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Le journal de l'école de Paris du management

2004/2 (N°46)


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Le point commun entre : le mouvement de la Pléiade, qui entreprit au xvie siècle de publier de la poésie en français, à l’époque langue du bas peuple ; l’Académie française, créée en 1635 par Richelieu pour établir une norme nationale de la langue, dans un pays où prospéraient une foule de parlers locaux ; le CNRS, créé en 1939 pour dispenser les chercheurs de faire de l’enseignement universitaire, en un temps où tout savant était d’abord professeur ; le Commissariat au Plan, créé à la Libération dans la suite des idées du groupe X-Crise, en un temps où planification évoquait fascisme ou communisme ; le point commun de toutes ces initiatives est d’être nées dans de tout petits groupes d’esprits brillants, frondeurs, en rupture ouverte avec les idées reçues de leur temps. Leur sort naturel aurait dû être de succomber rapidement à l’hostilité ambiante. Pourquoi ont-elles survécu ?

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Question qui prend une pertinence renouvelée en un temps où les meilleurs augures nous expliquent que l’économie de demain sera de plus en plus conforme au modèle de la “destruction constructive” prophétisé par Schumpeter, ce qui implique que ne survivront que ceux qui innoveront sans cesse. Mais nous avons encore tout frais le souvenir de l’explosion de la bulle internet, massacre historique d’hardis innovateurs. Quelle époque, mon Dieu, quelle époque ! De quelque côté qu’il se tourne, l’entrepreneur d’aujourd’hui ne voit que d’affreux périls.

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Pourtant, si l’on en croit le célèbre épistémologue Thomas S. Kuhn[1][1] T. S. Kuhn La structure des révolutions scientifiques,..., ce cheminement hasardeux entre le conservatisme qui tue et l’audace qui tue tout autant est le propre de la science à toutes les époques. L’institution académique ne délivre de doctorats qu’aux auteurs de thèses qui apportent des résultats nouveaux, mais à condition qu’ils affichent une parfaite vénération à l’égard du “paradigme dominant” de la science officielle de leur temps.

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Alors, comment réussissent des innovations telles que la révolution copernicienne, la découverte de l’oxygène ou la relativité ? Les chercheurs du Centre de sociologie de l’innovation (CSI) de l’École des mines de Paris[2][2] “À quoi tient le succès des innovations”, Madeleine... expliquent, à propos des innovations techniques, que leur réussite résulte d’une foule de circonstances imprévisibles, de rencontres, de complicités, d’alliances insolites sans cohérence a priori. J’ajouterai qu’on trouve presque toujours à leur source un personnage à l’ego surdimensionné tel que Ronsard, Richelieu, Paul Langevin ou Jean Monnet, doté d’une suite dans les idées hors du commun. “On est toujours sur la bonne voie, dit la sagesse des nations, mais il ne faut pas se laisser distraire”. Ce n’est pas suffisant, mais c’est nécessaire.

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En abordant la onzième année d’existence de l’École de Paris du management, on est tenté d’y voir une innovation qui réussit.

Notes

[1]

T. S. Kuhn La structure des révolutions scientifiques, Flammarion 1983.

[2]

“À quoi tient le succès des innovations”, Madeleine Akrich, Michel Callon, Bruno Latour, Gérer & Comprendre n° 11 et 12 - 1988.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. L'innovation qui réussit», Le journal de l'école de Paris du management 2/2004 (N°46) , p. 6-6
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2004-2-page-6.htm.
DOI : 10.3917/jepam.046.0006.


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