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Le journal de l'école de Paris du management

2005/1 (N°51)


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François Bloch-Lainé, dans son livre de souvenirs Profession fonctionnaire (Le Seuil, 1976), se souvient que dans son poste de directeur du Trésor, il se livrait chaque mois à de scabreuses acrobaties pour ne pas mettre l’État en cessation de paiement, « exercices épuisants (...) qui laissent à ceux qui les ont pratiqués un goût amer » (p. 114). Tous ceux qui ont exercé quelque autorité dans la machine de l’État savent que la stricte application des règles en vigueur n’est compatible qu’avec l’immobilité, la paralysie totale. Alors, obéir à la loi ou aux nécessités du moment ?

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Voilà bien le dilemme mis en théorie par le sociologue Max Weber entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité ; autrement dit : rester rigide sur les principes en dépit des conséquences immédiates ou l’inverse ? Les ennuis d’Alain Juppé, condamné pénalement pour avoir mis des moyens de la mairie de Paris au service de son parti politique (alors que le financement des partis était une question sans réponse) montrent qu’il peut en coûter gros à ceux qui privilégient les conséquences du moment. En appel, la Cour a penché pour l’indulgence, parce qu’il n’en avait tiré aucun profit personnel.

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Et chacun de se dire : il y a tout de même des limites. Gouverner, c’est choisir entre des inconvénients, certes, mais à condition d’être personnellement désintéressé, comme messieurs Bloch-Lainé et Juppé. Voire. Les historiens racontent à mi-voix que Colbert, grand ministre s’il en fut, a méthodiquement pillé le trésor royal à son profit et distribué titres et terres à sa famille au mépris des règles. Et Richelieu ? Quoi, Richelieu, ce prélat austère, cet altier fondateur de l’État souverain ? Eh bien, il en a fait autant et pire.

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Autres temps, autres mœurs, direz-vous. Certes, mais il y a quelques années, un chef d’État d’Amérique Latine, figure très populaire, accumula une fortune en achetant à son compte des terrains qu’il vendait ensuite à l’État. « C’est vrai, déclara-t-il, mais je sers le peuple. » « Qué macho ! » s’exclama le peuple en question. Mais à peu de temps de là, Pierre Bérégovoy se faisait justice pour une modeste affaire d’appartement privé.

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Que conclure ? Depuis que j’ai appris que lorsque je téléphone à ma femme depuis l’École des mines pour l’avertir que je suis retenu par une réunion imprévue, je suis en infraction pour utilisation du matériel public à des fins privées et à ce titre passible de terrifiantes sanctions pénales, je me dis qu’il vaut mieux ne pas se retrouver seul face à de tels dilemmes.

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Je n’ai cité que des exemples empruntés à la vie de l’État, mais ils sont fréquents dans la vie des entreprises, notamment dans le domaine de la corruption. Le remède usuel consiste à désigner un médiateur ou un comité d’éthique que les responsables perplexes sont invités à consulter avant de trancher ces cas de conscience. Morale, mœurs, sont des vocables qui renvoient à la vie sociale. C’est de ce côté-là qu’il faut rechercher le salut, jamais certain, cela dit. La prudence, au total, consiste bien à ne pas se faire prendre.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. L'essentiel, c'est de ne pas se faire prendre », Le journal de l'école de Paris du management, 1/2005 (N°51), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2005-1-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.051.0007


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