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Le journal de l'école de Paris du management

2008/5 (N°73)


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Malgré la fameuse recommandation de Rabelais « Rire est le propre de l’homme », cohérente avec « L’Éloge de la Folie » de son maître à penser Erasme, notre époque, avec son triste cortège de crise des subprimes, de pouvoir d’achat en berne, de menaces de grippe aviaire et de délocalisations fauteuses de chômage, n’inspire guère de bonne humeur, notamment dans la vie des affaires, avec des indices boursiers atteints de mélancolie sur la plupart des grandes places.

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Si je pars de Rabelais et d’Erasme, c’est que je suis frappé par les analogies entre notre temps, la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance. Nous n’avons pas connu la Peste noire, mais entre la Vache folle, le Chikungunya, et le SRAS, nous ne pensons qu’à cela. Comme au xve siècle, nous assistons à l’effondrement de grandes doctrines religieuses et laïques, et à l’apparition de fanatismes volontiers meurtriers. Les grands systèmes politiques, féodaux alors et totalitaires aujourd’hui, sont tombés en ruine, mais on ne sait trop quoi reconstruire sur ces ruines : voyez la Russie et la Chine.

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C’est alors que de hardis pionniers ont pris le parti d’en rire. Mais pour cela, il faut d’abord changer de lunettes, ce que font textuellement, et dans la joie, des Indiens misérables avec l’aide de l’entreprise Essilor. Aux xive et xve siècles, une scolastique médiévale, gérée bureaucratiquement par des sorbonnards coupés du monde, a laissé la place à une joyeuse vie de l’esprit née en Italie et qui a peu à peu conquis toute l’Europe. Aujourd’hui, un système bien ordonné d’écoles et de concours, bureaucratisation des idées des Lumières, interdit aux enfants des pauvres l’accès aux Grandes écoles, et un système bien ordonné de fabrication et de commercialisation de lunettes interdit à des malvoyants du tiers-monde d’y voir clair. En brisant ces ordres paralysants, des orateurs de ce numéro ont répandu de la joie chez des pauvres.

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Le magnifique Opéra de Pékin est lui aussi une occasion de joie moderne, en rupture avec les canons architecturaux, ceux de Chine comme ceux de l’Occident, par l’utilisation de techniques et de matériaux inédits.

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Aussi bien, oubliant un instant les soucis évoqués en introduction, notons les sources de joie que nous offre la modernité : des progrès fabuleux en médecine, repérés par l’accroissement constant de l’espérance de vie ; un niveau d’éducation jamais connu au cours de l’histoire ; des moyens de communication des marchandises, des personnes et des informations qu’aucun Jules Verne n’aurait osé prévoir ; un souci planétaire de protection de la nature que les générations précédentes réservaient à leurs jardins, tout cela ne justifierait-il pas que l’humanité d’aujourd’hui soupirât d’aise devant son œuvre ?

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Pourtant, si elle soupire, c’est d’inquiétude. Pourquoi ? Assurément parce que les médias nous inondent d’informations où dominent les mauvaises nouvelles. Mais plus profondément, cela s’explique par le fait que notre tableau de bord est fondé sur un modèle dépassé du monde : on mesure encore la richesse d’une nation avec son PIB, maintes fois dénoncé comme absurde ; on se lamente sur les taux de chômage alors que le travail salarié occupe en moyenne moins de 14 % d’une vie humaine éveillée ; on épie les cours de Bourse dont les mouvements n’ont plus grand rapport avec l’économie, etc.

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Il est temps de mettre officiellement en marche une nouvelle renaissance (le mot figure déjà dans la communication de l’austère Citroën), qui rejette les sources de soucis que nous a léguées le passé, tout en cultivant les magnifiques sources de joies qu’il nous a aussi léguées.

Pour citer cet article

Riveline Claude, « Idées. Il y a de la joie», Le journal de l'école de Paris du management 5/2008 (N°73) , p. 7-7
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2008-5-page-7.htm.
DOI : 10.3917/jepam.073.0007.


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