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Le journal de l'école de Paris du management

2005/4 (N°54)


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Simone Laflèche, PDG de Galactèche : Mesdames, si j’ai réuni ce comité de direction en urgence, c’est que B647-X, yaourt aux myrtilles que nous commercialisons depuis six mois, est en train de provoquer une panique alimentaire. Un certain Eugène Polycarpe vient de publier un article intitulé La myrtille carnivore. Il prétend que ce fruit serait capable, lorsqu’il est associé à des produits laitiers, « d’attaquer et de digérer la paroi intestinale humaine, ceci pouvant à la longue provoquer la mort dans d’atroces souffrances ». Je vous rappelle que nous fondions de grands espoirs sur B647-X pour séduire le segment des plus de soixante-quinze ans atteints de dégénérescence neuronale. Il a en effet été démontré que les anthocyanes des myrtilles, en s’incorporant au cytosol, protégent les globules rouges contre les espèces oxygénées réactives.

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La thèse inepte de Polycarpe a déjà produit son effet, en particulier auprès du segment de notre clientèle atteint de dégénérescence neuronale. Les études scientifiques que nous avons fait réaliser par des experts de réputation internationale, comme Bénin Fougelle, sont beaucoup plus difficiles à diffuser. C’est pourquoi, dans le cadre de notre politique marketing, nous avions adopté un slogan simple mais fort, La myrtille vous rajeunille. Cela dit, les vieillards n’ont que faire de rajeunir, si cela doit les occire. Que proposez-vous ?

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Coline Clapouteau : Un débat télévisé entre Eugène Polycarpe et Bénin Fougelle ?

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Simone Laflèche : Contre-performant : Eugène Polycarpe énonce ses sottises d’un ton catégorique qui persuade les plus incrédules ; il formule ses soupçons en fermant à demi ses yeux gris et en prenant un air serpentin qui ne rend son venin que plus efficace.

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Fabienne Lelu : Une conférence de Bénin Fougelle seul ?

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Simone Laflèche : On ne comprend rien à ce qu’il dit : il bafouille beaucoup et parle en grec pour l’essentiel. De plus, sa façon de jeter perpétuellement des coups d’œil de côté donne l’impression qu’il s’attend à tout instant à se faire arrêter pour corruption passive. Au bout d’un quart d’heure, la moitié des téléspectateurs seront prêts à jurer que non seulement B647-X mais l’ensemble de nos produits sont empoisonnés.

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Marguerite Vivon : Les discours ne servent à rien ; je ne crois qu’à la vertu de l’exemple. Que diriez-vous d’un spot où tous les soirs, pendant plusieurs mois, on vous verrait déguster en direct un B647-X ? Nos clients se convaincraient que ce yaourt est inoffensif.

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Simone Laflèche : Je vous avoue que j’ai horreur des myrtilles.

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Coline Clapouteau : Rassurez-vous, on sent à peine leur goût.

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Fabienne Lelu : Si vous préférez, nous pourrions faire appel à notre goûteuse professionnelle, Sylvette Papet.

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Simone Laflèche (à l’interphone) : Pouvez-vous demander à Sylvette Papet de venir en salle du Conseil, je vous prie ? Comment ? Passez-moi sa supérieure hiérarchique. Allô ? Qu’est-il arrivé à Sylvette Papet ? Mon Dieu ! Bien, merci. Mesdames, Sylvette Papet est décédée hier soir dans d’atroces souffrances.

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Fabienne Lelu : C’est… c’est la myrtille carnivore qui l’a tuée ? Elle m’a confié hier qu’elle en était à son huit-centième pot !

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Simone Laflèche : Mais non, elle est morte des suites d’un accident automobile : douze fractures, traumatisme crânien, hémorragie cérébrale. Si vous voulez, je demande un rapport d’autopsie.

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Fabienne Lelu : Tout ce que je sais, c’est qu’elle a mangé huit cents pots de B647-X et qu’elle est morte ! Je ne passerai pas une minute de plus dans une entreprise qui commercialise des myrtilles carnivores et assassine son personnel. Je vais de ce pas contacter Eugène Polycarpe (elle sort en claquant la porte).

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Simone Laflèche : Marguerite, c’est vous qui avez eu l’idée particulièrement stupide d’invoquer la vertu de l’exemple, ce qui témoigne d’une dégénérescence neuronale précoce. Je vous recommande la consommation bi-quotidienne de B647-X. Idée suivante ?

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'esprit de l'escalier. La myrtille vous rajeunille », Le journal de l'école de Paris du management, 4/2005 (N°54), p. 38-38.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2005-4-page-38.htm
DOI : 10.3917/jepam.054.0038


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