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Le journal de l'école de Paris du management

2007/4 (N°66)


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Les sans domicile fixe (SDF) sont encombrés et stigmatisés par leurs bagages. Or, les rares consignes qui leur sont destinées n’ouvrent qu’une ou deux fois par semaine. Une association constituée de SDF et d’ADF (avec domicile fixe) a monté un projet de bagagerie biquotidienne ancrée dans le quartier des Halles de Paris, répondant aux besoins de ses usagers et fonctionnant avec leur participation. Les élus ont soutenu le projet, les financeurs ont été séduits ; ce projet est prêt à voir le jour.

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Richard FLEURY : Quand vous êtes sans domicile fixe (SDF) comme moi, vous devez traîner toute la journée vos bagages sur votre dos. Dans la rue, les gens savent immédiatement que vous êtes un SDF. Et quand vous cherchez du travail et que vous vous présentez avec votre sac et votre duvet, la première chose que les patrons et les employés vous disent, c’est « Dehors ! » Une fois, j’ai voulu entrer dans un café ; dès que le patron m’a vu avec mon sac à dos, il m’a dit « Tu peux ressortir », sans même me demander si j’avais de l’argent pour payer. Lorsque je me suis présenté à la porte de la bibliothèque de Beaubourg, j’ai aussitôt été refoulé par le vigile. Une autre fois, j’avais confié mon sac à quelqu’un et j’ai pu entrer. Pourquoi ? J’avais la même tête. L’intérêt d’une bagagerie, c’est de pouvoir déposer ses affaires en lieu sûr, et aussi d’être considéré comme une personne normale et non comme un SDF.

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Il existe déjà des bagageries à l’heure actuelle, mais en général, elles ne sont ouvertes que deux ou trois fois par semaine, et les casiers sont trop petits. Ce qui m’intéresse, moi, c’est de pouvoir poser toutes mes affaires le matin, et de reprendre ce dont j’ai besoin le soir pour aller dormir.

L’origine du projet

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Élisabeth BOURGUINAT : Le projet de bagagerie biquotidienne porté par l’association Mains libres est né de diverses rencontres.

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Plusieurs d’entre nous font partie d’Accomplir, une association d’habitants du Ier arrondissement de Paris qui participe depuis quatre ans à la concertation sur le projet de rénovation des Halles [1][1] Élisabeth Bourguinat, “Accomplir : les secrets d’une.... Cela faisait déjà longtemps que ses membres s’interrogeaient sur la façon d’améliorer l’accueil des SDF dans le quartier des Halles, où ils sont très nombreux.

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L’une d’entre nous, Françoise Aba, membre d’ATD Quart-Monde, se rendait régulièrement au Café Rencontre, organisé par l’association Aux captifs, la libération, qui vient en aide aux SDF et a une antenne rue Saint-Denis. Trois matins par semaine, les SDF peuvent s’y mettre à l’abri, boire un café, jouer aux cartes, et discuter avec les salariés ou les bénévoles. Françoise a eu un jour l’idée de leur demander de quoi ils auraient besoin dans le cadre du projet de rénovation des Halles, et ils lui ont tout de suite parlé « d’un endroit pour mettre les bagages ». Une telle demande nous paraissait cependant difficile à satisfaire, car ce genre d’équipement semblait présenter d’insurmontables problèmes d’organisation et de sécurité.

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Parallèlement, nous avons été invités à participer à des réunions organisées par la mairie du IIIe arrondissement pour réfléchir à des actions à mener en commun en faveur des SDF. Nous avons découvert qu’une association issue des conseils de quartier du IVe arrondissement, Bagagérue, était en train de monter un projet de bagagerie avec l’appui de la maire, Dominique Bertinotti. Cela nous a donné confiance : créer une bagagerie était possible, puisque d’autres le faisaient.

Inclure les SDF dans le projet

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En juin 2005, au cours d’une séance de ce même séminaire, Cécile Rocca, coordinatrice du collectif Les Morts de la rue, a expliqué que pour lutter contre l’exclusion, il ne suffisait pas de nourrir, de vêtir ou même d’abriter les SDF : il fallait les inclure, et pour cela les accueillir dans nos associations, dans nos églises, dans nos partis politiques [2][2] Cécile Rocca, Francis Cymbler, “L’utilité sociale des.... Au début de la conférence, le comédien Francis Cymbler avait présenté un extrait d’un spectacle qu’il était en train d’écrire et où il représentait un SDF.

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En janvier 2006, l’association Accomplir, en lien avec plusieurs autres associations du quartier des Halles, a organisé une première représentation de ce spectacle, avec un débat sur le thème « Comment inclure les gens de la rue dans notre quartier ? » Nous avons réussi à convaincre une dizaine de SDF de participer à cette soirée, entre autres parce que nous avions pris des dispositions pour pouvoir stocker leurs bagages pendant le spectacle. Lors du débat, plusieurs d’entre eux ont exprimé leur intérêt pour le projet de bagagerie, mais aussi revendiqué leur citoyenneté : « Y en a marre qu’on fasse des choses pour nous sans nous demander notre avis. »

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Richard FLEURY : Je me rendais régulièrement au Café Rencontre et je connaissais Françoise. Un jour, elle m’a parlé du projet de bagagerie et m’a demandé si cela m’intéresserait d’y participer. J’en ai parlé à quelques amis, nous lui avons donné notre accord et elle nous a invités aux réunions. Tout le monde, SDF et ADF, est assis autour de la table, et chacun a le droit de prendre la parole à son tour pour donner son avis.

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Quand nous avons fondé l’association Mains libres, en juin 2006, nous avons élu les membres du conseil d’administration, qui comprend 6 SDF, 6 ADF et 4 représentants d’associations spécialisées partenaires. Ensuite, il a fallu désigner le bureau. Quelqu’un m’a dit : « Pourquoi tu ne te présenterais pas comme vice-président ? » On était deux à se proposer et c’est moi qui ai été élu.

Un projet innovant

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Élisabeth BOURGUINAT : Dans sa forme, ce projet présente trois caractéristiques innovantes.

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Tout d’abord, il a été conçu sur la base de la réponse à un besoin. Après la première formulation du souhait d’une bagagerie, nous avons organisé une petite étude de marché auprès de 49 SDF du quartier. Nous avons également visité des bagageries existantes et analysé ce que proposait le secteur marchand (consignes SNCF, stockages de type “une pièce en plus”). Nous en avons conclu que ces offres étaient trop chères et/ou inadaptées pour les SDF.

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La deuxième caractéristique de ce projet est d’être porté par des ADF du quartier. La plupart du temps, les structures s’adressant aux SDF sont créées par des associations spécialisées et provoquent immédiatement la mobilisation d’un comité de défense de riverains : « Votre idée est formidable, mais votre équipement serait beaucoup mieux dans un autre quartier que celui-ci. » Étant des habitants nous-mêmes, nous avons pu défendre notre projet devant le conseil de quartier et le faire accepter sans doute plus facilement que n’aurait pu le faire une association caritative.

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La troisième innovation consiste à associer étroitement les usagers : les SDF ont participé à la définition du concept et à l’élaboration du projet, ils siègent au conseil d’administration et ils pourront être bénévoles et assurer l’accueil de la bagagerie.

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Sur le fond, ce projet va également à l’encontre des pratiques habituelles à l’égard des SDF, condamnés à un mouvement perpétuel et repoussés dès qu’ils se “fixent” à un endroit (« Ne restez pas là ! »). Le projet de Mains libres consiste à les reconnaître comme habitants à part entière d’un quartier donné et même à les aider à “s’ancrer” dans ce quartier à travers la bagagerie et la participation au tissu associatif. Ils peuvent rester usagers de l’équipement aussi longtemps qu’ils en ont besoin.

Le montage du projet

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À partir du mois de février 2006, nous avons tenu des réunions à peu près tous les 15 jours et nous nous sommes efforcés de passer en revue tous les aspects du fonctionnement de la future bagagerie.

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Nous avons rencontré les maraudeurs d’Emmaüs, qui se rendent auprès des SDF la nuit pour leur apporter des duvets ou du café. Nous avons également invité le responsable de la police de quartier pour réfléchir aux questions de sécurité et à l’environnement de la future bagagerie. Nous avons beaucoup travaillé sur le règlement intérieur, et c’est un SDF, Bernard Dubois, qui l’a finalement rédigé en reprenant les conclusions de nos débats. Pour la gestion des bénévoles, nous avons consulté deux responsables de la vénérable institution de la Soupe Saint-Eustache, qui depuis vingt ans distribue 150 à 200 repas chaque soir pendant les quatre mois d’hiver, et mobilise pour cela 250 volontaires.

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L’une des questions cruciales était celle du local. Dans le cadre du projet de rénovation des Halles, des bâtiments situés au-dessus du cratère du Forum des Halles doivent être démolis, et certains d’entre eux sont d’ores et déjà vides. C’est entre autres le cas d’une ancienne halte-garderie de 135 m2, située au premier étage, qui nous paraissait convenir parfaitement à notre projet. Nous avons demandé à pouvoir en disposer de façon provisoire afin d’établir notre preuve de concept et, en cas de succès, d’avoir le temps de chercher un local pérenne.

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Dès que le projet a été suffisamment avancé, nous avons constitué un dossier de 44 pages et l’avons présenté aux maires des quatre premiers arrondissements, à la députée de Paris Centre et adressé au maire de Paris. Un projet de ce type ne pouvait aboutir qu’à condition d’être fortement soutenu par les élus. Nous sommes allés les rencontrer en délégation de SDF et ADF et ils nous ont fait confiance : qu’ils soient UMP, PS ou Verts, ils nous ont tous apporté leur soutien. Le maire de Paris a déclaré publiquement que c’était un excellent projet et a demandé à ses adjoints de le mener à bien avant la Noël 2006.

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Nous avons également travaillé sur le budget et cherché des financeurs. Nous avons recueilli 200 euros de l’association Accomplir ; 1 000 euros du Crédit Mutuel ; 5 000 euros de la fondation Total ; 8 000 euros de l’association Porticus France, liée aux magasins C&A ; 3 300 euros d’une fondation familiale, Agir sa vie ; 1 000 euros du collectif de commerçants Beaubourg les Halles ; et nous allons recevoir 5 000 euros de la fondation PhiTrust. Pour le fonctionnement, la ville de Paris nous a fait un beau cadeau en nous offrant le loyer et les charges, dont le montant s’élève à 35 000 euros. Un commerçant du quartier nous a offert 1 000 euros et nous a payé le champagne pour fêter la décision de la ville.

Le fonctionnement de la bagagerie

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Richard FLEURY : La bagagerie ouvrira matin et soir, tous les jours de l’année, de 7 heures à 9 heures et de 20 heures à 22 heures Les personnes pourront se débarrasser le matin de leurs affaires de la nuit, et pendant la nuit dormir tranquilles.

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La bagagerie sera ouverte à tous sans discrimination : hommes, femmes, Français ou étrangers. Pour obtenir un casier, il faudra être suivi par une des associations partenaires, avec qui nous avons signé des conventions (l’Agora Emmaüs ou les Captifs) et être accepté par le conseil d’administration (CA) de Mains libres. Les personnes devront adhérer (gratuitement) à Mains libres et signer le règlement intérieur, qui leur sera présenté et commenté par deux membres du CA, un ADF et un SDF. Les usagers devront en particulier s’engager à ne pas provoquer de nuisances dans l’environnement, par exemple en stationnant près du local avant ou après les permanences et en faisant trop de bruit.

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Si quelqu’un a déposé ses affaires et cesse de venir à la bagagerie, au bout de trois mois ses bagages seront placés dans une réserve, pour libérer son casier pour quelqu’un d’autre. Si un mois plus tard la personne n’a toujours pas donné signe de vie, on ouvrira ses bagages, on donnera ses vêtements à un vestiaire, on renverra les papiers d’identité à la préfecture et on gardera les documents personnels au siège de l’association.

Les critères d’admission

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Élisabeth BOURGUINAT : La bagagerie comptera 50 casiers, avec une montée en charge progressive. Un nombre d’usagers plus important serait difficile à gérer ; un nombre moins important ne serait pas à l’échelle du problème : d’après nos associations partenaires, il y a environ 120 personnes vivant habituellement dans les rues du quartier des Halles.

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Nous avons identifié trois critères d’admission, qui ont été communiqués aux associations partenaires chargées d’orienter les futurs usagers vers la bagagerie.

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Le premier est la proximité : les personnes doivent vivre habituellement dans ce quartier, c’est-à-dire approximativement dans un rayon de 500 mètres autour du Forum des Halles. Cette notion peut surprendre, car on pense souvent que les personnes sans domicile fixe sont errantes. En réalité, la plupart des SDF choisissent un quartier de référence, soit parce que la manche y est plus facile, soit parce qu’ils y ont trouvé un coin abrité pour dormir, ou parce qu’ils y ont un petit réseau d’amis. Si les usagers habitent trop loin de la bagagerie, il y a peu de chance qu’ils y viennent très souvent, et si les volontaires ne voient passer que deux ou trois usagers par permanence, ils risquent de se décourager. Par ailleurs, l’un des objectifs de cette bagagerie est de tisser des liens entre habitants SDF et ADF et d’inclure les SDF dans la vie sociale et associative du quartier, ce qui suppose qu’ils vivent sur place.

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Le deuxième critère d’admission est le fait que les personnes aient besoin de ce service et soient en mesure d’en faire usage : elles doivent avoir des bagages à stocker et être capables de se rendre régulièrement au local.

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Enfin, elles doivent accepter de se plier au règlement intérieur de la bagagerie et adhérer à l’association. Cette obligation est liée au caractère participatif que nous avons souhaité donner à ce projet, mais aussi à des raisons de sécurité. Les Halles sont un quartier sensible et le stockage des bagages pourrait s’avérer une activité dangereuse. En n’admettant que des personnes qui ont été orientées vers la bagagerie par les associations partenaires et qui acceptent d’adhérer à l’association, nous nous assurons qu’il s’agit de personnes connues et a priori ne présentant pas trop de risques.

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Une fois qu’elles ont établi la liste de SDF répondant à ces trois critères, les associations partenaires la transmettent au CA de Mains libres, qui donne son accord. Après un entretien avec deux membres du CA au cours duquel le nouvel usager signe son adhésion, il peut commencer à utiliser la bagagerie.

Les bénévoles

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Richard FLEURY : Chaque permanence sera tenue par trois volontaires, qui pourront être des ADF ou des SDF. Ils seront chargés de recevoir les usagers, de pointer leurs passages, de prendre ou de donner les bagages, de préparer du café, de faire le ménage.

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Nous en avons recruté déjà plus d’une trentaine. Pour pouvoir ouvrir matin et soir sept jours sur sept toute l’année, nous avons calculé qu’il nous en faudra 70. Ceux qui veulent nous donner un coup de main sont les bienvenus ! Il nous faut des personnes fiables, ponctuelles et sur qui on puisse compter. Si elles savent qu’elles seront absentes, elles doivent prévenir à l’avance pour qu’on puisse les remplacer : il faut impérativement que la bagagerie ouvre chaque matin et chaque soir, sinon cela fera du scandale !

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Élisabeth BOURGUINAT : La charge normale d’un bénévole consiste à assurer deux heures de permanence par semaine. Le nombre de 70 tient compte de trois mois d’absences cumulées dans l’année par personne, en sachant qu’il y aura des périodes particulièrement difficiles, au mois d’août ou entre Noël et le Nouvel an. Pendant ces périodes, ceux qui seront là devront assurer un peu plus de permanences que d’habitude. Pour chacun des 14 créneaux hebdomadaires, il y aura un responsable qui s’assurera à l’avance qu’au moins 3 personnes seront là. Dans le cas contraire, il sollicitera les personnes qui se sont inscrites pour des dépannages, ou à défaut les membres des autres équipes.

Les objectifs

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Comme l’a dit Richard au début de cette présentation, la bagagerie a pour objectif de faciliter les déplacements et les démarches des SDF, en les débarrassant du “boulet” que représentent leurs bagages et de la stigmatisation qu’ils entraînent. Elle a également pour objectif de favoriser l’inclusion et l’insertion de ces personnes, notions que nous distinguons de la façon suivante : l’inclusion désigne le fait de nouer des liens avec les autres habitants et d’être membre à part entière du tissu social d’un quartier ; l’insertion désigne le fait de retrouver un logement et/ou un emploi.

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L’inclusion viendra de ce que SDF et ADF se croiseront dans la bagagerie, sans qu’il y ait de distinction entre eux puisque les uns et les autres seront adhérents et pourront être volontaires, mais aussi du fait qu’en appartenant à une association, les SDF du quartier pourront participer aussi bien aux réunions de conseil de quartier ou de concertation sur le projet de rénovation des Halles qu’aux fêtes de quartier comme celle du Jardin extraordinaire, dans le jardin des Halles. Chemin faisant, peut-être les liens tissés avec des ADF permettront-ils à certains SDF de trouver un petit boulot, voire un logement : dans ce quartier comme ailleurs, il y a sans doute des logements vides et peut-être leurs propriétaires accepteraient-ils de les mettre en location grâce à la caution apportée par Mains libres et par les associations partenaires.

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La ville, en nous apportant son soutien, a beaucoup insisté sur le fait que cette bagagerie ne devait pas simplement contribuer à améliorer la vie des gens dans la rue, mais surtout les aider à sortir de la rue. Notre projet fera d’ailleurs l’objet d’une évaluation trimestrielle, en présence des associations partenaires, pour mesurer si effectivement il contribue à l’insertion. Certains membres de l’association estiment cependant que cette exigence d’insertion constitue une pression difficile à supporter. Nous avons beaucoup débattu de la question, et l’objectif sur lequel nous sommes tombés d’accord, est de rendre à chaque personne sa mobilité et sa liberté : à elle, ensuite, d’en faire ce qu’elle voudra.

Conclusion

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Richard FLEURY : Avant, quand j’étais dans la rue, les gens passaient et m’ignoraient complètement : j’étais moins que rien pour eux. Depuis que je participe à ce projet avec Mains libres, j’ai fait beaucoup de choses : j’ai participé au vide-grenier d’Accomplir, à la deuxième soirée-débat où nous avons pu nous exprimer sur scène, j’ai tenu la buvette à une soirée de la chorale des Bachiques Bouzouks. Maintenant, il y a beaucoup de gens qui commencent à me connaître et discutent avec moi.

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Élisabeth BOURGUINAT : Quand j’ai commencé à participer à la vie associative dans mon quartier, il y a huit ans, j’ai été très choquée d’entendre quelqu’un dire au cours d’une réunion : « Ce quartier est dégoûtant, il y a plein de crottes de chiens et de SDF », comme si les SDF étaient des déchets qu’on pouvait pousser avec un balai. Après plusieurs mois d’efforts et de communication pour monter cette bagagerie, nous avons constaté que le projet était finalement bien adopté par le quartier. Alors que l’adjointe du maire de Paris chargée des associations avait jeté son dévolu sur le local que nous convoitions pour y créer une maison des associations, et que des travaux importants de rénovation avaient déjà été réalisés à cet effet, les associations du quartier, au cours d’une mémorable réunion, se sont mobilisées en notre faveur : « La maison des associations, cela fait déjà plusieurs années qu’on l’attend ; on peut attendre un peu plus ; mais la bagagerie, c’est urgent. » Finalement, le projet de maison des associations a été relocalisé ailleurs, et devant l’unanimité des associations, c’est à notre projet que ce local a été attribué…

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La convention signée avec la ville prend effet le 1er mars, pour une durée d’un an à titre expérimental. Nous devons effectuer les derniers préparatifs, acheter et installer le mobilier, et nous comptons ouvrir dès les premiers jours de mars [3][3] La bagagerie a effectivement ouvert le lundi 5 mars....

Débat

La sécurité

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Un intervenant : Pour assurer la sécurité, prévoyez-vous de fouiller les sacs qui vous seront confiés ou non ?

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Élisabeth Bourguinat : Cela a fait l’objet de longs débats entre nous. Les SDF y étaient a priori hostiles. Ce qu’il y a dans leur sac, c’est tout ce qui leur reste, toute leur intimité. Par ailleurs, il serait matériellement impossible de fouiller des dizaines de sacs deux fois par jour. Nous avons préféré établir un règlement intérieur très précis qui indique quels objets sont interdits (armes, drogue, nourriture…), et qui donne la possibilité aux bénévoles de fouiller les bagages en cas de problème particulier. Si en ouvrant un bagage, on découvre des objets interdits, cela constitue un motif d’exclusion temporaire ou définitive.

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Int. : La police se contente-t-elle de ces dispositions ?

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É.B. : Oui, sachant que par ailleurs nous n’accueillons que des personnes connues et suivies par les associations spécialisées du quartier. Enfin, nous avons opté pour des étagères et non pour des casiers fermés, ce qui permet d’intervenir beaucoup plus facilement en cas de problème. De façon assez surprenante pour nous, les SDF ont d’ailleurs été favorables au principe de casiers ouverts et séparés du public par un guichet d’accueil, plutôt que fermés et directement accessibles aux usagers : « Si les casiers sont fermés et si les SDF y ont accès, certains pourront forcer le casier voisin du leur, et nos affaires ne seront donc pas en sécurité. De plus, si on peut aller chercher ses affaires soi-même, on ne parlera à personne, alors que s’il y a un guichet, on aura au moins l’occasion de parler au volontaire qui sera derrière le guichet. »

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Int. : Que se passera-t-il si quelqu’un d’autre confie son sac à un SDF et que celui-ci contient un produit interdit ?

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R. F. : Si on ne fait pas un minimum confiance aux gens, la bagagerie ne pourra pas fonctionner.

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É. B. : Le volume des affaires que les usagers peuvent déposer est limité par la taille des casiers individuels qui leur sont attribués. Ceux-ci contiennent environ un demi-mètre cube, soit à peu près la quantité de bagages qu’une personne seule peut porter ou tirer. La lecture et la signature du règlement intérieur sont destinées à responsabiliser les gens sur les produits qu’ils peuvent ou non introduire, que ceux-ci leur appartiennent ou appartiennent à des tiers. Nous comptons aussi sur la vigilance collective qui sera exercée par les usagers : soit nous nous sommes complètement trompés dans l’analyse des besoins, soit cet endroit leur sera précieux et ils veilleront à ne pas en perdre l’usage par la faute de l’un d’entre eux.

Une procédure trop lourde ?

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Int. : Votre procédure d’inscription me paraît relativement lourde et élitiste. C’est presque le Jockey club !

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É. B. : Le problème numéro un des gens qui vivent dans la rue est l’insécurité. Imaginez ce que c’est que de dormir dehors sans savoir si vous allez retrouver vos bagages ou vos papiers en vous réveillant. Ils attachent une importance primordiale à ce que leurs affaires puissent être conservées en sécurité. D’où ce niveau d’exigence très élevé sur le recrutement des usagers. Cela ne leur apparaît pas comme une contrainte, mais comme un gage de réussite du projet.

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Il est certain que cet équipement ne s’adressera pas d’emblée à tous les SDF. Dans la rue, il y a beaucoup moins de personnes alcooliques qu’on ne le croit (de l’ordre de 7 % seulement). En revanche, beaucoup souffrent de problèmes psychiatriques parfois graves. Tous ne seront pas capables de venir régulièrement à la bagagerie, et nous ne serons pas forcément compétents pour les accueillir. Dans l’ensemble des dispositifs de lutte contre l’exclusion, nous ne représentons qu’un maillon : nous pensons que ce service de bagagerie apportera une contribution très utile, mais il ne pourra pas résoudre tous les problèmes.

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C’est d’ailleurs pour raison que nous travaillons en partenariat avec des associations spécialisées, plus aptes que nous à prendre en charge les SDF le plus en difficulté. Nous interviendrons plutôt auprès de personnes qui sont relativement proches de l’insertion, et pour qui le fait de disposer d’une bagagerie, de faire partie d’une association et de nouer des liens sociaux peut être décisif. Parmi les membres SDF de l’équipe, une personne a déjà retrouvé un logement grâce aux Captifs et une autre a trouvé une solution d’hébergement durable.

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Int. : Ce qui est important, c’est de créer une dynamique. Au début, nous commencerons avec les personnes les plus aptes à respecter le règlement intérieur. Ensuite, si l’expérience se passe bien, cela donnera sans doute envie à d’autres personnes, plus en difficulté, de venir déposer leurs bagages et d’adhérer à l’association. De notre côté, nous serons plus expérimentés et plus à même de les recevoir. En aucun cas, nous ne voulons laisser de côté ceux qui souffrent le plus.

Comment évaluer l’insertion ?

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Int. : Vous avez dit que vous seriez évalués sur le taux d’insertion des usagers de la bagagerie, mais l’ouvrage de Patrick Declerck, Les Naufragés, est très pessimiste sur la possibilité de se réinsérer quand on a connu la vie à la rue. Il explique que ceux qui essaient de s’en sortir finissent généralement par craquer, même lorsqu’ils sont aidés, et qu’ils se retournent parfois violemment contre ceux qui sont venus à leur secours. Pour lui, imposer l’insertion comme une norme revient à accentuer l’exclusion. Il va jusqu’à préconiser la création d’hospices, c’est-à-dire de lieux où l’on aide les gens sans aucune exigence à leur égard.

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É. B. : On ne peut pas décider à?la place des gens s’ils seront ou non capables de se réinsérer ! Il faut que le champ des possibles reste ouvert. Nous offrirons aux SDF une solution pour leurs bagages, un accompagnement amical au sein d’une association, une inclusion dans le quartier, et tout cela pourra faciliter la recherche d’un travail ou d’un logement et améliorer le taux de succès de nos associations partenaires, mais nous ne pourrons en aucun cas supporter seuls l’évaluation sur le taux de réinsertion. Je pense même que cette évaluation portera davantage sur nos associations partenaires que sur nous, car nous ne maîtriserons qu’une petite partie de la chaîne, en amont de la réinsertion proprement dite.

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R. F. : L’association Mains libres n’est pas spécialisée dans le fait d’aider les gens à trouver du travail ou un logement. Et puis moi qui ai cinquante-trois ans, chaque fois que je me présente pour une place, on me dit que je suis trop vieux. Il y a des aides pour les moins de vingt-six ans, mais quand on a plus de cinquante ans, qu’est-ce qu’on fait ?

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Int. : Si vous en aviez la possibilité, vous seriez prêt à travailler ?

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R. F. : Bien sûr ! Pour trouver un logement, j’ai besoin de fiches de paie. Mais trouver du travail, c’est difficile. Je ne peux plus exercer mon ancien métier : j’étais déménageur spécialisé en coffres-forts et pianos et je gagnais bien ma vie, mais j’ai sept disques écrasés et je ne peux plus porter de charges supérieures à 40 kg. J’ai aussi été chauffeur-livreur, terrassier, plombier. Si demain vous me proposez une place, j’y vais tout de suite, et je serai à l’heure. Vous pouvez demander à Élisabeth : le premier arrivé pour les réunions, c’est toujours moi.

Les foyers d’hébergement

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Int. : Que pensez-vous des critiques que l’on formule souvent contre les foyers d’hébergement ?

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É. B. : Beaucoup de structures sont évaluées sur le nombre de personnes qu’elles “traitent”, ce qui les oblige à instaurer un turn-over artificiel. Les gens sont admis pour sept nuits, ou trois nuits, ou une seule, puis ils doivent faire une nouvelle demande. La justification apportée à ce fonctionnement est qu’il permet de faire bénéficier de ces hébergements davantage de personnes. En réalité, cette rotation permanente détruit les gens.

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R. F. : Même les nouveaux dispositifs annoncés par le gouvernement pour les SDF n’iront pas au-delà de quinze mois : ensuite, la personne perdra à nouveau son logement.

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É. B. : Sans doute cette façon de faire repose-t-elle sur l’idée “libérale” selon laquelle, si on ne met pas les gens “sous pression”, ils ne feront rien pour essayer de s’en sortir. D’un autre côté, comment construire un projet quand on ne sait pas le matin où on dormira le soir, ni dans une semaine, ni dans trois mois ? Notre concept de bagagerie apporte un peu de stabilité dans la vie d’un SDF : au moins, il disposera d’une solution durable pour ses bagages, et d’un rendez-vous régulier avec des gens qu’il connaît.

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R. F. : Cela fait seize ans que je suis dans la rue et je suis allé à plusieurs reprises dormir dans des foyers. Un soir, j’avais posé mes chaussures au bout de mon lit et le matin, quand je me suis réveillé, je n’avais plus de chaussures. Je chausse du 46 et dans les vestiaires gratuits, je ne trouve en général que du 44 ou du 45. Chaque fois, je suis obligé de me racheter des chaussures moi-même. Si c’est pour ne pas retrouver mes affaires le matin, je préfère dormir dans la rue avec mes copains.

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Int. : Votre démarche a consisté à demander aux SDF ce qu’ils voulaient. C’est une question qu’on imagine difficilement de poser, car on fait l’hypothèse qu’ils vont demander la lune. En réalité, les SDF semblent avoir des idées assez précises et réalistes sur ce dont ils ont besoin !

Quel type de dialogue avec les SDF ?

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Int. : Dans ce séminaire, la notion de dialogue est fréquemment évoquée. À propos des entreprises, on parle de “dialogue compétitif” ; dans les centres d’accueil pour autistes, de “réunions de parole” ; en matière d’urbanisme, de “débat participatif”. Quel terme emploieriez-vous pour qualifier le dialogue avec les SDF ?

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Int. : Je participe depuis quatre ans au Café Rencontre organisé par les Captifs, et ce qui me frappe le plus dans ces rendez-vous, ce sont les liens qui se tissent entre les gens et la confiance qui se construit peu à peu. On pourrait appeler cela un “dialogue rencontre”.

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Int. : Je suis un peu choquée par la question posée : les SDF ne seraient-ils pas tout à fait des humains et faudrait-il employer avec eux un langage spécifique ? Je participe à ce projet et je crois que ce qui fait sa force, c’est justement de mettre autour de la table des SDF et des ADF qui discutent ensemble, de la façon la plus banale qui soit, pour essayer d’atteindre un objectif commun. Et pour avoir assisté à des discussions très animées, par exemple à propos de la forme des casiers, je peux vous dire que les SDF ne sont pas en reste pour donner leur point de vue !

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É. B. : Les membres de l’association Accomplir qui participent au projet ont importé dans les réunions Mains libres la méthode des ordres du jour annoncés à l’avance, des tours de table réguliers, des comptes rendus systématiques, diffusés à tous et consultables sur le site internet www.mainslibres.asso.fr, ou encore des groupes de discussion par email. Pour que les SDF puissent participer à ces groupes de discussion, nous avons sollicité le centre social La Clairière, qui a accepté de nous ouvrir son espace public numérique pour un cours d’informatique de deux heures par semaine. Une dizaine de membres SDF de Mains libres y participent de façon très assidue : quand on n’a pas de domicile, avoir au moins une adresse e-mail est très précieux. Dans la bagagerie, une petite salle informatique pouvant accueillir trois postes permettra aux usagers de relever leurs mails ou de faire de petites recherches sur internet à l’occasion de leur passage.

Recruter des bénévoles

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Int. : Vous avez indiqué que vous aurez besoin de trois bénévoles pour chaque permanence, et que vous ne pourrez en aucun cas annuler une permanence. Je travaille pour la compagnie Air France, qui connaît le même genre de contrainte : les avions doivent partir quoi qu’il arrive, ce qui nécessite la présence d’un nombre suffisant d’hôtesses et de stewards. Or, c’est très difficile à obtenir, alors même qu’ils sont salariés. Êtes-vous sûrs que les bénévoles nécessaires seront toujours présents ?

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Int. : Je crois que cette bagagerie fonctionnera justement parce que les gens seront bénévoles et non pas salariés. L’implication de quelqu’un qui prend l’engagement de tenir une permanence vaut tout l’or du monde !

69

Int. : Je suis convaincu que nous n’aurons aucun mal à trouver suffisamment de bénévoles. Beaucoup d’entre nous éprouvent un sentiment de honte lorsque nous croisons des SDF, de plus en plus nombreux depuis une dizaine d’années. Tout ce que nous pouvons faire est leur donner de temps en temps un euro, ce qui est dérisoire. On nous dit qu’il faut discuter avec eux. J’ai essayé à plusieurs reprises, mais ce n’est pas facile. Avec ce projet, je sais que je répondrai à un besoin, que je pourrai me rendre vraiment utile, et que cela me donnera la possibilité de parler avec ces personnes. Cette bagagerie me sauve de dix ans de honte ! Beaucoup de gens saisiront cette opportunité sans hésiter.

L’adoption du projet par le quartier

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Int. : Vous comptez recruter 70 bénévoles, et vous dites que la Soupe Saint-Eustache en compte déjà 250. Il existe apparemment dans ce quartier un potentiel de bénévolat étonnant.

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É. B. : Le quartier de “la cloche des Halles” a depuis toujours attiré beaucoup de SDF, et c’est vrai qu’on y trouve une forte tradition d’accueil de ces personnes.

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Int. : Tout le quartier n’adoptera pas forcément votre projet comme l’ont fait les associations.

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É. B. : Il y a quelque temps, dans ce même quartier, a été créée une association qui a rapidement disparu, Sauvons les Halles. Sa présidente tenait des discours du type : « C’est intolérable : sur la place des Innocents on voit en permanence traîner des Gothiques et des SDF qui s’assoient par terre et donnent le mauvais exemple à nos enfants. » Ce genre de propos peut avoir une certaine audience quand personne ne prend le contre-pied. Mais lorsque vous vous élevez contre ces discours en disant « Moi aussi, je suis une habitante du quartier, et je ne vois pas du tout les choses comme vous », et surtout lorsqu’un SDF vient en personne s’exprimer devant le conseil de quartier ou d’autres instances, et dire quels sont les problèmes qu’il rencontre, cela change tout.

74

Pour faciliter le dialogue, en accord avec la mairie du Ier arrondissement, nous allons monter un comité de suivi auquel participeront les policiers, les associations de riverains, les associations partenaires, les établissements et commerces situés dans l’environnement de la bagagerie. Ce comité se réunira environ une fois par trimestre, ou davantage si nécessaire, pour examiner les éventuels problèmes posés par la bagagerie et trouver ensemble des solutions.

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Int. : Le bon accueil du projet dans le quartier s’explique aussi par le gros effort de communication mené par l’association Accomplir : chaque mois, depuis janvier 2006, la Lettre d’Accomplir, diffusée à près de 2 500 exemplaires sur le marché de la rue Montmartre et par email, a publié un article sur le projet de bagagerie. L’opinion publique, cela se construit !

Travailler en réseau

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Int. : J’ai l’impression que le quartier des Halles fonctionne un peu comme un village et que les habitants se connaissent entre eux. Dans le XIIe où j’habite, on a l’impression qu’il doit y avoir une vie de quartier, mais en réalité c’est beaucoup plus anonyme.

77

R. F. : Si vous organisiez des réunions ou des repas de quartier, les gens viendraient et se parleraient !

78

Int. : Je suis frappée par le fait que vous avez su à la fois parfaitement délimiter votre champ d’action, le maillon dont vous parlez, mais aussi travailler avec de multiples réseaux, que ce soit en matière de compétences, de ressources financières ou en vous appuyant sur les associations locales pour faire aboutir votre projet.

79

É. B. : Mains libres a certainement profité du tissu social constitué depuis des années par l’association Accomplir. Celle-ci a été fondée par les seuls habitants qui se parlent en général dans un quartier : les parents d’élèves de maternelle. Leurs enfants s’invitent les uns chez les autres pour?les anniversaires ou se rencontrent au square, et les parents sont donc naturellement amenés à faire connaissance. À partir de ce terreau, l’association Accomplir a développé de nombreuses activités et constitué un réseau très important avec de nombreux acteurs et associations du quartier.

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Int. : L’association Mains libres peut-elle être considérée comme une retombée d’Accomplir ?

81

Int. : D’Accomplir et du Café Rencontre : en fait, c’est la rencontre entre des SDF qui avaient un besoin et une idée, et une association disposant de moyens et d’un savoir-faire organisationnel, qu’elle a mis au service du projet.

Dupliquer le projet ?

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Int. : Je réagis à la comparaison faite tout à l’heure avec le Jockey club : un club de ce genre n’a nullement l’ambition de se multiplier, alors que notre souhait, si la formule fonctionne, est qu’elle puisse être reproduite ailleurs. L’une des conditions du bon fonctionnement de ce projet est son caractère territorial, et on ne peut donc pas ouvrir la bagagerie aux SDF de tout Paris. C’est d’ailleurs parce que ce projet est territorial qu’il ne sera pas élitiste. Mais on peut s’attendre à ce que cette première expérience en suscite d’autres.

83

Int. : Si votre projet est imité, ne risque-t-il pas d’être dénaturé ? Le créateur des régies de quartier s’attendait à ce que tôt ou tard le pouvoir politique veuille reprendre son idée et en créer partout. C’est ce qui s’est produit, mais l’inventeur avait pris la précaution de déposer le nom de “régie de quartier” à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) de sorte qu’à chaque nouvelle création, son accord était nécessaire. Comment allez-vous vous protéger des mauvaises copies ?

84

É. B. : Nous avons déjà beaucoup communiqué et nous allons continuer. On peut espérer que notre site internet suscitera la curiosité de chercheurs ou d’étudiants qui analyseront la façon dont nous avons procédé et la part de réussite et d’échec de cette expérience, afin qu’elle puisse être utile à d’autres. Et dans un ou deux ans, nous pourrons revenir dans ce séminaire pour faire un bilan ! Mais quant à organiser ou contrôler la réplication de l’expérience, cela ne me semble ni possible, ni légitime. Pour fonctionner, ce genre d’initiative doit être adaptée à son contexte et appropriée par les gens qui la portent. À eux de se renseigner et de bénéficier des expériences des autres, mais il me semble impossible d’imposer une boîte à outil toute prête : il faut laisser jouer l’esprit d’initiative et la créativité de chacun.

85

Élisabeth Bourguinat

Notes

[1]

Élisabeth Bourguinat, “Accomplir : les secrets d’une association de quartier efficace”, Les Annales de l’École de Paris, Vol XII.

[2]

Cécile Rocca, Francis Cymbler, “L’utilité sociale des SDF”, Les Annales de l’École de Paris, Vol. XII.

[3]

La bagagerie a effectivement ouvert le lundi 5 mars 2007…

Résumé

Français

Les Sans Domicile Fixe sont encombrés par leurs bagages. Une association a monté un projet de bagagerie biquotidienne répondant à leurs besoins et fonctionnant avec leur participation. Les élus ont soutenu le projet, les financeurs ont été séduits ; ce projet est prêt à voir le jour.

Plan de l'article

  1. L’origine du projet
  2. Inclure les SDF dans le projet
  3. Un projet innovant
  4. Le montage du projet
  5. Le fonctionnement de la bagagerie
  6. Les critères d’admission
  7. Les bénévoles
  8. Les objectifs
  9. Conclusion
  10. Débat
    1. La sécurité
    2. Une procédure trop lourde ?
    3. Comment évaluer l’insertion ?
    4. Les foyers d’hébergement
    5. Quel type de dialogue avec les SDF ?
    6. Recruter des bénévoles
    7. L’adoption du projet par le quartier
    8. Travailler en réseau
    9. Dupliquer le projet ?

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, Fleury Richard, « Une bagagerie biquotidienne pour les SDF », Le journal de l'école de Paris du management, 4/2007 (N°66), p. 29-36.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2007-4-page-29.htm
DOI : 10.3917/jepam.066.0029


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