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Le journal de l'école de Paris du management

2007/1 (N°63)


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Le présent numéro du Journal rapporte les propos de quatre hardis entrepreneurs qui se sont lancés dans des aventures sans précédent, des voies inexplorées, des expéditions, est-on tenté de dire, à hauts risques, et qui ont atteint leurs buts. Comment expliquer leur audace et mettre au jour leurs secrets ?

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Une première tentation est de les comparer à des personnages familiers du monde des affaires d’aujourd’hui : les innovateurs. Mais ce rapprochement tourne court, car l’innovateur est dominé par une idée, une trouvaille, une invention dont il attend la fortune. Rien de tel chez nos explorateurs.

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Car c’est bien aux hardis marins qui ont découvert la planète qu’il convient de comparer les héros en question. Comme Vasco de Gama, Magellan ou Jacques Cartier, leur projet est de continuer à faire les mêmes affaires, mais plus loin, en plus grand, par des chemins plus efficaces. Pour cela, ils ont déployé des efforts, subi des souffrances, et surtout fait montre d’une obstination qui nous émerveille et nous intrigue. Quels furent leurs moteurs ?

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Je proposerai une hypothèse : ils avaient des comptes à régler avec leur propre identité qui ne pouvait se satisfaire des horizons bornés dont ils partaient. Trois exemples des deux derniers siècles, qui s’offrent plus commodément à l’analyse : Tocqueville, Lénine, et de Gaulle.

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Tocqueville (1805-1859) fut le plus brillant théoricien de la démocratie, dont il trouva le modèle aux États-Unis. Mais c’était un aristocrate accompli, magistrat de surcroît, de la caste des vaincus de la Révolution. Il voua son énergie à redonner de la noblesse au pouvoir du peuple.

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Lénine était un bourgeois intellectuel, le portrait même des exploiteurs dont il dénonça la tyrannie. Il jugula la culpabilité attachée à cette condition en se faisant le flamboyant avocat des victimes.

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De Gaulle, militaire exemplaire, était porteur d’une idée de la France qui l’a contraint à désobéir lorsqu’il s’est convaincu que des « gouvernants de rencontre » avaient trahi cette idée.

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Il est à noter, comme l’a fait le philosophe Michel Serres, [1][1] Michel Serres Petites chroniques du dimanche soir.... que tous les explorateurs connus viennent d’Europe. Or, dit-il, l’humanité est apparue en Afrique, si l’on en croit les paléontologistes. Il a bien fallu que les hommes franchissent terres et mers pour aller peupler les autres continents. On n’a jamais entendu parler de navires chargés de noirs d’Afrique débarquant en Grèce, ni d’Indiens d’Amérique venant découvrir la Bretagne avant que Christophe Colomb ne les découvre.

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Il y a bien eu les hordes de cavaliers asiatiques, les Attila, Tamerlan, Gengis Khan, ainsi que les Arabes arrêtés, dit-on, à Poitiers, cependant ce n’étaient pas des explorateurs, mais des guerriers qui venaient en foules et dévastaient tout sur leur passage.

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S’offre alors une hypothèse intéressante : ce goût et ce talent pour l’exploration seraient-ils des traits caractéristiques de cette culture européenne que l’on s’évertue à définir à Bruxelles ? Cette hypothèse me tente, je l’avoue, car elle ne déprécie en rien les mérites des autres cultures, qui peuvent briller autrement, et elle implique des espoirs pour l’avenir.

Notes

[1]

Michel Serres Petites chroniques du dimanche soir. Edition Le Pommier 2006. « Découvreurs, explorateurs » p. 180

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Explorateurs », Le journal de l'école de Paris du management 1/2007 (N°63) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2007-1-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.063.007.


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