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Le journal de l'école de Paris du management

2008/4 (N°72)


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Le présent numéro raconte comment différents ensembles humains, depuis l’entreprise Alstom au bord de la faillite jusqu’aux Grandes écoles d’ingénieurs françaises, en passant par les petits éditeurs, les pauvres Afghans et les fabricants d’automobiles, font face aux défis qui mettent leur survie en question, et cela m’a inspiré l’idée d’examiner quelques exemples historiques de civilisations qui ont affronté de tels périls, et ce qui en est résulté.

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Commençons par la Grèce avant l’ère chrétienne. Après la bataille d’Actium (31 av. JC), son pouvoir politique a disparu au profit de Rome. Le peuple juif : après la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70, leur État a disparu jusqu’en 1948. L’empire arabe, qui dominait le monde depuis le viie siècle, a sombré dans la torpeur à partir du xiiie siècle sous les coups des Mongols puis des Turcs. Les Indiens d’Amérique ont pratiquement disparu depuis que les Européens ont mis le pied sur leurs terres. Il s’en est fallu de peu pour que la France soit absorbée par l’Allemagne en 1940 ou par les Anglo-Saxons en 1945.

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J’arrête là cette énumération, qui suggère déjà une riche variété de modes de résistance, avec des résultats eux-mêmes variés.

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Pendant plusieurs siècles après l’ère chrétienne, la quasi-totalité du monde romain a parlé et écrit grec. Le vaincu a colonisé culturellement son vainqueur.

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Les Juifs ont survécu comme peuple en remplaçant le culte du Temple par une fiévreuse activité d’étude de leurs textes traditionnels.

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Les Arabo-musulmans ont survécu comme cultes et comme pouvoirs économiques et politiques, mais ils n’ont guère renoué avec le rayonnement culturel de leur apogée.

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Des Indiens d’Amérique il ne reste que des vestiges.

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Que serait devenue la France après la deuxième guerre mondiale sans le génie de de Gaulle ?

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Ce dernier exemple oriente la réflexion vers le rôle d’individus d’exception qui ne se résignent pas au verdict apparemment irréfutable de l’Histoire. Pour dire, comme il l’a fait le 18 juin 1940, pratiquement tout seul de son bord à Londres : « La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre », il fallait une force d’âme que l’on n’a guère rencontrée que chez les prophètes bibliques ; mais la suite lui a donné raison.

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Il faut croire qu’il y a eu des lettrés de ce calibre à Athènes pour convaincre le monde romain de la supériorité de leur langue et de leur littérature sur le latin. On connaît les noms des valeureux rabbins qui ont remplacé le culte des sacrifices du Temple par l’étude des textes qui décrivent ces sacrifices. En revanche, on ne connaît guère, chez le Indiens d’Amérique, de résistants analogues.

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Cela pose la question, aussi classique qu’insoluble, de savoir si ce sont les circonstances qui font les hommes ou l’inverse. Il est clair que de Gaulle n’aurait rien pu faire sans l’immense empire colonial français, ni sans les menaces qu’Hitler faisait peser sur l’Angleterre.

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Il n’en reste pas moins qu’il faut un courage peu commun, lorsqu’une occasion de résistance se présente et que les chances de succès sont a priori infimes, pour s’y lancer et entreprendre de galvaniser les autres. De Gaulle n’était pas très enclin à la faiblesse ni à la confidence. Il s’y livre pourtant une fois, dans ses Mémoires de guerre, dans les termes suivants : « Je m’apparaissais à moi-même, seul et démuni de tout, comme un homme au bord d’un océan qu’il prétendrait franchir à la nage[1][1] Charles de Gaulle L’appel 1940-1942. Presses Pocket.... » Pourtant, il s’est jeté à l’eau.

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La conception moderne de l’historiographie fait moins de cas que les écoles anciennes du rôle des hommes d’exception, mais dans le monde tumultueux d’aujourd’hui, c’est une position sans doute à réviser, par exemple dans le cas de Patrick Kron pour Alstom et de Reza pour l’Afghanistan.

Notes

[1]

Charles de Gaulle L’appel 1940-1942. Presses Pocket 1980 p. 86

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Résistances », Le journal de l'école de Paris du management, 4/2008 (N°72), p. 6-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2008-4-page-6.htm
DOI : 10.3917/jepam.072.0006


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