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Le journal de l'école de Paris du management

2007/2 (N°64)


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Modèle difficile à classer dans un paysage institutionnel bien ficelé, L’École de Paris a su s’imposer à force d’originalité. Aujourd’hui, elle souhaiterait en faire profiter le monde entier, en diffusant sa pensée en anglais. Étape obligée des étudiants désireux de briller, des scientifiques souhaitant s’imposer, ou des multinationales à la recherche de la globalité, l’anglais s’offre comme l’alternative obligée. Une solution toute trouvée qui en ferait presque oublier que de Boston à Eaton, les gentlemen en herbe se mettent à rêver, rien qu’à l’idée de pouvoir un jour parler français. Aimant puissant, notre langue devient ainsi le signe de ralliement de peuples à la recherche d’une vie culturelle aux mille attraits, d’une justesse intellectuelle bien ancrée, et d’une parole libérée. Et c’est à n’en point douter ce qui fait la fierté des cinquante-trois pays qui partagent notre façon de parler. Pour qui sait s’arrêter, le français est peut-être ce qui de la France fait le plus rêver.

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Or, laissez-moi vous présenter une institution qui tout en cherchant à nous faire penser, s’efforce également depuis plusieurs années de faire rêver. Alléché en découvrant au programme les noms de chefs-cuisiniers étoilés, d’animateurs de salon de la BD, de professeurs auréolés, ou encore de commandants de forces armées, parmi tout ce que le capitalisme français compte de fins limiers, on prend soin de se presser pour arriver. Jouant l’invité avec une certaine timidité, face aux grandes salles lambrissées, on se dit bien arrivé quand on surprend quelques ténors en train de s’exercer. Le rideau est levé ! Au milieu des grandes pierres du passé, le silence se fait. Les premiers mots sont murmurés, des images projetées, et petit à petit de savoureuses anecdotes sont dévoilées. Le rire s’empare soudain des costumes croisés, et chaque mot prend alors une nouvelle lancée. La pensée de l’auditoire se met à vibrer pour mieux s’échapper, s’aiguiser, se reposer. Puis les premières questions sont jetées selon un rituel bien ficelé. La discussion se fait plus aérée, et au détour d’une analyse finement enrobée, le spectacle se met à briller.

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Pourquoi ne pas oser élever cet exercice bien rodé au rang d’art, en s’inspirant des spectacles de l’Antiquité ? Tous les quatre ans a lieu un évènement sportif qui fait rêver les plus grandes villes, de Londres à Paris : les Jeux Olympiques. On en oublierait presque qu’ils faisaient partie des fêtes panhelléniques, ces spectacles organisés en l’honneur des divinités grecques dont les couronnes glorifiaient au moins autant l’exploit sportif que la performance artistique. En écho des athlètes d’Olympie, la ville de Delphes et sa clairvoyante Pythie étaient tournées vers les arts et le culte d’Apollon. Sur le flanc du Mont Parnasse se tenaient des jeux Pythiques, où se déclamaient les plus beaux chants. La magie du lieu et de l’époque laissent rêveur. Et on se demande si l’Ecole de Paris ne possède pas l’identité propre à réhabiliter ces grands moments de réflexion et de contemplation, en accompagnant les orateurs dans leur quête des plus beaux discours et des plus belles vérités. Plus que jamais Paris aurait gagné sa couronne de lauriers.

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Que diriez-vous alors d’élever cet art de la belle vérité à la Francophonie ? Sur les routes caravanières ensablées, aux confins d’étendues enneigées, dans les forêts les plus reculées, par-delà les îlots de cocotiers, ou dans les lieux les plus branchés, de multiples façons de commercer existent grâce au français. Loin des grandes théories, les petites vérités sur l’art de prospérer sont ainsi dispersées et échangées au gré des opportunités. A un moment où réapparaissent de grandes diasporas bien huilées, activer et faire dialoguer ces peuples et civilisations si profondément liés par un langage familier serait une belle opportunité. Cultivant avec une sereine efficacité l’art de rassembler, l’École de Paris trouve là une voie royale à explorer. Sans compter qu’ainsi lancée, elle continuerait à faire dialoguer bien au-delà des cercles de pensée, à l’orée de l’unité de l’humanité. Y a-t-il des candidats aventuriers ?

Pour citer cet article

Guetteville Jean Béhue, « Carrefour des amis pour croiser vos idées. Des Jeux Pythiques en Francophonie», Le journal de l'école de Paris du management 2/2007 (N°64) , p. 38-38
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2007-2-page-38.htm.
DOI : 10.3917/jepam.064.038.


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