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Le journal de l'école de Paris du management

2006/4 (N°60)


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La fable est connue : au XIIIe siècle, une dame circule sur des routes de campagne, et elle interpelle les ouvriers qu’elle double : « Que faites-vous là, brave homme ? » Elle recueille trois réponses différentes : les uns lui disent : « Je casse des cailloux. » D’autres : « Je nourris ma famille. » D’autres enfin : « Je bâtis une cathédrale. »

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Ces trois réponses connotent trois relations différentes au travail. La première évoque un labeur sans contrepartie ni monétaire, ni symbolique. Cela suggère l’esclavage. La troisième suggère la participation à une grande œuvre. Ces deux conceptions du travail s’opposent comme les deux mots latins labor et opus.

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La deuxième réponse évoque l’homo economicus, celui qui échange ses efforts contre de l’argent. Un marxiste l’appellerait volontiers prolétaire, suggérant par ce vocable que le patron ne le paie pas assez, alors qu’un libéral dirait que son salaire résulte d’une négociation équitable. Quoi qu’il en soit, cette réponse est la seule qui s’offre comme objet de raison. La première évoque une violence, la troisième évoque un beau rêve.

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Ce contraste rappelle les trois sources de l’autorité distinguées par le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) : le pouvoir bureaucratique, le pouvoir traditionnel, le pouvoir charismatique.

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Bureaucratique, sous sa plume, n’est pas une épithète péjorative, bien au contraire. Cela désigne le pouvoir rationnel, équitable, fondé sur un contrat explicite entre chef et subordonné, assorti de procédures d’arbitrage par les pairs en cas de conflits et de procédures de jugement et d’avancement objectives et transparentes. C’est en principe la norme dans la Fonction publique. Max Weber laisse entendre que seule cette forme d’autorité subsistera dans les temps modernes, car elle est un remède souverain contre l’esclavage, et les deux autres relèvent de conceptions mystiques ou fanatiques propres aux temps ténébreux.

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Voire. Les passionnantes aventures rapportées dans le présent numéro amènent à réviser ce point de vue. La personnalité des orateurs est marquée, sous des formes différentes, par un charisme prononcé. Voilà des hommes que chacun a envie d’écouter et de suivre. Mais leurs messages ont de puissantes racines dans le passé, passé historique, passé politique ou passé technique.

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Tant que les hommes ont faim ou froid, ils travaillent pour se nourrir et se réchauffer d’abord. Mais quand ce niveau de misère est dépassé – dans les pays riches comme la France, même les chômeurs ont de quoi manger – ils aspirent tous à bâtir des cathédrales et à en être fiers. Le travail s’appelle alors une situation, ce qui évoque un sens, un rôle, une identité sociale. Il est significatif que ce même message ressorte de trois groupes de l’École de Paris, Vie des affaires, Vies collectives, et Entrepreneurs, villes et territoires, où seul le premier évoque directement la vie économique.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Les bâtisseurs de cathédrales. Les bâtisseurs de cathédrales », Le journal de l'école de Paris du management, 4/2006 (N°60), p. 6-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2006-4-page-6.htm
DOI : 10.3917/jepam.060.0006


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