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Le journal de l'école de Paris du management

2009/5 (N°79)


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En anglais, le terme halo désigne d’abord l’auréole des saints, c’est-à-dire ce « cercle lumineux dont les peintres et parfois les sculpteurs entourent la tête de Dieu, de la Vierge et des saints », et ensuite seulement ce qui est le premier sens du terme en français, à savoir « un cercle brillant, lumineux, couronnant parfois le soleil ou la lune, dû à la réfraction de la lumière dans de minuscules cristaux de glace en suspension dans l’atmosphère lorsque celle-ci est brumeuse, vaporeuse ».

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Ce double sens de halo est inhabituel pour nous ; mais l’équivalent existe en français avec nimbe, du latin nimbus, « nuage de pluie », utilisé à propos du nuage dont s’enveloppaient les divinités païennes lorsqu’elles descendaient sur terre, puis de l’auréole qui entoure la tête des personnages saints ou divins dans l’iconographie chrétienne. Quand l’auréole s’étend tout autour du corps du personnage, on parle d’une gloire. Ce « grand rayonnement de lumière », souvent représenté par une forme ovale autour du Christ en majesté, par exemple, comprend aussi une référence à la brume ou aux nuages : qu’on pense à la pompeuse Gloire du Bernin, à Saint-Pierre de Rome, où trois faisceaux de rayons sortent d’un amas de nuages, ou plus modestement, à la gloire des décors de théâtre désignant « une machine suspendue et entourée de nuages artificiels permettant d’évoquer les apparitions célestes ».

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En anglais, l’effet de halo qui consiste à « inférer telle ou telle caractéristique spécifique à partir d’une impression générale » fait référence à cette double acception de l’auréole des saints et du cercle de lumière brumeuse qui à la fois masque et met en évidence le soleil ou la lune.

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Au Moyen Âge, non seulement le corps des saints mais également certains objets qui leur avaient appartenu étaient considérés comme des reliques douées de pouvoirs merveilleux ; même les étoffes qui avaient été en contact avec ces reliques devenaient à leur tour sacrées ; les paroles les plus anodines prononcées par le saint personnage étaient consignées précieusement. Aujourd’hui, le patron d’une start-up ou d’un grand groupe qui connaissent une croissance spectaculaire devient un oracle ; les opinions qu’il défend sont citées pieusement, les décisions qu’il prend sont imitées, les méthodes et les outils qu’il utilise deviennent des talismans.

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Mais de même que le nimbe, en occupant l’espace qui environne le saint, le sépare des autres personnages figurant sur l’image et le rend d’autant plus mystérieux et inaccessible, de même le halo de gloire qui environne les grands patrons ou les grandes entreprises dans les portraits et descriptions qu’en font les médias trace une frontière dorée mais impénétrable entre eux et le reste du monde, rendant incertaine l’interprétation de leurs performances et délicate l’imitation de leurs prouesses.

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Enfin, tous ces halos, nimbes et gloires qui les environnent leur sont parfois abusivement prodigués. L’art byzantin avait prudemment prévu deux types d’auréoles pour les personnages représentés sur les mosaïques religieuses : à Dieu et à ses saints, les nimbes ovales ou ronds ; au pape, à l’empereur ou au roi qui avait commandité la mosaïque et s’y faisait représenter alors qu’il était encore en vie, un étrange nimbe de forme carrée. Ce dernier ne pouvait devenir rond qu’une fois que la mort avait permis de porter un jugement définitif sur la vie et les œuvres de l’intéressé, définitivement sanctifiées ou au contraire réprouvées.

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Qui inventera pour nos grands hommes des halos carrés, à arrondir sous réserve d’inventaire, selon la façon dont ils auront traversé les revers économiques ou les aléas financiers qu’ils pourraient être amenés à rencontrer ?

Notes

[*]

L’auteur appréciera vos remarques et idées. Écrivez-lui !

elisabeth.bourguinat@wanadoo.fr

Pour citer cet article

Bourguinat Élisabeth, « L'Esprit de l'escalier. Le halo de la gloire», Le journal de l'école de Paris du management 5/2009 (N°79) , p. 45-45
URL : www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2009-5-page-45.htm.
DOI : 10.3917/jepam.079.0045.


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