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Le journal de l'école de Paris du management

2005/3 (N°53)


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Le premier commissaire au Plan, Pierre Massé, publiait en 1991 un livre intitulé Le Plan ou l’anti-hasard. Titre cohérent avec la philosophie des Lumières, qui annonçait au XVIIIe siècle des victoires de la raison dans tous les domaines de la vie des hommes où dominaient jusque-là superstitions ou terreurs. Cette même idéologie trouvera une majestueuse expression à la fin du XIXe siècle sous la plume d’Auguste Comte annonçant l’avènement de l’âge positif. La crise économique de 1929 aux USA et ses conséquences en Europe convainquirent tous les esprits éclairés que le fonctionnement spontané du marché conduisait au désastre, et qu’il était temps de conduire les affaires du pays comme on pilote un véhicule. Un livre passionnant, Les comptes de la puissance, de François Fourquet (Recherches, 1980), raconte la naissance de la comptabilité nationale et du Plan français dans la fièvre enthousiaste de l’après deuxième guerre mondiale.

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Que sont ces rêves devenus ? Aujourd’hui, il n’y a plus de Plan en France, plus d’hommes d’État du calibre de Roosevelt, Churchill ou de Gaulle. Plus de grandes philosophies politiques telles que le marxisme-léninisme. Il ne reste qu’une vague apologie de l’american way of life avec tous les risques de terrorisme, de crises économiques, politiques ou écologiques. Les fatalités submergent les volontés. C’est le retour aux paganismes ou polythéismes antiques.

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En effet, polythéismes et monothéismes se distinguent moins par la croyance en plusieurs divinités ou une seule, que par la conviction, dans les grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) dans une marche de l’histoire vers un avenir réussi, marche à laquelle les hommes apportent leur concours. Il est à noter que les philosophies rationalistes, a priori athées, partagent cet optimisme. Chez les païens, à l’inverse, les dieux frappent les hommes selon leur fantaisie, et ces derniers peuvent tout au plus se les concilier en leur offrant des sacrifices. Mais, pour l’essentiel, le destin de chacun est fixé par son fatum, son karma, son thème astral, et il n’y peut rien.

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Ce numéro du journal nous livre quatre réjouissantes exceptions à cette passivité. Cela me fait penser au message que le Créateur adressa au père de tous les monothéistes, le patriarche biblique Abraham : « Sors, et regarde les étoiles » (Gen. XV, 5). Le mot traduit ici par “regarde” est dans l’original hébreu le verbe habeth, qui signifie partout ailleurs dans la Bible : regarder de haut en bas. Ce qui conduit les exégètes à traduire cette expression par « Sors du destin que t’assignaient les étoiles. Regarde-les de haut. Tu es capable d’être plus fort qu’elles et de choisir ta vie. »

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Comment faire ? Les moyens mis en œuvre dans les quatre histoires rapportées par ce numéro sont très différents. Si l’on y ajoute Abraham, voilà des exemples suggestifs. Je me garderai bien d’en tirer des recettes. Mais je me bornerai à proclamer la bonne nouvelle : il est encore possible de choisir sa route.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Fatalités et volontés», Le journal de l'école de Paris du management 3/2005 (N°53) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2005-3-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.053.0007.


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