Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2006/2 (N°58)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
1

Les tumultes planétaires suscités par les musulmans de tous bords font des religions un sujet d’actualité quotidienne, et rarement en bien. Des millions de pages ont été écrites sur le thème de la foi ; mais peut-être n’a-t-on pas assez regardé ce phénomène avec les lunettes du management.

2

La foi, en vérité, est partout dans la conduite des organisations, mais sous d’autres appellations qui masquent les profondes analogies avec les religions proprement dites.

3

Tout d’abord, la nécessité d’une vision commune de l’avenir. “Servir nos clients”, “créer des emplois”, “faire rayonner le progrès”, “animer nos régions”, voilà quelques exemples de finalités différentes de la bête maximisation du profit que les manuels scolaires (ils seraient d’ailleurs bien en peine de donner une définition précise de ce fameux profit) s’évertuent à nous vendre.

4

Entre les collaborateurs de l’organisation, il faut de la confiance, c’est bien connu. Le moteur de l’action, c’est le travail en équipes ou en réseaux, qui ne fonctionne que si chacun croit dans la parole des autres. Or confiance vient du mot foi, et religion du latin religare, relier.

5

Mais les catégories religieuses sont sollicitées plus directement encore autour de deux thèmes : l’éthique, et le charisme. Business ethics est devenu en peu d’année une discipline universitaire, un sujet de publications et de colloques dans tout le monde développé. Quant au charisme, attribut des prophètes, des saints, des prédicateurs de croisades, c’est la qualité la plus recherchée aujourd’hui dans le choix des managers.

6

Sous cet éclairage, il semblerait que l’affrontement des rationalités soit bien peu explicatif des combats économiques et qu’il serait plus efficace d’y voir des guerres de religions : foi contre foi.

7

Mais où est le bon Dieu dans tout cela ? Si l’on se borne à l’image enfantine d’une sorte de père Noël sévère ou charitable, rien de tel dans la vie des affaires, certes. En revanche si l’on est convaincu que la vie a un sens et que chacun détient une responsabilité dans le progrès du Bien et du Mal, l’idée d’une finalité transcendante émerge.

8

À cet égard, la tentative la plus achevée d’éliminer les religions au profit du règne de la raison fut le communisme. On connaît le résultat : une religion plus inquisitoriale, plus dogmatique, plus meurtrière que ne le furent jamais les grandes religions révélées du passé.

9

Sans doute est-il temps de rechausser les antiques lunettes, qui voyaient dans toutes les guerres des combats des dieux, et de ne plus se contenter de ces naïfs modèles d’inspiration mécanique ou biologique que sont le calcul économique ou la main invisible du marché. Shakespeare l’a bien dit : il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel que dans toute votre philosophie.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. La foi », Le journal de l'école de Paris du management, 2/2006 (N°58), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2006-2-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.058.0007


Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback