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Le journal de l'école de Paris du management

2007/3 (N°65)


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Les horreurs de la guerre, dit-on. Certes, et le siècle dernier, comme celui qui commence, nous a submergés d’épreuves, de récits, de chiffres et d’images qui illustrent les souffrances et les ravages que les affrontements armés ont répandus sur toute la planète ou peu s’en faut. Ces effets épouvantables de la folie des hommes ne suffiront-ils pas à arrêter le massacre ? Manifestement pas, puisque les États-Unis, pays des prix Nobel, qui cite Dieu dans sa devise, perpétue aujourd’hui une hécatombe en Irak, y compris sur ses propres fils.

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La difficulté réside dans le fait que la guerre est une solution d’une brutale, d’une aveuglante évidence comme réponse au mal, qu’elle s’impose comme concrétisation de la colère et comme remède au désir de vengeance. Mais de surcroît, et c’est difficile à penser et à dire, elle est la source d’innombrables bienfaits.

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Il est évident que jamais l’énergie nucléaire n’aurait été domestiquée sans la bombe atomique. Tout le monde sait que les transistors sont nés dans les missiles et que, par conséquent, toute l’électronique d’aujourd’hui doit son origine aux armements. On a un peu oublié que l’internet, inventé pour favoriser les échanges entre chercheurs, devait permettre de poursuivre la guerre en cas de destruction des communications traditionnelles.

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Mais ce que l’on ignore tout à fait, hors les spécialistes, c’est qu’il en va de même pour des commodités domestiques qui n’évoquent que paix et douceur. C’est ainsi que les détergents sont nés de la nécessité de remplacer le savon, coûteux en graisses animales et en soude, pour nettoyer les bateaux de guerre américains ; que le téflon, ce revêtement réfractaire si utile dans nos poêles, est apparu comme lubrifiant sec dans les moteurs d’avions de chasse ; que le nylon, avant de fournir la lingerie de ces dames, a fourni des parachutes ; que la pénicilline, inventée hors de la guerre, n’est devenue abordable qu’à la suite des efforts pour en fournir de grandes quantités aux soldats blessés.

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Il n’est pas jusqu’à la psycho­sociologie, science de la vie des groupes, qui n’ait trouvé sa source dans l’économie de guerre. Son génial inventeur, l’Américain Kurt Lewin, a été invité par l’armée à élucider la raison pour laquelle les ménagères refusaient de consommer les abats des bestiaux, parties périssables difficiles à envoyer aux troupes sur le front. C’est en réunissant de nombreux groupes de discussion sur ce thème que Lewin et son équipe ont établi les fondements de cette nouvelle discipline.

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Tout cela est aisé à comprendre. L’urgence des temps de guerre est telle que les gouvernements concentrent des efforts et des dépenses inimaginables en temps normal. De plus, l’armée est le mode de management le plus ancien et le plus répandu depuis l’antiquité, et c’est elle que l’on trouve au pouvoir dans la plupart des pays quand ils accèdent à l’indépendance. Montesquieu a résumé en termes vigoureux la raison pour laquelle toutes ces belles inventions pouvaient difficilement naître en temps de paix : « Pour former un gouvernement modéré, il faut combiner les puissances, les régler, les tempérer, les faire agir ; donner pour ainsi dire un lest à l’une, pour la mettre en état de résister à une autre ; c’est un chef-d’œuvre de législation, que le hasard fait rarement, et que rarement on laisse faire à la prudence. »[1][1] Montesquieu. De l’esprit des lois. Livre V chap. 1...

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La guerre, c’est tout le contraire. On y va rudement, démarche qui sème la mort, mais qui paradoxalement est également propice à faire surgir des innovations improbables.

Notes

[1]

Montesquieu. De l’esprit des lois. Livre V chap. 15.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. La guerre, source de mort, source de vie », Le journal de l'école de Paris du management, 3/2007 (N°65), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2007-3-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.065.0007


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