Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2006/5 (N°61)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 38 - 38
1

La marketteuse : Une chose m’a toujours étonnée dans notre système démocratique : les gens sont censés élire leurs représentants en choisissant ceux dont le programme répond le mieux à leurs attentes. Mais les marketteurs savent que les consommateurs sont incapables d’exprimer plus de 10 % de leurs besoins. C’est notre travail de prévoir ces besoins à leur place, de les constater, voire de les susciter, de les renouveler ou de les stimuler. Je doute qu’il en aille différemment pour ceux des citoyens, et le principe même des élections me paraît donc suspect. Les électeurs ne savent pas ce qu’ils veulent ; les élus ne savent pas ce que veulent leurs électeurs et ne savent pas forcément ce qu’ils veulent eux-mêmes ; en revanche, si les élus ont été initiés au marketing ou tout simplement à sa forme politique qu’est la démagogie, ils peuvent façonner les prétendus besoins de leurs électeurs. Mais dans ce cas, peut-on encore parler de démocratie ?

2

La mairesse : Le marketing n’a pas tous les pouvoirs que vous lui prêtez. Aujourd’hui, grâce à l’internet, les gens échappent aux chausse-trappes des magasins ; ils peuvent ouvrir à l’infini les possibilités de choix, réduire l’asymétrie d’information, comparer les offres, bref, rendre leur acte d’achat réfléchi, ce qui est l’enfer des marketteurs.

3

La marketteuse : Cela ne concerne qu’une minorité de consommateurs ! Certains idéalistes prétendent que désormais seules réussiront les innovations apportant un véritable bénéfice au client, et non les innovations “prétextes” imposées par les concepteurs. Ils vont jusqu’à prôner un travail collaboratif entre producteurs et consommateurs pour “créer de la valeur collective”… Dans ce cas, à quoi servirions-nous, je vous le demande !

4

La mairesse : Vous ne devriez pas sous-estimer ces nouvelles pratiques, qui à mon avis ne vont cesser de se développer. Pour ma part, je m’attends à un effet de boomerang vers le monde politique. Les élus sont très en retard sur cette évolution de la société, car leur milieu est très verrouillé, ce qui freine les innovations. Mais nous devrons tôt ou tard nous y mettre, ne serait-ce que parce que les électeurs sont aussi des consommateurs, et que ce qu’ils apprennent d’un côté, ils le réutiliseront de l’autre.

5

La marketteuse : Je ne crois nullement à ce genre d’évolution dans le monde économique, et a fortiori dans le monde politique.

6

La mairesse : Détrompez-vous : je suis actuellement sollicitée par des internautes pour élaborer mon prochain programme électoral en open-source avec tous les habitants de la commune qui le souhaiteront.

7

La marketteuse : Si vous acceptez, ce sera un beau coup?marketing. Mais je persiste à penser que les gens ne savent pas ce qu’ils veulent et se contenteront de réagir à vos propositions. A moins que vous n’ayez prévu d’organiser des focus groups avec alcool, convivialité et effet huis clos?pour les aider à approfondir et formuler leurs attentes ?

8

La mairesse : J’ai mieux : je vais les faire travailler en module de concertation, méthode encore complètement inconnue des marketteurs. Les participants ne se contenteront pas de s’exprimer : ils s’écouteront les uns les autres, interrogeront des experts, découvriront les contraintes liées à tout projet, imagineront et testeront des solutions, feront évoluer leur point de vue. Je ne serai que le chef d’orchestre de cette réflexion collective, me contentant de veiller à l’harmonie générale du concert, puis me chargeant de mettre en œuvre les décisions.

9

La marketteuse : J’ai compris : vous aussi, vous êtes une idéaliste ! Me voici rassurée, le marketing a encore de beaux jours devant lui : les gens comme vous sont pour nous des proies faciles.

Notes

[*]

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

elisabeth.bourguinat@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'Escalier », Le journal de l'école de Paris du management 5/2006 (N°61) , p. 38-38
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2006-5-page-38.htm.
DOI : 10.3917/jepam.061.0038.


Article précédent Pages 38 - 38
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback