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Le journal de l'école de Paris du management

2004/3 (N°47)


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La chanoinesse : Sublime Excellence, vous croyez donc que le moment de lancer notre Croisade Obscurantiste est enfin arrivé ?

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La grande prêtresse : Tous mes indicateurs concordent : la recherche scientifique est par venue à son terme.

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La chanoinesse : Pardonnez-moi, Sublime Excellence, mais pourriez-vous m’éclairer – m’assombrir, veux-je dire : comment êtes-vous par venue à cette conclusion ?

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La grande prêtresse : Les gens ont enfin compris que le progrès scientifique rendait inutile le travail humain et les privait de leurs emplois, et par ailleurs ils constatent que les pires cauchemars de la science-fiction sont désormais à la portée des scientifiques. En conséquence, les étudiants se détournent des filières scientifiques, et il y aura bientôt pénurie de chercheurs dans la plupart des pays développés.

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La chanoinesse : Mais ne peut-on craindre, Sublime Excellence, qu’il y ait toujours des chercheurs issus des pays en voie de développement pour apporter leur naïve contribution au progrès scientifique ?

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La grande prêtresse : Tranquillisez-vous, chère disciple, le système est pourri de l’intérieur. Le néo-libéralisme a tout réduit à la loi du profit immédiat, loi dont la recherche scientifique ne peut s’accommoder longtemps, car elle a besoin de longues patiences et surtout du terreau de la gratuité et du désintéressement. Or aujourd’hui, on brevète à tour de bras, les connaissances ne s’échangent que moyennant finance, et seules sont encouragées les recherches dont on espère des gains financiers importants. Même les systèmes éducatifs sont menacés : l’enseignement n’est plus considéré comme un investissement mais seulement comme un coût, et fait à ce titre l’objet d’économies drastiques.

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La chanoinesse : Vous pensez donc que le moment est venu de révéler au monde l’Anti-Livre dont vous êtes le sublime auteur ?

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La grande prêtresse : Oui, il devrait être très facile de recruter des adeptes ; mon ouvrage, qui est un tissu d’inepties et de faux raisonnements, leur permettra de désapprendre tout ce qu’ils savent et de redécouvrir la joie de barboter dans l’ignorance. Un point m’inquiète cependant.

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La chanoinesse : Qu’est-ce donc, Sublime Excellence ?

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La grande prêtresse : Au fond de l’impasse où est par venue la recherche scientifique, se cache une petite issue latérale ; si nos futures recrues s’en apercevaient, elles pourraient s’y engouffrer, et c’en serait fait de tous nos beaux projets : adieu mon château en Auvergne, adieu mon yacht dans le Pacifique, adieu votre quatre-pièces-jardinet au Vésinet.

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La chanoinesse : Ciel ! Mais quelle est donc cette issue latérale ?

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La grande prêtresse : Devant la désagrégation des systèmes de protection sociale, l’accroissement de la pauvreté et la multiplication du nombre des exclus, il va devenir évident qu’il n’y a que dans le domaine du vivre-ensemble et de la solidarité que le terme de progrès signifie encore quelque chose. Détrompés des promesses du matérialisme et de la science comme de celles des anciennes religions, les hommes, ces incurables idéalistes, risquent de revenir aux utopies sociales pré-industrielles ; comme aux débuts de l’aventure des sciences, des chercheurs bénévoles consacreront leur temps, leur énergie et leur fortune à faire de nouvelles découvertes, cette fois dans le domaine du lien social ou du contrat social, pour créer de la richesse humaine à défaut de richesse économique.

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La chanoinesse : Mais c’est affreux ! Et… croyez-vous qu’en lançant, mettons, une Croisade Solidaire plutôt que notre Croisade Obscurantiste, vous pourriez vous payer votre château en Auvergne et votre yacht dans le Pacifique, et moi mon quatre-pièces-jardinet au Vésinet ?

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La grande prêtresse : J’en doute, surtout pour le jardinet.

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. La Croisade Obscurantiste », Le journal de l'école de Paris du management, 3/2004 (N°47), p. 37-37.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2004-3-page-37.htm
DOI : 10.3917/jepam.047.0037


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