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Le journal de l'école de Paris du management

2006/4 (N°60)


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Ganymède : Quelle bonne raison pouvez-vous me donner de prendre les décisions à vingt, plutôt qu’à deux, plutôt que tout seul ?

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Gudule : Vingt cerveaux travaillant ensemble sont nécessairement plus intelligents que deux ou qu’un seul.

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Ganymède : Christian Morel [1][1] Christian Morel, “Les décisions absurdes”, le Journal... a montré que même des experts et des savants réunis en groupe pouvaient prendre des décisions absurdes, c’est-à-dire, selon la définition qu’il en a proposée, commettre « des erreurs radicales et persistantes, dont les auteurs agissent avec constance et de façon intensive contre le but qu’ils se sont donné ». La croyance en l’intelligence collective empêche souvent de prêter suffisamment attention aux pièges mentaux dans lesquels on s’enferre tous ensemble.

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Gudule : Ces erreurs collectives naissent généralement de la trop grande homogénéité du groupe.

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Ganymède : Christian Morel a étudié les interactions, au sein d’un même groupe, entre ce qu’il appelle les candides, les experts et les managers, et montre que bien souvent ce sont les jeux de rôles entre ces différentes catégories de participants qui les mènent à la décision absurde.

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Gudule : Il ne suffit pas que les gens aient des formations et des rôles différents ; il faut aussi qu’ils ne se connaissent pas depuis trop longtemps, sans quoi ils n’ont plus rien à se dire ou sont arrêtés par des considérations personnelles étrangères à l’affaire. Seules des personnes extérieures peuvent, par leurs critiques et leurs interrogations, permettre de sortir des pièges mentaux.

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Ganymède : Comment introduire en permanence des personnes extérieures à l’organisation ?

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Gudule : Quand ce n’est pas possible, on peut recréer de l’extériorité en divisant le groupe et en le faisant travailler sur des sous-projets ou des sous-questions, puis en demandant à chaque sous-groupe de soumettre ses travaux aux autres.

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Ganymède : Irving Janis montre que beaucoup de décisions absurdes naissent de la volonté inconsciente de préserver l’harmonie du groupe, et pour cela de préférer la solidarité à l’agressivité, même quand on n’est pas d’accord avec la position adoptée par le groupe.

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Gudule : Peut-être dans des discussions déconnectées de l’action, et entre des acteurs déresponsabilisés. Mais si la décision doit avoir un impact mesurable et si chacun des décideurs sait qu’il assumera une responsabilité dans le résultat final, comment pourraient-ils préférer ne rien dire face à une décision absurde ?

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Ganymède : Des gens qui prennent une décision collective ne sont responsables que collectivement. Chacun peut se défausser en expliquant que « pour sa part, ce n’est certainement pas ce qu’il aurait décidé, mais la majorité l’a emporté », et on dit que dans les pelotons d’exécution, on veillait toujours à ce que l’un des fusils soit chargé à blanc, afin que chacun puisse se convaincre que ce n’était pas sa balle qui avait tué le condamné. C’est pourquoi je persiste à croire qu’il vaut mieux qu’une seule personne décide et assume sa responsabilité.

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Gudule : Quitte à se priver des lumières de vingt autres cerveaux ?

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Ganymède : Il lui est loisible de les consulter, mais seule vaut la responsabilité individuelle.

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Gudule : Ce n’est pas le nombre qui fait l’irresponsabilité, c’est l’opacité : rendez les délibérations transparentes, restituez les propos et le rôle de chacun dans la décision, comme à l’Assemblée nationale, et communiquez-les à l’extérieur du groupe : vous mesurerez très exactement les différentes responsabilités individuelles.

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Ganymède : Sornettes ! À l’Assemblée, chacun dispose d’une voix, mais dans mon organisation, c’est moi qui décide : vous-même et les autres membres du comité êtes irresponsables.

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Gudule : C’est comme si vous cheminiez entre des précipices sans garde-fou !

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Ganymède : Dieu merci, je n’ai pas le vertige. Merci Gudule. Je vous ai consultée, et voici quelle est ma conclusion : jusqu’ici, je vous associais à mes décisions ; désormais, je les prendrai seul.

Notes

[1]

Christian Morel, “Les décisions absurdes”, le Journal de l’École de Paris n°37.

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'Escalier. L'art du gouvernement», Le journal de l'école de Paris du management 4/2006 (N°60) , p. 34-34
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2006-4-page-34.htm.
DOI : 10.3917/jepam.060.0034.


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