Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2004/1 (N°45)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 5 - 5 Article suivant
1

Les rites ont mauvaise presse. Ils évoquent la soumission à un ordre collectif imposé, des comportements sans justification autre que l’obéissance. Ils font penser aux jougs que les églises ont fait peser dans les siècles passés et que les Lumières ont secoués.

2

Mais de nos jours, les lumières de la raison vacillent un peu, et peut-être est-il temps de réviser nos idées sur les rites, car ils sont partout et ils apportent des bienfaits.

3

Un rite est un geste, plus généralement un comportement que chacun accomplit à un moment et dans un contexte précis. C’est un événement que l’on attend, et qui est sans surprise. C’est son absence qui créerait un événement. À ce titre, il est d’abord rassurant. Voyez combien les personnes fragiles y sont attachées : rites du coucher des petits enfants, rites du petit déjeuner des personnes âgées.

4

Aussi bien est-ce en famille, indépendamment même de références religieuses, que les rites sont les plus visibles et nécessaires [1][1] Cf. D. Robert Neuberger, Les rituels familiaux, Payot.... Depuis les rites de la vie quotidienne (repas, toilette, paroles), jusqu’aux rites de passage (naissance, entrée à l’école, entrée dans la vie active, deuils), ils garantissent la stabilité et la permanence des identités.

5

Plus généralement, les rites procurent une grande économie de réflexion et d’inquiétude face aux multiples choix qu’impose la vie à chaque instant. Il est frappant par exemple de constater combien la vie d’un cabinet ministériel est rythmée par des rencontres aussi rigoureusement périodiques que celle d’une congrégation de moines. Ainsi, chacun est assuré de pouvoir rencontrer ceux avec qui sa fonction lui impose de dialoguer pour faire face aux urgences qui l’assaillent. Au sommet de l’État, qu’il pleuve ou qu’il vente, chaque mercredi matin, le Conseil des ministres se réunit trois heures à l’Élysée, et le pays est gouverné.

6

Les rites épousent souvent les nécessités imposées par la nature. Ainsi dans la vie des fermes, particulièrement dans l’élevage : la nourriture et les soins aux bêtes sont cadencés sans défaillance.

7

Dans l’industrie, la nature est moins présente, mais les exigences de productivité et de qualité poussent à standardiser les gestes pour combattre l’aléa et l’imprécision. Cette remarque m’a conduit naguère [2][2] C. Riveline, “La gestion des rites”, Gérer & Comprendre,... à affirmer que les gestes efficaces étaient les gestes rituels, que chacun accomplit sans réfléchir ou presque, sous le regard des gens de sa tribu.

8

Parfois, on hésite, devant l’accomplissement d’un rite, sur sa fonction, rassurante ou opérationnelle. C’est le cas en médecine. Les médecins de Molière ne savaient pas grand-chose sur les maladies, mais ils avaient déjà beaucoup de succès, sans doute parce qu’ils prenaient en charge l’inquiétude des patients. Il y a sûrement beaucoup d’actes médicaux qui jouent le même rôle aujourd’hui.

9

Les rites, donc, sont omniprésents et font du bien. Mais il n’en reste pas moins qu’ils peuvent coûter trop cher ou être inutiles ou nuisibles. Il faut donc y réfléchir, mais on ne le fait jamais sans embarras. Voilà une résistance qu’il faut surmonter, je pense.

Notes

[1]

Cf. D. Robert Neuberger, Les rituels familiaux, Payot 2003.

[2]

C. Riveline, “La gestion des rites”, Gérer & Comprendre, décembre 93.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. La puissance des rites », Le journal de l'école de Paris du management, 1/2004 (N°45), p. 5-5.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2004-1-page-5.htm
DOI : 10.3917/jepam.045.0005


Article précédent Pages 5 - 5 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback