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Le journal de l'école de Paris du management

2007/5 (N°67)


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Jamais les théories de Schumpeter (1883-1950), le brillant théoricien de l’innovation, n’ont connu une pareille pertinence. Pour réussir ou seulement survivre dans le monde des affaires d’aujourd’hui, il faut être prêt, à tout instant, à changer de produit, de pays, de technique, de clients, quoi encore ? Parce que le coup mortel peut venir de n’importe où sur la planète, tout se sait sans délai et tout voyage (les informations, les procédés, les produits, les modes) à des vitesses sans précédent.

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Le présent numéro du Journal en fournit de nombreux exemples. Ajoutons-en d’autres, empruntés à des domaines souvent évoqués dans les médias : les livres, les médicaments, les TIC (technologies de l’information et de la communication).

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En matière de livres, une publication était naguère un événement solennel. On parlait de nième édition et de longs mois s’écoulaient entre l’écriture et l’apparition chez les libraires. Aujourd’hui, l’auteur envoie son texte par mail à l’éditeur, qui produit en quelques jours quelques centaines d’ouvrages, bientôt pilonnés s’ils ne se vendent pas assez vite. C’est ainsi qu’il paraît environ cent livres par jour en France.

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Pour arriver à gagner de l’argent avec un médicament, les industriels doivent explorer des milliers de pistes, et il peut s’écouler une dizaine d’années entre la bonne idée et les premières ventes, avec la menace permanente que le produit soit instantanément recopié par un concurrent à qui il n’aura demandé aucun effort et au mépris des protections juridiques.

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Quant aux produits de l’électronique, ils sont, comme on sait, sous l’empire de la loi de Moore, qui énonce que les performances doublent tous les dix-huit mois à prix donné. Il est probable que ça ne va pas durer toujours, mais en attendant, la courbe ne s’infléchit pas.

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Le drame de notre époque est que les acteurs de cette furieuse mêlée sont des êtres humains dont les caractères physiologiques et psychologiques n’ont pas beaucoup varié au cours des siècles, en particulier une aspiration à une certaine sécurité en matière de métiers, de revenus, et d’estime d’autrui. D’où pourront provenir de tels facteurs de permanence si la matière et les techniques de production, fondements de la continuité dans les modèles marxistes entre autres, deviennent toujours plus volatiles ?

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Il semble bien, encore que de rudes obstacles culturels s’opposent à de telles conclusions, que les gens d’aujourd’hui ont recours, pour se protéger de ces tornades, à de très vieilles recettes condamnées sans réserves par la raison moderne.

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Au premier chef, les affaires de familles. C’est un résultat aujourd’hui reconnu que les entreprises les plus prospères et les plus pérennes sont à capitaux familiaux.

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Mais la pérennité des entreprises ne garantit pas nécessairement la sécurité des personnes. Alors elles appellent au secours l’État, ou elles trouvent refuge dans des tribus et des castes. C’est ainsi qu’entre les nouveaux géants économiques qui s’affirment aujourd’hui, la Chine et l’Inde, beaucoup d’observateurs pensent que l’Inde est mieux armée pour affronter les périls d’une croissance à deux chiffres en raison de la forte ritualisation de ses rapports sociaux.

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Pis encore, les plus démunis trouvent souvent auprès des intégrismes les plus violents des secours que les pouvoirs modérés ne savent leur fournir. Ainsi s’expliquent des succès électoraux qui surprennent dans les pays pauvres.

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Il apparaît ainsi que les deux remèdes au sous-développement que furent au XXe siècle la croissance économique et la démocratie ne sont plus suffisants, au XXIe siècle, pour assurer la paix civile. Il faut y ajouter des formes de convivialité que la raison technicienne semblait avoir bannies.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Constructive destruction », Le journal de l'école de Paris du management, 5/2007 (N°67), p. 7-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2007-5-page-7.htm
DOI : 10.3917/jepam.067.0007


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