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Le journal de l'école de Paris du management

2004/4 (N°48)


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Les professeurs de littérature font remarquer que les romans mettent rarement en scène des ingénieurs. Quelques rares chez Balzac, Proust, et Zola (Germinal), Lucien Leuwen, polytechnicien chez Stendhal et c’est tout, un personnage d’ingénieur un peu falot dans Le bœuf clandestin de Marcel Aymé et encore ne sont-ils guère mis en scène dans l’exercice de leur métier. Plus généralement la vie professionnelle des managers semble laisser indifférents les auteurs, sauf, et c’est rare, lorsqu’ils sont eux-mêmes ingénieurs, comme le polytechnicien Philippe Saint-Gil (Le barrage) ou le centralien Pierre Boulle (Le pont de la rivière Kwaï). Pourquoi ?

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La question prend un relief particulier en ces temps de mondialisation et plus près de nous d’élargissement de l’Europe : des cultures différentes vont se trouver affrontées et cela ne manquera pas de susciter des rencontres pleines de surprises et de chocs, comme on en a connues dans les relations avec les géants anciens ou nouveaux (Anglo-Saxons, Japon, Chine). Mais de romans là-dessus, point. Gageons que nous n’en verrons pas plus en Europe.

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Une première réponse tient sans doute à ce que les entreprises sont des entités à la fois très visibles, très bavardes, et très secrètes. Elles inondent les médias de publicité pour leurs produits et elles émettent une abondante information financière.

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Mais, comme le savent bien les chercheurs en gestion, on n’y entre pas sans une mission soigneusement définie, et encore dans des lieux balisés avec parcimonie. Ensuite, ce qu’on a le droit d’en dire est filtré de manière sourcilleuse, le silence étant parfois imposé. L’École de Paris en a fait l’expérience lorsque des comptes rendus de réunion ont été bloqués par les entreprises concernées.

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Une dernière explication tient à ce que les entreprises sont chargées de lourds jugements moraux et que cela décourage les regards toujours curieux et volontiers ironiques que les auteurs de romans posent sur leurs semblables. Ou bien, pour les esprits de gauche, ce sont des ogres mangeurs d’hommes dévorés par l’appât du gain, ou bien, pour les esprits de droite, des créateurs d’emplois, de valeurs, de biens qui font la richesse des peuples. Mais mettre l’accent sur le fait qu’ils sont Alsaciens, ou audacieux créateurs d’un contraceptif d’avant-garde, ou militaires en mission au fin fond de l’Asie, ou Français déconcertés par les bizarreries américaines (et inversement), cela ne fait pas partie des objets que l’on met en avant quand le pouvoir et le profit sont au premier plan.

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L’École de Paris du management a fait le pari de restituer la plénitude de la vie des organisations et d’en diffuser la connaissance grâce à son rituel de réunions, où la parole est libre, et son rituel de comptes rendus, où la plume est méticuleusement soignée et fidèle. C’est un apport original et de grand prix à la culture de notre époque, je trouve, et je ne suis pas seul à le penser.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Approches romanesques de la gestion», Le journal de l'école de Paris du management 4/2004 (N°48) , p. 6-6
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2004-4-page-6.htm.
DOI : 10.3917/jepam.048.0006.


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