et la variation pour interroger la classique dichotomie entre oral et écrit ; le deuxième faisait le point sur les aspects communicationnels, à travers la notion d’interaction mise à l’épreuve de la classe. Quant au troisième ce n° 146 il souhaite orienter la réflexion sur la figure de l’autre telle qu’elle est construite ou mise en jeu dans les interactions orales, sur le rapport à l’autre que construit le locuteur (ou qu’il ne construit pas). Cette question permet à la fois d’interroger des aspects de l’oral différents et de rassembler des savoirs peu à peu construits sur l’oral dans divers champs de recherche. Ainsi, « rapport à l’autre » peut être envisagé à trois niveaux ou sous trois angles qui s’entremêlent dans les situations scolaires et extrascolaires.
2 Le rapport à l’autre renvoie d’abord à la notion d’interaction : l’autre, dans son extériorité, impose au locuteur adaptations, rétroactions, improvisations. L’autre suscite des comportements langagiers chez le locuteur et constitue en quelque sorte la justification de la situation orale : c’est pour lui que s’ouvre l’échange et avec lui que se maintient la dynamique de l’échange. L’autre est ce qui modifie le locuteur, ce qui le fait penser, sur les autres et sur lui-même.
3 Le rapport à l’autre interroge aussi la notion d’image : que l’autre soit présent ou non, participant effectif ou non, se produit, dans tout discours, une double construction d’images celle du locuteur (ethos ou posture) et celle de l’image de l’autre, tout aussi nécessaire. Il s’agit là d’une activité intrinsèque du sujet parlant/écrivant. L’interaction ne peut pas fonctionner, à l’oral comme à l’écrit, sans cette double élaboration souvent marquée discursivement.
4 Le rapport à l’autre peut enfin être conçu comme valeur (l’altérité) : la situation orale est alors envisagée pour ses enjeux politiques, civiques, démocratiques, lesquels sont sans doute une finalité ultime en situation d’enseignement mais non didactisée en tant que telle. À ce niveau, le rapport à l’autre tient du respect de l’autre.
5 Le choix de travailler ces aspects de l’oral fait que ce numéro ne se situe pas dans une perspective communicationnelle, ce que pourrait laisser présager l’expression de « rapport à l’autre ». La perspective communicationnelle est ici presque hors champ, puisque une des dimensions envisagées (la construction des images) va jusqu’à envisager, dialogiquement, l’autre à l’intérieur de soi.
6 La question du rapport à l’autre dans les interactions orales sera donc traitée dans quelques dimensions qui intéressent particulièrement l’univers scolaire ou celui de la classe de français. Il s’agira par exemple d’interroger les dispositifs de travail et les genres de discours. Comment les conditions de mise en situation de l’oral en classe, l’organisation de contraintes spécifiques peuvent-elles favoriser la prise en compte de l’autre dans une parole scolaire ? Le dispositif est une forme ouverte, caractérisée par une certaine gestion de l’espace et l’institutionnalisation de rôles qui n’induit pas de genre ni de contenu particuliers. Des genres peuvent y prendre place, des activités réglées, mais pas forcément. Au contraire, un genre discursif comme le débat semble offrir un cadre précis au travail avec la parole ou la figure de l’autre. Mais comment se travaille le rapport à l’autre dans le débat ? Et quelles dimensions du rapport à l’autre sont mises en jeu dans un débat ?
7 Il s’agira aussi de préciser les notions d’image (image de soi, image de l’autre). La notion d’ethos, issue de la rhétorique antique, a été réactivée dans certains travaux de linguistique ou de pragmatique textuelle (O. Ducrot, D. Maingueneau, J.-M. Adam…), mais dans la perspective de l’écrit, alors qu’elle désigne à l’origine des dimensions locutoires d’un oral public formel. Est-il possible de la réemprunter comme outil d’analyse de situations scolaires ou comme objet de formation ? Sans proposer de nouvelles élaborations théoriques, ce numéro donne à voir quelques situations où l’ethos est en jeu, notamment dans des situations de professionnalisation aux métiers de l’enseignement ou de préparation à des entretiens d’embauche. Et le texte de F. François, qui clôt l’ensemble, permet de situer cette notion par rapport à d’autres, plus ou moins connexes, plus ou moins ordinaires.
8 Le dernier aspect qui traverse ce numéro est celui de l’écoute. Question aveugle des études didactiques sur l’oral scolaire, l’écoute, de par les problèmes méthodologiques redoutables qu’elle pose, occupe rarement une autre place que celle des injonctions ordinaires du maitre à ses élèves. Comment faire de l’écoute un objet didactique au-delà de l’exigence psycho-morale de « bien écouter » ? C’est un des défis qu’a tenté de relever ce numéro.
9 Il faut signaler, pour terminer, que l’angle du rapport à l’autre se situe parmi les autres perspectives sur l’oral, qui continuent d’être bien exploitées, notamment son rôle dans les apprentissages et la question des genres où il s’investit. On s’en tiendra, faute de place, aux publications[1][1] Deux colloques sont à citer également, dont les actes...
suite parues depuis 2000 dans le champ didactique, en saluant le dynamisme des recherches et pratiques pluridisciplinaires, fréquemment : le lecteur peut se reporter aux revues (Argos, CRDP de Créteil, n° 26, 2000, « L’oral, enjeux et pratiques » ; Recherches, n° 33, 2000, « Oral » ; Cahiers pédagogiques, n° 401, 2002, « Débattre en classe » ; Repères, n° 24, 2003, « Enseigner l’oral ») et aux ouvrages les plus récents[2][2] Garcia-Debanc C. & Plane S. (éds. ), Comment enseigner...
suite pour enrichir son propre parcours.
Notes
[1] Deux colloques sont à citer également, dont les actes suivront : Grenoble, en octobre 2003 (Le Langage oral de l’enfant scolarisé : acquisition, enseignement, remédiation) et Arras, en mars 2004 (Faut-il parler pour apprendre ?). 
[2] Garcia-Debanc C. & Plane S. (éds.), Comment enseigner l’oral à l’école primaire ?, Hatier, 2004 ; Rabatel A. (éd), Interactions orales en contexte didactique, Presses universitaires de Lyon, 2004 ; Halté J.-F. & Rispail M. (éds.), ouvrage à paraitre sur l’enseignement-apprentissage de l’oral dans la classe, L’Harmattan, fin 2004.
POUR CITER CET ARTICLE
Isabelle Delcambre et Isabelle Laborde Milaa « Présentation », Le français aujourd'hui 3/2004 (n° 146), p. 3-4.
URL : www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2004-3-page-3.htm.
DOI : 10.3917/lfa.146.0003.




