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Le journal de l'école de Paris du management

2009/1 (N°75)


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Dans les profondeurs de notre inconscient et de notre culture, la richesse et le pouvoir sont intimement liés. Le mot riche vient du francique rîki, qu’on retrouve dans la terminaison de noms gaulois comme Vercingétorix, et qui correspond au latin rex, roi. En ancien et moyen français, l’adjectif riche évoque à la fois la puissance politique, le prestige social et l’ampleur des possessions matérielles. Au xive siècle encore, un richomme désigne un membre de la haute noblesse espagnole, rico hombre. Plus tard, le mot s’est spécialisé pour désigner seulement la dimension matérielle du pouvoir, ce qui n’a pas empêché richesse et pouvoir de continuer à se faire mutuellement la courte échelle.

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Lorsque le prince Amulius avait été chargé de proposer à son frère Numitor un partage équitable dans la succession du roi Procas, il avait astucieusement établi deux parts, d’un côté le trône, de l’autre côté les biens : « Si mon frère choisit les biens, il me sera facile, étant roi, de les lui ôter ; et s’il choisit le règne, j’aurai vite fait, grâce à ma richesse, de le lui enlever ». Le grand Louis XIV, furieux de voir son surintendant des finances, Nicolas Fouquet, le surpasser dans le faste de ses fêtes, le jeta en prison, confisqua ses biens et s’attacha les grands artistes qui l’entouraient : pouvoir, argent et prestige étaient à nouveau réunis.

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Sous l’influence de Locke et de Montesquieu, la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire s’est imposée dans la plupart des États. Mais l’irrésistible sympathie entre le pouvoir et l’argent est plus difficile à surmonter, malgré des mesures telles que l’abolition du suffrage censitaire ou l’instauration d’indemnités parlementaires, destinées à permettre à tout citoyen de consacrer du temps à un mandat, d’en assumer les frais et de résister à la corruption.

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Le pays qui a imposé le modèle démocratique est aussi celui où les campagnes électorales coûtent le plus d’argent. Le président Obama, premier à être issu de la minorité noire, est aussi le candidat qui a mené la campagne la plus chère de toute l’histoire américaine. Cet argent, provenant d’une multitude de dons modestes, apparaît cependant comme une garantie supplémentaire de la représentativité du candidat, alors que le soutien d’un candidat par quelques grandes fortunes est toujours suspect de clientélisme.

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Dans les grandes entreprises, particulièrement françaises, les sommes folles accordées à certains PDG comme indemnités de départ choquent par leurs montants disproportionnés et leur contraste avec la situation difficile dans laquelle ces dirigeants laissent leurs entreprises, mais peut-être aussi par la transgression qu’elles représentent à l’égard de l’antique association entre richesse et pouvoir : celui qui est écarté du pouvoir ne mérite pas la fortune.

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Inversement, la crise financière a précipité les golden boys d’hier au bas de leur piédestal. Le pouvoir qu’ils exerçaient sur l’économie et les rémunérations mirifiques qu’ils recevaient se tenaient lieu mutuellement de justification : « Il est normal de payer aussi cher des acteurs qui jouent un rôle aussi important dans l’économie. L’importance de leur rôle est démontrée par le niveau des salaires et primes qui leur sont accordés ». À l’heure où un certain nombre d’entre eux sont réduits à se faire chauffeurs de taxi, le rôle démesuré joué par la finance est lui aussi remis en cause : à celui qui a perdu la fortune, le pouvoir sera également refusé.

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Ainsi le lien originel entre richesse et pouvoir est-il constamment réaffirmé, ce qui peut paraître rassurant pour la tradition mais ne laisse pas d’être inquiétant pour la morale…

Notes

[*]

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

elisabeth.bourguinat@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. Richesse et pouvoir», Le journal de l'école de Paris du management 1/2009 (N°75) , p. 45-45
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2009-1-page-45.htm.
DOI : 10.3917/jepam.075.0045.


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