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Le journal de l'école de Paris du management

2007/2 (N°64)


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Entre le troisième et le deuxième siècle av. JC, Rome s’est complètement emparée de la Grèce, mais dans les siècles qui ont suivi, la plus grande partie du monde romain a parlé, écrit et pensé en grec, ce qui a fait dire au poète Horace (65-8 av. JC) : « La Grèce conquise a conquis son farouche vainqueur. »

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C’est à des pensées voisines qu’invitent les achats spectaculaires que l’on a observés ces derniers temps, en particulier l’achat d’Arcelor par un Indien, puis l’achat de l’essentiel de la sidérurgie britannique par un autre Indien. Mais l’un et l’autre habitent Londres, s’habillent en complet cravate, et rien n’a donné à penser jusqu’ici que leurs décisions différaient sensiblement de celles des anciens propriétaires, encore moins de celles des fonds de pension cosmopolites qui deviennent peu à peu majoritaires dans beaucoup de grandes entreprises.

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Et le plus spectaculaire est encore à venir. Les pluies de dollars qui s’abattent sur les producteurs de pétrole, les fleuves d’or qui submergent les plus dynamiques entreprises chinoises laissent craindre la multiplication d’opérations de ce genre.

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Sommes-nous les Grecs de ces nouveaux Romains ? Vont-ils à leur tour se mouler dans les cultures de leurs conquêtes ? Oui et non.

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Notons tout d’abord qu’en économie libérale, le vrai patron de l’entreprise, c’est le client. Celui-ci achète ce qui lui plaît, et même si Christian Dior et Hermès étaient rachetés demain, une Parisienne resterait une Parisienne. Peut-être le développement d’un luxe d’inspiration exotique ferait évoluer son goût, comme on l’a observé pour la culture américaine, mais on ne peut guère parler de colonisation car rien ne nous a contraints à nous mettre au blue-jean et au Coca.

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Rien ? Ce n’est pas tout-à-fait sûr. Bien que les vastes opérations de marketing partent des goûts spontanés des prospects, elles ont indiscutablement pour effet de les infléchir plus ou moins vite. Par ailleurs, la disposition de grandes fortunes permet de négocier en position favorable avec les pouvoirs politiques, ce qui se rapproche pour le coup de la colonisation au sens propre.

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Pour résister à ces modernes conquérants, la solution est clairement de se renforcer dans sa culture locale, car plus elle sera vigoureusement portée, plus ils devront s’y soumettre pour réussir. On le voit bien dans le présent numéro : ces hardis entrepreneurs français qui partent à la conquête toute pacifique de l’Inde et de la Chine sont bien obligés, non seulement de séduire les consommateurs locaux, mais aussi, de nouer des relations de confiance avec leurs collaborateurs recrutés sur place.

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Ainsi, la vision guerrière, jamais tout à fait absente, est complétée et enrichie par celle d’un jeu gagnant-gagnant, où les civilisations, loin de se détruire, s’enrichissent de leurs différences, comme le propose Bernard Nadoulek, l’un des orateurs de ce numéro, dans son livre L’épopée des civilisations. Voilà bien un trait culturel à l’honneur dans les rencontres organisées par l’École de Paris : l’affrontement des identités humaines comporte de petits risques, mais surtout de grandes chances.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Qui colonise qui ? », Le journal de l'école de Paris du management 2/2007 (N°64) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2007-2-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.064.007.


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