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Le journal de l'école de Paris du management

2005/2 (N°52)


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On devrait relire les contes qui ont bercé notre enfance pour y découvrir des enseignements qui nous avaient sans doute échappé. Jugez-en plutôt à propos du petit Poucet.

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Le petit Poucet, dernier d’une famille de sept enfants, était faible et ne disait mot, ce qui était pris pour de la bêtise alors qu’il était avisé et écoutait beaucoup. Quand vint une année de famine, il entendit ses parents formuler le projet d’abandonner leurs enfants. Comprenant qu’il ne pouvait pas les faire renoncer à leur projet, il se munit de cailloux, et l’on connaît la suite : il ramena ses frères à la maison, au moment même où les parents revinrent à meilleure fortune.

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Quand la misère s’abattit à nouveau sur la famille, le petit Poucet n’eut pas le temps de se préparer, semant seulement sur son chemin des miettes que les oiseaux eurent promptement dévorées. Voilà les frères hébergés chez un ogre après avoir erré, terrorisés, dans la nuit. Ils sont accueillis par l’ogresse, qui les protège en les cachant puis en gavant son ogre de mouton et de vin pour qu’il ne dévore pas sur le champ les enfants qu’il avait découverts.

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Le petit Poucet, n’ayant pas confiance dans la promesse de l’ogre de ne manger les enfants que le lendemain, place sur la tête de ses frères les couronnes des sept filles de l’ogre, et celui-ci mange ses filles. Quand l’ogre s’endort de fatigue après avoir poursuivi en vain les enfants, le petit Poucet lui vole ses bottes de sept lieues et va aussitôt faire un mensonge à l’ogresse : il faut lui remettre tout son avoir pour libérer l’ogre de voleurs qui menacent de le tuer. Le petit Poucet revient chez lui chargé de richesses et y est accueilli dans la joie, mais cela ne lui suffit pas. Il va à la cour et fait fortune en transmettant, grâce à ses bottes de sept lieues, les ordres du roi à ses armées, et plus encore en donnant aux dames de la cour des nouvelles de leurs amants. Après avoir établi ses parents et ses frères, il créa sa propre cour.

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Par son conte, Charles Perrault nous apprend que lorsqu’on se trouve dans une situation de détresse, on ne porte guère attention à autrui, puisque même des parents abandonnent leurs enfants, et que face au gigantisme, il faut faire preuve de vigilance et de ruse. Finalement la ruse qui a permis au petit Poucet de se sauver lui permet de devenir un homme d’affaires. C’est donc aussi un conte de management.

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Aujourd’hui, les ogres dont il faut se protéger ont plutôt des figures non humaines, comme l’illustre ce numéro. Les ERP présentés comme des merveilles du progrès peuvent se transformer en monstres de Frankenstein. L’administration bruxelloise, vue de loin comme une machine sans âme, prête en fait l’oreille à des lobbyistes qui savent s’y prendre, petits Poucets qui font valoir leur cause. L’aéroport de Vatry, qui a tout pour faire un bel aéroport de fret, est ici aux prises avec les géants du trafic aérien. Et d’astucieux Grenoblois ont chaussé des bottes de sept lieues pour conquérir le monde.

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Ainsi, face au géants il y a encore de l’avenir pour les petits Poucets.

Pour citer cet article

Berry Michel, « Éditorial. Face au gigantisme », Le journal de l'école de Paris du management, 2/2005 (N°52), p. 3-3.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2005-2-page-3.htm
DOI : 10.3917/jepam.052.0003


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