Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2005/5 (N°55)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
1

Les Jeux olympiques de 2012 ont considérablement occupé les médias au début de 2005, mais il n’a quasiment jamais été question de leur gestion : tout cela va coûter combien et rapporter combien ? à qui ? comment est-ce organisé ? qui commande à qui ?

2

Au fond le public ne veut pas le savoir. Comme le monde magique des enfants, ou les jeux, ou les sports, les fêtes doivent être tenues à l’abri des vulgarités du profit et des tensions du commandement. Par exemple, les sept nains de Blanche Neige sont mineurs de diamants et les parents de la Belle au Bois Dormant ont une nombreuse domesticité. Imagine-t-on (j’ose à peine écrire des horreurs pareilles) que l’on s’interroge sur le compte de résultat de la mine des sept nains, ou sur la gestion des personnels du château de la Belle au Bois Dormant (par exemple, les années de sommeil seront-elles comptées dans leur ancienneté ?)

3

Ce silence vaut aussi pour les livres d’histoire. Même les historiens marxistes, pourtant intéressés par les rapports de production, s’ils traitent de l’évolution des outils (le rôle du collier de cheval ou du gouvernail d’étambot) et de l’histoire lente (les climats, les migrations), traitent rarement de comptabilité. À la dérobée, on apprend que le rayonnement de l’Athènes de Périclès n’est pas étranger aux revenus des mines d’argent du Laurium, on ressasse quelques lieux communs comme l’argent du Pérou et les stocks d’or de Colbert, mais le public (moi en tout cas) ignore toujours ce que Hannibal, César, Louis XI, etc. avaient sous les yeux quand ils prenaient des décisions.

4

Seulement voilà : la gestion, c’est sérieux, mais c’est triste, sans panache. Il vient à l’esprit une illustration frappante, encore empreintée à l’histoire. Deux couples de souverains de la France sont en balance : Louis XIV et Napoléon Ier d’une part, Louis XV et Napoléon III d’autre part. Les deux premiers ont brillé d’un immense éclat, les deux suivants paraissent ternes voire un peu ridicules.?Toutefois du point de vue de la gestion, c’est l’inverse : les deux premiers ont ruiné la France, les deux suivants l’ont modernisée et enrichie. Le rêve peut être follement coûteux (encore qu’il arrive qu’a posteriori l’argent afflue), mais quand on aime on ne compte pas, c’est bien connu.

5

La vie, disait un vieux sage, est comme une rose : on y voit une corolle délicieuse, des épines, et des racines qui plongent dans la fange. Pas de roses sans épines et sans racines. Les esprits avisés savent cela, et portent l’accent sur la corolle, les épines ou les racines avec tact, selon les circonstances.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Les rêves et la gestion », Le journal de l'école de Paris du management, 5/2005 (N°55), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2005-5-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.055.0007


Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback