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Le journal de l'école de Paris du management

2006/2 (N°58)


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Malik : Pensons à notre avenir et raisonnons un peu, ma chérie. Avec la fin du pétrole et des transports bon marché, nous allons être débarrassés de la globalisation : plus de délocalisations, plus de plombiers polonais.

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Gabrielle : Plus de jeans à dix euros ! et comment allons-nous refaire notre salle de bain ? Heureusement, il reste le nucléaire pour l’électricité.

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Malik : En revanche, plus de pétrochimie.

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Gabrielle : Je crois qu’on sait faire du plastique avec du maïs et du carburant avec du colza.

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Malik : Sans pétrole, il n’y aura plus d’engrais ; le prix du crottin de cheval va monter en flèche.

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Gabrielle : On peut prévoir un exode urbain massif vers les campagnes, près des lieux de production agricole et industrielle. Les ruraux se procureront beaucoup plus facilement que les urbains à la fois le petit salé et les lentilles pour se nourrir, le sac en plastique pour transporter leurs courses, et le carburant pour aller travailler.

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Malik : La campagne n’est pas la ville : il y aura des kilomètres à franchir pour se rendre chez les éleveurs et les cultivateurs. Les coûts de transport resteront tout aussi importants. Les gens préféreront habiter en ville, où ils auront tout sous la main, y compris des emplois.

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Gabrielle : Compte tenu de l’étalement urbain et de la spécialisation des zones d’habitat et d’emploi, très peu d’entre eux trouveront de l’emploi à proximité. En revanche, le renouveau de l’agriculture va créer de nombreux postes à la campagne.

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Malik : Ce qu’il faudrait, c’est rationaliser tout cela : construire des villes de taille raisonnable mais suffisamment denses et bien réparties sur le territoire.

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Gabrielle : On n’est plus à l’âge de pierre : les villes existent, il faut faire avec.

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Malik : Quand le bug pétrolier va se produire, il va bien falloir changer du tout au tout nos modes de vie !

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Gabrielle : Je te vois venir : de la rationalisation on passe rapidement au rationnement, et de l’économie libre à l’économie administrée… Le marché est encore le meilleur régulateur qu’on ait inventé, et ceux qui remettent en cause la liberté économique ne tardent pas à mettre fin aux libertés tout court.

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Malik : Liberté ne veut pas dire comportement irrationnel ! Il n’y a pas de raison d’autoriser tout un chacun à persévérer dans des comportements qui mettent en danger sa propre vie, celle de ses semblables, et même la survie de la planète. Je pense qu’on va vers un durcissement des lois et des contrôles.

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Gabrielle : La fin du pétrole entraînerait donc le retour à des régimes autoritaires ?

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Malik : J’ai bien peur que oui. Après des décennies d’un comportement absurde, où nous avons dépensé notre capital en frais de fonctionnement, il va falloir revenir à la raison, terme latin qui signifie d’abord calcul. À la chute du mur de Berlin, on a cru que c’était la fin des économies administrées, mais les économies libres, qui vivent aujourd’hui sur la croissance attendue demain, se montrent totalement inadaptées à un monde de ressources finies.

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Gabrielle : Les économies administrées ont été cent fois plus catastrophiques pour l’environnement que les économies libres ! Et jamais un fonctionnaire d’un ex-pays de l’Est n’aurait un millième de l’énergie nécessaire pour imaginer des réponses crédibles à la situation actuelle. Pour trouver cette énergie-là, qui est le véritable pétrole de demain, je ne vois que l’esprit d’entreprise qui anime des gens comme nous.

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Malik : Justement, revenons à nos moutons : en définitive, quelle entreprise allons-nous créer ? D’après tout ce que nous venons de dire, je crois que l’idéal serait un élevage de chevaux : l’arrivée du pétrole a ruiné toute la filière liée à l’énergie animale et au crottin de cheval ; la fin du pétrole leur ouvre à nouveau des perspectives immenses ! Suivant le contexte politique, nous pourrons en faire une société par action ou une entreprise d’État.

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Gabrielle : Mais ni toi ni moi ne connaissons rien aux chevaux ! Ils ont aussi des palefreniers, en Pologne ?

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'Escalier. Le retour à la raison», Le journal de l'école de Paris du management 2/2006 (N°58) , p. 36-36
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2006-2-page-36.htm.
DOI : 10.3917/jepam.058.0036.


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