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Le journal de l'école de Paris du management

2006/3 (N°59)


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Un journaliste demanda un jour à Marcel Pagnol : « Comment expliquez-vous que votre pièce Marius, traduite en japonais, ait connu un grand succès à Tokyo ? Qu’est-ce qui peut être intéressant là-bas dans les petits drames domestiques du vieux port de Marseille ? » Réponse : « Voyez-vous, je crois que pour être de partout, il faut d’abord être de quelque part. »

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Cela me rappelle une leçon de mon professeur de français au lycée, qui faisait observer que la pièce Le bourgeois gentilhomme de Molière, était elle aussi jouée dans toutes les langues et pourtant, les aventures de ce drapier enrichi ne pouvaient se passer qu’à Paris en 1670, car elles auraient été invraisemblables ailleurs, improbables dix ans plus tôt, et banales dix ans plus tard. Par quelle magie le singulier devient-il ainsi universel ?

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Cette perplexité naît de la conviction erronée que pour communier avec autrui, il faut lui ressembler. Prise au premier degré, cette conviction conduit à un universel limité au football, au sexe et à l’internet. Mais si l’on cherche l’universel, non pas au niveau des réponses mais au niveau des questions, non pas au niveau des solutions mais au niveau des problèmes, une tout autre vision de l’universel apparaît : nous avons tous un lieu de naissance, un besoin d’amour et de reconnaissance sociale et l’attachement du Marseillais à ses copains de la Canebière peut aisément être compris, grâce au génie de Pagnol, par le Japonais qui boit le saké entre amis, de même que le désir de monsieur Jourdain de faire le seigneur, transfiguré par Molière, évoque aisément l’appétit de réussite d’un homme d’affaires nippon.

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Autrement dit, à l’inverse de l’idéal des Lumières qui postulait que l’humanité a des problèmes partout différents mais que les bonnes réponses, fournies par la Raison, seront un jour partout les mêmes, se fait jour à notre époque l’idée opposée, à savoir que les hommes ont à peu près les mêmes problèmes partout mais que les bonnes réponses sont locales. Mais pour accéder à ces questions universelles, le seul chemin dont chacun dispose est celui de ses propres réponses. Philippe d’Iribarne l’a superbement montré dans sa Logique de l’honneur, où nous voyons les conflits résolus de manière toute différente dans des entreprises françaises, américaines et hollandaises, et il y revient dans les pages qui suivent, de même que l’étonnante prospérité économique de Mondragón ne s’explique pas par des recettes empruntées aux grands cabinets de conseils américains, mais par une utilisation intelligente des singularités de la culture basque et de ses rituels de vie sociale.

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De là ressort une recommandation aux parents ambitieux pour l’éducation de leurs enfants : si vous voulez que vos chères têtes blondes soient des vainqueurs dans les joutes de la mondialisation, initiez-les aussi à leur culture propre, à leurs légendes, à leurs chants et à leurs fêtes. Tel Antée retournant au sol, c’est là qu’ils régénéreront leurs forces dans l’épreuve.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Le singulier et l'universel », Le journal de l'école de Paris du management, 3/2006 (N°59), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2006-3-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.059.0007


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