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Le journal de l'école de Paris du management

2009/4 (N°78)


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Les architectes des Ateliers Jean Nouvel ont l’habitude de travailler sur un projet à partir d’un concept o u d ‘u n e v i s i o n initiale de l’architecte en chef ; l’ébauche est ensuite soumise à Jean Nouvel pour validation et apposition de sa « griffe ». La troupe du Splendid, à l’origine du film-culte Le Père Noël est une ordure, pratiquait une tout autre forme de travail collectif : chacun soumettait au groupe ses idées de scènes ou de répliques, et seules celles qui faisaient rire l’ensemble du groupe étaient retenues ; la réticence d’un seul suffisait à faire écarter une idée. Comment interpréter la place très différente donnée au collectif dans ces deux processus de création et de validation d’un projet ?

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L’architecture est une affaire d’ingénieurs, mais c’est aussi une démarche artistique, surtout dans la phase cruciale du concours, où les projets sont sélectionnés d’après des images, des concepts, un style. Un projet architectural commence par être une œuvre d’art, authentifiée par la signature d’un artiste reconnu.

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L’art comique, paradoxalement, semble moins relever d’une démarche artistique que d’une pratique d’ingénieur : une scène comique « fonctionne » ou non selon les rires qu’elle déclenche ; invoquer le talent ou la notoriété de celui qui l’a imaginée ne sert à rien si elle ne provoque pas l’hilarité. Avec le test imaginé par la troupe du Splendid, on a quasiment affaire à un processus de contrôle de qualité tel que ceux mis en œuvre par l’industrie.

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Cette dimension ingéniériale de l’art comique lui vaut, aujourd’hui comme hier, d’être plutôt déprécié dans l’échelle officielle des arts. Il y a quelques mois, le réalisateur et comédien Dany Boon dénonçait le fait que malgré le succès colossal de son film Bienvenue chez les Ch’tis, celui-ci n’avait été nominé qu’une fois par l’Académie des César. Son commentaire n’était pas dénué d’un soupçon de persiflage : « Les gens se disent ‘Il a le succès, il a tout ; il ne va pas, en plus, avoir les récompenses’ ». Le Président de l’Académie des César, Alain Terzian, se sentit obligé de préciser que « Les César n’ont pas comme vocation de célébrer les films impopulaires » et d’envisager la création d’un César de la meilleure comédie. Quelques siècles plus tôt, L’École des Femmes s’était attiré de doctes et virulentes critiques en dépit de son succès auprès du public. Molière répondit par La Critique de l’École des Femmes, dans laquelle le personnage de Dorante lançait la fameuse réplique « Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n’est pas de plaire », complétée par celle d’uranie : « Quand je vois une comédie, je regarde seulement si les choses me touchent ; et, lorsque je m’y suis bien divertie, je ne vais point demander si j’ai eu tort, et si les règles d’Aristote me défendaient de rire ».

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En matière comique, « l’élargissement de l’ouverture de la bouche accompagné d’expirations saccadées plus ou moins bruyantes et d’un léger plissement des yeux » peut être interprété comme un témoignage non ambigu et non manipulable de réussite. Il n’existe pas de signe aussi incontestable pour évaluer la qualité artistique d’une peinture, d’une sculpture ou d’un projet architectural. C’est ainsi que Le Bernin, auteur de la Colonnade de Saint-Pierre à Rome et considéré comme le plus grand architecte de son temps, échoua à convaincre Colbert d’adopter l’une de ses propositions pour la façade orientale du palais du Louvre, finalement confiée à Perrault. Le seul critère jusqu’ici incontesté de la valeur d’une œuvre relevant des Beaux-Arts reste le jugement de la postérité. une raison supplémentaire de souhaiter que nos modernes architectes construisent des œuvres durables…

Notes

[*]

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

elisabeth.bourguinat@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. Architecture et comédie », Le journal de l'école de Paris du management, 4/2009 (N°78), p. 45-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2009-4-page-45.htm
DOI : 10.3917/jepam.078.0045


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