Le français aujourd'hui 2005/1
Le français aujourd'hui
2005/1 (n° 148)
132 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782200920708
DOI 10.3917/lfa.148.0003
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AuteursJacques David du même auteur


Le français aujourd’hui franchit une étape importante de son histoire : il est accueilli en ce début d’année 2005 par le groupe Armand Colin & Larousse, qui diffuse plusieurs revues voisines de notre champ, comme Langue française, Langages ou Littérature. L’AFEF reste propriétaire du titre et le comité de rédaction de la revue assure, comme auparavant, la part éditoriale. La définition des contenus, la ligne éditoriale, le choix des thèmes et des auteurs, l’organisation de la revue seront donc inchangés.

2 Pour marquer cette évolution, nous avons voulu fixer la mémoire du travail accompli au sein de la revue ces vingt dernières années en proposant une anthologie sur des questions de langue à l’école.

3 Pourquoi la langue ? Parce que, sans être le centre de l’enseignement du français, le problème de la langue a cristallisé bon nombre de débats et de réflexions emblématiques du travail de l’association et de la revue, en particulier depuis la loi d’orientation de 1989. L’AFEF et Le français aujourd’hui ont en effet toujours adopté des positions informées par les recherches en sciences du langage : la réflexion sur l’enseignement de la langue ne peut se passer d’une connaissance approfondie de ce que l’on appelle les « savoirs savants », ceux que produisent les chercheurs et qui font avancer nos connaissances du code (les savoirs de la langue, c’est-à-dire la grammaire, la morphologie, la lexicologie, la syntaxe) et des productions langagières (les savoirs inhérents aux textes, aux discours, aux interactions orales). Cette connaissance permet une réflexion sur les élaborations possibles dans le champ scolaire et nombre d’articles se sont interrogés au fil des années sur la didactisation des savoirs linguistiques, en tenant étroitement compte des dispositifs d’enseignement, des besoins des élèves, et de la formation des enseignants. Les critiques et les débats ne sont pas absents, la revue ayant toujours associé la réflexion à la pratique, et préférée la critique constructive à l’adhésion irréfléchie.

4 Nous avons ainsi voulu retracer cette exploration continue de la revue dans le domaine des savoirs de la langue, manière pour nous de faire une sorte de bilan ouvert sur de nouvelles perspectives didactiques, que l’air du temps rend plus nécessaires que jamais.

5 Le lecteur retrouvera dans cette livraison une dizaine d’articles qui ont jalonné nos réflexions et nos enseignements sur cette difficile et brûlante question des enseignements grammaticaux et lexicaux de la maternelle à l’université. Ces articles appartenant à des numéros du FA aujourd’hui épuisés ont fait l’objet pour certains d’une actualisation de surface, pour les autres d’une nouvelle mise en page, sans que la force du propos et la portée des arguments aient été modifiées.

6 Dans une première partie consacrée à l’oral et à l’écrit, compris entre « normes, usages et variations », nous avons regroupé les contributions d’Alain Rey (FA 58, juin 1982), de Nicole Gueunier (FA 101, mars 1993) et de Jean-Pierre Jaffré (FA 122, juin 1998). Le premier, A. Rey, propose un parcours dans le domaine lexical où la norme est singulièrement discutée et discutable ; il évoque ainsi l’illusion d’une construction du sens qui ne serait pas soumise aux variations discursives, variations dont les dictionnaires tentent de fixer les usages en synchronie, mais toujours de façon transitoire. La deuxième, N. Gueunier, analyse un ensemble de travaux sur la langue orale, essentiellement dans le domaine de la syntaxe, afin de décrire les deux tendances, « séparatrice » et « intégrée », qui ont marqué et marquent encore aujourd’hui les recherches sur l’oral. Le troisième, J.-P. Jaffré, montre en quoi l’orthographe du français se distingue des autres systèmes d’écriture, grâce ou à cause d’une morphographie singulièrement développée, et pour tout dire « exceptionnelle » ; il explique également comment cette complexité contraint ou obère la maîtrise complète de l’écrit, et pèse sur les apprentissages du français langue maternelle, étrangère ou seconde.

7 Le deuxième ensemble comprend les études de Michel Charolles (FA 86, juin 1989), Dominique Maingueneau (FA 128, décembre 1999), Pierre Le Goffic (FA 135, octobre 2001) et Josiane Boutet (FA 128, décembre 1999). Elles évoquent chacune la question de l’évolution des unités linguistiques de « La phrase au discours », dans une distribution qui permet de suivre les débats, les discussions et parfois les oppositions conceptuelles et didactiques. M. Charolles expose un état des recherches menées en analyse de discours pour engager la réflexion didactique vers une prise en compte raisonnée et prudente des phénomènes linguistiques de textualité. En critiquant certaines dérives scolaires, D. Maingueneau s’appuie sur les mêmes travaux pour pointer les risques et les enjeux réels de la « grammaire de discours », que l’on a sans doute trop rapidement opposée à la « grammaire de phrase ». Dans sa contribution, P. Le Goffic réexamine justement cette unité phrase en montrant qu’elle constitue un concept structurant et organisateur de l’analyse linguistique, mais aussi sans doute de l’activité langagière de tout énonciateur, qu’il soit apprenant ou non. In fine, J. Boutet interroge l’opposition langue vs discours en se plaçant du point de vue des apprentissages grammaticaux à l’école et au collège, et suggère que la construction des connaissances en langue précède nécessairement l’approche de phénomènes discursifs.

8 La troisième et dernière partie reprend deux études, l’une dans le champ grammatical avec Claire Blanche-Benveniste (FA 139, octobre 2002) qui critique l’approche scolaire de la morphologie verbale en montrant que la plupart des répertoires et tableaux de conjugaison prennent rarement en compte la rentabilité effective des verbes du français ; elle propose alors un enseignement des verbes qui s’appuie sur leurs usages réels. L’autre aux frontières du lexique et de la syntaxe, avec Danielle Leeman (FA 131, septembre 2000) qui expose les difficultés des enseignants — mais aussi de certains didacticiens — à appréhender le lexique dans une perspective strictement sémantique ; elle plaide ainsi pour un modèle qui s’appuie également sur la distribution syntaxique des unités lexicales.

9 Bien entendu, le lecteur pourra poursuivre la réflexion engagée ici - et rappelée ailleurs. D’autres numéros de notre revue ont en effet permis d’éclairer les analyses et modèles proposés dans le champ linguistique. Le FA 141 (avril 2003), notamment, en restituant les débats du dernier congrès de notre association, s’est ouvert à d’autres auteurs, d’autres approches linguistiques, d’autres propositions didactiques. Sans être la seule à engager la réflexion dans le domaine[1][1] Il nous faut en effet signaler les travaux exposés dans...
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, la revue Le Français aujourd’hui entend ainsi dégager des réponses salutaires qui dépassent les clivages de surface et engagent les enseignants de français — et leurs élèves — dans des pratiques raisonnées, des pratiques qui saisissent, sans les opposer, les faits de langue et de discours dans des approches tour à tour systémiques et variationnistes.

 

Notes

[1] Il nous faut en effet signaler les travaux exposés dans d’autres revues proches de la nôtre, et notamment: Pratiques, n° 87 (1995), « Études de la langue » (Metz, CRESEF) ; Lidil, n° 21 (2000), « Enseignement/apprentissage du lexique » (Grenoble, LIDILEM) ; Repères, n° 28 (2003), «L’“observation réfléchie de la langue” à l’école » (Paris, INRP)… et les actes du colloque d’Aix-Marseille de juin 2003 : « Langue et études de la langue. Approches linguistiques et didactiques », rassemblés dans un ouvrage publié en 2004 par les Publications de l’université de Provence.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Jacques David et al. « Présentation », Le français aujourd'hui 1/2005 (n° 148), p. 3-5.
URL :
www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2005-1-page-3.htm.
DOI : 10.3917/lfa.148.0003.