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Le journal de l'école de Paris du management

2005/6 (N°56)


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L’entrepreneur : Votre association de quartier est fort sympathique, mais que n’employez-vous toute cette énergie dans une activité créatrice de richesse économique ! Je tiens moins de beaux discours que vous, mais j’ai créé trente emplois, dont certains sont occupés par des jeunes issus de l’immigration qui avaient le plus grand mal, en dépit de leurs compétences, à trouver du travail. Cela me paraît plus utile que de disserter à perte de vue sur des questions dites citoyennes.

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L’associative : Dans le bloc soviétique, chacun était nourri et logé, mais apparemment cela ne suffisait pas à contenter les gens.

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L’entrepreneur : Ils voulaient plus de richesse, pas plus de vie associative ! La vie associative est un luxe que peuvent s’offrir les pays riches. Mais le développement passe d’abord par l’économique.

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L’associative : Personne ne pratique davantage l’association que les habitants des pays pauvres : ils ont besoin de s’appuyer sur l’entraide et la vie collective pour survivre et se développer.

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L’entrepreneur : Dans ce cas pourquoi, vous qui avez un travail, consacrez-vous tant de temps à l’associatif ?

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L’associative : La vie associative n’est pas réservée aux riches ni aux pauvres : les uns et les autres y trouvent ce qui leur manque dans la sphère économique.

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L’entrepreneur : Votre activité professionnelle semble cependant vous intéresser : ne vous suffit-elle pas ?

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L’associative : Ce qui comble les gens, c’est la créativité, le sentiment de tirer d’eux-mêmes des ressources qu’ils n’imaginaient pas. Cet épanouissement est d’autant plus intense qu’on s’y livre à plusieurs, car le travail collectif démultiplie la capacité créatrice. Certains ont la chance de pouvoir être créatifs dans leur cadre professionnel, d’autres non. Les associations sont en principe beaucoup plus ouvertes à la créativité que les entreprises : elles offrent un cadre à l’intérieur duquel on peut faire à peu près tout ce qu’on veut.

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L’entrepreneur : Pourquoi ne pas fonder une entreprise axée sur cette notion de créativité ?

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L’associative : Pourquoi ne pas consacrer du temps et de l’énergie à une association ouvrant des perspectives à des gens qui ne peuvent pas être suffisamment créatifs dans leur travail ? D’autant que beaucoup d’activités qui ont aujourd’hui un poids économique énorme ont commencé dans la sphère non économique : l’enseignement, les soins médicaux, l’assistance aux vieillards… Le rôle des associations est de repérer et de signaler les besoins non satisfaits ; elles ne perdurent dans un secteur donné que tant que ces besoins ne sont pas pris en charge par le marché.

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L’entrepreneur : Quels sont les besoins repérés par une association comme la vôtre ?

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L’associative : Le besoin de lien social, d’initiative, de création collective, d’éthique dans la conduite des affaires publiques, de concertation, d’engagement, de responsabilité, de solidarité…

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L’entrepreneur : Ce sont des biens d’ordre social ou moral : en quoi cela pourrait-il créer de la richesse économique ?

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L’associative : L’éducation a longtemps été réservée aux enfants riches et nobles : au dix-septième siècle, les moralistes multipliaient les Traités d’éducation des princes.?Aujourd’hui, on sait qu’aucun pays pauvre ne décollera vraiment s’il ne se dote d’un système éducatif performant.

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L’entrepreneur : Encore faut-il qu’il en ait les moyens !

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L’associative : Tout ce qui a vraiment une utilité sociale finit par être rentable, que ce soit au plan micro ou macro-économique : un manque avéré signifie toujours un marché profitable. La multiplication actuelle des associations prouve que l’éthique, la créativité, la solidarité ou le lien social sont insuffisamment pris en compte par la sphère économique. A vous, entrepreneurs, de transformer ces manques en ressorts pour le développement de vos entreprises. Les associations assurent bénévolement une partie de votre R&D, vous n’allez pas vous en plaindre ?

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'esprit de l'escalier. Transformer le social en économique», Le journal de l'école de Paris du management 6/2005 (N°56) , p. 37-37
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2005-6-page-37.htm.
DOI : 10.3917/jepam.056.0037.


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