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Le journal de l'école de Paris du management

2004/6 (N°50)


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La cliente, faisant irruption dans le bureau : Je suis furieuse : vous ne répondez plus à aucun message, alors que j’ai besoin de vous ! Mais... que faites-vous ?

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La consultante : Je me sculpte un bâton de pèlerin.

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La cliente : Vous partez à Compostelle ?

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La consultante : Non, j’ai eu une illumination, comme Saint Paul sur le chemin de Damas, en assistant à une séance de l’École de Paris du management sur une SCOP du BTP, la COREBA : je renonce à travailler pour des sociétés anonymes comme la vôtre ; je vais me consacrer aux sociétés coopératives.

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La cliente : Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

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La consultante : En deux heures, j’ai eu la réponse aux questions pour lesquelles vous me payez en vain depuis des années : comment motiver les salariés, les rendre polyvalents et les fidéliser ? Comment faire face aux crises et assurer la pérennité de l’entreprise ? Comment, au-delà de la communication et même de la coordination, atteindre à une véritable coopération ? À toutes ces questions, une seule réponse : la Société Coopérative Ouvrière de Production. La concurrence qui sévit actuellement exige que les salariés s’engagent à fond dans leur travail ; mais dans une société anonyme, ceux qui le font apparaissent comme des pigeons et restent de toute façon minoritaires ; seule la forme coopérative valorise cet engagement de façon structurelle et durable.

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La cliente : Si la formule des SCOP était si extraordinaire, il en existerait davantage ; or je n’en ai jamais entendu parler !

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La consultante : Il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit, mais elles ne sont pas sous le feu des projecteurs. Mais cela viendra : j’ai acquis la conviction que seules les SCOP nous permettront de faire face à la mondialisation, parce qu’elles sont tournées vers le travail, les gens, le territoire et son développement, et non vers le seul profit.

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La cliente : Allons donc ! Vos petites coopératives n’ont pas l’échelle adéquate pour faire face à la mondialisation ; seules les plus grosses entreprises survivront.

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La consultante : Si même les plus grosses entreprises s’entourent de start-ups, c’est que la taille de l’entreprise constitue tantôt un atout, tantôt un handicap. D’ailleurs, rien ne s’oppose à ce qu’une SCOP devienne très importante ; en Espagne, certaines coopératives réunissent des milliers de salariés. Et les SCOP sont des surdouées du travail en réseau : personne ne sait mieux qu’elles mettre en œuvre l’intelligence collective.

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La cliente : Dans ce cas, vous ne gagnerez guère d’argent en essayant de leur vendre du conseil !

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La consultante : Il ne s’agit pas de cela : je vais prendre mon bâton de pèlerin et aller évangéliser les écoles de commerce en faveur des coopératives. J’aurai fort à faire, car naturellement le système coopératif a beaucoup d’adversaires, à commencer par les détenteurs de capitaux, à qui la séparation entre capital et travail convient très bien ; et puis les salariés subissent depuis si longtemps le système actuel qu’ils seront sans doute réticents à l’idée de prendre en main leur propre destin.

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La cliente : Si vous êtes convaincue d’avoir si peu de succès, ce qui me paraît déceler un reste de lucidité chez vous, de quoi comptez-vous vivre ?

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La consultante : Rassurez-vous : en installant puis en désinstallant des ERP, j’ai gagné assez d’argent pour me financer pendant un an ou deux. Tout en allant porter la bonne parole dans les écoles de commerce, j’y chercherai des co-entrepreneurs pour fonder un cabinet de conseil coopératif tourné vers la création de coopératives ; et ce dernier, tel un nouveau cheval de Troie, ne refusera pas quelques missions dans les sociétés anonymes pour y chercher de nouveaux partisans de la coopération.

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La cliente : Mais c’est une déclaration de guerre !

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La consultante : Du tout : dans le système de marché, tout doit être mis en compétition, les produits, les services, mais aussi les modes d’organisation, ce qui nécessite une information aussi parfaite que possible sur les différentes offres en présence ; je vais simplement contribuer à améliorer la transparence de cette information, dans l’intérêt général du marché ; et que le meilleur gagne !

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La cliente : Si je comprends bien, vous me laissez tomber avec mon ERP en pleine déconfiture ?

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La consultante : Oubliez un peu votre ERP… Ça ne vous dirait pas de vous sculpter un bâton ?

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. L'universelle panacée », Le journal de l'école de Paris du management, 6/2004 (N°50), p. 38-38.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2004-6-page-38.htm
DOI : 10.3917/jepam.050.0038


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