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Le journal de l'école de Paris du management

2004/6 (N°50)


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Quand un de mes étudiants vient solliciter mes conseils pour son avenir, je lui réponds : demandez-vous à quoi vous rêviez quand vous aviez dix ou douze ans. Ne me le dites pas, ce serait indiscret, car à cet âge-là les idées sont folles. Vous rêviez peut-être d’être Zorro, ou Spiderman, ou danseuse-étoile, ou mère Térésa. Vous ne saviez pas grand-chose du monde. Mais là est votre vérité. Soyez l’esclave de votre rêve fou. Comment vous le réaliserez, cela devra s’accommoder des pesantes réalités que vous affronterez ; mais ne renoncez jamais à ce rêve. Peut-être votre rêve de Zorro se concrétisera par une carrière à la Sécurité Sociale, mais Zorro n’était-il pas le flamboyant protecteur des pauvres ?

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Antoine de Saint-Exupéry professait que lorsque l’on interroge quelqu’un sur le choix de son métier, et qu’il vous donne une réponse claire et logique, ou bien il vous ment, ou bien ce n’était pas vraiment sa vocation. Un engagement de vie est un plongeon passionné et peu raisonné dans un univers dont on ne sait pas grand-chose. Si l’on y reste, c’est qu’on y a trouvé, mais allez savoir comment, la concrétisation d’un rêve.

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C’est un jeu intéressant que de mettre au jour les rêves des grands hommes du passé. À cet égard, nul ne fut plus fort que Charles de Gaulle, car sa vie a été beaucoup plus folle que ses rêves tels qu’il les raconte dans ses Mémoires. C’était un militaire, mais pas un général. Il fut le Général. Il n’eut jamais plus de deux étoiles sur ses manches. Il fut Général comme Napoléon fut Petit Caporal. Grades de rêves.

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Les rêves fous peuvent être collectifs. Ce numéro du journal met en scène IBM qui, à travers ses multiples péripéties et mutations n’a jamais cessé de se voir comme une bienfaisante divinité dispensant de l’intelligence à la terre entière. Les fondateurs du Club Méditerranée ont rêvé de faire de toute l’humanité une joyeuse bande de copains sur la plage. Saint-Denis, cimetière des rois devenu banlieue défavorisée comme on dit, a décidé d’être une capitale mondiale du sport. Enfin de fiers agriculteurs du Sud-Ouest ont réalisé leur rêve de devenir des experts reconnus du maniement du sol et du sous-sol.

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Les nations, elles aussi, nourrissent des rêves fous, dont les nations voisines se gaussent gentiment. Mais c’est au service de ces rêves qu’elles livrent au reste du monde le meilleur de leurs cultures. Voyez la marine anglaise, la philosophie allemande, la musique italienne, l’élégance française. Peut-être devrait-on veiller à ce que dans l’union européenne qui s’élabore, chaque nation soit encouragée à cultiver sa folie raisonnable, plutôt que de se fondre dans un fade consensus. Les nations ressemblent à mes élèves : c’est dans leurs singularités les plus secrètes que réside leur excellence.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Folies raisonnables», Le journal de l'école de Paris du management 6/2004 (N°50) , p. 6-6
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2004-6-page-6.htm.
DOI : 10.3917/jepam.050.0006.


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