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Le journal de l'école de Paris du management

2004/5 (N°49)


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Dans une sonate pour piano de Mozart, la main droite exécute des thèmes libres et changeants, tandis que la main gauche, dans des gammes plus graves, marque la mesure avec des notes répétitives. Cette partition pour la main gauche rappelle la fonction de la basse continue dans la musique du xviie siècle, et préfigure d’une certaine manière celle de la batterie dans la musique de jazz. Harmonieuse cohabitation d’une fantaisie toujours renouvelée et d’une continuité rassurante.

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Le monde des affaires d’aujourd’hui évoque un jeu de la main droite de plus en plus rapide, de plus en plus soumis à des inspirations inopinées, ce qui pose la question du principe de continuité qui sous-tend la suite des initiatives et des ripostes des acteurs. Les affaires de famille tenues longtemps en suspicion à cause de leurs relents d’aristocraties d’Ancien Régime s’imposent par la persistance de leurs succès grâce à l’alliance de leur continuité sociologique avec la vitalité des managers qu’elles rétribuent pour jouer les mains droites.

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Dans ce même numéro du journal, nous apprenons qu’une start-up de la communication s’imprègne de la patience des vignerons de toujours, et qu’un bouillant entrepreneur affronte succès et échecs avec une égalité d’âme fruit d’une identité aux fortes racines. Il n’est pas jusqu’à l’activité de vente, règne des rencontres éphémères, qui ne se nourrit des dialogues avec les traits culturels les plus archaïques des prospects.

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L’élargissement de l’Europe en 2004 à dix nouveaux pays devait inaugurer la généralisation d’un homo economicus hyperactif, circulant de l’Estonie à la Grèce, achetant et vendant de tout partout en parlant le globish (global english) [1][1] Don’t speak english, parlez globish, Jean-Paul Nerrière... nouvelle lingua franca de ce vaste espace, préfigurant le marché commun planétaire que la mondialisation nous annonce. C’est alors que la Pologne sème le trouble à Bruxelles sur le thème « Bon, ça y est, on est tous unis ; alors quand allons-nous enfin parler du Bon Dieu ? » Désarroi. « Mais, amis polonais, Dieu est un sujet qui divise. Vous en savez quelque chose, vous catholiques romains environnés de luthériens, de calvinistes, d’orthodoxes, d’uniates depuis des siècles, avec qui vous avez si souvent rompu des lances ! » « Peut-être, mais quand nous étions rayés de la carte au xixe siècle, écrasés sous les bottes prussiennes, autrichiennes et russes, c’est l’Église qui a préservé notre identité. Européens, à la bonne heure, mais toujours Polonais ! »[2][2] La Pologne, son PIB, ses femmes, ses rites, J. A. Barbosa...

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L’homo economicus, c’est la main droite, inventive, efficace, source de richesses matérielles toujours renouvelées. Mais pour nourrir qui ? Une fois la misère matérielle vaincue, les hommes ont soif de sens, de communauté, de rêves partagés. Comme dans une sonate de Mozart, les deux mains sont nécessaires à l’agrément de la vie.

Notes

[1]

Don’t speak english, parlez globish, Jean-Paul Nerrière (Éditions Eyrolles).

[2]

La Pologne, son PIB, ses femmes, ses rites, J. A. Barbosa et E. Portier, La Gazette de la société et des techniques n°10, septembre 2001.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Éloge de la main gauche au piano », Le journal de l'école de Paris du management, 5/2004 (N°49), p. 6-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2004-5-page-6.htm
DOI : 10.3917/jepam.049.0006


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