Le français aujourd'hui 2005/2
Le français aujourd'hui
2005/2 (n° 149)
124 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782200920715
DOI 10.3917/lfa.149.0055
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ÉVOLUTIONS DE LA RECHERCHE, PERSPECTIVES DE FORMATION

Vous consultezRegards sur l’enseignement de la littérature de jeunesse au Québec

AuteurSuzanne POULIOT[1] [1] Suzanne Pouilot est chercheure pour le projet « La Place...
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du même auteur

Université de Sherbrooke, Québec

Pour le ministère de l’Éducation du Québec (dorénavant MEQ), la littérature de jeunesse est un moyen privilégié de sensibiliser aux valeurs sociales, culturelles et politiques d’un pays, au point de l’intégrer aux programmes scolaires ainsi qu’aux guides, répertoires et sites pédagogiques. Sa présence consolide la place de la langue française en Amérique du Nord. Parmi les retombées des politiques adoptées, mentionnons qu’en 2004, plus d’un livre sur trois publiés au Québec s’adresse aux enfants et aux adolescents.

Origines de l’enseignement de la littérature de jeunesse

2 Au Québec, les origines de l’enseignement de la littérature de jeunesse (dorénavant LJ) remontent à la fondation de l’École de Bibliothéconomie de l’université de Montréal, en 1937. Très tôt, un cours facultaire centré sur l’histoire de cette littérature et sur celle de ses auteurs a été dispensé aux futurs bibliothécaires[2] [2] Pionnière de la bibliothèque scolaire et de la littérature...
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. Cet enseignement a eu pour effet de susciter de nombreux essais réalisés par les étudiantes et les étudiants inscrits en bibliothéconomie qui retracent, notamment, le cheminement bio-bibliographique des auteurs canadiens-français et québécois qui ont contribué à l’essor de la littérature de jeunesse.

3 Par ailleurs, dans le monde de l’éducation, les premières traces officielles de l’enseignement de la littérature de jeunesse se retrouvent en 1975, alors que le MEQ créé en 1964, met sur pied, en concertation avec les facultés d’éducation, un programme de perfectionnement des maitres en français (PPMF), pour le primaire et le secondaire. Ces programmes de perfectionnement proposent aux enseignants en exercice des modules de littérature de jeunesse, consacrés autant à la poésie, au conte, au roman, à la bande dessinée qu’au documentaire. C’est dans ce contexte que les premières recherches voient le jour. Certaines d’entre elles sont publiées et d’autres résumées dans la revue du programme Liaisons.

4 Hormis à l’université du Québec à Montréal (UQAM) qui offre un certificat de littérature de jeunesse dès les années 1980, les facultés de lettres ou de littérature n’introduisent des cours de LJ qu’au début des années 1990. C’est à cette époque que les premiers mémoires et les premières thèses de doctorat sont soutenus et déposés et qu’un nouveau certificat de littérature de jeunesse voit le jour à l’université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Dès les années 1980, les facultés d’Éducation offrent des cours de LJ dans le cadre des baccalauréats au préscolaire et au primaire, en éducation spécialisée et au secondaire, mais aussi dans les programmes de maitrise en enseignement. Dispensés dans les départements de lettres ou des littératures, les cours de littérature, centrés sur l’étude d’un thème ou d’un genre littéraire (censure, poésie, théâtre, bande dessinée, roman policier, science-fiction, etc.), allouent un espace discursif, variable selon les institutions universitaires, à la production littéraire pour la jeunesse, selon diverses approches : narratologique, psychanalytique, herméneutique, féministe, etc.

5 En somme, depuis trente ans, la LJ occupe, avec des intensités différentes, les classes du primaire et du secondaire, et, plus récemment, universitaires, grâce aux programmes de perfectionnement et de formation initiale des maitres qui offrent des cours optionnels ou non en LJ, auxquels se sont joints les programmes de littérature, préoccupés par cette abondante production éditoriale légitimée ou en voie de l’être. Dans le cadre de cette étude, nous n’avons pas passé en revue les annuaires des institutions post-secondaires, soit les collèges d’enseignement général et professionnel (CÉGEP) qui dispensent des cours de littérature de jeunesse aux futurs éducateurs et éducatrices des services de garde et aux techniciens et techniciennes en documentation.

Les directives ministérielles de 1979 à 2001 : les programmes

6 De 1979 à 2001, les directives ministérielles se sont enrichies de consignes de plus en plus claires, précises et documentées. Dans la livraison d’aout-septembre 1978 d’Infomeq, publication du MEQ, se trouve la directive concernant l’achat de livres de lecture pour les écoles primaires. « Il ne faudrait pas, peut-on lire à l’article 3.6, exclure de nos tablettes les productions françaises d’origine internationale, mais nous croyons pertinent d’encourager la production québécoise. Le livre québécois a l’avantage de présenter un univers plus proche de la réalité vécue par l’enfant. » (R. Rowan, 1979, p. 6). Le ministère des Affaires culturelles profite de l’année internationale de l’enfant, en 1979, pour promouvoir le livre québécois dans le réseau des bibliothèques scolaires et publiques, et la visite d’auteurs. Ainsi lorsque le Programme d’études, primaire, français, approuvé par le ministre Jacques-Yvan Morin, en 1979, voit le jour, la LJ[3] [3] Au printemps 1979, Renée Rowan annonce que « [l] e service...
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fait bonne figure dans les discours ludique et poétique. Les maitres formés, depuis 1975, savent que leur rôle consiste à provoquer chez l’élève le désir de lire. Les objectifs poursuivis par les textes poétiques et ludiques, pour les six années, sont d’identifier le ou les héros du récit, d’attribuer des qualités physiques et morales au personnage principal ; de préférer un personnage à un autre et de se réjouir de ce qui arrive à certains, voire en plaindre d’autres. Dès la deuxième année, trois autres objectifs sont introduits et poursuivis jusqu’à la fin de la sixième année, soit : suivre le déroulement des actions, identifier les circonstances de temps et de lieux, rapprocher certaines circonstances observables dans la vie ou reconnaitre qu’il s’agit d’univers merveilleux ou irréels.

7 Pour atteindre ces objectifs, le ministère suggère de sélectionner les textes dans le répertoire québécois et francophone de la LJ (traduction ou textes originaux). En somme, il s’agit de présenter, dès la première année, des contes et des fables auxquels s’ajoutent, en deuxième année, des comptines, des légendes, des récits imaginaires. Les romans sont introduits en quatrième année et les récits d’aventures en sixième. Pour faciliter l’implantation de ce programme par objectifs qui accorde une importance égale à la langue orale et écrite, le Service général des communications du ministère de l’Éducation publie, en 1981 et 1982, à destination des maitres, un Guide de littérature de jeunesse, constitué de quatre fascicules. Il est précisé que :

8

« avec le nouveau programme de français, les livres prennent une importance considérable en classe (…). La structure du programme met en lumière la diversité des textes à lire et à écrire et l’importance du choix des lectures. La variété des lectures est nécessaire ; aussi le programme répond-il à cet aspect fondamental en classant les textes suivant quatre caractères principaux : informatif, expressif, incitatif et poétique-ludique. Or, la littérature de jeunesse, par la variété des genres littéraires qu’elle propose, permet de retrouver des textes correspondant à toutes ces fonctions de base. (…) C’est donc essentiellement en termes de traits dominants qu’il faut penser et utiliser des caractéristiques des textes quand on parle des livres de jeunesse. »

9 Le programme de français permet et favorise grandement l’utilisation du livre de jeunesse ; mais il ne veut pas le rendre « scolaire » au point d’en faire un manuel ou un cahier d’exercices. C’est précisément pour sa valeur de communication réelle que le livre doit entrer dans la classe de français. (MEQ, 1981, p. 8). Ce guide officiel mais non prescriptif est un outil de consultation. Il veut soutenir les efforts du programme de français de 1979, centré sur le développement des habiletés langagières, et notamment celles associées aux expériences de communication et d’expression suscitées par les livres. À cette fin, le guide propose d’utiliser largement la littérature de jeunesse pour atteindre les objectifs sociopédagogiques retenus par le programme. Les auteurs ont opté pour une formule ouverte « parce que le domaine de la littérature de jeunesse est très diversifié, parce qu’une grande quantité de nouveaux livres pour enfant sont publiés chaque année et parce que la pratique pédagogique évolue rapidement » (p. 3).

10 Selon les concepteurs, l’instrument pédagogique, centré sur le « gout de lire », devrait répondre rapidement et efficacement aux besoins de la pratique quotidienne. Le premier fascicule présente une banque d’activités autour de cinq thèmes : motiver les écoliers à la lecture, à partir de dix-huit activités qui abordent l’art de raconter, la rédaction d’un livre pour enfant, la promotion du livre, etc. (chap. 1) ; le plaisir de lire en propose quatre (chap. 2) ; choisir ses lectures suggère dix-neuf activités en fonction des genres (chap. 3) ; découvrir le livre comme objet pluriel (étude des valeurs, des illustrations, etc.) caractérise le chapitre 4. Le dernier chapitre, constitué de vingt-cinq fiches, invite l’enfant-lecteur à s’exprimer sur ses lectures (marionnettes, mime, discussions et débats, etc.).

11 Les fascicules 2 et 3 comprennent une bibliographie sélective commentée consacrée respectivement à la littérature québécoise de jeunesse et aux livres de jeunesse francophones. Le dernier fascicule explore les livres documentaires et les textes informatifs. Dans le fascicule 2, sont répertoriés une centaine de livres québécois publiés de 1963 à 1978, sélectionnés à partir d’un corpus constitué de plus de 300 titres. Pour le troisième fascicule, les titres retenus ont été publiés entre 1973 et 1978. Le quatrième fascicule propose à la fois des activités, des liens entre les divers programmes d’études et les livres de la LJ, des définitions et des pistes d’analyse, le tout assorti d’une bibliographie, d’une liste de revues spécialisées au Québec et en France et de la liste des organismes et associations qui s’intéressent à la LJ et à son enseignement.

Rendre compte des transformations qui touchent la société québécoise

12 Dix ans plus tard, le même ministère, préoccupé par les changements sociaux subis dans la société québécoise et la lutte intensive menée contre les stéréotypes sexistes, publie Le Plaisir de lire sans sexisme (1991), constitué de 150 ouvrages analysés, commentés et publiés au Québec entre 1981 et 1988. Cet ouvrage, destiné aux adultes, aux parents, au personnel enseignant et au personnel d’animation, « veut rendre compte des transformations qui touchent la société québécoise. Il cherche donc à mettre en lumière des situations d’égalité de plus en plus présentes dans la vie quotidienne » (Ibid.). Il pourra servir comme instrument de travail auprès des enfants pour des mises en situation, des activités critiques ou de recherche, précise le document (p. 8). Les ouvrages évalués, qu’il s’agisse des albums, des livres-jeux, de courts romans pour les 8 à 12 ans ou de romans pour les ados, de livres documentaires ou de périodiques, l’ont été à partir de deux critères : la qualité générale du livre et les valeurs véhiculées.

13 Quant aux valeurs d’égalité des sexes et d’ouverture sociale, le ministère a accordé une attention particulière aux images positives attribuées aux rôles féminins et masculins en prenant en compte autant la quantité des représentations que leur qualité. Les observations ont porté, précise l’ouvrage, sur la situation initiale, les attitudes et les rôles des personnages, à l’aide de huit indices qui ont facilité le travail d’évaluation, comme le fait que les illustrations présentent des images équilibrées des rôles et des attitudes. Outre les ouvrages non-sexistes retenus, certains titres l’ont été pour les modèles avant-gardistes qu’ils proposent aux jeunes. En dernier lieu, le document suggère sept sources d’information sur la littérature pour la jeunesse québécoise, en précisant que la production étrangère représente encore 80% du marché québécois. Indéniablement, cet ouvrage a été pris en compte par les maisons d’édition qui ont révisé leurs politiques éditoriales pour accéder au marché scolaire, comme l’attestent les titres parus depuis.

Les orientations littéraires

14 Dans le document Pour une Langue belle, paru en 1992, le MEQ formulait deux orientations visant à combler des lacunes observées dans l’enseignement du français. Il demandait d’abord qu’on insiste davantage sur la maitrise de la langue écrite et proposait ensuite d’y accroitre la fréquentation des œuvres littéraires de qualité. C’est dans le prolongement de ces orientations que deux documents voient le jour.

15 En 1994, le rapport de recherche, L’Art d’enseigner la lecture, présente, en quinze points, un portrait des pratiques d’enseignement de la lecture à une étape importante du cheminement scolaire des élèves. Il s’avère que ceux et celles qui interviennent au primaire ont comme pratiques dominantes de réserver du temps de classe à la lecture silencieuse pour faire de la lecture une source de plaisir. À cette fin, les enseignantes et les enseignants s’appuient sur le programme d’études en vigueur (objectifs poursuivis, stratégies enseignées, types de textes suggérés) et donnent à lire aux élèves des récits, des contes et des romans. La sélection des textes est faite en fonction de la structure du texte, de son degré de difficulté, de sa longueur, de sa valeur littéraire, esthétique, culturelle ou sociale et de l’intérêt éventuellement suscité chez les jeunes. Cette étude révèle qu’au primaire, 80 % du corps enseignant utilise la LJ. Les neuf activités retenues pour susciter le gout de lire se regroupent en trois catégories : la présentation de livres suivie de discussions, l’aménagement de temps de lecture ; l’organisation d’activités spéciales[4] [4] Faire présenter par les élèves des livres qu’ils ont...
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et finalement la visite d’expositions et d’invités (auteurs, illustrateurs).

16 Parmi les neuf types de textes retenus par le primaire (p) et le secondaire (s), nous en relevons cinq, présentés par ordre d’importance : les récits, contes et romans (73,5 % p. ; 60,6 % s.) ; les articles tirés de dictionnaires, d’encyclopédies, de livres documentaires (33,2 % p. ; 47,5 % s.) ; les articles extraits de revues ou de journaux pour les jeunes (25,3 % p. ; 45,6 % s.), les bandes dessinées (29,8 % p. ; 18,2 % s.) ; les poèmes, fables comptines et chansons (24,8 % p. ; 15,4 % s.). Hormis la lecture d’articles pratiquée plus fréquemment au secondaire, c’est au primaire que les textes littéraires, issus de la LJ, sont les plus lus en classe. C’est là, également, que se trouvent les coins de lecture qui visent à susciter le gout de la lecture en offrant un large éventail de titres.

17 La même année, le programme d’études, Le français enseignement primaire, approuvé par la ministre Lucienne Robillard, insiste sur la maitrise de la langue écrite et vise à accroitre la fréquentation des œuvres littéraires de qualité. Outre l’objectif global qui consiste à maitriser les quatre habiletés : savoir écouter et parler, savoir lire et écrire, cet enseignement doit aussi servir à initier les élèves aux richesses culturelles du patrimoine littéraire du Québec et des pays de la francophonie. En lecture, les directives ministérielles insistent sur le développement de l’habileté à lire diverses formes de messages écrits (textes courants, contes, poésie, etc.) qui répondent tantôt aux besoins d’information et de communication, tantôt aux besoins d’imagination et de création. De plus, l’élève doit accroitre sa capacité de comprendre des textes variés, d’examiner sous différents angles un récit ou un poème, de découvrir l’intrigue d’un récit, bref de comprendre et de réagir aux textes littéraires en exprimant sa réaction au texte lu et en établissant des liens entre ses diverses expériences artistiques.

18 Destinée aux maitres du secondaire, De la lecture… à la culture [5] [5] Cette bibliographie s’inscrit dans la foulée du programme...
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(1995) propose 300 titres répartis comme suit : la moitié sont des titres québécois et l’autre moitié sont des titres puisés dans l’immense corpus de la littérature francophone, en plus d’y inclure des titres traduits en provenance de différents pays, de manière à offrir aux élèves des livres qui présentent différentes facettes des réalités internationales et historiques. De plus, la bibliographie présente des livres de la littérature de jeunesse et des livres dits pour adultes.

L’affirmation d’une politique

19 Ces travaux annoncent les enjeux associés à la lecture, tels qu’énoncés dans Le Temps de lire, un art de vivre du ministère de la Culture et des Communications (MCC). Promulguée en 1998, la Politique de la lecture et du livre, énoncée en concertation avec le MEQ et d’autres ministères et associations, a pour objectifs de susciter chez les jeunes, dès la petite enfance, l’éveil à la lecture et à l’écriture et le gout de lire (chap. 1). Les moyens préconisés vont de « lire à haute voix des histoires aux enfants (…) pour développer le gout de la lecture en plus d’avoir un impact sur l’augmentation du vocabulaire » (MCC, 1998, p. 11). La politique, pour contrer l’échec scolaire et l’analphabétisme, insiste sur le fait que c’est « par des actions et des interventions simples et régulières de la part des membres de la famille y compris les grands-parents et de ceux qui prennent soin des enfants comme les éducatrices des services de garde (par la lecture de contes, l’accès aux livres, la fréquentation de la bibliothèque) que se développera très tôt l’intérêt pour la lecture et le langage écrit, le plaisir de lire et l’habitude de la lecture » (Ibid., p. 12).

20 Les retombées de cette politique consistent à « promouvoir et faire connaitre la littérature jeunesse » (p. 15), au moyen de deux programmes destinés aux tout-petits, soit Une Naissance, un livre, disponible dans les bibliothèques municipales participantes, depuis 2001, et les programmes centrés sur la formation et le perfectionnement, élaborés par Communication-Jeunesse : Toup’tilitout.

La langue et la littérature au centre d’un système scolaire unifié

21 En 2001, le Programme de formation de l’école québécoise, version approuvée par le ministre François Legault, réunit l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire. Ce document regroupe les disciplines en cinq grands domaines d’apprentissage et vise à développer neuf compétences transversales regroupées en quatre ordres dont celles d’ordre de la communication. Dans le domaine des langues, « la langue est essentielle à la communication, à la consolidation et à la transmission de la culture et à l’ouverture sur le monde » (MEQ, 2001, p. 70). Parmi les apprentissages communs au domaine des langues, soulignons le développement de la compétence : apprécier et valoriser les œuvres littéraires dont l’objet est de nourrir l’identité personnelle et culturelle de l’élève en suscitant l’exercice de sa pensée créatrice et de son jugement critique. Le ministère précise que « [T] out au long de sa scolarité, l’élève explore et apprécie des œuvres littéraires nombreuses et variées, issues de la littérature pour la jeunesse ou de la littérature générale accessible aux jeunes » (Ibid., p. 84). Les savoirs essentiels portent sur les connaissances associées au texte (ex. le temps et l’espace), l’exploration et l’utilisation de la structure des textes (ex. le récit en trois ou cinq temps) et du vocabulaire relié au monde du livre et de la littérature.

22 Pour favoriser le développement de la compétence, « Apprécier des œuvres littéraires », le MEQ a élaboré un site consacré à la littérature de jeunesse : α <www.livresouverts.qc.ca>,dans lequel près de mille titres ont été sélectionnés et analysés. Les propositions didactiques pour le préscolaire, le primaire et le secondaire y sont nombreuses et diversifiées. Prochainement, mille autres titres enrichiront cette banque de données originale et ouverte à la francophonie. Antérieurement à cet outil de consultation, soulignons que la revue Vie pédagogique a publié pendant une décennie une sélection annuelle commentée de la production québécoise en LJ, assortie de suggestions didactiques pendant que Communication-Jeunesse, organisme à but non-lucratif, propose depuis plus de vingt ans une sélection annuelle des meilleurs titres québécois parus.

En conclusion

23 En trente ans, les directives ministérielles sont passées d’une insistance portée à la langue orale à une préoccupation grandissante associée à la langue écrite, incluant la place allouée à la littérature de jeunesse. Pour le primaire, les directives actuelles visent à développer deux compétences associées à la lecture : lire des textes variés et apprécier des œuvres littéraires. L’implantation du programme de 2001, au préscolaire et au primaire, ne permet pas d’identifier toutes les retombées, mais d’ores et déjà, les maitres en exercice sont soucieux de faire de leurs élèves des lecteurs critiques, appréciatifs des œuvres lues et curieux de découvrir de nouveaux mondes. Quant au programme du secondaire, son implantation est prévue pour la rentrée 2005.

24 En 2001, le sondage effectué par Léger Marketing pour le compte du MCC révèle que la formation à l’éveil à la lecture et à l’écriture chez les tout-petits a des effets structurants sur les pratiques éducatives et la lecture. La formation donnée à 2 000 personnes, depuis la mise en vigueur de la politique de la lecture et du livre, favorise l’intégration des activités d’éveil à la lecture et à l’écriture, en plus d’avoir eu des effets positifs sur l’achat de livres en LJ et d’accroitre le nombre de prêts en bibliothèque.

25 Concernant la place occupée par la LJ pour les ordres d’enseignement préscolaire, primaire et secondaire, le MEQ a fait montre de cohérence depuis 1975. Il a mis en place des programmes de perfectionnement des maitres pour faciliter l’application du programme de 1979, d’établir des liens serrés entre les documents prescriptifs de 1979, 1994, 1995 et 2001, en plus de produire des guides pédagogiques d’accompagnement en 1981, 1982, 1991, 1995 et le site de 2002.

26 En bref, les stratégies mises en œuvre par deux ministères (MEQ et MCC) visent à conserver et à consolider la place et la survie du français en terre d’Amérique, à développer et à nourrir un patrimoine national, sans négliger ce qui se fait ailleurs. Les enjeux associés à la LJ et à son enseignement sont autant politicoéconomiques, socioculturels que linguistiques et se traduisent quotidiennement dans les salles de classe, car la LJ constitue un lieu d’identité nationale.

Bibliographie

Bibliographie

• Léger Marketing (2002), Impacts de la formation portant sur les activités d’éveil à la lecture et à l’écriture sur l’achat, l’emprunt de livres et les pratiques d’éveil dans les services de garde du Québec, sondage réalisé pour le compte du ministère de la Culture et des Communications, rapport d’étude, 1er février.

• Ministère de l’Éducation (1979), Programmes d’études, Primaire, Français, Québec, gouvernement du Québec.

• Ministère de l’Éducation (1981), Guide pédagogique, Primaire, Français, littérature de jeunesse, fascicule 1, « Activités pédagogiques » ; fascicule 2, « Littérature québécoise de jeunesse, bibliographie sélective commentée » ; fascicule 3, « Livres de jeunesse francophones, publiés à l’étranger, bibliographie sélective commentée », Québec, gouvernement du Québec.

• Ministère de l’Éducation (1982), Guide pédagogique, Primaire, Français, littérature de jeunesse, fascicule 4, « Les livres documentaires et informatifs », Québec, gouvernement du Québec.

• Ministère de l’Éducation (1991), Le Plaisir de lire sans sexisme, Québec, gouvernement du Québec.

• Ministère de l’Éducation et de la Science (1994), Programmes d’études, le français enseignement primaire, Québec, gouvernement du Québec.

• Ministère de l’Éducation (1994), L’Art d’enseigner la lecture, Québec, gouvernement du Québec.

• Ministère de la Culture et des Communications (1998), Le Temps de lire, un art de vivre, état de la situation de la lecture et du livre au Québec, Québec, gouvernement du Québec.

• Ministère de l’Éducation (2001), Programme de formation de l’école québécoise, Québec, gouvernement du Québec.

• ROWAN R. (1979), « La Commercialisation du livre de jeunesse québécois : une lueur au bout du tunnel », Lurelu, vol. 2, n° 1, Printemps, Montréal, p. 3-6.

 

Notes

[ 1] Suzanne Pouilot est chercheure pour le projet « La Place des littératures d’enfance dans l’enseignement », financé par le réseau « Littératures d’enfance » de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF).Retour

[ 2] Pionnière de la bibliothèque scolaire et de la littérature jeunesse au Canada, Elvine Bélisle a été responsable des bibliothèques scolaires au ministère de l’Éducation du Québec et a dispensé pendant quinze ans le cours de littérature de jeunesse à l’École de Bibliothéconomie de l’université de Montréal.Retour

[ 3] Au printemps 1979, Renée Rowan annonce que « [l] e service de programmes est à mettre au point un guide pédagogique de l’utilisation de la littérature enfantine en classe de français au primaire, guide en trois parties dont l’une est une sélection critique de livres québécois pour la jeunesse accompagnée de suggestions d’activités pédagogiques. Ce fascicule […] aidera les enseignants non seulement à connaitre le livre québécois pour enfant, mais à l’utiliser en classe. […] Ce guide sera dans les écoles en septembre prochain : il accompagnera le nouveau programme de français. C’est la première fois qu’une équipe travaille spécifiquement à un corpus québécois du livre pour enfant » (p. 6).Retour

[ 4] Faire présenter par les élèves des livres qu’ils ont aimés et leur demander de dire ce qui leur a plu dans ces livres, organiser des activités qui les motivent, aménager un environnement stimulant, discuter avec les élèves d’un livre présenté par l’enseignant ou l’enseignante, organiser des activités d’expression à partir d’un livre, etc.Retour

[ 5] Cette bibliographie s’inscrit dans la foulée du programme de français de 1995, lequel vise à initier les jeunes du secondaire aux richesses culturelles du patrimoine littéraire du Québec, des pays de la francophonie et des autres pays. Il propose d’enrichir le bagage culturel des élèves en leur faisant découvrir des genres littéraires et non littéraires.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Suzanne POULIOT « Regards sur l'enseignement de la littérature de jeunesse au Québec », Le français aujourd'hui 2/2005 (n° 149), p. 55-63.
URL :
www.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2005-2-page-55.htm.
DOI : 10.3917/lfa.149.0055.