Accueil Revues Revue Numéro Article

Le journal de l'école de Paris du management

2006/6 (N°62)


ALERTES EMAIL - REVUE Le journal de l'école de Paris du management

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
1

Dans les débats sur l’opposition entre centralisation et décentralisation, les Français disposent à leur porte d’un objet d’observation de toute beauté : la Suisse. En matière d’institutions politiques, la Suisse, c’est la France à l’envers, plus précisément la tête en bas. Le pouvoir, en France, est à Paris, et même de plus en plus depuis le Moyen Âge, avec un timide mouvement de régionalisation depuis quelques décennies, tandis qu’en Suisse, il est de plus en plus au niveau du village, avec un timide mouvement vers la capitale fédérale, Berne, depuis quelques décennies. La symétrie, ou plutôt l’antisymétrie, est saisissante.

2

Le résultat est que les Français, même cultivés, se contentent de quelques idées comme montagnes, fromages, banques, neutralité, et là s’arrête leur dossier sur la Suisse. Les catégories politiques françaises sont inopérantes pour comprendre le concept central de la société suisse : le consensus [1][1] Ma principale source est l’excellent mémoire de fin.... En Suisse, ce qui est important, ce n’est pas d’avoir raison, c’est d’être tous d’accord. Cela prendra le temps qu’il faudra, mais ce sera solide. On est porté à le croire, car la Suisse existe formellement depuis 1291, et sa Constitution remonte au XIXe siècle. La Suisse est en paix avec la terre entière depuis 1515, et elle est aujourd’hui l’un des pays les plus riches d’Europe.

3

La vie politique suisse est, pour un Français, beaucoup plus exotique que celle d’un pays lointain comme l’Inde, le Japon ou la Perse, chère à Montesquieu. Qui connaît le nom du président de la Confédération helvétique ?

4

Le Conseil Fédéral comprend sept membres dont le président change tous les ans, et il a très peu de pouvoirs par rapport à chacun des vingt-six cantons. Le canton, quant à lui, a peu de pouvoirs par rapport aux villages. L’institution fondamentale est le référendum (ou votation), où tous les citoyens sont invités à trancher en dernier ressort. On dénombre plus de 500 référendums depuis 1850 au seul niveau fédéral, et il faut ajouter le niveau cantonal et le niveau local, où l’on vote souvent.

5

Ce culte des libertés locales et du consensus a des conséquences négatives : la lenteur et la complexité, et des conséquences positives : la possibilité d’expérimenter, et la solidité.

6

Il ne faudrait pas croire que le calme apparent de la vie publique suisse reflète une grande uniformité de points de vue. En fait, il existe des partis politiques de tous bords, auxquels s’ajoutent les rivalités linguistiques, voire religieuses. Les Suisses se disputent beaucoup. Mais ils sont tous d’accord sur un point : tout le monde doit être entendu. Cela peut prendre des années. De plus, le résultat peut être d’une ébouriffante complexité. Par exemple, le système scolaire, la fiscalité, la police et la justice sont cantonaux et différents selon les cantons. Le résultat est une hétérogénéité dans l’espace et le temps, affolante au regard du jacobinisme français, mais d’une pérennité impressionnante.

7

Les Français aiment les idées claires, les solutions logiques, les leaders politiques charismatiques, les réponses rapides aux urgences de l’heure. Mais Blaise Pascal a dit : « L’erreur n’est pas le contraire de la vérité, mais l’oubli d’une vérité contraire. » Cette sage maxime nous incite à mieux observer nos voisins et amis suisses.

Notes

[1]

Ma principale source est l’excellent mémoire de fin d’études de Marc Chevrel et Jean-Philippe Vert, ingénieurs des mines, intitulé « Le consensus suisse ». Publication École des mines de Paris 1998.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Comment peut-on être Suisse ? », Le journal de l'école de Paris du management, 6/2006 (N°62), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2006-6-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.062.0007


Article précédent Pages 7 - 7 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback